thumb|Coiffe de la région de Beuzec-Cap-Sizun. Penn Sardin (« tête de sardine », au pluriel Pennoù Sardin) est le nom donné à la population de Douarnenez, en Bretagne en France, depuis au moins le . Par extension il deviendra également celui de la coiffe des femmes de ce port de pêche ayant pris de l'importance au et au début du grâce à ce petit poisson bleuJean-Pierre Gonidec, Coiffes et costumes des Bretons, édition Coop Breizh, 2005.

Au début du , cette coiffe enserre une partie de la chevelure qui orne le front et, dans la plupart des communes, également la nuque. Elle est posée sur des bonnets qui permettent de coiffer la chevelure. Deux au minimum, et parfois trois, avec toujours un blanc au contact de la tête et un noir sous la coiffe pour mettre en valeur les broderies blanches. Cependant dans la presqu'île de Crozon, c'est un simple ruban sombre qui permet de préparer la chevelure, sauf pour les femmes âgéesJean-Pierre Gonidec; Les costumes de Douarnenez et de Ploaré ; Kazel hag Kazel 1987.

Le remplacement de l'outil industriel de la presse à sardine par la conserve au milieu du , va demander l'emploi d'une main d'œuvre importante, multipliant la population portuaire. Les filles des nouvelles familles venues de la campagne et notamment du cap Sizun porteront la coiffe et le costume traditionnel des ports de pêche de Douarnenez puis d'Audierne. Pour être plus à l'aise, les ouvrières d'usine diminuent la taille des ailes de la coiffe, puis la suppriment.

Cette coiffe est également présente dans les communes environnantes, associée tantôt avec le costume du milieu maritime, tantôt avec celui du milieu rural (Ploaré, Tréboul, Pouldavid sur mer, Le Juc'h, Poullan-sur-Mer Esquibien, Plouhinec.) Cette coiffe est également portée mais de manières différentes dans d'autres secteursJean-Pierre Gonidec; La coiffe Penn Sardin ; Armen numéro 101, mars 1999: dans les cinq communes occidentales de la presqu'île de Crozon ; Pont Croix et la partie Est de Beuzec Cap Sizun ; dans les ports de Sainte-Marine et de l'Île-Tudy (en pays Bigouden) et de Concarneau (en pays Giz Fouen). C'est la seule coiffe bretonne qui n'est pas attachée à un terroir groupé, mais qui est présente sur plusieurs territoires.

Domaine thumb|alt=|right|upright=1.3|Domaine de la coiffe penn sardin.

L'ethnographe René-Yves Creston relève, pour l'année 1939, une implantation de la coiffe penn sardin dans les communes suivantes :

Pays Penn Sardin (de Douarnenez à Audierne)

Dans le canton de Douarnenez Poullan-sur-Mer. Douarnenez, ainsi que trois communes qui lui seront rattachées en 1945 : Tréboul ; Ploaré, avec quelques restes glazik ; Pouldavid. Pouldergat.

Dans le canton de Pont-Croix La plus grande partie de Beuzec-Cap-Sizun, avec des restes kapenn à l'ouest. Meilars (qui deviendra Confort-Meilars en 2001), avec quelques restes glazik au sud. Le nord-est d'Esquibien, avec des restes kapenn. Pont-Croix. Il existe une coiffe locale à Pont-Croix, la pomponne, (dans la petite bourgeoisie) . C'est la coiffe que l'on voit sur le monument aux morts de la ville, œuvre de René Quillivic. Serge Duigou, in Serge Duigou, Jean-Michel Le Boulanger, Cap-Sizun : au pays de la pointe du Raz et de l'île de Sein, Plomelin, Palantines, 2005, 113.. Une grande partie d'Audierne, avec des restes kapenn au sud-ouest. La plus grande partie de Plouhinec, avec des restes kapenn et, au sud, des infiltrations bigoudènes. Les deux-tiers nord de Mahalon (avec des restes glazik au centre), le tiers sud étant bigouden.

Dans le canton de Plogastel-Saint-Germain La moitié nord de Guiler-sur-Goyen (la moitié sud est bigoudène). Une petite partie nord de Landudec (la plus grande partie de la commune est bigoudène).

