Dans son ouvrage Être et Temps (§9 (SZ )les références renvoyant à Être et Temps sont toujours données, sous la forme (SZ p) par rapport à la pagination du texte allemand toujours signalées dans les traductions françaises, Martin Heidegger, réserve à l'être humain, c'est-à-dire au seul , comme il est désigné dans cet ouvrage, l'expression d'« existence » pour distinguer son mode d'être de celui de tous les autres « étants ».
La spécificité de l'existence humaine L'idée phénoménologique qui va être sous-jacente à ce terme d' « existence », réservé à l'être humain, c'est l'idée d'un être, toujours décalé par rapport à lui-même, comme « en avance sur lui-même », qui a « à être », d'un , selon l'appellation introduite dans Être et Temps toujours en mouvement, qui se rapporte à son être, à son pouvoir être, à ses possibilités, écrit Christian Dubois. Le concept de exprime ainsi, un décentrement de la position métaphysique traditionnelle de l'homme.
Ce décentrement implique, sortie hors de soi, et « compréhension originaire et spontanée du monde », double sens que prend en charge le concept d'« être-au-monde ». L'« existence », bien loin de son acception triviale, devient déploiement et présence au monde de l'être sans fondement que nous sommes et dont la pierre de touche va essentiellement être le rapport à la mort (voir article être-jeté ). Toutefois, y compris dans les premiers travaux de Heidegger, la confusion est entretenue entre une « phénoménologie de la vie », et ce qui ne pourra plus à aucun titre s'appeler une phénoménologie à savoir l'établissement d'une que Heidegger va se mettre en mesure de dégager.
Le que les premières études avaient mis au jour dans son exploration de la « phénoménologie de la vie » ; c'est-à-dire, l'être humain lui-même, n'est plus défini comme une nature, une essence invariable et universelle, mais comme un « pouvoir-être ». Avant Être et Temps, à l'époque du Rapport Natorp (1922)Il s'agit du texte Interprétations phénoménologiques d'Aristote ., de 1923, Heidegger, avait été conduit à abandonner le terme polysémique de « Vie » au profit de celui d' « existence » plus apte, selon lui, à signifier, le phénomène de « devancement », l'« avoir-à-être », le « retour à soi », la possibilité de se comprendre soi-même, la finitude etc. L'« existence » va prendre le pas sur l'« essence » avec la célèbre formule qui donnera naissance avec Jean-Paul Sartre à l'existentialisme :
Ici s'impose une précision, le terme « existence », réservé à la vie humaine, n'est pas à prendre au sens philosophique traditionnel, c'est-à-dire, comme signifiant un état opposé au concept d' « essence », car pour Heidegger, il s'agit d'une offerte au , soit qu'il l'ait choisi, soit qu'il soit tombé en elle l' « être-jeté », c'est-à-dire un état de fait. En ce sens la question de l'« existence », ne peut jamais être réglée que par l'exister lui-même, . Parce que selon la formule de Dilthey , une phénoménologie de la vie ne peut être qu'« herméneutique ».
La que les principaux traits phénoménologiques vont dégager, dessinent un qui se maintient, en permanence, dans une espèce de « suspens » qui correspond à ce que Heidegger va appeler la « Résolution anticipante » ou « Décision d'existence » dans la traduction de Jean-Luc Nancy.
Les principaux traits phénoménologiques
Jean Greisch, insiste sur la spécificité de la conception heideggérienne de l' « existence », qui n'a plus rien à voir avec la traditionnelle opposition essence/existence ; dans cette dernière « exister » veut dire avoir lieu. Pour Heidegger qui récuse toute vision substantielle et définit le comme « pouvoir-être », l'existence apparaît comme une possibilité d'être offerte au si bien que la question de l'existence, ce qu'elle est, ne peut jamais être réglée, décrite que dans et par l'« exister » lui-même. S'engager dans un « choix de vie », implique en premier lieu, sa possibilité, et une compréhension déterminée de l'existence en soi. On distinguera donc d'un premier niveau dit concret ou ontique, le plan ontologique qui ambitionne d'expliciter ce qui constitue l'existence en soi, ce sera dans la terminologie de Heidegger, l'existential, qui conditionne les choix existentiels concrets de la vie.
