La relation entre les Noirs et les Juifs aux États-Unis, mêlant coopération et conflits a été l'objet d'études universitaires depuis les années 1970.... L'aspect le plus important de cette relation est la coopération qui exista entre les deux groupes au sein du Mouvement des droits civiques visant à la fin de la ségrégation raciale. Mais des conflits et controverses portant sur des sujets tels que le Black Power, le sionisme, l'affirmative action et le rôle des Juifs dans la traite des Noirs ont aussi marqué les rapports entre ces deux groupes.

Début du Marcus Garvey (1887–1940), un leader politique noir d'origine jamaïcaine fut l'un des pères fondateurs du panafricanisme et dirigea la Universal Negro Improvement Association and African Communities League visant à l'amélioration du sort des Noirs et au retour des Afro-Américains en Afrique. Ces positions conduisirent de nombreux Juifs américains à le comparer aux leaders du sionisme. Un des exemples illustrant ce parallèle est la volonté de Garvey que l'ancienne colonie d'Afrique orientale allemande soit octroyée aux Noirs à l'occasion de la conférence de la paix de Paris (1919). Il est à noter cependant que Garvey, dans les colonnes de son journal, le Negro World critiquait régulièrement les Juifs, les accusant de vouloir nuire à la population noire de l'Amérique..

La médiatisation du lynchage de Leo Frank, un Juif de Géorgie en 1915 par des émeutiers sudistes contribua à rendre les Juifs plus sensibles au sort des Noirs dans le Sud et à la similarité entre leurs situations, créant un sentiment de solidarité entre ces deux populations., mais le procès eut aussi pour conséquence de dresser les Juifs contre les Noirs, les avocats défendant Frank ayant pointé l'implication dans l'affaire d'un gardien noir, Jim Conley qualifié de « nègre sale, dégoûtant, noir, ivrogne et menteur » ()..

On note dans les publications juives américaines du début du une sensibilité particulière face à la violence exercée contre les Noirs. Elle est souvent comparée aux pogroms exercés contre les Juifs en Europe de l'Est. Le rejet de ces actes est motivé par des principes de justice et le désir d'abolir le racisme institutionnel dans ce pays.. Durant les premières décennies du , les leaders de la communauté juive usèrent de leur influence et de leur pouvoir économique, appuyant les œuvres philanthropiques en direction de la population noire et exerçant un lobbying pour que soit garantie l'égalité des droits. L'historienne souligne « qu'ils firent en sorte que leurs actions soient bien relayées dans les médias » (), ceci dans le cadre d'une stratégie visant à asseoir l'influence politique croissante des Juifs. Julius Rosenwald, un philanthrope juif, consacra une large part de sa fortune au financement de l'éducation des noirs du Sud. Les Juifs jouèrent un rôle majeur dans la fondation de la National Association for the Advancement of Colored People, une association qui joua un rôle historique dans la lutte pour l'égalité des droits des Afro-Américains. Parmi les Juifs qui en ont été membres, , son premier président, , , et plus récemment ..

Relations économiques Après la guerre de Sécession, des commerçants et des propriétaires juifs entrèrent en relation commerciale avec des clients et des locataires noirs, répondant ainsi souvent à une demande non traitée par les autres entrepreneurs blancs. Cela fut le cas aussi bien dans les villes du Nord telles New York que dans la plupart des régions du Sud. Les commerçants juifs avaient tendance à être plus courtois avec la clientèle noire, les traitant avec plus d'égards que leurs concurrents. Ainsi, les Noirs avaient souvent plus de contacts avec les Juifs qu'avec les autres Blancs..

En 1903, l'historien noir W. E. B. Du Bois indiquait que les Juifs étaient dans le Sud les successeurs des magnats esclavagistes : « Le Juif est l'héritier du magnat esclavagiste à Dougherty [Géorgie] ; et quand l'on va vers l'ouest, s'étendent à perte de vue champs de maïs et vergers luxuriants de pêches et de poires, on voit de tous côtés, à l'intérieur du périmètre de la forêt sombre une terre de Canaan. Çà et là, des contes de projets lucratifs, nés durant la période mouvante de la Reconstruction, sociétés de "rénovation", négociants en vin, minoteries et usines ; presque tous échouèrent, et le Juif en hérita ».

