La Bugatti Type 41 ou Bugatti Royale est une voiture limousine sportive de prestige du constructeur automobile Bugatti, construite entre 1927 et 1933 en sept exemplaires par Ettore Bugatti et son fils Jean Bugatti (le premier modèle prototype longtemps disparu et reconstruit d'origine est achevé en 2017, un modèle est assemblé par les frères Schlumpf dans les années 1960 à partir de pièces détachées d'origines, et une réplique exacte existe en Allemagne). Elle est considérée comme une des voitures de collection les plus exceptionnelles et chères de l'histoire de l'automobile, par son histoire, sa rareté, et par ses caractéristiques exceptionnelles pour son tempsBugatti Royale Type 41 (1926-1930) - Philippe Baron, Stubs Auto, 24 octobre 2012.
Historique En 1926, Ettore Bugatti et son fils Jean Bugatti dominent la compétition automobile de façon écrasante, avec leur Bugatti Type 35. Ils conçoivent leurs Bugatti Type 37 et Bugatti Type 40, ainsi que cette extraordinaire Bugatti Type 41 « Royale », pour dominer le monde de la voiture de luxe.
Avec cette Bugatti Royale, Ettore Bugatti va au bout de ses rêves de luxe d'élite en appliquant son célèbre adage personnel , pour sa richissime clientèle d'élite internationale. Il conçoit personnellement dans son usine Bugatti de Molsheim, la voiture la plus ambitieuse, hors norme, exceptionnelle, monumentale, dominante, la plus grande, la plus belle, la plus luxueuse, la plus prestigieuse, la plus puissante, la plus performante, la plus fiable, et la plus chère de son temps, qu'il destine aux monarques, chefs d'État, et magnats d'industrie les plus riches de la planète Road & Track , CBS Publications, 1986, . The Car Book: The Definitive Visual History, Corling Kindersley Ltd, 2011 , ., avec ses de long et trois tonnes, elle offre des performances exceptionnelles comparables à celles des voitures de course les plus abouties de l'époque (vitesse des Bugatti Type 35). Très silencieux, le moteur, avec trois soupapes par cylindre, à sec, double allumage, arbre à cames en tête et une cylindrée exceptionnelle de , consomme jusqu'à aux , et permet probablement plus de de vitesse de pointe. Ce moteur serait inspiré et décliné de la série de moteurs d'avion Bugatti et Breguet-Bugatti King-Bugatti U-16 (16 cylindres en U de 24 Litres de cylindrée, pour 410 ch, 2 x 8 cylindres en ligne couplés en U) des années 1910 et de la Première Guerre mondiale et des moteurs 8 cylindres en ligne de Bugatti Type 35.
thumb|gauche|Bouchon de radiateur « éléphant dansant » de Bugatti Royale Roadster Esders de 1932, œuvre de Rembrandt Bugatti. Les carrosseries sont dessinées par Ettore Bugatti, Jean Bugatti, ou par des carrossiers designers au choix du client. Le bouchon de radiateur en forme d'« éléphant dansant », est une œuvre de Rembrandt Bugatti, frère d'Ettore disparu en 1916.
Vendue en France avec une carrosserie Bugatti (trois fois le prix d'une Rolls-Royce), elle surpasse de façon démesurée, toutes ses concurrentes les plus prestigieuses et chères de l'époque, dont les Rolls-Royce Silver Ghost, Rolls-Royce Phantom I, Rolls-Royce Phantom II, Isotta Fraschini Tipo 8, Bentley 8 Litre, Delage D8-120, Mercedes-Benz 770, Maybach Zeppelin V12, Hispano-Suiza H6, Duesenberg J, Avions Voisin C25, Farman A6B, Bucciali, Cadillac V16, Packard, Renault 40CV... Elle peut être acquise au prix de , moteur et châssis nu, charge à l'acheteur de la faire carrosser (par comparaison, une Peugeot 201 vaut alors vingt-cinq fois moins).
