est le douzième album studio du groupe rock progressif britannique Pink Floyd, sorti le au Royaume-Uni.
Cet album-concept est le dernier du groupe auquel participe le chanteur et bassiste Roger Waters, et le seul sur lequel n'apparaît pas le claviériste Richard Wright, renvoyé durant l'enregistrement de , le précédent album de Pink Floyd. Waters envisage d'abord l'album comme une simple bande originale du film adapté de mais l'actualité, avec le déclenchement de la guerre des Malouines, lui inspire l'écriture de nouvelles chansons où domine une thématique antiguerre. Il dédie l'album à son père, tué durant la Seconde Guerre mondiale.
est enregistré dans huit studios durant la seconde moitié de l'année 1982, avec l'aide de musiciens de studio, dans un contexte de relations tendues entre Waters et le guitariste David Gilmour. Le bassiste occupe un rôle prépondérant à tous les niveaux : il écrit toutes les chansons et les chante toutes sauf une, coproduit l'album et en conçoit la pochette. est à ce titre parfois considéré comme son premier album solo. À sa sortie, il se classe des ventes au Royaume-Uni et reçoit des critiques variées. Waters quitte Pink Floyd deux ans plus tard.
Historique
Contexte
vignette|alt=Photo en contre-plongée d'un homme vêtu de noir jouant d'une guitare elle aussi noire|Roger Waters interprétant The Wall en 2011. The Final Cut est d'abord conçu comme la bande originale du film The Wall.
À l'origine, (« Briques de rechange », le titre de travail de l'album) est censé être la bande originale du film , une adaptation cinématographique du précédent album studio de Pink Floyd sortie en salle en 1982. À ce titre, il doit comprendre des chansons ayant été réenregistrées pour les besoins du film, comme , et d'autres apparues dans le film, mais pas sur l'album, comme . Le chanteur et bassiste Roger Waters, qui est le principal architecte du concept de , prévoit également d'enregistrer quelques chansons supplémentaires afin de développer davantage le récit.
La guerre des Malouines, qui éclate en , incite Waters à modifier ses plans. Il écrit de nouvelles chansons où il s'en prend directement à Margaret Thatcher, jugeant sa réaction à l'invasion argentine des Malouines comme démesurée et gratuite, et dédie son projet, rebaptisé (« Requiem pour un rêve d'après-guerre »), à la mémoire de son père, Eric Fletcher Waters, tué pendant la Seconde Guerre mondiale. Le guitariste David Gilmour n'apprécie pas ce changement de direction, ni la décision de réutiliser des chansons laissées de côté durant l'enregistrement de , parmi lesquelles , , et . Selon lui, Il désire écrire de nouveaux titres, mais Waters est dubitatif dans la mesure où les compositions de Gilmour se sont faites rares sur les derniers albums du groupe.
L'album reçoit son titre définitif, , en référence à un vers du Jules César de Shakespeare : (« cette blessure fut pour lui la plus cruelle de toutes »). paraît en single le , avec la version réenregistrée de en face B. L'étiquette des deux faces du 45 tours précise que les chansons proviennent du futur album .
Enregistrement
vignette|redresse|gauche|alt=Photo d'un homme en chemise jouant de la guitare électrique|Les relations entre David Gilmour (ici en 1984) et Roger Waters durant l'enregistrement de l'album sont très tendues.
L'enregistrement de l'album se déroule durant la seconde moitié de l'année 1982 dans huit studios différents, un record pour le groupe, parmi lesquels le studio privé de Gilmour à Hookend Manor, dans l'Oxfordshire, et celui de Waters, « », la salle de billard de sa nouvelle maison dans le quartier londonien d'East Sheen. Les autres studios mobilisés sont tous situés à Londres : il s'agit des , Olympic, Abbey Road, , Audio International et RAK.