Avec l'abandon du concept de « sujet cartésien » au profit de celui (voir article Dasein), et le constat d'une impossibilité à mener à bien une « Science de la Vie » correspondant à ses premières ambitions professorales, Heidegger recense divers moments de l'« exister » humain au cours d'une longue enquête phénoménologique à base « herméneutique », intitulée « analytique existentiale », qui aboutit à un premier panorama général où émergent plusieurs « modes d'être », qui ont fait la célébrité de son œuvre majeure Être et Temps, à savoir : Être-pour-la-mort, Être-en-faute, Être-jeté, Être-avec, Être-au-monde.
Le recensement des « modes fondamentaux de l'exister », n'épuise pas, tant s'en faut, tous les phénomènes de la « vie facticielle » (concrète) qui représente un véritable « défi phénoménologique », surtout dans l'exposition de sa « mobilité » interneS'agissant du et de préférence au concept de mouvement l'usage est de parler de mobilité qui permet de mieux saisir les mouvements internes d'une existence qui n'a aucune substantialité mais qui s'expose, se ressaisit et a à être, que seule une « herméneutique » attentive peut révéler et ordonner dans leur importance relative comme l'expose Jean Greisch.
Dans sa structure formelle le terme existence ou « ex-sistance » signifie aussi, que le remarque Jean Grondin.
En accord avec la méthode « herméneutique », il s'agit d'abord d'éclairer la marche à suivre, d'une hypothèse préalable sur le sens général de l'« existence », que Heidegger pense trouver dans le vécu des premiers chrétiens ainsi que dans la pensée « augustinienne » et le sentiment d'« Inquiétude » qui traverse toutes ses « Confessions » qui seront à la source de son concept de « Souci ». Tant chez Jean Greisch que chez Servanne Jollivet il apparaît qu'il puise son modèle dans l'expérience vécue du christianisme primitif, en tant que cette expérience préfigure à travers l'accent mis sur la « finitude » et l'inquiétude fondamentale de l'existence humaine cette pré-interprétation de qu'il tente lui-même de regagner à travers son propre geste herméneutique-selon Heidegger la raison de ce choix qui peut paraître arbitraire, serait que cette expérience spécifique révèle le « monde propre du Soi », ce foyer d'ipséité où se recueillent les possibilités historiques expressives et compréhensives du monde vécu propre, dans la figure historique du proto-christianisme se révèle le phénomène d'aiguisement, d'accentuation du monde du Soi qui nous saute littéralement aux yeux- Spohie-Jan Arrien Foi et Indication formelle Heidegger, lecteur de Saint-Paul 1920-1921 dans Le jeune Heidegger 1909-1926 S.-J.ARRIEN S.Camilerri (éd)) Vrin 2011 page 156 Françoise Dastur au sujet de ce choix écrit -.
Points d'appui de l'analyse Ces points, au nombre de trois, sont fortement soulignés dans les paragraphes 4 et 9 de Être et Temps. La Mienneté Étroitement lié à l'« existence », Heidegger découvre le phénomène de la « Mienneté » Être et Temps §63 traduction Martineau page 243,lire en ligne http://t.m.p.free.fr/textes/Heidegger_etre_et_temps.pdf , par lequel le se rapporte continuellement à « lui-même », ce « lui-même » qui ne lui est pas indifférent et qui va rendre possible le pronom « Je », de telle manière que celui-ci dérive de celle-là et non l'inverse. Le se rapporte constamment à lui-même, comme à son « pouvoir-être », ce qui explique qu'il apparaît toujours Cette expression qui qualifie ontologiquement le ne doit pas être comprise comme mettant en opposition un avenir non encore réalisé et un présent comme « pas encore ». L' « avant » indique l'avenir en tant que c'est lui qui rend seul possible que le puisse être de la manière où il y va de son « pouvoir-être » Être et Temps (SZ ), selon deux direction, soit la fuite dans l'affairement auprès du monde et la dispersion, ou, a contrario, le retour sur son (caractère de ce qui est propre), l'authenticité, ou la perte dans l'inauthenticité. Jean-François Marquet fait remarquer que ce retour ne doit pas être compris comme une voie d'accès au propre, , mais , ce qui veut dire que .
