vignette|Mouchoir en tissu. On distingue la marque, ton sur ton, du fabricant. vignette|upright=.85|Mouchoir en papier (cellulose) avec son étui en plastique. vignette|upright|Portrait d'homme avec un mouchoir de col autour du couDétail du tableau de Francisco Goya, Bartolome Sureda y Miserol, 1803-1804. Huile sur canevas. Visible à la National Gallery of Art, Washington..

Un mouchoir est une pièce de tissu ou de papier (cellulose), principalement utilisée pour l'hygiène et la commodité corporelle, notamment pour se moucher.

Le mouchoir est généralement de forme carrée, en tissu simple. Cette forme a beaucoup varié dans l'histoire, et elle ne va pas de soi. Du mouchoir à carreaux de Cholet au mouchoir-éponge japonais, le mouchoir a évolué. Il se décline aujourd'hui sous des formes résultant de facteurs économiques, de la mode, ou encore des progrès de l'hygiène.

Il existe une industrie du mouchoir, produisant des tissus spécifiquement destinés à se moucher. Cependant, il arrive d'utiliser comme mouchoir un morceau de tissu prévu à l'origine pour un tout autre usage, et inversement on transforme souvent le mouchoir en brassard, en doudou ou en chiffon.

Facilement transportable et souvent à portée de main, il remplace un nombre considérable d'objets à l'occasion : on bouche un trou, on éponge une plaie, on fait un nœud avec son mouchoir, qu'on peut transformer en bandeau, en brassard, ou encore en signe d'adieu.

Cet objet de première nécessité a donc pour caractéristique principale d'avoir une origine et une utilisation parfois très éloignées de l'acte de se moucher. Il quitte alors sa fonction hygiénique ou de commodité.

Le mouchoir, un objet polyvalent

En français, le mouchoir tire son nom du fait de se moucher, qui est une de ses principales utilisations, mais qui n'a pas été la seule.

Durant le Moyen-Âge européen, on commence à utiliser de petites pièces de textile carrées pour divers usages, notamment s'essuyer les sécrétions. On s'essuie par exemple les larmes lors des cérémonies de deuil. On s'en sert aussi comme couvre-chef (mot dont est tiré son nom anglais de ), pour nouer ses cheveux, comme baluchon ou comme bourse.

Cet objet est très marqué moralement quelle que soit la société considérée : se moucher est un acte parfois poli et parfois discourtois selon les cultures, ou même à l'intérieur d'une même société, selon le contexte. Ainsi, l'utilitarisme originel du mouchoir ne l'affranchit pas d'une dimension morale très présente.

Dans le même ordre d'idées, le mouchoir est généralement rangé, en France, dans la poche d'un vêtement. Mais toutes les cultures ne disposent pas de vêtements à pochesVêtements exposés au musée du quai Branly, Paris, et l'usage du mouchoir a toujours varié d'une société ou d'une époque à l'autre : il a parfois pu être une marque manifeste voulue par le porteur du mouchoir, ou justement un objet à dissimuler le plus possible.

Origines de l'usage hygiénique Le vocable « mouchoir » est dérivé du verbe « (se) moucher » (fin du ). Il provient du latin , lui-même dérivé de (« mucus »). En français, le sens d'une utilisation hygiénique ou du moins corporelle du morceau de tissu est donc marqué dès l'origine du mot. Dans d'autres langues, en revanche, le terme pour « mouchoir » reflète d'autres utilisations : ainsi, en anglais, le et le tissue sont deux objets bien distincts (mouchoir en tissu et mouchoir en papier). Le (littéralement, « couvre-chef de main ») semble d'un emploi plus vestimentaire ou coquet — le , « mouchoir de tête », est une ancienne coiffe rudimentaire (voir plus bas, le dessin de Millet). En italien, au contraire, si le est une pièce de tissu pour se moucher ou pour servir de foulard, l'autre mot existant est , pièce de tissu à tout faire : l'italien fait une différence entre deux types de mouchoirs en tissu. Dernier exemple, le néerlandais est composé de (« sac ») et de (« toile, morceau ») : dans les trois langues prises pour exemple, l'aspect textile du mouchoir est fondamental et, dans certaines langues, le mouchoir se rattache même, d'une manière ou d'une autre, aux vêtements (en particulier au foulard, en italien ou en polonais). Le mouchoir est donc avant tout une pièce de tissu disponible, devenue mouchoir de facto.