thumb|Bouchon de radiateur « éléphant dansant » de Royale. Ettore Bugatti prévoit d'en produire vingt-cinq, mais à la suite de la Grande Dépression de 1929, le prix démesuré de son œuvre, ainsi que quelques problèmes de mise au point, lui valent un échec commercial cuisant. Il ne parvient à vendre que trois des six premiers modèles produits, aucun monarque ne l'achète (seul le roi d'Espagne Alphonse XIII en commande une mais est chassé du trône avant d'en officialiser l'acquisition), et trois invendus restent à l'usine, dont le Coupé du Patron - Coupé Napoléon, qu'il utilisera à titre de voiture personnelle toute sa vieBugatti Royale : La démesure absolue - Francois Piette, Vroom.be, 5 avril 2016.1927/1939 : Bugatti Royale (Type 41)… - GatsbyOnline.com, 2 février 2017.Bugatti Royale, 1927 : La voiture la plus luxueuse de l’histoire - Robert Puyal, Capital, 10 septembre 2010. La Bugatti Type 46 « Petite Royale » sera produite avec succès à environ 400 exemplaires entre 1929 et 1936, et les moteurs de Royale sont finalement produits pour motoriser avec succès technique et commercial (couplés par quatre, soit ) 88 Autorail Bugatti entre 1932 et 1939 (un des premiers train à grande vitesse du monde, avec une vitesse record du monde de de vitesse de pointe).
À ce jour trois modèles des frères Schlumpf (, , réplique du ) sont exposés à la Cité de l'automobile de Mulhouse et classées aux monuments historiques en même temps que 430 modèles de la collection. Un modèle () appartient à l'usine Bugatti de Molsheim. Un modèle (41.121) est exposé au musée The Henry Ford de Détroit aux États-Unis. Un modèle () au musée de l'automobile de Blackhawk près de San Francisco, en Californie. Le modèle Coach Kellner (), estimé à plus de dix millions de livres sterling, appartient à un propriétaire privé inconnu. La réplique du Coupé du Patron (réplique ), est exposée au musée automobile et technologique de Sinsheim en Allemagne. Le modèle châssis 41.100 reconstitué en Packard Prototype « Coupé du patron » a été présenté au Mondorf-les-Bains Concours d'Elegance & Luxembourg Classic Days du Luxembourg en 2017.
Caractéristiques techniques thumb|gauche|Moteur 8 cylindres en ligne de Bugatti Royale - 12,7 L de cylindrée - 300 ch (Cité de l'automobile de Mulhouse). thumb|Vue éclatée du moteur (Cité de l'automobile de Mulhouse). thumb|Moteurs d'avion Bugatti King-Bugatti U-16 de 24 L et 410 ch (2 x 8 cylindres en ligne couplés en U) de la Première Guerre mondiale. La Royale, Type 41, mesure six mètres de long. Son moteur, un huit-cylindres en ligne de développe une puissance de 200 à , à . Très silencieux, il offre un tel couple qu’un seul rapport de vitesse suffit, du ralenti jusqu’à la vitesse de croisière de . La boîte dispose néanmoins de trois vitesses : la première sert pour démarrer en côte et la troisième est une surmultipliée qui peut emmener les trois tonnes de la berline à 180, voire , des vitesses alors seulement atteintes en course.
. La célèbre déclinaison « Coupé de Ville », photographiée de profil dans la fiche de présentation, atteint quant à elle une vitesse maximale d'environ :
8 cylindres en ligne, d'alésage et de course dont la longueur totale est de ; cylindrée : (A × C : ) ; 1 arbre à cames en tête - trois soupapes par cylindre ; 1 seul carburateur construit par Bugatti spécialement pour la Royale ; puissance estimée : de 200 à à ; régime maximal du moteur : ; cylindres en fonte, deux bougies d'allumage par cylindre ; contenance maxi. du carter d'huile : ; contenance maxi. du radiateur d'eau : ; consommation : entre aux , de moyenne en version Coupé de Ville ; réservoir de carburant du Coupé de Ville : ; poids du moteur : (estimation) ; poids à vide total : ; boîte de vitesses : boîte-pont à trois rapports, le deuxième est une prise directe, et le troisième est surmultiplié. Le couple du pont est de 16/54 ; vitesse maxi : en roadster, et pour le Coupé de Ville.
Les six exemplaires et le prototype originels Les numéros de châssis sont ici accompagnés de l'appellation usuelle, donnée selon les caractéristiques de la carrosserie, l'identité de son propriétaire ou le nom du carrossier.
