Notre-Dame-de-Tronoën est une chapelle de pèlerinage du qui dépend de la commune de Saint-Jean-Trolimon, en Pays bigouden. Elle est située dans la baie d'Audierne, qu'elle domine à 30 mètres de hauteur, à au nord de Saint-Guénolé et de Penmarc'h dans le Finistère sud. Elle est célèbre par son calvaire, le doyen des grands calvaires bretons.
Toponymie
La signification du nom reste indécise et offre deux hypothèses. Soit, la plus couramment admise mais la moins convaincante, celle composée de tro, signifiant vallée (évolution de tnou en celte ancien en tro moderne), et aon rivière ; soit, proposée par R. Gouzien, celle de tro et oan, brebis, donnant Tro-an-oan, puis Tronoan. Mais le tréma sur le e de Tronoën, adopté dans la graphie française, rendrait compte de la forme plurielle de brebis oen ou ein, la vallée des brebis. À l’appui de son hypothèse, R. Gouzien signale d’autres noms de lieux se référant dans le voisinage de Tronoën à l’élevage du mouton, prépondérant au Moyen Âge. Il y a Kerveltre évoquant gweltre, ciseau servant à la tonte et, sur la route de Saint-Jean, le Meot pluriel de maout signifiant mouton ou encore Kroaz ar Gloaneg, Croix de la Lainerie.
Histoire Le site est occupé depuis des temps très lointains. De nombreuses découvertes archéologiques attestent de cette occupation millénaire. Une présence humaine est avérée dès le Néolithique par une pierre mégalithique brisée à l’aplomb du calvaire. Au second âge du Fer (période celtique du av. J.C.) un oppidum se développe entre la chapelle actuelle et le hameau de Kerviltré, cent mètres plus au nord. Il fut occupé plusieurs siècles et doté d’un temple (Fanum) entre le et le av. J.-CIl y fut exhumé des objets cultuels en fer (armes pliées rituellement), des urnes funéraires, des fibules et des fragments d’un casque italo-celtique en fer et en bronze, ce qui en fait à ce jour le site le plus ancien de l'ouest de la Gaule. qu'une route antique desservait depuis Quimper, dans le prolongement de la grande voie qui prenait en écharpe l’Armorique depuis la baie de Saint-Brieuc en passant par Carhaix et Penmarc’h. Elle suivait un itinéraire qui la menait aux entours d’un autre site sacré celtique marqué encore aujourd’hui par le calvaire de Kerbreudeur en Saint-Hernin, qui a beaucoup de points communs avec celui de Tronoën. En devenant gallo-romain, au culte des morts gaulois succède celui de Vénus Anadyomène, la Vénus sortie des eaux, comme le montrent les ex-voto de terre cuite mis au jour lors des fouilles menées en 1876 par Paul du Châtellier.. Au cours des siècles les vertus sacrales se perpétuent et Vénus devient Marie.
La chapelle La chapelle de Tronoën, de plan rectangulaire ( de long pour de large), se compose d’un vaisseau principal, de deux fois deux travées séparées par un puissant arc diaphragme qui supporte un clocher à trois flèches, d’un bas côté au nord et d’un chevet plat à l’est. Les voutes sont en ogive, celles des quatre travées de la nef, dotées de liernes, ont une composition octopartite des voutains, alors que celles du bas côté sont quadripartites. La chapelle s’apparente aux rares édifices bretons du aux voutes appareillées, tels Le Folgoët, Kernascleden ou Locronan, sanctuaires de pèlerinage construits autour des années 1420-1430. La prospérité économique du règne du duc de Bretagne Jean V (1389-1442) permet l’édification d’une multitude de sanctuaires encouragée par les ordres mendiants dès la fin du .
