André Ripoche, également connu comme étant le « martyr de la Croix », né le au Loroux-Bottereau, est un soldat royaliste au service de François de Lyrot de La Patouillère, mort le , pendant la guerre de Vendée, massacré par une des colonnes infernales.

Biographie André Ripoche est né à Bas-Briacé, au Loroux-Bottereau. Le , retenu comme jour de sa naissance, est mentionné dans le registre paroissial du Loroux-Bottereau comme date de son baptêmeBas-Briacé et André Ripoche, "Acte de baptême d'André Ripoche", 61, déclaré par André Ripoche (natif de la Chapelle-Heulin, mort en 1803) et Marguerite Braud (lorousaine, décédée en 1801), mariés au Loroux-Bottereau, le Bas-Briacé et André Ripoche, "Arbre généalogique", 16.

Il est le cadet d'une fratrie de cinq enfants, Jeanne, Jean I, Jean II et Marguerite. Jeanne passe tout juste les et Marguerite les 5. En effet, en ces temps de disette, de maladies épidémiques, de dysenterie, d'hydropisie et d'alcoolisme chronique (le vin de mauvaise qualité - la « piquette » - et l'eau-de-vie - le « tord-boyau » - sont répandus), la vie est précaire. Le marais, à , souvent asséché en été, pullulant de moustiques, est vecteur d'infections en tous genres. Pour couvrir les maisons et faire de la litière pour les animaux et les hommes, toute la famille coupe la rouche (jeune roseau) aux basses eaux. L'hiver, lorsque la Loire est en crue, les inondations sont courantes et meurtrières, jusqu'à ce que soient construites la digue d'Embreil (1836) et la levée de la Divatte (1847). Par ailleurs, pour pérenniser un nom dans une famille, on appelle souvent l'aîné soit comme le père, soit le grand-père. Le grand-père d'André s'appelant Jean, l'aînée est Jeanne, puis Jean I, Jean II, Marguerite (comme la grand-mère). André, lui, s'appelle comme son père.

Tout comme son père, il est, au gré des saisons et de la demande, batelier/marinier de Loire et de GoulaineLe port du Millau, sur le marais de Goulaine, tout proche, point de départ pour acheminer vin, eau-de-vie, chaux… vers Nantes, la Bretagne et le nord de l'Europe, jardinier au château de Goulaine, éleveur, vigneron, laboureurBas-Briacé et André Ripoche, "La profession d'André Ripoche", 22-23.

Le livre d'écrou du château de Nantes, du au , aux Archives départementales de Loire-Inférieure (L. 875, Fol. 28), relate son emprisonnement : Bas-Briacé et André Ripoche, "Emprisonnement d'André Ripoche", 62. Cette archive suggère qu'il a été arrêté avant son acte d'héroïsme, mais n'en donne pas le motif. L'introduction en béatification de l'Évêché nous apprend qu'elle débute au poste de la rue de Gigant, au tout début de l'insurrection, et se termine le , sur ordre du général BeysserBas-Briacé et André Ripoche, "Récit de l'Évêché de Nantes en vue d'introduire une cause de béatification", 59., sans préciser pour quelle raison il est libéré.

Il meurt à , assassiné par les Républicains, en défendant héroïquement le symbole de sa religion : la Croix, la veille du premier anniversaire de l'insurrection vendéenne, avant la chute de Robespierre (qui met fin à la Terreur) et avant la signature du Traité de la Jaunaie à Saint-Sébastien-sur-Loire, accordant une paix relative en VendéeDe Pampres et de Brumes, 94.

L'Évêché de Nantes introduit une cause en béatification, en 1938, qui est suspendue à cause de la Seconde Guerre mondiale et qui n'est jamais relancée.

Contexte vignette|gauche|150px|Carte de la Vendée militaire et de la virée de Galerne. Depuis la Révolution, la guerre civile règne en France. Durant la guerre de Vendée, les Royalistes, surnommés les « Blancs », sont persécutés par les « Bleus », à savoir les troupes républicaines.

L'Armée catholique et royale défend ainsi la religion chrétienne contre la dictature républicaine qui ne veut que des prêtres assermentés (jureurs), non réfractaires, sous les ordres des généraux Stofflet, Sapinaud ou Marigny. André Ripoche est soldat recruteur et courrier pour Charette. Si plusieurs causes expliquent ce conflit, d'aucun disent que la guerre de Vendée est avant tout une guerre menée en réaction à cette oppression contre le clergé catholique officiel.