Le romancier noir James Baldwin (1924–1987), qui a grandi à Harlem, a exprimé une opinion des Juifs représentative de celle de nombreux Noirs d'Harlem de cette époque : « [...] à Harlem [...] nos [...] propriétaires étaient des Juifs, et nous les détestions. Nous les détestions car ils étaient de mauvais propriétaires et ne prenaient pas soin des immeubles. Le propriétaire de l'épicerie était un Juif [...] Le boucher était un Juif et, oui, nous payions certainement plus pour de mauvais morceaux de viande que d'autres citoyens new-yorkais, et très souvent, nous rapportions des insultes à la maison en même temps que notre viande [...] et le préteur sur gage était un Juif, peut être celui que nous détestions le plus.

Martin Luther King a souligné que l'un des aspects permettant d'expliquer l'antisémitisme noir est lié à la relation propriétaire-locataire : « Quand nous travaillions à Chicago, nous avons mené de nombreuses grèves de loyer dans le West Side, et il est malheureusement vrai que, dans la plupart des cas, les personnes contre qui nous avions à mener ces grèves étaient des propriétaires juifs [...] Nous vivions dans un appartement insalubre, appartenant à un Juif, comme bien d'autres, et nous avons dû entrer en grève de loyer. Nous payions pour quatre chambres délabrées et décrépites, et [...] nous découvrîmes que les Blancs [...] payaient seulement par mois. Nous payions une taxe de 20 pour cent. Le Noir finit ainsi par payer une taxe de couleur, et cela est survenu dans des situations où les Noirs affrontaient des Juifs en tant que propriétaires et commerçants. Les affirmations irrationnelles qui ont été faites sont le résultat de ces confrontations ».

Industrie du spectacle vignette|droite|Al Jolson grimé en Noir dans Le Chanteur de jazz (1927). Les producteurs juifs produisirent de nombreuses œuvres traitant de la thématique afro-américaine pour l'industrie du cinéma, Broadway et l'industrie musicale. Beaucoup de ces représentations des Noirs étaient bienveillantes, mais l'historien Michael Rogin pointe le fait que certaines de ces représentations pouvaient relever de l'exploitation..

Rogin traite aussi des situations lors desquelles des acteurs juifs tels Al Jolson interprétaient des personnages noirs en se grimant selon la technique du blackface. Rogin indique que de telles représentations n'étaient pas la manifestation d'un racisme ouvert, mais simplement un reflet des usages de cette époque, les Noirs ne pouvant en ce temps tenir des rôles principaux : « Les blackface des Juifs ne dénotaient pas un racisme juif distinctif, pas plus qu'elle ne produisirent un antisémitisme noir distinctif ».

L'historien Jeffrey Melnick souligne que des artistes juifs tels Irving Berlin et George Gershwin (compositeur de Porgy and Bess, un opéra traitant de la vie des Noirs) suscitèrent le mythe selon lequel ils étaient les interprètes idoines de la culture noire « poussant ainsi de côté les « véritables » Noirs américains dans l'intervalle ».. À contre-courant de l'opinion des musiciens noirs et des critiques selon lesquels les Juifs dans l'industrie musicale jouèrent un rôle pionnier pour l'adoption de la musique noire par le grand public, Melnick déclare que « bien que les Juifs comme les Africains-Américains aient nourri le discours sur l'affinité musicale, les fruits de ce travail revenaient exclusivement à ces derniers ».

