L’Oubangui-Chari est un ancien territoire colonial français de l'Afrique centrale entre et , situé dans l'actuelle République centrafricaine.

En 1906, le territoire est réuni à celui du Tchad dans la colonie de l’Oubangui-Chari-Tchad jusqu'en 1920, qui constitue une circonscription du Congo français de 1906 à 1910 puis de l'Afrique-Équatoriale française (AEF).

Colonie, puis territoire d'outre-mer de la République française en , il devient en un État membre de la Communauté française sous le nom actuel de la République centrafricaine (RCA), avant d'accéder à l’indépendance le .

Histoire 230px|vignette|droite|Les rapides de Bangui, en 1913.

Histoire précoloniale L'histoire de l'Oubangui-Chari est marquée par la traite orientale et transsaharienne qui a pesé sur la démographie de la région, la population passe de cinq à six millions à un million d'habitants entre le Ritimo, Centrafrique : instabilité et territoires hors de contrôle, 15 novembre 2017.

Les premiers empires et royaumes À partir du , de nombreux petits États esclavagistes dits « du Nil », tels que Kordofan, Khartoum (Soudan) et Zanzibar, commencent à proliférer sur les ruines de l'empire du Mali et du royaume du Kanem Bornou – qui comptent parmi les plus importantes puissances du Moyen Âge en Afrique. Ces petits États convergent en pays centrafricain dans une course à la recherche des esclaves et de l’ivoire.

Au apparaissent les premiers royaumes reliés par les fleuves Congo, Oubangui et Sangha : le royaume de Gaoga, qui s'étale du Soudan central jusqu’au territoire centrafricain, et le royaume d’Anzico, qui s'étend du Congo jusqu'aux limites du royaume de Gaoga au nord. Tous deux disparaissent pour des raisons inconnues, les historiens considérant la traite négrière comme l'hypothèse la plus probable.

Par la suite naissent les royaumes du bassin du Tchad : Kanem et Bornou fusionnent pour former le royaume du Kanem-Bornou. Les royaumes du Ouaddaï et du Baguirmi s’étendent depuis le lac Tchad jusqu’au Nord de la Centrafrique. Les populations de ces royaumes, d’origine nubienne, fournissent les victimes de la traite négrière orientale et du commerce transsaharien grâce à leur interaction au nord du territoire centrafricain. Cela débouche sur une forme de colonisation, avec la naissance des sultanats de Senoussi au nord-est, de Bangassou, de Rafaï et de Zémio au Sud-Est.

Le rôle de la traite atlantique Le contact avec le monde arabo-musulman qui introduisent les armes à feu et le commerce formel, a vidé assez vite toutes les régions du Nord-Est et du Sud-Est de leurs populations et entraîné la prolifération des espèces sauvages, tout en modifiant les pratiques traditionnelles de chasse. L’impact de la traite frappe cependant la région plus tardivement que beaucoup d’autres du continent, à partir de 1750.

Les travaux de l'historien et administrateur colonial Pierre Kalck, outre une thèse obtenue en 1970 sur l'Oubangui-Chari et la République centrafricaine, ont très tôt établi que la traite atlantique atteignait aussi le territoire centrafricain. Le commerce négrier en Afrique centrale s’est déroulé sur tout l’espace géographique actuel de la Communauté économique des états de l’Afrique centrale (CEEAC), les routes des esclaves de l’Afrique centrale étaient donc liées à celle de l’Afrique de l’Est et australe, les esclaves vendus aux Antilles ne provenaient pas uniquement des régions littorales.

Les Bobangui ont participé à la traite atlantique au en transportant les captifs sur leurs pirogues. Ils donnent leur nom à un village du Sud-Ouest de la République centrafricaine, où naissent au les grandes personnalités politiques centrafricaines Barthélemy Boganda et Jean-Bedel Bokassa.

