Le mariage de l'infant Juan Carlos d'Espagne et de la princesse Sophie de Grèce se déroule le , à Athènes, capitale du royaume de Grèce.

L'infant Juan Carlos, fils aîné du comte de Barcelone et alors héritier probable du général Franco, fait vraiment connaissance avec la princesse Sophie, fille du roi des Hellènes, , durant la « croisière des rois », un événement mondain organisé en 1954 par la reine des Hellènes, Frederika. La relation du jeune couple commence cependant beaucoup plus tardivement, après le mariage du prince Antoine de Bourbon-Siciles et de la duchesse Élisabeth de Wurtemberg en 1958. Elle aboutit aux fiançailles officielles des deux jeunes gens à Lausanne, en Suisse, le .

L'organisation du mariage donne lieu à des tractations souvent épineuses entre les familles des fiancés, mais aussi avec le Vatican, l'Église orthodoxe grecque, le régime franquiste et le gouvernement hellène. Elle déclenche, en outre, une importante polémique à Athènes au moment du vote de la dot accordée à Sophie par le Parlement.

Le mariage, qui se déroule dans la capitale grecque, donne lieu à des festivités qui s'étalent entre le et le . Si la plupart des événements s'adressent aux représentants des familles royales étrangères venus assister aux noces, d'autres sont dédiés plus spécifiquement aux quelque qui ont fait le voyage pour assister à l'union de celui qu'ils considèrent comme le prince des Asturies. Au total, les noces de Juan Carlos et Sophie réunissent et princesses issus de souveraines ou anciennement souveraines européennes, ce qui en fait le plus grand rassemblement de personnalités du gotha depuis le mariage de la princesse Élisabeth et de Philip Mountbatten.

Le mariage en lui-même se divise en quatre cérémonies : l'une catholique dans la cathédrale Saint-Denis, l'autre orthodoxe dans la cathédrale métropolitaine d'Athènes et les deux dernières civiles (espagnole et grecque) au palais royal d'Athènes. Celles-ci sont suivies d'un déjeuner, servi dans les jardins du palais royal, au cours duquel plusieurs discours sont prononcés. En fin de journée, le couple princier quitte Athènes pour une lune de miel de quatre mois, qui le conduit dans différentes régions d'Europe, d'Asie et d'Amérique du Nord. À la fin de ce périple, les mariés séjournent quelques mois à Estoril, avant d'être autorisés par le père de Juan Carlos à s'installer auprès du général Franco, au palais de la Zarzuela.

Rencontre et fiançailles de Juan Carlos et Sophie Rencontres et rapprochement du couple Bien que tous deux descendants de la reine Victoria du Royaume-Uni (1819-1901), l'infant Juan Carlos d'Espagne (1938) et la princesse Sophie de Grèce (1938) appartiennent à des dynasties relativement distantes, pour lesquelles les occasions de se côtoyer se limitent aux grandes réunions qui ponctuent la vie du gotha européen. Durant son enfance en exil à Estoril, le jeune Juan Carlos fréquente ainsi davantage les dynasties catholiques et latines (Savoie, Orléans, Bourbon-Siciles) tandis que Sophie gravite dans un environnement plutôt protestant et germanique (Hanovre, Hesse, Bade).

Bien qu'ils se soient probablement rencontrés à Paris durant leur enfance, les deux jeunes gens font réellement connaissance lors de la première édition de la « croisière des rois », un événement mondain organisé en par la reine des Hellènes, Frederika, afin de promouvoir le tourisme de son pays, mais aussi de trouver des conjoints convenables aux jeunes princes et princesses du vieux continent. Âgés d'environ quinze ans, Juan Carlos et Sophie ne semblent cependant guère intéressés l'un par l'autre : à l'époque, l'infant d'Espagne n'a d'yeux que pour sa cousine Marie-Gabrielle de Savoie, avec laquelle il flirte ouvertement, et la rumeur veut que Sophie ait davantage d'atomes crochus avec le prince héritier Harald de Norvège qu'avec son futur époux.

