Sous la Restauration, les républicains français s'opposent à la monarchie et militent pour sa disparition. Ils ne peuvent participer aux décisions du fait du système électoral qui favorise les bourgeois et les nobles, soutiens du régime. Ils sont néanmoins présents à la chambre des députés à partir de 1816, date de la fin de la Chambre introuvable qui a décimé leurs rangs. Les républicains se constituent petit à petit en tant que force politique, et ce jusqu'au choc de l'assassinat du neveu du roi, le duc de Berry héritier du trône, le , qui conduit le gouvernement à mettre en place des mesures répressives.

Le mouvement républicain se développe dans la clandestinité, rassemblant ses partisans dans des sociétés secrètes comme la Charbonnerie, promouvant son combat par le biais de la presse. En 1820, face à la dérive droitière de la Restauration, les républicains sont décidés à abattre la monarchie et fomentent plusieurs insurrections. Toutes échouent, aboutissant à l'exil des principaux meneurs ou à des procès exemplaires allant jusqu'à leur condamnation à mort.

Après l'échec de ces tentatives de prises du pouvoir, les républicains se reconstruisent de l'intérieur avec l'arrivée d'une nouvelle génération dès le début du règne de Charles X. Dès lors, l'idée d'une alliance avec les royalistes modérés s'esquisse, puis se concrétise à la suite des mesures réactionnaires prises par Villèle et Charles X. Des modérés rejoignent alors les sociétés clandestines, pendant que les républicains collaborent à la presse libérale. Le succès de cette alliance aux élections législatives de 1827 les conforte dans l'idée que celle-ci leur permettra un jour de conquérir le pouvoir.

La situation s'accélère après la nomination du comte de Polignac à la tête du gouvernement. Les républicains préparent une nouvelle insurrection dans le plus grand secret et sont les principaux protagonistes des Trois Glorieuses. Cependant Adolphe Thiers et les libéraux détournent cette révolution à leur profit. C'est une seconde monarchie parlementaire qui est instaurée, et non une république.

Restructuration et répression Terreur blanche, les républicains dans l'ombre

vignette|La Fayette est considéré comme le meneur des républicains français jusqu'à sa mort en 1834.|alt=Portrait de La Fayette vers 1825.

En 1815, Louis XVIII revient en France après la défaite de Napoléon à Waterloo. Le souverain ne peut contenir les ardeurs des ultra-royalistes, échaudés par l'épisode des Cent-Jours, le bref retour au pouvoir de Napoléon qui avait contraint Louis XVIII à l'exil. Très vite, les « ultras » mettent en œuvre la Terreur Blanche : des généraux d'Empire, des protestants et des républicains sont massacrés par les verdets. À cette répression officieuse s'ajoute la terreur légale : depuis les élections d'août 1815, le désir de revanche des ultras est légalisé par la chambre des députés devenue à majorité ultra-royaliste : c'est la Chambre introuvable. Celle-ci vote des lois dans cet esprit, notamment celle sur l'exil des régicides adoptée en 1816, qui condamne au bannissement ceux qui avaient rejoint Napoléon Bonaparte lors des Cent-Jours et voté précédemment la mort de Louis XVI lors de la Convention«Ceux des régicides qui, au mépris d'une clémence presque sans bornes, ont voté pour l'acte additionnel ou accepté des fonctions ou emplois de l'usurpateur[…]sont exclus à perpétuité du royaume»(loi du 12 janvier 1816 article 6).

À cette époque, le terme « République » reste un mot qui fait trembler bon nombre de Français, qui l'amalgament à la Terreur jacobine des années 1793-1794 et à ses excès qu'incarne le Comité de salut public, en particulier Robespierre, tout en oubliant les acquis révolutionnaires que la République a véhiculés et défendus face à une Europe monarchique, pour ne retenir que la guillotine et le désordre. Mais s'il s'avère que la République fait peur à certains, elle est aussi un synonyme de progrès pour d'autres. En 1815, il reste parmi la population française une masse d'opinion jacobine, si bien que les nouveaux fonctionnaires de l'administration royale évitent de se montrer, de peur des représailles. Louis XVIII s'empresse de faire supprimer les symboles hérités de la Révolution (les peintres et maçons sont officiellement chargés d'effacer la devise dans tous les villages du pays) et d'épurer l'administration en éliminant les . Ce sont ces hommes radiés de l'administration qui garnissent bientôt les rangs des libéraux opposés aux conservateurs et aux ultras.

En 1816, Louis XVIII dissout la chambre introuvable et de nouvelles élections ont lieu, dans un climat plus propice aux républicains. Une dizaine d'entre eux entrent à la chambre à la suite de ces élections. Ils sont surnommés libéraux car ils évoquent sans cesse les libertés, et sont rattachés à la gauche libérale progressiste qui est pourtant loin d'être républicaine. Ce groupe libéral est mené par La Fayette, illustre général ayant servi dans les armées royales (lors de la guerre d'indépendance américaine) puis révolutionnaires. Constitués de , qui ont connu et pris part à la Révolution, ils se retrouvent autour d'une idée : la défense des libertés. Dans l'ensemble, ces libéraux acceptent la charte de 1814, considérée comme la garantie du maintien des libertés révolutionnaires, leur principale préoccupation étant le retour de la noblesse aux affaires. Le parti républicain puise la majeure partie de ses effectifs chez les étudiants, la petite bourgeoisie et les militaires, désireux de revenir à un régime mettant à l'honneur la gloire de l'armée.

