vignette|Exemple de pavillon pirate traditionnellement utilisé au par certains pirates comme Edward England ou Samuel Bellamy. La piraterie ou forbannerie est une forme de banditisme pratiquée sur mer par des marins appelés pirates ou forbans, mais aussi sur terre et par extension, sur Internet. Les pirates ne se limitent pas aux pillages de navire, ils ravagent également les petites villes côtières et les arrière-pays parfois loin des côtes en remontant les cours d'eau, ce qui conduit l'historien Hubert Deschamps à définir la piraterie comme étant du brigandage maritime., tandis que le droit international contemporain les distingue en fonction du lieu où sont commis les faits : en haute mer dans le cas de la piraterie, et dans les espaces maritimes sous souveraineté étatique dans le cas du brigandage.
Étymologie et définition Le mot pirate vient du latin , « celui qui tente la fortune, qui est entreprenant » , qui s'est imposé devant le terme . est un emprunt au grec ', « brigand, bandit qui court les mers pour attaquer les navires », mot avec spécialisation de sens dérivé du verbe , « s'efforcer de, essayer de, tenter sa chance à l'aventure » qui est aussi à l'origine du nom « Pirée »Alain Rey, « Pirate », in Dictionnaire historique de la langue française, Paris, Le Robert, 2010, p. 1651b.. Cicéron déclare les pirates de l'Antiquité « ennemis du genre humain » (Hostis humani generis) car ils échappent aux catégories habituelles du droitDaniel Heller-Roazen, L'Ennemi de tous : le pirate contre les Nations, 2010, Éd. Seuil.. Au Moyen Âge, la signification du terme « pirate » se restreint pour désigner plus spécifiquement des bandits qui parcourent les mers pour piller des navires marchands.
Le forban (de fors et ban, « hors du ban », « hors de la loi ») est un synonyme de pirate.
Les pirates se distinguent des corsaires, qui sont des civils faisant la guerre sur mer avec l'autorisation de leur gouvernement (grâce aux lettres de marque), selon les lois de la guerre, avec un statut équivalent aux militaires mais sans être soumis à l'autorité d'un état-major et au contraire d'une façon indépendante. La confusion entre pirates et corsaires résulte de plusieurs faits : jusqu'à la fin du Moyen Âge, les termes de corsaire et pirate, synonymes, étaient employés indifféremment (pour les distinguer, il faut qu'un État souverain délivre une lettre de marque - or l’État souverain n'apparaît en Europe qu'au cours des ) ; les corsaires faisaient la guerre aux nations ennemies en s'attaquant à leur commerce mais, sans ressources en temps de paix, ils devenaient pirates (comme Francis Drake ou Jean Ango). Cette apparence ne doit pas faire oublier qu'ils respectaient en général la vie et les biens personnels ; seul le navire et le fret faisaient l'objet de la prise, une enquête établissait si la prise avait été légitime et le bien était rendu si tel n'avait pas été le cas. Notons toutefois qu'un corsaire autorisé par un État particulier était qualifié de pirate par les États ennemis. Tout corsaire, donc, est un pirate du point de vue d'un État tiers. L'épisode de la prise du navire portugais Santa Catarina en 1603 par un corsaire hollandais, accusé de piraterie par les Portugais, illustre bien l'ambiguïté de la distinction entre corsaire et pirate - cet incident diplomatique est d'ailleurs à l'origine de la rédaction par le célèbre juriste Hugo Grotius du traité sur « La Liberté des Mers ». Anne Pérotin-Dumon résume bien la situation en écrivant que « savoir si quelqu'un ou non doit être qualifié de pirate est une question dont la réponse appartient à celui qui a le pouvoir »Pérotin-Dumon, Le Pirate et l'Empereur, , in J.D. Tracy, The political economy of merchant empires, Cambridge Univ. Press, 1991 (traduit de l'anglais)..