La Convention nationale décrète l'anéantissement de la Vendée le Extraits : Blancs et Bleus dans la Vendée déchirée, 134-135.. En Vendée militaire, les colonnes infernales dirigées par le général Turreau sont chargées à partir de de détruire les derniers foyers insurrectionnelsLe général Louis Marie Turreau s'exprime en ces termes :Jacques Crétineau-Joly, Histoire de la Vendée militaire, Tome II, 173.. vignette|170px|Turreau (1756-1816), peint par Hersent, en 1800. Ainsi, tout le sud-Loire est aux prises avec l'Armée Républicaine qui fait une chasse systématique aux « Brigands Vendéens ». C'est Cordellier et sa neuvième colonne incendiaire qui arrivent au Loroux-Botterreau, le . Ils y commettent leurs exactions (massacres, viols, pillages, incendies), mettant le Loroux, Saint-Julien et le Landreau à feu et à sang, durant au moins, faisant environ Une liste précise, tenue à l'époque, recensant les victimes, est conservée dans les archives paroissiales., parmi lesquelles des femmes, des enfants, des nouveau-nés, des vieillards, et n'épargnant qu'une dizaine de maisons.

Sous la direction des généralissimes Cathelineau, d'Elbée, de La Rochejacquelein, Bonchamps ou encore Lyrot (qui commande le territoire compris entre la Loire et la SèvreDe Pampres et de Brumes, 81), les rebelles vendéens tiennent tête à l'armée lors des nombreux accrochages qui ont lieu dans la Vendée militaire.

Les « Gars du Loroux »Début 1795 : , , , et . sont par ailleurs réputés comme d'excellents soldats.

Le martyr Mémoire et histoire ne font pas bon ménage : l'une témoigne en revendiquant, l'autre veut des preuves tangibles. Entre les deux, se glisse la légende...

Il y a plusieurs récits de la mort d'André Ripoche, dont les écrits de Walsh, ceux de Bourgeois et le texte de l’Évêché de Nantes, en vue de la béatification. Les deux premières versions inspirent une quinzaine de rédacteurs, entre 1823 et 1994.

Ces versions diffèrent sur le style littéraire, sur l'issue du martyr et sur le lieu exact de sa mort.

La croix en bois est toujours à l'endroit où le père de Montfort l'avait érigée, vers 1710, à Bas-Briacé. Elle est rénovée plusieurs fois. Une seconde, en granit, datant de 1901, marque l'endroit de sa mort (version Bourgeois) à la Ganichère (La Chapelle-Heulin), et une troisième préserve ses restes, au cimetière de la Chapelle-Heulin, dans le cœur de son dé, depuis le retour du roi Louis XVIII, lors de la Première Restauration.

Version Walsh vignette|Le Cœur Vendéen(au centre, sur fond blanc),tel qu'on pouvait le voirsur la poitrine des insurgés. Le vicomte de Walsh (1785-1860)Son frère, François de Walsh, résidait au Jaunet, aujourd'hui écrit Jaunay, à moins de de Bas-Briacé. a été directeur de L'Écho de la Jeune France (vers 1833), de La Mode (en 1835), de l'Encyclopédie Catholique (en 1839) et propriétaire du château de Chaumont-sur-Loire (vers 1850).