C'est seulement en 1958 qu'un début d'idylle se développe entre le prince espagnol et la princesse grecque. Cette année-là, les deux jeunes gens se retrouvent à l'occasion du mariage du prince Antoine de Bourbon-Siciles, petit-fils du comte de Caserte, et de la duchesse Élisabeth de Wurtemberg, fille du duc Philippe Albert. , selon ses propres dires, Juan Carlos ne retrouve cependant pas la princesse avant les Jeux olympiques de 1960, durant lesquels les deux cousins font plus ample connaissance. Dès cette époque, la relation des deux jeunes gens est assez étroite pour que Sophie de Grèce se permette de raser elle-même la moustache que s'est laissé pousser l'infant parce qu'elle ne lui plaît pas.

Quelques mois plus tard, le , le prince et la princesse se revoient une nouvelle fois, à Londres, à l'occasion des noces du duc de Kent avec lady Katharine Worsley. Rapprochés par le protocole (probablement manipulé par la reine Frederika, mère de Sophie, la reine Victoire-Eugénie, grand-mère de Juan Carlos, et/ou Lord Mountbatten, grand-oncle des deux jeunes gens), qui les a désignés cavaliers, Juan Carlos et Sophie apparaissent de plus en plus clairement comme un jeune couple. Ils sont pourtant séparés par une barrière linguistique, puisque Juan Carlos ne maîtrise pas encore couramment l'anglais et que Sophie ne parle aucune langue romane.

Demande en mariage vignette|gauche|alt=Photographie d'un couple, dont la femme porte un manteau brodé, une toque et une écharpe en fourrure et l'homme un costume trois pièces.|Sophie et Juan Carlos en 1966. Conscients des enjeux entourant la relation des deux jeunes gens, le roi et la reine des Hellènes invitent le comte et la comtesse de Barcelone à venir séjourner à Corfou, dans leur palais de Mon Repos, avec leur fils et leurs filles peu de temps après le mariage du duc de Kent. Dans ses mémoires, la reine Frederika sous-entend que c'est à ce moment que Juan Carlos et Sophie se seraient secrètement promis l'un à l'autre. Pourtant, l'insistance de la souveraine, qui cherche à tout prix à obtenir des fiançailles, semble au contraire avoir refroidi un moment l'infant Juan Carlos.

Quoi qu'il en soit, c'est un peu plus tard, le , que les fiançailles du jeune couple sont officiellement annoncées, à Lausanne, en Suisse. Profitant d'une visite des souverains hellènes dans la république helvétique à l'occasion des préparatifs de l'exposition nationale de 1964, Bourbons et Glücksbourg se retrouvent à l'hôtel Beau-Rivage, où Juan Carlos demande officiellement la main de Sophie à son père. L'infant se dirige ensuite vers la princesse de Grèce, mais sa demande en mariage n'est guère solennelle. À en croire Sophie, son prétendant lui aurait nonchalamment jeté dans les mains une petite boîte contenant une bague, tout en lui criant : . Un peu plus tard, après un déjeuner chez la reine douairière Victoire-Eugénie, l'infant lui aurait passé un bracelet et lui aurait simplement demandé : .

Malgré ce que prévoit la loi de succession mise en place par Francisco Franco en Espagne en 1947, ni le Caudillo ni les Cortes ne sont consultés avant la conclusion des fiançailles princières. Désireux de montrer qu'il est le seul chef légitime de la dynastie espagnole, le comte de Barcelone annonce donc lui-même la nouvelle au dictateur, qui est ainsi la première personne extérieure à la famille à être mise au courant. Irrité par l'attitude du prétendant au trône, le Caudillo ne manque cependant pas de le féliciter pour cette occasion. Malgré tout, le prétendant espagnol est surtout soulagé que son fils s'unisse à une personne de son rang. Faisant référence au mariage inégal du roi Baudouin de Belgique, il déclare ainsi à ses conseillers : .