La piraterie a connu plusieurs périodes fastes, à la fin du en Méditerranée, et au dans les Antilles et l’océan Indien puis peu à peu disparu de ces régions, du fait du quadrillage des marines d'État. Le mot pirate est utilisé aussi dans différents contextes autres que maritime : le « pirate de la route », que l'on appelait autrefois « voleur de grand chemin », le « pirate informatique » , qui désigne un individu s'introduisant illégalement dans un système informatique. On parle parfois de « pirates » dans le cas de détournement d'avions : c'est le cas des pirates de l'air. Toutefois, il s'agit ici d'une déformation du sens de pirate car il s'agit d'actions terroristes, politiques et non de crimes de droit commun. Plus récemment, on évoque le cas des « biopirates », qui manipulent le vivant en dehors de tout cadre légal, souvent dans des laboratoires clandestins, afin de modifier certaines caractéristiques des espèces vivantes ou d'en créer de nouvellesDardel & Leblond, Main basse sur le génome, 2008, Éd. Anne Carrière..
Droit international contemporain vignette|Dans le golfe d'Aden, contrôle d'un esquif par des militaires du Carrier Strike Group 3, un batiment ayant signalé avoir été attaqué, dans le cadre de la défense de la piraterie autour de la Corne de l'Afrique. Décembre 2011. vignette|Des militaires de la Royal Navy interceptent des pirates lors d'une opération de lutte contre la piraterie dans le golfe d'Aden en 2010. Alors que le Moyen Âge et l'époque moderne ont repris une formule de Cicéron selon laquelle le pirate est , la CMB (Convention des Nations unies sur le droit de la mer signée à Montego Bay le , et entrée en vigueur en 1994) a donné une définition plus restrictive de la piraterie :
Le pirate est donc, selon le droit international contemporain, un criminel de droit commun intervenant en haute mer à partir d'un bâtimentInstitut de recherche stratégique de l'École militaire, colloque international La piraterie au fil de l'histoire : un défi pour l'État, La Rochelle, 9 mai 2012 : thème 1 « Terminologie et pratiques ».. Aux termes de la CMB, la piraterie ; elle se distingue du brigandage de mer, qui ..
Histoire vignette|Mosaïque représentant une trière romaine en Tunisie. vignette|Une flotte de Vikings (peinture du ). vignette|Cosaques d'Azof abordant un corsaire turc sur les côtes de la Mer Noire.
La piraterie existait déjà dans l'Antiquité. Toutes les civilisations anciennes ayant possédé une marine l'ont connue, les Phéniciens comme les Mycéniens, la mer étant considérée comme un espace libre où règne la . Lorsque les États deviennent plus puissants, à la piraterie s'ajoute la guerre de courseJean-Pierre Moreau, Pirates au jour le jour, Éd. Tallandier, 2009.
Jules César dut lui-même affronter la piraterie. Lors d'un voyage vers l'Orient entre les années et , il fut capturé par ceux-ci, à hauteur de l'île de Pharmacuse, à proximité de la ville de Milet en Asie Mineure. Dès sa libération contre rançon, il entreprit de se venger. Après avoir réuni en toute hâte une flottille, il surprit et captura les pirates qu'il fit exécuter et, en partie, crucifier. Pompée se rendit célèbre en nettoyant la Méditerranée des pirates ciliciens.
Les Vikings furent des pirates mais aussi des explorateurs, qui dévastèrent l'Europe occidentale de la fin du au début du .
Les Narentins sont des pirates slaves païens qui depuis leurs bases installées en actuelle Croatie, attaquèrent les navires marchands en mer Adriatique du avant d'être éliminés par les Vénitiens « Neretvani », sur enciklopedija.hr. En 928, les musulmans de Sicile recrutèrent ces pirates pour piller la Calabre, la Sardaigne et la Corse Michal Warczakowski, « Slavs of Muslim Spain », 2004..
La piraterie connaît son âge d'or dans les années 1660, lorsque Français, Anglais et Néerlandais attaquent les navires pleins d'or de la couronne espagnole. À partir de 1690, de nouveaux groupes opèrent dans l'océan Indien. Les pirates sont alors encouragés par les Anglais car ils rapportent de l'argent aux Antilles anglaises et en Angleterre. Mais ce n'est plus le cas à partir de 1700, où le commerce se mondialise. Entre 1716 et 1726 apparaît un mouvement pirate spontané, de à . Il n'a pas de soutien de la part de classes dirigeantes. Britanniques et Français vont coopérer pour le réduire, et ils pendront les pirates par centaines..
