Franc CFA désigne deux monnaies communes héritées de la colonisation française et utilisées par quatorze pays d'Afrique constituant en partie la zone franc. Bien que les deux monnaies soient communément appelées franc CFA et aient la même valeur, elles ne sont pas interchangeables. Il ne s'agit donc pas d'une zone monétaire commune mais de deux zones juxtaposées : le franc de la communauté financière en Afrique ( : XOF et 952)., émis et géré par la Banque centrale des États de l'Afrique de l'Ouest pour les huit États membres de l'Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). le franc de la coopération financière en Afrique centrale ( : XAF et 950), émis par la Banque des États de l'Afrique centrale pour les six États membres de la Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale (CEMAC). Les pays des deux zones du franc CFA sont issus de l'évolution et des transformations de l'ancien empire colonial français ainsi que d'États qui n'étaient pas des colonies françaises, comme le Cameroun et le Togo (d'abord colonies allemandes, puis mandats français et britannique), la Guinée équatoriale (espagnole) et la Guinée-Bissau (portugaise). Le franc CFA est une monnaie dont la valeur, librement définie par les pays membres, est établie à parité fixe avec l'euro, parité fixe qui est par la suite garantie par le Trésor public français. Ce dernier est au préalable informé si les pays membres décident de réévaluer ou de dévaluer la monnaie. Le franc CFA est par ailleurs une monnaie en circulation au Ghana et Nigeria avec les monnaies nationales..

L'arrimage du franc CFA à l'euro est considéré par certains comme un gage de stabilité, tandis que d'autres l'assimilent à une servitude volontaire..

Terminologie Dans l'UEMOA, le sigle CFA a signifié : de 1945 à 1958, « Colonies françaises d'Afrique » de 1958 à 1960, « Communauté française d'Afrique ».

Dans la CEMAC le sigle CFA signifie .

Histoire Genèse et mise en place (1945-1960) Le franc CFA fut conçu en 1939 en réponse à la zone sterling britannique et officialisé le , le jour-même où de Gaulle ratifia les accords de Bretton Woods. La monnaie était rattachée au franc français , avec une convertibilité garantie par le Trésor français. La France procède à sa première déclaration de parité au Fonds monétaire international (FMI)«/The Franc Zone », sur newleftreview.org, .. Le décret qui l'entérine, le du , fixant la valeur de certaines monnaies des territoires d'outre-mer libellées en francs, est signé par Charles de Gaulle, président du Gouvernement provisoire de la République française, et contresigné par René Pleven, le ministre des Finances, et Jacques Soustelle, le ministre des Colonies. Il est publié au Journal officiel de la République française le lendemain, le .

Le franc CFA, qui signifie alors « franc des colonies françaises d'Afrique », est émis par la Caisse centrale de la France d'outre-mer. La parité qui est alors fixée est de 1,7 franc métropolitain pour 1 franc CFA. Cet écart en faveur des pays africains s'explique par le déficit des finances publiques françaises au sortir de la guerre. En 1948, cette parité est établie à 2 FRF« Une histoire du franc CFA - du CFA à l'Eco », sur Zinfos974, ..

L'objectif du franc CFA est alors de restaurer un moyen de paiement et de stockage de valeur sûr dans les territoires qui ont été isolés de la métropole durant la Seconde Guerre mondiale. Souffrant de la diminution des échanges, ils avaient dû parfois créer des devises locales, appuyées sur d'autres devises que le franc (par exemple, le dollar américain), voire accepter des émissions fantaisistes.

Après la décolonisation, le franc CFA a été divisé en deux zones monétaires distinctes donc deux monnaies distinctes, chacune dotée de sa propre banque centrale/The Franc Zone », sur newleftreview.org, ..

Développement post-indépendances (1960-1999) En 1960, la période de décolonisation débute, marquant la fin des empires européens sur le continent africain. La France laisse le franc CFA en héritage de la colonisation. Il circule dans presque toutes les anciennes possessions françaises en Afrique..