Au début du , une population d'Afrique centrale, les Ngbaka, est obligée de fuir la traite atlantique, quittant les rives de l'Oubangui pour revenir s'installer dans la forêt de leurs ancêtres dans la région de la Lobaye qui leur permettent de se dissimuler. Mais ils y trouvent un autre peuple, les Bouaka Bondjo, installés entre les villes de Bangui et Mbaïki. Une partie de la population Ngbaka fusionne avec les Mandja, émigre vers l'est dans la région de Damara et devient les Ngbaka mandja, tandis que d'autres se confondent, le long du fleuve, avec les Bobangui, et qu'un troisième groupe se fixe sur l'emplacement de la future ville de Bangui, qui compte 200 habitants en 1900 (sa croissance n'aura lieu qu'au ).

Ils pratiquaient la culture sur brûlis, la chasse et la pêche, précédées d'un sacrifice aux ancêtresJacques Kerchache, Jean-Louis Paudrat, Lucien Stéphan et Françoise Stoullig-Marin, « Ngbaka, Ngbandi et Ngombe », in L'Art africain, Citadelles & Mazenod, Paris, 2008 (édition revue et augmentée), et s'abritent derrière des fortifications.

Les Bouaka Bondjo auront eux des relations très conflictuelles avec le colonisateur français qui va raser leurs villages. L'arrivée de la colonisation française assure une certaine sécurité aux commerçants islamisés. Après 1800, Ngoura, le leader des Kogobili, fonde la nation Zandé, à l'origine des chasseurs, devenue essentiellement guerrière puis agricultrice, et résiste aux razzias des arabes de la confrérie du Mahdisme. La nation Zandé, dont le nom « Azandé » signifie « le peuple qui possède beaucoup de terre », est une association de peuples fondée autour du clan des Kogabili, venus du Soudan nilotique, qui vont imposer leur langage et leurs cultures aux autres, en République démocratique du Congo, sur le Haut Congo, dans l'ouest du Soudan du Sud autour des rives de l'Uelé, ainsi qu'en République centrafricaine.

L’ivoire et les cornes des rhinocéros furent les principaux produits d’échange dès les débuts de la traite atlantique le long des côtes d’Afrique centrale. Après les Portugais, les Allemands et les Hollandais en augmentent l’importation. Ndélé fut un important centre esclavagiste dépendant du sultan du Baguirmi. Un peu plus tard, plus au sud, les riverains de l’Oubangui deviennent piroguiers et intermédiaires pour les trafiquants d’esclaves alors qu’à l’est, entre Mbomou et Uélé, des petits États aristocratiques de langue Zandé (ou Nzakara au nord de l’Oubangui) combattent les trafiquants mais alimentent également pour leur propre compte les trafics d’esclaves à destination des occidentaux ou des pays arabes par le Bahr el Ghazal. Ce dernier trafic, spécialement important dans la seconde moitié du est d’autant plus dévastateur que les trafiquants jallaba financés depuis Khartoum étaient équipés d’armes à feu.

Dotées d’un faible niveau d'immunité contre les grandes épidémies car autarciques les populations résistent mal à la variole et la rougeole. En parallèle, syphilis et gonococcies provoquent l’apparition fréquente de stérilité chez les individus infectés. Il résulte un dépeuplement massif du tiers voire de la moitié orientale du territoire centrafricain, auquel s’ajoutent des migrations intérieures de sauvegarde qui contribuent à semer un peu plus le chaos. La comparaison avec les études de Jean Noël Biraben, directeur de recherche à l'INED, Institut national d'études démographiques chargé de l'histoire des maladies a permis aux historiens de faire un parallèle avec la baisse de la population de l'Amérique latine, selon lui passée de en 1500 à en 1600 et 1700, en un seul siècle, suivie d'un autre siècle de stagnation. La chute démographique en Afrique a été étalée sur trois siècles, avec une accélération brutale dans le dernier tiers du , par un processus plus lent et différent. Les recherches dans plusieurs régions (Tchad, Soudan nilotique, Gabon, Congo, République Centrafricaine…) ont indiqué qu'entre 1860 et 1930, l'Afrique noire a perdu le tiers ou plus de sa population, qui aurait été approximativement de en 1860.