Premiers succès et organisation souterraine

thumb|left|L'abbé Grégoire fait scandale en gagnant une élection partielle en 1819.|alt=Portrait d'Henri Grégoire par Pierre Joseph Célestin François.

À la stupeur de Louis XVIII et de ses ministres, les résultats des élections législatives partielles de 1818 sont très favorables aux républicains. Deux anciens conventionnels sont élus, Pierre Daunou dans le Finistère et Jacques-Antoine Manuel en Vendée. L'élection de républicains dans des fiefs considérés comme royalistes alarment autant les ultras que les membres du gouvernement. Les républicains ainsi que les libéraux continuent ensuite leur progression. Deux hommes emblématiques entrent à la chambre en 1819 : Benjamin Constant, libéral et principal rédacteur de la charte, et l'abbé Grégoire, ancien révolutionnaire régicide par lettre et consentement ; Jean-Daniel Piquet, « L’abbé Grégoire, un régicide panthéonisé », Cahiers D’Histoire, Revue D’Histoire Critique, n° 63, 1996, p. 61-97. Ces victoires symboliques permettent un ralliement massif de la jeunesse à la République, et diverses sociétés secrètes sont fondées. Certains républicains reviennent d'exil et intègrent ces sociétés, comme c'est le cas de la famille Cavaignac mais aussi de la famille Carnot. Les députés, s'inquiétant de cette situation, font invalider l'élection de l'abbé Grégoire.

Les républicains sont contraints à la clandestinité, car la réunion de plus de 20 personnes est illégale depuis la promulgation de l'article 291 du code pénal de 1810. Ils se retrouvent donc au sein de sociétés secrètes, lesquelles constituent la seule forme possible d'organisation politique et la meilleure façon d'exprimer leur suspicion envers la royauté et le régime qui en découle. L'Union, créée par Joseph Rey dès 1816, est la première d'entre elles. Si elle est d'abord de tendance libérale, beaucoup de républicains la rejoignent, comme La Fayette et Dupont de l'Eure. La Charbonnerie reste néanmoins la plus célèbre des sociétés secrètes républicaines. Importée d'Italie, elle recrute ses membres dans les milieux sûrs qui lui sont acquis : l'armée et les universités sont les réservoirs carbonari durant toute la Restauration. Divisée en « ventes » par région, elle est hiérarchisée au niveau national, une Haute Vente, sorte d'instance directrice de la charbonnerie française, commandant les ventes cantonales et départementales. Elle devient vite la plus importante société secrète d'opposition au régime monarchique, devant celle des Amis de la vérité ou celle des Chevaliers de la liberté (implantée dans l'ouest). Ces sociétés ne sont, au départ, pas prises au sérieux par l'exécutif, mais leur rôle dans les succès républicains de 1818 font comprendre au gouvernement qu'elles sont bien plus puissantes qu'il ne le pense. Tous les fervents républicains y prennent part pendant les années 1820, comme Dupont de l'Eure qui est l'un des artisans, une vingtaine d'années plus tard, de la mise en place de la Deuxième République.

La franc-maçonnerie a également un rôle dans le succès du mouvement républicain. Elle permet à bon nombre d'étudiants de côtoyer les « notables du parti » comme La Fayette ou encore Dupont de l'Eure. C'est elle aussi qui unit ces réseaux alors clandestins, et qui permet la création de la Haute Vente. Ainsi, lorsque les députés républicains démissionnent en 1820 à la suite de la loi du double-vote, l'unification des sociétés clandestines permet aux leaders républicains de tabler sur une importante opposition illégale à la monarchie et d'utiliser la force du nombre face au régime bourbonien.

Répression par le pouvoir en place

thumb|L'assassinat du duc de Berry provoque un virage réactionnaire à la chambre des députés et oblige Decazes à démissionner.|alt=Assassinat du duc de Berry

Les idées républicaines se propagent dans l'Europe entière, inquiétant les monarques européens qui prennent au sérieux ces hommes de l'ombre. Metternich, l'artisan de la promotion des droits des souverains en opposition aux droits des peuples pour l'équilibre européen lors du Congrès de Vienne, décide de passer à l'action contre ce qu'il considère comme des éléments perturbateurs dans l'Europe de la Sainte-Alliance. Il réunit des congrès internationaux afin de réprimer sévèrement les associations clandestines républicaines nationalistes et promulgue les décrets de Carlsbad, sorte d'ancêtre d'Interpol, afin de garantir la paix et la stabilité. Le gouvernement français applique fermement la politique voulue par Metternich. Les professeurs considérés comme républicains sont renvoyés et l'Église reprend un rôle déterminant dans l'enseignement, faisant craindre à beaucoup le début d'un retour à l'Ancien Régime. Des mesures autoritaires sont également prises comme l'imposition d'un couvre-feu, afin d'empêcher les réunions clandestines. Malgré cette répression européenne, les souverains redoutent toujours une révolution. Leurs craintes se confirment lors de la chute provisoire du roi d'Espagne Ferdinand VII, déchu par l'armée avec le soutien des carbonari italiens, à cause de son refus d'appliquer la constitution.