Presqu'île de Crozon

Le domaine penn sardin de la presqu'île de Crozon comprend les cinq communes occidentales du canton de Crozon : Roscanvel Camaret-sur-Mer Crozon Lanvéoc Telgruc-sur-Mer

Pays Bigouden

Le port de Sainte Marine

Le port de l'Île-Tudy

Le port de Kérity à Penmarc'h dont les femmes portent la coiffe Poch Flak, une variante de la Penn Sardin.

Concarneau

Le port de Concarneau constitue une enclave penn sardin en pays Giz Fouen. Seul le centre-ville, proche du port, est penn sardin : Beuzec-Conq et Lanriec (communes qui seront rattachées à Concarneau respectivement en 1945 et 1959) sont giz fouen.

Histoire

Les conserveries commencent à s'implanter à Concarneau en 1851Louis-Pierre Le Maître, Concarneau : histoire d'une ville, Plomelin, Palantines, 2005, 105., à Tréboul (à côté de Douarnenez) en 1853. et à l'Île-Tudy en 1857Collectif, L'Île-Tudy de 1800 à nos jours, Île-Tudy, Association L'île aux idées, 2007, 92..

En 1850

En 1850, le territoire situé au nord du pays Bigouden se partage entre mode kapenn et mode glazik (dans le pays Glazik, l'homme est surnommé Glazik, et la femme Bourledenn ou BorledennCertaines sources donnent Bourledenn, d'autres Borledenn.). En effet, à cette époque, la mode glazik s'étend jusqu'à Poullan-sur-Mer, Meilars et Mahalon voisinant avec la mode kapenn. Cette dernière couvre le canton de Pont-Croix, à l'exception du centre de cette commune où se porte la pomponne, de Meilars et de Mahalon. La brugerez, dont parle Hyacinthe Le Carguet« Hyacinthe Le Carguet », sur audierne.info. est la forme ancienne de la kapenn.

La coiffe portée à Douarnenez et probablement dès cette époque à Audierne, Crozon ou Concarneau est déjà différente, notamment par la forme de son fond. De plus elle présente deux longues bandes pliées en deux qui descendent sur le buste et que l'on nomme entendements en français et chinkellou en breton.

En 1843 H. Lalaisse dessine dans ses croquis deux femmes portant cette coiffe. Les chinkellou de la plus jeune sont plus courts et sont suspendus au-dessus de la nuque. L'évolution est en marcheJean-Pierre Gonidec; costume et société; Coop Breizh/An Here - 2000. vignette|Ouvrières remplissant des boites d'huile dans une conserverie de Douarnenez, début du . En 1853, Douarnenez est le premier port sardinier de France. Cette année-là, une première usine de conserve ouvre à la pointe de Tréboul. Douarnenez compte trois conserveries en 1860, et près de 30 en 1880.

Dans la presqu'île de Crozon

Dans la presqu'île de Crozon, les conserveries commencent à s'implanter à Camaret en 1870, et à Morgat en 1872Marcel Burel, Didier Cadiou, Jean-Jacques Kerdreux, La Presqu'île de Crozon, Plomelin, Palantines, 2008, 141 et 142.. Ici, au contraire du territoire situé entre Audierne et Douarnenez, les entendements de la coiffe se nomment sparlou se portent différemment et la coiffe est appelée la penn maout.

« La grande grève »

thumb|alt=|right|upright=1|Distribution de vivres à la mairie de Douarnenez, lors de la crise sardinière de 1903. Quelques coiffes borlédenn se mêlent aux coiffes penn sardin, indiquant l'origine campagnarde de celles qui les portent..Les femmes d'usine, dit Jean-Michel Le Boulanger, Les Penn Sardin de Douarnenez ont déjà fait grève en 1905 pour obtenir d'être payées à l'heure, et non plus au cent de sardines. La grève de 1924, « la grande grève », porte sur une revalorisation du salaire.

Cette année-là, Douarnenez compte de conserve. Les ouvrières, qu'elles aient 12 ou , gagnent de l'heure. Elles travaillent en principe dix heures par jour, mais parfois jusqu'à d'affilée. Les patrons ignorent la loi des huit heures de 1919. Les heures passées à l'usine dans l'attente du poisson ne sont pas payées, les heures supplémentaires ne sont pas majorées, les heures de travail de nuit (en principe interdit pour les femmes) ne sont pas majorées.. Les revendications vont porter sur tous ces points.