Les razzias des Arabes munis d'armes à feu Les Arabes pillant les richesses et la possession des armes à feu aux guerriers de la traite négrière orientale, parmi lesquels les aventuriers Ziber, Rabah, Tippo-tip, qui cherchent à créer leurs propres états, avant que n'arrivent les Européens du sud pour la colonisation, ce qui génère avec les Arabes .

Les populations de la forêt, y compris les Pygmées, sont victimes des négriers, un peu moins que les autres, la forêt offrant un rempart et les mouches tsé-tsé écourtant le séjour des razzieurs. Les riverains des fleuves, qui vivent du poisson, doivent fuir dans les îles de l’Oubangui ou par le courtage pour le compte des négriers. L'esclavage, répondant jusque là à des cas précis (prisonniers, dettes) change d'échelle et acquiert un rôle dans l'économie .

Après de , sous forme de brefs allers-retours, les chefs de la traite négrière orientale passent à l'occupation d'une partie des terres en Centrafrique vers le milieu du . Des colporteurs arabisés parcourent le Centrafrique à la recherche du fer du pays sara, banda, yakoma, du cuivre du Dar Fertit, de l’ébène des galeries forestières, du café de l’est de Centrafrique et de l’ivoire, ensuite échangé entre le Tchad, le Nil et le Mbomou.

Dans les années 1860, la traite négrière orientale va reprendre de l’ampleur à partir de Zanzibar, Khartoum et le Tchad pour approvisionner le monde arabe en main d’œuvre agricole ou domestiques, ou en soldats. Pour s'approvisionner en ivoire, les Arabes se lancent à l’intérieur du continent et en profitent pour acheter les futurs esclaves de leurs plantations de clous de girofles. Les régions environnantes (lac Tanganyika, Lualaba), ne suffisant plus, les Arabes sont allés jusqu’en Afrique centrale dans les premières décennies du . La confrérie religieuse du mahdisme émerge, très active dans les razzias dans l’est de la Centrafrique.

À l’ouest les Peulhs d'Ousman Dan Fodio imposent à une partie du Cameroun, par les armes, un islam intégriste et créent les « Lamidots » : . En Libye, Mohammed bin Ali Al-Sanoussi, né entre 1780 et 1790, fonde une confrérie qui porte son nom, la Senoussiya, dont l’influence s’étend en 1880 de l’Égypte à l’Algérie et dont la richesse est tirée de la traite.

Histoire coloniale La colonisation de l'Oubangui a commencé avec l'établissement de l'avant-poste Bangui en 1889, sur la rive droite française de l'Oubangui, face au poste belge de Zongo sur la rive gauche. Le territoire appelé Oubangui-Chari en 1904 est formé de la réunion de la région du Haut-Chari et des territoires du Haut-Oubangui.

Le territoire est contesté par le Sultan d’Égypte. Après la défaite des forces égyptiennes, la France établit une administration coloniale dans ce territoire en 1903. En 1898, la mission militaire du commandant Marchand tente d'incorporer l'actuel Soudan du Sud au territoire de l'Oubangui-Chari, mais la mission se heurte aux forces de l'armée britannique de Kitchener, à Fachoda, donnant lieu à la crise de Fachoda.

Le « Territoire de l’Oubangui-Chari » est créé par le décret du , « portant organisation du Congo français et dépendances »Décret du , portant organisation du Congo français et dépendances, publié au Journal officiel de la République française du : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5492365f/f35.image. Des noms de deux importants cours d'eau du territoire : l'Oubangui, affluent du fleuve Congo et le Chari, tributaire principal du lac Tchad. Le « Territoire de l'Oubangui-Chari » est administré, par délégation du commissaire général au « Congo français et dépendances », par un administrateur civil portant le titre de « délégué permanent » et résident à Bangui.

Le décret du , « portant réorganisation des possessions du Congo français et dépendances »Décret du , portant réorganisation des possessions du Congo français et dépendances, publié au Journal officiel de la République française du : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5492906n/f45.image, unit le « Territoire de l'Oubangui-Chari » au « Territoire militaire du Tchad » et les érige en « Colonie de l’Oubangui-Chari-Tchad », dont le chef-lieu est Fort-de-Possel. Le , un décret transfère le chef-lieu à Bangui.