Sa version des faits, dans les Lettres Vendéennes ("Étude Historique et Archéologique de la Vendée Nantaise et des guerres de l'Ouest"), en deux volumes, datant de 1823-1825, lui est narrée par le Curé du Loroux-BottereauBas-Briacé et André Ripoche, "Récit du vicomte de Walsh", 45-46. Le nommé Ripoche, soldat catholique et royaliste, est fait prisonnier par les Bleus, arme à la main. Amené au pied de la croix du Bas-Briacé, ils lui promettent la vie sauve et son retour dans la maison familiale, située à quelques pas, d'où ses parents suivent la scène. Il demande ce qu'il doit faire pour sauver sa vie. L'on lui répond qu'il doit abattre cette croix et l'on lui tend une hache. Tous ceux qui avaient été arrêtés avec lui prient pour qu'il n'abjure pas. Il bondit alors sur le piédestal de la croix et, armé de sa hache, crie : . Dos contre la croix, il fait tournoyer la hache, comme mû par une force divine, le regard ardent. Le courage de ce jeune-homme fait reculer quelques instants les Républicains qui, honteux d'être mis en échec par un seul homme, se ruent sur lui, en grand nombre. Acculé et submergé, blessé et épuisé, il étreint la croix de ses bras, en un ultime geste de fidélité à son Dieu. Les soldats l'arrachent de la croix, le couchent sur le socle et le pressent de leurs baïonnettes : . , répond-il. Il est passé par le fer, enserrant toujours le bois sacré. Les soldats détruisent la croix, laissant André Ripoche dans son sang et les débris. Cette nuit-là, des voisines creusent une fosse où elles mettent le corps et les morceaux de boisLors de fouilles, en 1899, l'on met au jour quatre pierres plates sur lesquelles est posé un morceau de boisBas-Briacé et André Ripoche, "Où est enterré André Ripoche ?", 83.

Version Bourgeois Henri Bourgeois est un homme de lettres, historien.

Sa version, publiée sous le titre Biographie de la Vendée Militaire, André Ripoche, date de 1899 et est nettement plus étofféeBas-Briacé et André Ripoche, "Récit d'Henri Bourgeois", 47 à 49..

Dénoncé par des "Patauds" (Patriotes) locaux, André Ripoche est recherché par Cordellier, en tant que recruteur de bonnes volontés pour combattre les Républicains aux côtés de Charette. Une section Bleue envahit Bas-Briacé, étant sûre de l'y trouver, grâce à une meute de chiens. Ils capturent de nombreux villageois, en vue de les exterminer, mais ne trouvent pas André Ripoche. Les chiens finissent par le dénicher, caché non loin de la croix où les prisonniers étaient rassemblés, dans un tas de "rouches". . Les soldats le molestent, lui ligotent les mains et le poussent jusqu'à la croix à coups de crosses. Le chef des Bleus dit alors : . Ripoche, après une courte hésitation demande à être détaché et à avoir une hache. La foule, surprise, prie pour que ce pieux homme ne devienne pas un profanateur de croix. Il est détaché et l'on lui donne une hache, récupérée dans une maison proche. Le doute disparaît des esprits lorsqu'il saute sur le socle de la croix, brandissant sa hache, et criant aux Républicains : . Les Bleus, stupéfaits, ne bougent pas, bien qu'étant plus de cent contre un. Contrits de honte, ils s'élancent quand même mais, face aux moulinets de la hache, reculent puis attaquent de nouveau, trois fois, quatre fois… Le nombre l'emporte sur l'héroïsme et Ripoche tombe sous les coups de baïonnettes, enserrant la croix, comme l'on protège son bien, en faisant le sacrifice de sa vie. Presque mort, il est quand même encore sommé d'apostasier : . . La curée, encore au fil des lames, ne lui fait pas rendre l'âme. On le torture, encore et encore, lui arrachant les ongles et lui crevant les yeux. Sans doute mus par le sadisme, ou la soif de sang, les soldats l'attachent à la queue d'un cheval et prennent la direction de la Chapelle-Heulin, par le chemin cahoteux, empierré, qui passe au-dessus du PoyetPetit ruisseau qui, à l'époque s'écrivait Pouyer, fait office de limite communale entre le Landreau et la Chapelle-Heulin et, rejoignant le Gueubert, forme la Goulaine .. Ils parcourent ainsi avant de s'apercevoir que le cheval ne tracte plus qu'un corps sans vie, mutilé, déchiré et sanguinolent. . Le chef donne alors l'ordre de le jeter dans le chemin de la Ganichère. Un soldat, pour s'assurer de sa mort, lui tire une balle dans la tempe, mettant un terme à la « Passion » d'André Ripoche. Il donne, là, naissance à la légende.

Version épiscopale L'évêché de Nantes, en 1938, engage une demande de béatification. Elle est suspendue par la Seconde Guerre mondiale et n'est pas relancéeBas-Briacé et André Ripoche, "Récit de l'Évêché de Nantes en vue d'introduire une cause de béatification", 55 à 61.. Cette version est très argumentée, pour la cause.

Succinctement, le rédacteur narre l'histoire en deux lignes concises :