41.100 - Bugatti Royale Coupé Napoléon - Coupé du Patron Le coupé du Patron est la voiture personnelle avec chauffeur d'Ettore Bugatti, puis reste la propriété de la famille Bugatti jusqu'en 1963, où il est acheté par les Frères Schlumpf, pour leur collection Schlumpf (collection acquise et exposée depuis 1982 à la Cité de l'automobile de Mulhouse).
Premier modèle - Prototype Ce numéro de châssis a porté les carrosseries suivantes : Torpédo en 1926 (carrosserie récupérée sur une Packard). La voiture est aussi connue sous le nom de « Coupé du patron ». Coupé fiacre en 1928 (par Ettore Bugatti). Berline de style hippomobile en 1928 (par Ettore Bugatti). Coach en 1929 (par Charles Weymann), détruit par un accident d'Ettore Bugatti qui s’est endormi à son volant sur la route Paris-Strasbourg en 1931. Torpédo en 2011, à la suite de la reconstruction du véhicule à partir du châssis d'origine selon le modèle de carrosserie de 1926, présenté au Mondorf-les-Bains Concours d'Elegance & Luxembourg Classic Days 2017 Now there are seven (or maybe nine): Bugatti Royale prototype re-created - John Voelcker, Motor Authority, 29 juin 2016..
Second modèle Coupé de ville en 1931 par Jean Bugatti, sur un nouveau châssis plus court portant également le numéro 41.100, surnommé « Coupé du Patron » ou « Coupé Napoléon ». Il est équipé d'un toit vitré à la demande de l'épouse d'Ettore, qui selon la légende Bugatti, aimait admirer le ciel étoilé pendant ses voyages de nuit.
En , la Bugatti Royale Coupé Napoléon, presque centenaire, a été testée avec du carburant de synthèse issu de sources renouvelables sans pétrole au Musée National de l'Automobile, à Mulhouse.
41.111 - Bugatti Royale Roadster Esders, puis Coupé de Ville Binder Ce roadster de 1932, au numéro de châssis , est vendu au magnat de l'habillement Armand Esders. Il est carrossé par Jean Bugatti avec deux tons de vert. Ne devant pas rouler la nuit, la voiture ne comporte pas de phares fixes (son chauffeur demande qu'ils soient rangés dans un coffre). Considérée par certains comme l'une des plus belles carrosseries de Jean Bugatti, elle est la reproduction agrandie et légèrement modifiée de la carrosserie usine du roadster Bugatti Type 55 sur dessin de Jean Bugatti.
Le second propriétaire du châssis fait recarrosser le roadster en 1938, en coupé de ville avec chauffeur, par le carrossier parisien Henry Binder. La voiture est blindée pour un poids total de car elle est destinée au roi de Roumanie mais celui-ci ne la prend pas. La voiture devient la propriété de Raymond Patenôtre. Son petit-fils Lionel Patenôtre précise qu'il l'utilise de 1935 à 1941 et se rend alors régulièrement au palais de l'Élysée à son bord. Le véhicule original appartient à ce jour à l'usine Bugatti de Molsheim.
41.121 - Bugatti Royale Cabriolet Weinberger Fabriquée en 1931, et carrossée en cabriolet par le carrossier Ludwig Weinberger, elle est vendue au Joseph Fuchs de Munich en .
Cette Royale est par la suite vue en Asie, puis aux États-Unis. Abandonnée dans une casse de New York, elle est repérée puis achetée en 1941 par Charles Chayne, ingénieur en chef de la General Motors. Après avoir été restaurée, cette Royale est offerte par Chayne au musée The Henry Ford de Détroit, où elle est toujours exposée aujourd'hui. À l'origine de couleur noire, elle est aujourd'hui de couleur ivoire.
41.131 - Bugatti Royale Limousine Park-Ward La troisième Royale commercialisée est vendue au capitaine Cuthbert W. Foster, un officier de réserve britannique ayant fait fortune en vendant de la soupe en boîte. Cette limousine a été carrossée en Angleterre par Park Ward. C'est une voiture très équilibrée qui possède une distinction toute britannique dans sa sobre livrée noire. Dans les années 1950, elle devient la propriété de John Shakespeare, un richissime collectionneur américain de Bugatti, qui la revend avec un lot de trente Bugatti aux frères Schlumpf. Elle est exposée avec la collection Schlumpf à la Cité de l'automobile de Mulhouse.
41.141 - Bugatti Royale Coach Kellner