Marie-Catherine Desjardins, dite Madame de Villedieu, née vers à Alençon ou à la Rochelle et morte le au manoir de Clinchemore à Saint-Rémy-du-Val, est une poétesse, dramaturge et romancière française.

Biographie

Enfance et famille Née vers à Alençon, ou plus vraisemblablement à La Rochelle, ainsi que l'ont montré de récents travaux., Marie-Catherine Desjardins est issue de la petite noblesse terrienne. Fille d’un couple au service d’une famille illustre, les Rohan-Montbazon, elle ne garde de son père aventureux, Guillaume Desjardins, qu’un souvenir de violentes chicanesIl dépose, le 22 février 1655, une requête contre sa fille et son neveu, François Desjardins de Saint-Val, qu’il accuse de s’être liés secrètement par une promesse de mariage.. Ses parents se séparent alors qu’elle est encore très jeune, ce qui lui donne une indépendance et une liberté assez rares pour l’époque : installée dans le Paris de l’après-Fronde, Tallemant des Réaux dit d’elle qu’elle y .

Carrière d'autrice

Ses débuts Dans la capitale, Marie-Catherine Desjardins compense rapidement son manque de naissance et de richesse, mais aussi sa laideur, par l’exercice de son esprit, lequel, de son propre aveuPortrait de Mademoiselle Desjardins par elle-même, est brillant ; elle le prouve notamment à travers les premières poésies qu’elle compose, mais aussi ses portraits. On l’admire dans les salons parisiens où elle s’acquiert de solides protections (Anne-Marie-Louise d'Orléans, Marie de Nemours, le duc de Saint-Aignan, Hugues de Lionne…).

Les scandales L’année de ses dix-huit ans, Marie-Catherine fait la rencontre décisive de son existence en la personne d'Antoine II de Boësset (1635-1667), fils d’Antoine de Boësset, sieur de Villedieu, surintendant de la musique de la Chambre et frère puiné de Jean-Baptiste Boësset qui succède à leur père à la musique de la ChambreNorbert Dufourcq, « Un musicien, officier du roi et gentilhomme campagnard au . Jean-Baptiste de Boesset (1614-1685)», Bibliothèque de l'École des Chartes, 1960, 1960, 118, p. 97-165. Numérisé sur persee. Commence une liaison tumultueuse célébrée par l’écrivaine dans un sonnet intitulé « Jouissance » et jugé scandaleusement libertinJouissance, 1658 :

Après une promesse solennelle de mariage signée en Provence, devant prêtre et notaire, le , survient la rupture définitive en . Au cours du « tragique étéMicheline Cuénin » de la même année, Marie-Catherine Desjardins voit son amant mourir au siège de Lille et sa correspondance amoureuse publiée prétendument sans son consentement par le libraire-éditeur Claude BarbinLettres et billets galants, . C’est forte de cette seule promesse que Marie-Catherine Desjardins peut se faire appeler « de Villedieu » et se faire officiellement considérer, avec l’approbation de sa belle-famille, comme sa veuve.

Dramaturge renommée Marie-Catherine Desjardins donne trois pièces à la scène : la tragi-comédie Manlius, jouée avec succès par les comédiens de l’hôtel de Bourgogne en et qui suscite une querelle entre Donneau de Visé et l’abbé d’Aubignac concernant l’authenticité historique de la pièce ; la tragédie Nitétis, jouée le ; et la tragi-comédie Le Favori, créée le par la Troupe de Monsieur sur la scène du Palais-Royal, puis donnée à Versailles le soir du suivant devant la famille royale et ses invités.

La pièce Le Favori s'intitule au départ La Coquette, ou le Favory. Lors de sa représentation à Versailles, Molière écrit un prologue aujourd'hui perdu, mettant en scène parmi le public une marquise et un marquis ridicule. Les intermèdes musicaux sont signés par Jean-Baptiste Lully et les décors par Carlo Vigarani. Malgré le bon accueil de cette pièce, qu'elle dédie au ministre Hugues de Lionne, Marie-Catherine Desjardins délaisse ensuite son activité de dramaturge pour se tourner résolument vers l’écriture romanesque.

Romancière et invention du roman-mémoire Les succès s’enchaînent au prix d’un intense labeur : de à , pressée par de sérieuses difficultés financières, la romancière ne cesse d’écrire et de publier. Avec ses Mémoires de la vie de Henriette-Sylvie de Molière, parues en , elle invente le genre littéraire du roman-mémoires. Les célèbres Désordres de l’amour () marquent son retrait officiel de la scène littéraire. Un an plus tard, Louis XIV lui accorde la pension royale tant sollicitée, mais celle-ci est bien mince et s'élève à 600 livres.

Publications post-mortem En , « Madame de Villedieu » épouse Claude-Nicolas de Chaste, chevalier, sieur de Chalon. Union éphémère, puisque l’officier meurt deux ans plus tard, non sans avoir permis à Marie-Catherine de devenir mère pour la première fois, à l’âge de trente-huit ans. Retirée dans la demeure familiale, à Clinchemore, auprès de sa mère et de ses frère et sœur François et Aimée, de Chaste y meurt le . C’est là que Claude Barbin s’empare des dernières productions de l’écrivaine (Le Portrait des faiblesses humaines, posth. ; Les Annales galantes de Grèce, posth. ).