Le mouchoir a fortement évolué au fil des siècles, tant dans sa physionomie que dans ses usages. Ses prémices remontent à l'Antiquité gréco-romaine.

Origines Le mouchoir tel qu'il existe dans sa forme actuelle est inconnu des Grecs et des Romains. Chez ces derniers, une pièce de tissu existait pour s'éponger le front : le sudarium (terme provenant du latin qui signifie suer). Il était alors d'usage de se moucher avec les doigts..

Ce n'est qu'à la Renaissance qu'en Occident les mœurs évoluèrent, notamment par une valorisation du mouchoir par les moralistes. Érasme, par exemple, dans La Civilité puérile, en 1530 (chapitre I) :

Les matrones romaines auraient cependant inventé le muccinium pour se moucher, mot qui apparait pour la première fois en latin à la fin du chez ArnobeArnobe, Adversus nationes, II, 23Jérôme Carcopino, La Vie quotidienne à Rome à l’apogée de l’Empire, Hachette, 1963, (1er éd. 1939), p. 201. Quant aux anciens Égyptiens, ils auraient connu le mouchoir, ayant un génie (Héqas, Ḥqȝs) personnifiant le mouchoir des divinités.

Le mouchoir en papier « de soie » apparaît au cours du au Japon. Dès la période époque de Heian (794-1185) les dames de la cour et les nobles japonais portent à la ceinture des feuilles blanches qui leur servent de mouchoirs. À l'époque d'Edo (env. 1600-1868) on leur donne le nom de c'est-à-dire « papier à essuyer », car ils servaient à essuyer la lame de sabre ou le sexe, en fonction des besoins du moment. Ces témoins des ébats amoureux font partie du décor des estampes japonaises érotiques. Ils parent la bouche des courtisanes afin d'étouffer leurs cris de volupté puis servent à la toilette intime avant d'être jetés ou abandonnés sur le sol auprès de la couche.

Parallèlement, un « mouchoir d'évêque » est apparu : il s'agissait d'abord d'un suaire à proximité de l'officiant pour que celui-ci se mouchât ou s'épongeât le front durant la messe. Par la suite, il est devenu un objet de distinction, non employé pour sa fonction d'origine. On parle aussi de « doigtier » ou de « linge de crosse ».

France et Occident vignette|gauche|Femme noble avec mouchoir. vignette|Femme du avec mouchoir.

En Occident, ce n'est donc qu'après le Moyen Âge (il est alors appelé « coffin à roupies »Alfred Franklin, La civilité, l'étiquette, la mode le bon ton du , éd. Émile-Paul, 1908) que le mouchoir est un objet connu, bien que pas forcément répandu (mention que dans les inventaires de succession des familles fortunées). Cette relative rareté n'empêche pas qu'il soit utilisé par toutes les classes de la population (au contraire de la fraise, par exemple). Le mouchoir existe dans le théâtre de Molière (L'Avare, 1668) :

Qui se sent morveux, qu'il se mouche !

Si le fait de se moucher était — en Europe — entré dans les mœurs comme le prouve cette citation, le mouchoir en lui-même n'était pas objet très courant. Cette situation s'explique essentiellement par la valeur alors attribuée aux tissus : un simple morceau de haillon demeurait un luxe inaccessible pour nombre de personnes des couches inférieures de la population. La citation ci-dessus évoque le fait de se moucher, et non le mouchoir. Le mouchoir n'a jamais été un objet de première nécessité : se moucher dans ses doigts, ou sur un pan de son manteau, a été jusqu'au milieu du un acte répandu. Tenu à la main, il entrait aussi dans le jeu de la séduction féminine.