Dans le domaine du droit international la piraterie est généralement considérée comme le plus ancien exemple d'utilisation du principe de juridiction universelle. Piller les navires en haute mer, bloquer les routes commerciales ou mettre en danger les communications maritimes était considéré par les États souverains comme étant hostis humani generis (ennemi de l'humanité). Puisque la piraterie, par définition, est pratiquée en dehors des juridictions nationales, les poursuites engagées par des États souverains contre des pirates constituent une situation juridique exceptionnelle. Cicéron expliquait déjà dans son traité De officiis que, en tant qu'« ennemi de tous » (communis hostis omnium), le pirate ne devait pas être considéré comme un ennemi légitime, envers lequel on est tenu de respecter certains devoirs : ainsi, d'après le philosophe romain, l'obligation de tenir parole et d'honorer ses serments ne s'appliquait pas au cas où l'on a affaire aux piratesCicéron, Des devoirs|De oficiis, livre III, cité et commenté par Daniel Heller-Roazen, L'Ennemi de tous. Le pirate contre les nations, Seuil, La librairie du , 2010, ..
Piraterie aux Canaries vignette|250px|Fresque représentant l'attaque de Charles Windon à San Sebastián de La Gomera (1743). En raison de la situation stratégique de cet archipel espagnol en tant que carrefour des routes maritimes et pont commercial entre l'Europe, l'Afrique et l'AmériqueLa piratería. Enciclopedia Virtual de Canarias, c'était l'un des endroits sur la planète avec la plus grande présence de pirates.
Dans les îles Canaries, on distinguait : les attaques et le pillage continu des corsaires berbères, anglais, français et néerlandais; et d'autre part la présence de pirates et de corsaires de cet archipel, qui ont fait leurs incursions dans les Caraïbes. Des pirates et des corsaires tels que François Le Clerc, Jacques de Sores, Francis Drake, Pieter van der Does, Murat Rais et Horatio Nelson ont attaqué les îles. Parmi ceux qui sont nés dans l'archipel se distingue surtout Amaro Pargo, que le monarque Philippe V d'Espagne bénéficié fréquemmentLa evolución de una fortuna indiana: D. Amaro Rodríguez Felipe (Amaro Pargo) et l'a autorisé à construire un navire à destination de Campeche, qui était armé comme un navire corsaire.
Santa Cruz de Tenerife fut, surtout durant la première moitié du , le plus important centre de corsaires de la Macaronésie“Santa Cruz de Tenerife fue la capital corsaria de la Macaronesia la primera mitad del siglo XVIII” El Escobillón, 06/08/2018. La découverte récente de nombreux documents attestant d'une importante activité corsaire, menée principalement par des autochtones, des résidents et des habitants de l'île, confirme ce fait. Parallèlement, les nombreux navires pirates qui fréquentaient les eaux des Canaries utilisaient les ports côtiers. Ce fut le cas de Valle de Salazar ou de San Andrés, qui acquit la réputation de « port pirate » jusqu'à la construction de son château ou de sa tour de défensePiratas en Santa Cruz de Tenerife El Blog Feroz, 15/04/2013.
Terminologie Boucaniers : les pirates qui sévissaient dans la mer des Caraïbes étaient parfois appelés abusivement boucaniers. À l'origine soit aventuriers, soit déserteurs des différentes nations européennes, les boucaniers vivaient sans chef, et s'occupaient surtout du ravitaillement en viande fumée (« boucanées », d'où leur nom) des équipages de passage quels qu'ils soient. Ils élevaient des bœufs et chassaient les petits cochons sauvages. Ils se trouvaient dans le nord-ouest de Saint-Domingue et dans la baie de Campêche, mais ils avaient souvent leurs comptoirs à la Tortue. À l'occasion, il leur arrivait de se mêler à une expédition, mais ce n'était pas leur activité principale.