Le collatéral au nord a subi, à une date inconnue, un remaniement comme le révèle l’ancienne limite du mur primitif visible à l’extérieur sur les pignons est et ouest, et les vestiges d’une balustrade et de gargouilles à l’est. Cinq fenêtres géminées aux arcs trilobés et remplages de style flamboyant éclairent la nef et le collatéral. La grande verrière du chevet est formée de cinq lancettes surmontées d’une rosace dont le remplage en gothique rayonnant est constituée d’un réseau de neuf quadrilobes qui évoque modestement dans sa composition, les roses des carmes de Pont-l'Abbé (1406 ou 1411) et plus particulièrement celles du pignon occidental. Parmi les armoiries de cette verrière, décrite par Gabriel Puig de Ritalongi avant sa destruction à la fin du , figurait le blason de Rosmadec par alliance, mais ne figurait pas encore celui de RostrenenLes vitraux actuels posés en 1991, sont l’œuvre du maître verrier Michel Petit de Luigny (Eure-et-Loir).. Ce qui induit qu’elle fut posée entre 1420 et 1440, antérieurement au mariage de Jean du Pont avec Marguerite de Rostrenen. Il est possible que la construction ait été voulue par son père, Hervé du Pont (†1426) et son épouse, Marie (1390-1457), nièce de l'évêque Bertrand de Rosmadec (†1445) qui fut conseiller et aumônier des ducs Jean IV et Jean V, et évêque de Cornouaille de 1416 à 1444. Grand bâtisseur, l’évêque acheva le couvent des Carmes de Pont-l'Abbé par un cloître en 1411 et entreprit de nombreuses constructions dans Quimper dont la nef et le porche ouest de la cathédrale. Dans ce contexte, les dates de 1420-1430 sont vraisemblables pour situer l’édification de la nouvelle chapelle, voulue par ce puissant lignage de Cornouaille, lié à la cour ducale. Deux portes s’ouvrent sur la façade au sud. La principale, rehaussée de deux marches, est entourée d’un porche en plein cintre dessinée par une archivolte en accolade et fleuron dont les voussures s’appuient sur des colonnettes. Elle s’inscrit dans un haut gable surmonté de rampants à crochets, d’un fleuron et de deux pinacles posés sur les piles encadrant l’entrée. De chaque côté, sous le porche, au-dessus de deux banquettes se faisant face, se succèdent huit niches, coiffées de deux arcs en accolade, surmontés d’un fleuron. Les sculptures des apôtres auxquels elles étaient destinées, n’existent plus. Le porche est vouté en croisée d’ogives quadripartites et s’ouvre par une porte en plein cintre à deux voussures prolongées par des colonnettes, qui donne accès à la nef.
Vers l’est, une porte nobiliaire de plain-pied, ouvre directement sur le chœur. Trois voussures en plein cintre terminées par une archivolte à crochets surmontée d’un fleuron et deux étroites piles sommées de leur pinacle, entourent l’embrasure de la porte. Le gable est surmonté, comme pour le porche, de rampants à crochets et d’un fleuron aujourd’hui brisé.
À gauche, à l’extérieur en avant de la porte, surmonté d’une accolade se trouve un bénitier sculpté dans le retour du contrefort de la tourelle d’escalier. Au-dessus, un visage énigmatique, difficilement visible, se cache derrière le pinacle. Appelé « le guetteur », il semble être là, non pour scruter le monde visible réduit de son champ de vision, mais plutôt pour enjoindre les pèlerins qui le découvriraient, à porter leur regard vers l’invisible des mystères divins, rôle dévolu aux images au Moyen Âge.
À l’ouest une simple porte en tiers-point perce le pignon de même qu’au nord une porte à anse de panier en accolade s’ouvre dans le collatéral.
Les sculptures À l’intérieur, sur le pilier de l’arc diaphragme, une Vierge de la fin du , repose sur une console sculptée de deux chiens affrontés, qui pourraient évoquer le nom des Dominicains dont la forme latine, en jouant sur les mots, donnait Domini canes (chiens de Dieu), suggérant un intérêt des frères Prêcheurs pour cet important site de pèlerinage.