De l'usage hygiénique à l'usage culturel du mouchoir Se moucher en public De ces différences d'utilisation entre pays découlent des différences de fabrication du mouchoir.

vignette|Deux han'kachi japonais en tissu éponge : pour s'éponger le front. Han'kachi (ハンカチ) est un emprunt abrégé de l'anglais signifiant « mouchoir », dérivé de , lui-même emprunt déformé de l'ancien français « couvre-chef ».

Le Japon est le principal pays où les mouchoirs jetables (en papiers « de soie ») furent utilisés avant le Et quand les mouchoirs en papier n'existaient pas, dans le passé, les Japonais se mouchaient déjà dans des pièces de papier léger (et non de tissu) fabriqué à partir de la soie, dits washi, eux aussi « jetables » (mais réservés aux gens aisés), comme il est rapporté en octobre 1615 dans les Relations de de St Troppez à propos des premiers Japonais entrés en contact avec le sol français (à l'époque du commerce Namban : « Ilz se mouchent dans des mouchoirs de papier de soye de Chine, de la grandeur de la main a peu prez, et ne se servent jamais deux fois d'un mouchoir, de sorte que toutes les fois qu'ilz se mouchoyent, ilz jestoyent leurs papiers par terre ». Bibliothèque Inguimbertine, Carpentras. Cité dans : ., les mouchoirs en toile servant à s'essuyer les mains ou à s'éponger le front, la nuque, etc. Cette fonction principale d'essuyage entraîna l'utilisation massive de tissu-éponge au détriment de la toile simple, moins pratique. Aujourd'hui, on peut dire que le mouchoir de toile simple est tombé en désuétude et a presque totalement disparu du Japon.

Du reste, même le mouchoir en papier est peu utilisé au Japon pour se moucher, et ceci malgré les efforts du tissue-san de San-X. Se moucher devant quelqu'un est assez vulgaire ; peut-être est-ce porter une attention excessive et condamnable envers son propre confort.

Se moucher en privé L'acte de se moucher en privé paraît aller de soi, parce qu'il ne gêne, par définition, personne. Ce serait sous-estimer le marquage du mouchoir, du moins en France : se moucher, c'est obéir à un mode de comportement issu de la société. Il s'agit d'un geste codé, imprégné de morale et de valeurs. Ainsi, certains adolescents soucieux de se construire identitairement en s'affirmant « contre » la société adulte refusent parfois d'obéir à ce mode de comportement, préférant renifler bruyamment, en privé ou non. Se moucher, dans un mouchoir ou non, est cependant un acte hygiénique important ; ne pas se moucher est la cause de nombreuses infections. Comme tout démarquage, il dépend d'un choix de groupe : si ne pas se moucher est une mode passagère et récurrente, elle n'est jamais systématique.

On voit à travers ce cas précis (français) que se moucher peut être un acte poli (même s'il nécessite une certaine discrétion), alors qu'il peut être de la plus grande vulgarité ailleurs.

Le mouchoir moralisé vignette|Longtemps, toute expression du corps, comme celle du mouchage, fut exclue de la peinture. Mais le Réalisme l'autorisera à partir du . Ici, détail d'Un enterrement à Ornans de Courbet (1850). vignette|Dans ce même tableau, le personnage central, qui serait impassible dans une toile classique, est ici peint le visage dissimulé par un mouchoir banal. Le mouchoir est ici une expression réaliste du corps trivial mais digne dans sa trivialité.

Ainsi, le mouchoir peut servir à éponger ses larmes (voir le film Préparez vos mouchoirs de Bertrand Blier, 1979, mais surtout ci-contre les détails du tableau de Gustave Courbet Un enterrement à Ornans), ou prétexte à cacher ces larmes pour de multiples raisons. Pour mémoire, rappelons cette définition d'Ambrose Bierce (Dictionnaire du Diable) : Mouchoir (n) : petit carré de soie ou de toile qui sert à accomplir diverses fonctions ignobles, touchant le visage, et particulièrement utile aux enterrements pour cacher l'absence des larmes.