Après les indépendances, le nombre de pays et territoires utilisant le franc CFA varie avec le temps. Certains pays décident de quitter l'union pour développer leur propre monnaie ; d'autres, qui n'ont jamais été colonisés par la France, demandent à être intégrés et adoptent le franc CFA.

La règle monétaire qui est mise en place est simple : dans tous les pays membres circuleront désormais des billets de nom et de graphismes différents mais de valeur respective fixe — la parité fixe avec le franc français. Cette parité est fixée à 1 franc français pour 50 francs CFA ou comoriens. Le franc CFA jouit de la avec le franc français, rendant l'échange constamment possible à ce cours entre toutes les monnaies.

Cette « libre convertibilité » est à double tranchant car imprimer du franc CFA revient en fait à créer du franc français. La Banque de France a donc pour tâche de surveiller les politiques monétaires des banques centrales africaines et comorienne. Cette prééminence a pour contrepartie l'engagement de la Banque de France de fournir en cas de besoin des devises aux trois banques centrales si celles-ci épuisent leurs réserves.

La parité fixe garantie par la France nécessite que ces pays déposent 50 % de leurs réserves de change au Trésor français sur un compte rémunéré. Tous les ans, la Banque de France reverse les intérêts obligataires de leurs réserves aux pays africains.

Pendant longtemps, les soldes ont toujours été à peu près équilibrés, le système ne coûtait pas beaucoup de devises à la France, d'autant plus qu'elle n'intervenait qu'en dernier recours. Les banques centrales devaient d'abord inciter les pays endettés de la zone à négocier en priorité des délais de paiements supplémentaires à leurs créanciers étrangers avant de demander de bénéficier de la couverture du parapluie monétaire français.

Premières critiques, départs, retours et intégrations Le franc CFA subit une première critique, non de nature économique mais de nature « idéologique » après les indépendances.

Selon ses détracteurs, le fait que le franc CFA soit soutenu par la Banque de France et le Trésor français en cas de turbulences économiques, pérennise la relation de domination de la France sur les pays nouvellement indépendants. Cette perception explique le départ de la Guinée en 1960 (qui commence l'émission du franc guinéen) « Le franc guinéen : une monnaie forte ? », par Benoît Lootvoet, in: Économies et Sociétés. Relations économiques internationales, P, n° 33, ., puis deux ans plus tard du Mali (franc malien)., et enfin de Madagascar en 1973. Cependant, ces deux pays se retrouvent rapidement avec de sérieuses difficultés économiques et le Mali finit par réintégrer le système en 1984. Madagascar, qui avait décidé d'émettre le franc malgache, devenu un sous-multiple de l'ariary.(pour 1 ariary = 5 francs malgaches), mais, conscient de la faiblesse de sa monnaie, décide de l'arrimer au franc CFA. La même année, les Comores quittent le système CFA.

En 1973, la Mauritanie remplace le franc CFA par l'ouguiya (1 ouguiya = 5 francs CFA).

Saint-Pierre-et-Miquelon adopte le franc français la même année, La Réunion en 1975, les TAAF en 1976 et Mayotte la même année.

À rebours, en 1985, la Guinée équatoriale obtient de rejoindre le système CFA (1 franc = 4 ekwele). En 1997, la Guinée-Bissau rejoint à son tour le système CFA (1 franc = 65 pesos.).