Fiançailles religieuses vignette|alt=Photographie d'un couple, dont la femme porte une robe de soirée claire, un diadème et un collier de diamants et l'homme une tenue militaire.|La reine Frederika et le roi (1938), parents de Sophie. Le , Juan Carlos et Sophie se fiancent publiquement lors d'une cérémonie orthodoxe célébrée à la cathédrale d'Athènes par l'archimandrite Grano. L'événement, auquel assistent issues du gotha européen (parmi lesquelles la princesse héritière Beatrix des Pays-Bas et le prince héritier Harald de Norvège), mais pas les parents du fiancé, donne lieu à une bénédiction des anneaux que les époux doivent ensuite porter toute leur vie. Offertes par le roi , ces alliances ont été réalisées à partir d'une pièce d'or datant de l'époque d'Alexandre le Grand, ce qui n'est pas sans causer un certain pincement au cœur à Sophie, qui est férue d'archéologie.

Organisée durant la matinée, la cérémonie religieuse est suivie d'un déjeuner, donné au palais royal à l'attention des invités du jeune couple. Le soir, un dîner plus intime est offert aux seuls invités royaux. Pendant celui-ci, Juan Carlos offre à sa fiancée une bague réalisée par le joailler athénien Konstandarás, créateur des alliances de et de Frederika, en 1938. En retour, Sophie lui fait cadeau d'une bague en or. Enfin, un grand bal est organisé en présence de issus de la bonne société athénienne.

Du côté de la diplomatie espagnole, ces célébrations ne sont pas sans causer un certain malaise. Le régime franquiste craint en effet que le Vatican ne soit alarmé par la tenue d'une cérémonie orthodoxe que certains journaux étrangers présentent comme ayant valeur de mariage. L'ambassadeur d'Espagne auprès du Saint-Siège s'empresse donc de rassurer la Curie afin de ne pas envenimer les tractations concernant la conversion de Sophie et la célébration du mariage catholique .

Tractations politiques et religieuses Négociations entre Athènes, Estoril et Madrid vignette|redresse|gauche|alt=Photographie en noir et blanc d'un homme de profil portant un costume et une cravate.|Le comte de Barcelone, père de Juan Carlos (1959). Immédiatement après l'annonce des fiançailles de Juan Carlos et Sophie à Lausanne, le comte de Barcelone et le roi des Hellènes entament des négociations relatives à l'organisation du mariage. Arrivé à Athènes avec sa famille le , don Juan s'oppose rapidement à à propos de la question religieuse et repart à Estoril, au Portugal, quelques jours plus tard. Conscient de la faiblesse de sa position (il n'est que prétendant, alors que le père de Sophie est un souverain régnant), le comte de Barcelone prend contact avec l'ambassadeur d'Espagne à Lisbonne pour s'assurer de l'appui du général Franco dans les discussions qui l'opposent à la Cour hellène. Les négociations reprennent ensuite plusieurs semaines plus tard, fin .

Hormis la question religieuse, d'autres détails opposent les deux familles royales. voudrait en effet que le mariage se déroule au début de l'année 1962, alors que le comte de Barcelone préfèrerait une cérémonie au mois de . Finalement, c'est la date du qui est retenue par les deux familles. L'argent constitue un autre thème de discussion entre Bourbons et Glücksbourg. Consciente de la situation délicate de son fils, la reine douairière Victoire-Eugénie d'Espagne met en vente des bijoux hérités de sa marraine, l'impératrice Eugénie (épouse de ), pour participer au financement du mariage. En dépit des rumeurs, la question du lieu où va être célébré le mariage ne constitue pas un sujet de tension entre les deux familles royales. Le comte de Barcelone n'envisage pas la possibilité d'une célébration à Estoril. Quant à Rome, elle n'est pas non plus considérée comme une alternative, pas plus que La Granja, en dépit de ce que prétendent certains journaux européens..