Ce « lui-même » auquel se rapporte le n'est pas originellement un « Je », mais son . Chez Heidegger c'est la « Mienneté » qui est le principe d'individuation. C'est le point central, pour Heidegger, la « Mienneté » n'est pas un « "Sum" », pas une essence, comme elle pourrait être conçue traditionnellement, mais . La «Mienneté » appartient à l'existence elle est « à être ». Ce qui veut dire que l'« être » du est à chaque fois en jeu, à conquérir, il peut être dans le souci du « "Soi" » ou se fuir, être propre ou impropre.
La sentence nous invite à détourner le regard de l'essence vers l'être (le fait d'être), or comme le souligne Jean-François Marquet un tel étant n'est concevable qu'à la première personne, il est l'étant que je suis toujours moi-même et en dévoile, du même coup, l'esseulement ou . La mort qui boucle mon existence est seulement mienne, elle est la circonstance où tout allègement sur l'autre s'avère impossible.
Le monde du Soi Le Soi se retrouve non pas dans un « je » souverain, (le cogito cartésien) et à priorique, mais à même l'expérience concrète et à chaque fois renouvelée d'une suite d'expériences recueillies et rassemblées sur un mode narratif par le , le monde qui fait originairement encontre est toujours le « monde du Soi », celui des toutes premières significativités :
. . . le "Je" n'est plus une fonction première et spontanée-psychique ou transcendantale apte à constituer du sens et de la connaissance, il advient à lui-même dans l'expérience du monde; il apparaît avec la significativité du monde plutôt qu'il ne la constitue-.
Le est investi d'une « ouverture à soi », nous dit Jean Grondin, ouverture qui est éprouvée comme un « pouvoir-être », un , une « possibilité » pouvant faire l'objet d'un choix libre et éclairé. Le est l'être qui pourrait être-là, qui pourrait faire ceci ou cela, mais qui, le plus souvent, n'est justement pas là sous le règne du « bavardage », le , et la pression du « On », où dominent les poncifs et les lieux communs. On pourrait parler avec Heidegger, d'un être loin de soi et dont l'éloignement a été compris comme un « dévalement » ou en allemand de dont l'auteur attribue la cause au mouvement de fuite du devant sa propre temporalité finie, autrement dit devant son caractère mortel (l'opinion moyenne possédant à l'inverse le caractère de l'intemporalité est ressentie comme un refuge).
Pour autant ce langage du « Soi » n'est pas, selon Heidegger, celui de la subjectivité au sens traditionnel, celui du « Je », ce « Soi » n'est pas l'individu, ni l'humain de l'homme mais le « là » d'une question à l'être qui s'ouvre à d'autres possibilités que les siennes (au sens possessif).
Il ne suffira pas de faire appel à une expérience renouvelée pour justifier l'« existence » de l'ipséité ou de la continuité du « Soi ». Ce sont les phénomènes du « Souci », de l' et de la Résolution, qui vont intervenir dans l'explicitation complexe qu'en donne Jean Greisch. Dominique Janicaud notera que malgré ses efforts, la persistance de la question de la subjectivité dans Être et Temps, ne se laissera pas si facilement écarter.
Le statut de la compréhension Ce que nous comprenons en vérité, ce n’est jamais que ce que nous éprouvons et subissons, ce dont nous pâtissons dans notre être même note Henry Corbin Les « choses mêmes » ne se donnant pas immédiatement dans une intuition, Heidegger qui se sépare ici définitivement de Husserl, pense que pour les atteindre, il est nécessaire de s'engager résolument dans ce qu'il appelle le «cercle herméneutique ».