Au chevet, de part et d’autre de la verrière, se place une Annonciation de la fin du , avec la Vierge à gauche tenant le Livre et l’archange à droite. Une forte symbolique préside à cette disposition, puisque le verre est l’emblème du corps marial : image de la virginité de Marie, le vitrail est traversé par la lumière sans s’altérer, comme le verbe de Dieu traverse le corps de Marie sans le corrompre"Comme la splendeur du soleil traverse le verre sans le briser, et pénètre sa solidité de son impalpable subtilité sans le trouer quand elle entre et sans le briser quand elle sort, ainsi le verbe de Dieu, la lumière du Père pénètre l'habitacle de la Vierge et sort de son sein intact." Saint-Bernard de Clairvaux, "Commentaire du mystère de Marie".. Au-dessous, installée au début du , est placée une monumentale pierre d’autel qui fut à l’origine une table d’offrande exhumée du sol de la chapelle vers 1890. Sa longueur exceptionnelle (5,35 m) bouche les deux niches encastrées dans le mur du pignon. Sa positon originelle est inconnue mais sa dimension est en accord avec l‘affluence des pèlerins qui devaient y déposer leurs offrandes en nature.
D’autres sculptures se répartissent sur les autels secondaires : dans le collatéral, saint Maudez et sainte Barbe, sur des consoles de part et d’autre de la baie et deux anges adorateurs du posés sur l’autel. Sur un autel d’offrandes, situé entre les deux travées du chœur, sont placées deux sculptures provenant du calvaire de Saint-Evy en Kerbascol : une Vierge de pitié et une Vierge à l’enfant accolée à un Christ en croix sans tête ().
Sur le mur nord du collatéral un saint Sernin du tient la tunique du Christ lors de son baptême.
Les clefs de voute sont ornées de blasons aujourd’hui muets, la polychromie ayant disparu, sauf pour le blason de Kerguiffinec (trois bandes, surmontées de trois hermines), sculpté à la clé de la deuxième travée de la nef. Une tête orne la clé de la troisième travée du bas-côté.
Au culot de la voussure à l’angle nord–ouest, au-dessus de la porte de communication avec la sacristie, est représentée une tête de mouton en lien peut être avec la toponymie supposée de Tro-an-oen (vallée des brebis).
Au mur ouest un Christ en croix de la fin du , à l’aplomb de la porte et au-dessus de ce qui dut être une tribune comme le laissent penser les colonnettes d’angle des retombées de la voute interrompues à l’emplacement supposé du plancher auquel on accédait par une ouverture pratiquée dans le bas-côté. Une simple fenêtre au sud éclaire cet espace.
Le clocher Le clocher domine la baie de ses trente mètres, posé au centre de la chapelle, soutenu par l’arc diaphragme. Une chambre de cloches centrale percée de six arcatures reçoit la flèche octogonale et quatre pinacles aux angles encadrent des frontons ajourés de petites baies et d’oculi. Les arêtiers sont hérissés de crochets et la pointe se termine par un fleuron. Deux clochetons symétriques, aussi de plan octogonal, reposant sur des massifs de pierre dont l’un reçoit la cage de l’escalier à vis, sont accolés de part et d’autre du clocher central. Ils en sont reliés par une galerie, délimitée par une balustrade à décor trilobé et décorée de six gargouilles.
La sacristie Relevée en 1995, la sacristie accrochée au pignon ouest dans l’alignement du mur gouttereau de la chapelle, adopte un plan rectangulaire. On y entre par une porte en anse de panier au sud ou par la porte de l’intérieur de la chapelle située au fond du collatéral nord. D’étroites ouvertures chanfreinées ou moulurées en cavet, y laissent pénétrer une chiche lumière.
La fontaine de dévotion Située en contrebas vers l’ouest, le long de la route qui conduit à la mer, la source est signalée par un édicule constitué d’une niche surmontée d’un fronton. Elle alimente un lavoir en pierres de taille et une mare. Le culte préchrétien de l’eau a été christianisé en attribuant aux sources la protection d’un saint. À Tronoën ce sera saint Maudez dévoué à la guérison des piqûres. Les anciennes croyances païennes coexistent avec les nouvelles pratiques chrétiennes dont le culte et les rites de l’eau sont si profondément implantés dans la culture populaire et rurale qu’ils sont restés actifs jusqu’à nos jours.
Depuis 2012, le pardon de la chapelle de Tronoën est dédié aux surfeurs.
Le calvaire vignette|redresse|Calvaire de Tronoën (face est).