Gilmour et Waters travaillent d'abord ensemble, mais les tensions qui les opposent finissent par les inciter à travailler séparément, chacun avec un ingénieur du son : Andy Jackson collabore avec Waters sur le chant, tandis que James Guthrie s'occupe des guitares de Gilmour. Les deux musiciens se retrouvent ponctuellement pour faire le point sur l'avancement du projet. Ce système finit par peser sur le guitariste, qui manque à plusieurs reprises de perdre son sang-froid. À la suite d'une énième dispute, le nom de Gilmour est retiré de la liste des producteurs de l'album. Par la suite, Waters reconnaît avoir été lui aussi sous pression durant cette période, et persuadé qu'il s'agissait de la dernière fois qu'il enregistrait quoi que ce soit avec les autres membres du groupe. Il pourrait avoir menacé de publier l'album sous son seul nom, mais le contrat liant Pink Floyd à EMI l'en aurait certainement empêché.
Plusieurs musiciens participent à l'enregistrement de l'album aux côtés des membres de Pink Floyd. Le compositeur américain Michael Kamen se charge des parties orchestrales, un travail qu'il a déjà assuré sur . En l'absence du claviériste Rick Wright, membre fondateur de Pink Floyd renvoyé par Waters durant l'enregistrement de , Kamen assure les parties de piano et d'harmonium, tandis qu'Andy Bown, un participant de la tournée , joue de l'orgue Hammond. Le batteur Nick Mason, qui connaît des problèmes conjugaux, reste quant à lui en retrait. Il est assisté par Ray Cooper et même remplacé par Andy Newmark sur la chanson , dont il n'arrive pas à suivre les changements de rythme. Sa principale contribution à l'album consiste en l'enregistrement d'effets sonores divers pour le système holophonique.
Parution et accueil
sort au Royaume-Uni le et atteint la première place du classement des ventes d'albums, chose que n'avaient réussi à faire ni , ni . Il sort aux États-Unis le et y rencontre un succès plus modéré, ne dépassant pas la sixième place du classement établi par le magazine .
L'unique single tiré de l'album est publié le , avec en face A et une version longue de , avec un couplet supplémentaire, en face B. Il se classe dans le Top 30 au Royaume-Uni et du classement américain Mainstream Rock.. La promotion de l'album passe également par un court métrage de 19 minutes réalisé par Willie Christie, le beau-frère de Roger Waters, dans lequel jouent , qui interprétait le rôle du professeur dans , ainsi que Waters.
La presse accueille l'album d'une manière très variée, avec des critiques très positives et d'autres très négatives. qualifie de , tandis que Richard Cook écrit dans que . En revanche, il reçoit une critique élogieuse de Kurt Loder dans le magazine américain , où il est décrit comme .
Avec plus d'un million d'exemplaires vendus aux États-Unis, est certifié disque de platine par la RIAA en , puis double disque de platine en 1997. Il est également certifié disque d'or au Royaume-Uni le Il reste néanmoins l'album de Pink Floyd qui s'est le plus mal vendu depuis (1971). Par la suite, Gilmour considère cet échec commercial comme une confirmation de son opinion sur la qualité médiocre des chansons, ce à quoi Waters rétorque que la qualité d'un album ne se mesure pas au nombre d'exemplaires vendus.
Postérité
ne fait pas l'objet d'une tournée de promotion. Après sa parution, les trois membres du groupe se consacrent à des projets personnels. Gilmour publie son deuxième album, , en 1984 ; il y expose ses sentiments sur divers sujets, de l'assassinat de John Lennon à ses relations avec Waters. Celui-ci sort son album solo, The Pros and Cons of Hitch Hiking, et entame une tournée la même année. Mason réalise quant à lui l'album Profiles avec Rick Fenn, le guitariste de 10cc, en 1985. Waters annonce son départ de Pink Floyd, qu'il considère comme , en octobre de la même année. C'est le début d'une longue querelle judiciaire entre Waters d'un côté et Gilmour et Mason de l'autre, le premier cherchant à empêcher les deux autres de continuer à utiliser le nom de Pink Floyd, en vain. Aucune des chansons de l'album n'est jouée sur scène par Pink Floyd par la suite, mais Waters en intègre plusieurs dans son répertoire scénique lors de ses tournées en solo, notamment , et .