Le succès littéraire de Marie-Catherine de Villedieu explique les nombreuses fausses attributions dont elle fait l’objet dès le Dom Carlos ; Le Prince de Condé ; Mademoiselle d’Alençon ; Mademoiselle de Tournon ; Astérie, ou Tamerlan…, ainsi que la rumeur selon laquelle elle aurait été admise à l’Académie des Ricovrati de Padoue.

Jugements

vignette|Nouvelles Œuvres Meslées de Madame de Ville-Dieu

Œuvres & œuvres en ligne

Œuvres et éditions en ligne Alcidamie (1661) Les Amours des Grands Hommes (1671)

Les Annales galantes (1670) Les Annales galantes de Grèce (1687) . Cléonice ou le Roman galant. Nouvelle (1669) Description d'une des fêtes que le roi a faites à Versailles (1665), dans Nouveau recueil de quelques pièces galantes, Paris, Barbin (1669) Les Désordres de l’amour (1675) Les Exilés (1672-1673) . . . Le Journal amoureux (1669-1671) Lettres et billets galants (1667) Lisandre. Nouvelle (1663) . Mémoires de la vie de Henriette-Sylvie de Molière (1672-1674) Mémoires du Sérail sous Amurat second (1670) Nitétis, tragédie, 1663 Nouveau recueil de pièces galantes (1669) Les Nouvelles africaines (1673) Le Portefeuille (1674) . . . Recueil de quelques lettres et relations galantes (1668)

Représentations Le Favori, mise en scène par Aurore Évain, compagnie La Subversive, pièce recréée, 350 ans après que Molière l’a créée au théâtre du Palais-Royal; à Guyancourt, la Ferme du Bel Ébat les et (reprise le 12 oct. 2018), à Paris le , au Théâtre Confluences, le à l'Université de New York à Paris, et les 27 et au Théâtre Eurydice de Plaisir ; le , au Festival Jean de La Fontaine à Château-Thierry ; le , au Festival La Tour Passagère, à Lyon ; le au Festival International de Théâtre Classique d'Almagro, en Espagne ; du 20 au , au Théâtre Municipal Berthelot de Montreuil ; en au Théâtre des Îlets-CDN de Montluçon / Théâtre Gabrielle Robinne ; du 9 au , à la Cartoucherie, Théâtre de l'Epée de bois (Paris). Les intermèdes de Jean-Baptiste Lully ont été remplacés par des musiques d’Elisabeth Jacquet de la Guerre, de Barbara Strozzi, d'Antonia Bembo et de Mlle Bataille, interprétées par un ensemble de musique ancienne, Les Mouvements de l'âme, dont la chanteuse soprano Amal Allaoui. Cette tragi-comédie a été écrite en 1665, soit à l’apogée du français classique qu’on situe entre 1660 et 1680. C’est pourquoi les spectateurs de la pièce ont l'impression d'entrer d’emblée sans jamais l’avoir entendue en terrain connu, pour la pureté du style. Mais si Racine ou Molière n'osent pas en général convoquer un personnage de roi qui leur soit contemporain, l’originalité voire la hardiesse de Marie-Catherine de Villedieu est d’offrir ici le monarque sur scène : Isabelle Gomez, comédienne travestie, incarne le roi de Barcelone.

Bibliographie

Manlius et Le Favori, éd. Henriette Goldwyn, in Aurore Évain, Perry Gethner, Henriette Goldwyn (dir.), Théâtre de femmes de l'Ancien Régime, , , Saint-Étienne, Publications de l'Université, 2008 [orth. et ponctuation modernisées, format poche]; rééd. Paris, Classiques Garnier, 2015. . . Donna Kuizenga, « Madame de Villedieu », Dictionary of Literary Biography (DLB), vol. 268 (2002), p. 383-90. Madame de Villedieu et le théâtre. Actes du colloque de Lyon (11 et ), Nathalie Grande et Edwige Keller-Rahbé (dir.), Biblio 17, vol. 184, 2009. Madame de Villedieu, ou les Audaces du roman, Nathalie Grande et Edwige Keller-Rahbé (dir.), Littératures classiques, nº 61, printemps 2007. Madame de Villedieu romancière. Nouvelles perspectives de recherches Edwige Keller-Rahbé (dir.), Lyon, Presses universitaires de Lyon, 2004. Bruce Archer Morrissette, The Life and Works of Marie-Catherine Desjardins (. de Villedieu) 1632-1683, Saint Louis, Washington University Studies, 1947. . .

Notes

Liens externes

Site Madame de Villedieu Notice bio-bibliographique de de Villedieu, par Donna Kuizenga (2004), pour le Dictionnaire des femmes de l’Ancienne France de la SIEFAR Théâtre de femmes de l'Ancien Régime : extraits de pièces, présentation du théâtre de de Villedieu, actualités sur son œuvre dramatique

Catégorie:Romancière française du XVIIe siècle Catégorie:Dramaturge française du XVIIe siècle Catégorie:Dramaturge normand Catégorie:Fabuliste française Catégorie:Date de naissance non renseignée (XVIIe siècle) Catégorie:Naissance à Alençon Catégorie:Naissance à La Rochelle Catégorie:Naissance dans la province de Normandie Catégorie:Décès en octobre 1683