La grève commence le dans une fabrique de boîtes. Elle s'étend à toutes les usines du port. Les (sur ) sont chaque jour en première ligne des manifestations, au cri de (« Cinq réaux ce sera »« Douarnenez : 1924, la grève des Penn Sardin », sur lautregrenelledelamer.over-blog.com, 4 octobre 2010., c'est-à-dire , ou ). Les patrons sont intraitables. Et les choses s'enveniment dans la deuxième quinzaine de décembre lorsqu'ils font appel à (briseurs de grève), recrutés dans une officine spécialisée de la rue Bonaparte, à Paris. Le préfet destitue le maire communiste, Daniel Le Flanchec. La grève Le , au débit L'Aurore, les jaunes tirent plusieurs coups de feu sur Le Flanchec, l'atteignant à la gorge, blessant grièvement son neveu et touchant quatre autres personnes.

On apprend que deux conserveurs, Béziers et Jacq, ont remis aux jaunes la somme de (l'équivalent de de travail de leurs ouvrières). Ils risquent la cour d'assises. Le préfet menace de porter plainte contre le syndicat des usiniers. Le , ce dernier pousse à la démission ses membres les plus durs. Le , après de grève, des accords sont signés : toutes les heures de présence à l'usine sont désormais payées, les femmes obtiennent un relèvement de leur salaire horaire à un franc, une majoration de 50 % des heures supplémentaires et de 50 % pour le travail de nuit ; aucune sanction pour fait de grève ne sera prise.

Considérée comme par la CGTU, la grève des Penn Sardin marque une date dans l'histoire des luttes syndicales. La chanson Pen Sardin, écrite en 2004 par Claude Michel (1936-2023) leur rend hommage et est devenu un hymne de résistance repris dans les manifestations sociales.

Joséphine Pencalet

À une époque où les femmes n'ont pas le droit de vote, quelques mois après la grande grève, le , une femme d'usine de Douarnenez, Joséphine Pencalet, est élue sur une liste du Parti communiste (SFIC). Elle est l'une des dix premières femmes de France élues conseillères municipales. Elle siège dans six conseils municipaux (aucun n'est invalidé), avant que le Conseil d'État n'invalide son élection.

Déclin

Le port de la coiffe penn sardin décline fortement de 1925 à 1945, pour disparaître doucement dans les dernières années du siècle.

Coiffe Chaque secteur tient à affirmer son identité. La coiffe penn sardin de la presqu'île de Crozon diffère de celle de Douarnenez : les lacets sont plus larges et la cocarde en forme de nœud plat, sur la nuque, est plus importante, . Et la coiffe de Douarnenez diffère de celle de Concarneau. Cette dernière se porte avec un chignon très formé et un grand nœud, tandis que celle de Douarnenez est plus pointue et portée plus en arrière« Le cercle celtique Ar Rouedou Glas », sur filetsbleus.free.fr..

Pour les femmes du milieu maritime, la coiffe en usage pour les mariages, communions ou pour les jeunes filles désignées pour porter les enseignes paroissiales lors de processions religieuses, est la cornette formant deux volutes. Elle est présente depuis au moins le tout début du . Les femmes de la campagne se marient avec la penn sardin dont les broderies sont plus élaborées que sur les coiffes habituelles et assorties à un petit col.

Costume

Une différence de costume apparaît entre les femmes du milieu maritime et celles du milieu rural de Douarnenez et d'Audierne. Dans la presqu'île de Crozon les deux corporations portent le costume du milieu maritime et dans la campagne de Concarneau c'est la mode giz fouen qui est portée, influençant dans ces techniques de décors les coiffes penn sardin et les cornettes de la ville close du port de pêche.

Ouvrières

Le costume de travail des ouvrières se compose d'une coiffe, d'un chemisier, d'un petit châle court ou d'une pèlerine de grosse laine, d'une jupe de laine, et d'un tablier à bavette« Cercle celtique Korriged Is », sur filetsbleus.free.fr..

Le costume de fête se compose d'une coiffe, d'un corselet de soie ou de satin (de couleur), d'un grand châle noir brodé en mérinos fermé par un jabot de dentelle, d'une jupe de soie et d'un tablier de satin brodé.

Le costume d'ouvrière est porté dans la presqu'île de Crozon, à Audierne, dans la partie nord de Plouhinec, à Tréboul, à Douarnenez, à Pouldavid, à l'Île-Tudy, à Sainte Marine et à Concarneau.

Rurales