Une édition remastérisée de sort en 2004 chez EMI (Europe) et Capitol (États-Unis). Elle inclut en titre bonus , inséré entre et . Écarté du coffret (1992), l'album est en revanche présent dans les coffrets (2007) et (2011). est la seule chanson de retenue sur les compilations rétrospectives (2001) et (2011).
Avec le recul, les critiques ont tendu à envisager dans le contexte de la séparation ultérieure du groupe. Sur AllMusic, Stephen Thomas Erlewine affirme qu'. Les critiques parues à l'occasion de la remasterisation de l'album, en 2004, sont tout aussi polarisées que celles de 1983. Dans , Todd Burns le décrit comme et le considère comme une brillante réussite.. Dans , Chris Ott y voit et lui attribue la note de 9/10. Mike Diver est moins enthousiaste dans , considérant comme un disque peu accessible et excessivement déprimant. La quatrième édition du Rolling Stone Album Guide, également parue en 2004, attribue seulement deux étoiles à , qui est décrit comme .
Caractéristiques artistiques
Concept
vignette|alt=Photo d'un groupe d'hommes alignés contre le mur d'un bâtiment, entourés d'hommes armés vêtus de treillis|Des parachutistes britanniques surveillant des prisonniers de guerre argentins lors de la guerre des Malouines.
est un album-concept anti-militariste. La thèse de Roger Waters est que les soldats britanniques tués pendant la Seconde Guerre mondiale, qui se sont sacrifiés dans l'espoir que leur victoire donne naissance à un monde en paix, ont été trahis par les dirigeants politiques qui continuent à avoir recours à la guerre pour résoudre leurs querelles. Margaret Thatcher est tout particulièrement visée pour son rôle dans le déclenchement de la guerre des Malouines.
L'actualité internationale est évoquée tout au long de l'album. La première chanson, , débute sur une série d'annonces radiophoniques qui indiquent notamment que le remplaçant de l'Atlantic Conveyor, un navire marchand coulé durant la guerre des Malouines, doit être construit au Japon et non sur les chantiers navals du Clyde, en Écosse. , une évocation du rêve d'un monde en paix, mentionne les attentats de Hyde Park et Regent's Park commis par l'IRA le . énumère plusieurs conflits avec leurs responsables : l'invasion soviétique de l'Afghanistan et Léonid Brejnev, l'intervention militaire israélienne au Liban et Menahem Begin, ainsi que la guerre des Malouines, l'invasion de l'archipel étant attribuée au général argentin Leopoldo Galtieri et le torpillage du croiseur General Belgrano à Thatcher. suggère la nécessité d'appliquer la « solution finale » à tous ces dirigeants politiques. s'en prend quant à elle à la société qui se désintéresse des problèmes politiques et économiques..
Plusieurs chansons décrivent les conséquences traumatiques de la guerre sur ceux qui y participent. et adoptent le point de vue d'un vétéran de la Seconde Guerre mondiale qui n'arrive plus à s'adapter à la vie civile. Tourmenté par la mort de ses camarades et son rôle dans le bombardement de Dresde, il n'arrive pas à communiquer sa détresse à son épouse. Il finit par devenir le professeur tyrannique dont le personnage principal de avait subi les brimades. décrit son isolation et sa descente dans l'alcoolisme. est une lamentation dédiée aux soldats revenus de la guerre et à ceux qui partent vers une mort certaine. La chanson-titre, la plus intimiste de toutes, décrit l'isolement et la frustration d'un homme qui s'efforce de rétablir le contact avec le monde qui l'entoure et envisage le suicide. L'album s'achève sur , qui dépeint un holocauste nucléaire, conclusion inévitable pour un monde obsédé par la guerre et le pouvoir.
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