Le franc CFA entre contestations et évolutions (depuis 2000) Membres actuels La zone franc rassemble dans les années 2000 quatorze États africains en deux groupes : huit États d'Afrique de l'Ouest : le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d'Ivoire, la Guinée-Bissau, le Mali, le Niger, le Sénégal et le Togo., formant l'Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), dont l'institut d'émission est la Banque centrale des États de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO) ; pour ce groupe, franc CFA est désormais désigné par franc de la communauté financière d'Afrique ; son code ISO 4217 est XOF ; six États d'Afrique centrale : le Cameroun, la République centrafricaine, la République du Congo, le Gabon, la Guinée équatoriale et le Tchad, formant la Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale (CEMAC), dont l'institut d'émission est la Banque des États de l'Afrique centrale (BEAC) ; pour ce groupe, franc CFA est désigné par franc de la coopération financière d'Afrique centrale ; son code ISO 4217 est XAF.

Contestations Le franc CFA fait l'objet de critiques politiques parmi les dirigeants des pays qui l'utilisent. C'est le cas, en 2015, de Kako Nubukpo, économiste et ministre togolais chargé de la Prospective et de l'Évaluation des politiques publiques, qui critique la mise en commun de la monnaie par la BCEAO. Sa sortie fait l'objet de critiques par la BCEAO.. En , le président tchadien Idriss Déby appelle les pays africains à sortir de la zone franc CFA, soutenant que tant que la monnaie sera garantie par la France, elle ne sera pas entièrement africaine.. À la suite de son commentaire, la France déplorait que le franc CFA soit devenu « une machine à fantasmes », selon lesquels elle l'utiliserait pour imposer ses entreprises et rembourser sa dette publique« Macron et Ouattara enterrent le franc CFA », par T.B., Le Figaro, lundi 23 décembre 2019 p.6..

Les 16 et se tiennent des « États généraux du franc CFA » à Bamako. Organisés par Kako Nubukpo, ils se donnent pour objectif de trouver une nouvelle monnaie capable de remplacer l'ancienne devise.. Le , Emmanuel Macron se déclare totalement ouvert sur la question de l'avenir du franc CFA, rappelant que, s'il est facteur de stabilité pour les pays qui l'ont, le franc CFA peut être quitté par ses pays membres à tout moment. Il déclare : .. Il se prononce à nouveau dans des mêmes termes le , en soutenant que le franc CFA « a une utilité », précisant que l'« on doit garder la part de stabilité que ça apporte mais on doit permettre à toute la région de s'intégrer pleinement dans un espace monétaire intégré »..

En 2018, dans un document de 29 pages publié le , l'économiste Dominique Strauss-Kahn dresse un tableau presque élogieux de la monnaie (notamment la bonne performance de la Zone franc au niveau macroéconomique grâce à la garantie dont elle bénéficie), mais relève les inconvénients qui, selon lui, fragilisent les économies de la région.. En , Bruno Le Maire, ministre des Finances français, abonde dans ce sens en rappelant que :

Le , l'ONG Urgences panafricanistes organise plusieurs réunions publiques et conférences contre le franc CFA, dans plusieurs capitale africaine..

Projet de l'éco au sein de l'UEMOA (depuis 2019) Le , la du Conseil de convergence de la Zone monétaire de l'Afrique de l'Ouest (ZMAO), s'est tenue à Conakry, en Guinée. La ZMAO regroupe les pays membres de la Cedeao qui n'utilisent pas le franc CFA. La rencontre a notamment porté sur le lancement d'une future monnaie de l'Afrique de l'Ouest, l'« eco ». ainsi que le nom de la future Banque centrale de la Cedeao, la « Banque centrale de l'Afrique de l'Ouest »..

En , selon le Fonds monétaire international, le succès du projet de remplacement du franc CFA, en Afrique de l'Ouest, par une monnaie commune dépendra de la prise en compte de certains facteurs à la fois politiques et économiques. Elle s'inquiète par ailleurs du ralentissement de la croissance au sud du Sahara..

Le , le président du Bénin Patrice Talon a annoncé, le qui se trouvent en France :

Le , sur Radio France internationale, le président ivoirien Alassane Ouattara défend la parité fixe entre l'euro et le franc CFA, soulignant qu'elle permet aux pays du franc CFA de limiter le problème de soutenabilité de dette..