Mouvement des droits civiques La coopération entre organisations juives et afro-américaines a culminé dans la période d'après-guerre, au point que l'on parle à ce propos d'âge d'or des relations judéo-afroaméricaines. À cette époque, les dirigeants des deux groupes ont uni leurs forces dans la lutte pour les droits civiques, mouvement visant à instaurer une véritable égalité entre personnes de toutes origines aux États-Unis. Les Juifs ont fondé et dirigé plusieurs des organisations qui se sont illustrés dans ce combat.. Le point d'orgue de cette coopération est survenu lorsque le Civil Rights Act de 1964 a rendu illégale toute discrimination religieuse ou raciale à l'école ou dans les lieux publics et que le Voting Rights Act adopté en 1965 a mis fin aux limites touchant le vote des Noirs.

Cet engouement des Juifs pour la cause noire s'explique à la fois par la résonance spécifique que l'esclavage a dans la culture juive ainsi que par l'intérêt propre que les Juifs avaient à voir le sort des Noirs s'améliorer. Selon les termes de l'historien Greenberg, « Il est significatif que [...] un nombre disproportionné d'activistes blanc du mouvement des droits civiques aient aussi été Juifs. Les associations juives s'impliquèrent aux côtés de leurs homologues africaines-américaines d'une manière bien plus profonde et engagée que ce que firent d'autres organisations blanches principalement parce que leurs membres, leur interprétation des valeurs juives et l'intérêt personnel des Juifs les poussaient en ce sens ».

L'implication des Juifs dans le mouvement des droits civiques était souvent corrélée avec la branche du judaïsme à laquelle ils s'identifiaient : les Juifs réformés y participaient plus fréquemment que les Juifs orthodoxes. De nombreux juifs réformés ont été guidés par les valeurs trouvant écho dans la plate-forme de Pittsburgh de 1885 qui les exhortait à "participer à la grande œuvre des temps modernes, résoudre, sur la base de la justice et de la vertu, les problèmes constitués par les inégalités et les fléaux présents dans l'organisation sociale actuelle."

Les figures religieuses tels que les rabbins et les pateurs baptistes des églises noires ont souvent joué un rôle déterminant dans le mouvement des droits civiques, notamment Abraham Joshua Heschel, qui a défilé avec Martin Luther King lors des manifestations de Selma à Montgomery . Seize dirigeants juifs ont été arrêtés après avoir répondu à l'appel à manifester de Martin Luther King à Saint Augustine en Floride, en . Cela a représenté la plus importante arrestation de rabbins de l'histoire américaine.. À ce sujet, , président de la Foundation for Ethnic Understanding a écrit en 1999, Shared Dreams: Martin Luther King Jr. and the Jewish Community, retraçant la relation historique entre les Afro-Américains et les Juifs américains afin d'encourager un retour à des liens étroits après des années d'animosité ayant atteint leur summum lors des émeutes de Crown Heights à Brooklyn.

Meurtre de militants juifs des droits civiques droite|vignette|Andrew Goodman Durant l'été 1964, appelé le Freedom Summer, de nombreux juifs du Nord et de l'Ouest américain se rendent dans le Sud pour participer à un effort coordonné d'inscription des électeurs. Deux militants juifs, Andrew Goodman et Michael Schwerner, et un militant noir, James Chaney, sont assassinés par le Ku Klux Klan près de Philadelphie (Mississippi), à la suite de leur participation. Leur mort, considérée par certains comme un martyre, renforce temporairement les relations entre Noirs et Juifs.

Interrogations sur Certaines études récentes suggèrent que (1955-1966) des relations entre Noirs et Juifs n'était pas si idéal qu'il est souvent décrit.

Le philosophe et activiste Cornel West affirme qu'il n'y a pas eu d'âge d'or dans lequel . West déclare que cette période de coopération entre Juifs et Noirs est souvent minimisée par les Noirs et romancée par les Juifs : .

L’historienne souligne que seuls quelques centaines de Juifs non originaires du Sud se sont rendus dans les États du Sud pour soutenir les Noirs et que leurs

Le politologue Andrew Hacker écrit :

Les Juifs du Sud dans le mouvement des droits civiques