Charles de Bonchamps, né le à Juvardeil (Maine-et-Loire) et mort le à Varades (Loire inférieure), est un militaire français et un général royaliste de la guerre de Vendée.
Il reste célèbre pour avoir gracié près de soldats républicains à la suite de la bataille de Cholet du , combat au cours duquel il est mortellement blessé. Cet acte est appelé a posteriori le « pardon de Bonchamps ».
Biographie Jeunesse Charles Melchior Artus de Bonchamps est issu d'une famille de petite noblesse angevine.. La famille de Bonchamps, éteinte de nos jours, n'est pas à confondre avec une famille homonyme et subsistante de Normandie.
Son père est Louis Charles Artus de Bonchamps né en 1735 et sa mère est Marguerite Heulalie Hellaut de La Vallerie, née en 1743. Marié en 1758, le couple s'établit au château du Crucifix, à Juvardeil, chez les parents de la nouvelle épousée. Louis Charles Artus de Bonchamps dispose alors de livres de revenu annuel et la dot de son épouse s'élève à livres.
Charles Melchior Artus de Bonchamps naît en 1760 au château du Crucifix. Sa mère meurt en 1766, épuisée par plusieurs grossesses. Son père se remarie et s'établit dans le château de son propre père, à La Baronnière, dans la commune de La Chapelle-Saint-Florent. Charles de Bonchamps grandit alors avec son grand-père et deux de ses filles non mariées, son père, sa belle-mère, ses trois sœurs et sa belle-sœur.
Expédition aux Indes pendant la guerre de la Révolution américaine En 1775, Charles de Bonchamps, alors âgé de 15 ans, s'engage comme cadet au régiment d'Aquitaine. En 1778, il est nommé sous-lieutenant..
À cette période, il songe à se fiancer avec une jeune Bretonne de Saint-Brieuc, que son père lui interdit d'épouser en raison d'une dot trop maigre.
Cependant la guerre d'indépendance des États-Unis fait alors rage et le bataillon du régiment d'Aquitaine est intégré à un corps expéditionnaire qui doit se rendre en Inde, pour soutenir le sultan du Mysore, Haidar Alî, contre les Britanniques. Le , la flotte appareille, avec à son bord le sous-lieutenant Charles de Bonchamps. Trois mois plus tard, elle atteint le cap de Bonne-Espérance mais une épidémie de typhus l'oblige à relâcher longuement. L'expédition atteint finalement Sumatra le . Elle débarque ensuite au Gondelour, qui est assiégée pendant un mois par les Britanniques. Les combats cessent lorsqu'une frégate française vient annoncer que de pourparlers de paix ont été engagés entre la France et la Grande-Bretagne. Ces derniers sont suivis par la signature du traité de Paris et du traité de Versailles, le , qui marquent la fin de la guerre d'indépendance des États-Unis.
Charles de Bonchamps demeure pendant deux ans à Pondichéry, avant d'entamer le voyage du retour vers la France qui dure onze mois. Atteint du scorbut pendant la traversée, il manque de peu de passer pour mort et d'être jeté par-dessus bord.
Début de la Révolution française vignette|gauche|upright=0.8|Portrait de Charles de Bonchamps, miniature réalisée de son vivant ().
De retour en France, le régiment d'Aquitaine vient tenir garnison à Paris. Lors de son séjour dans la capitale, Bonchamps fréquente le café de Valois et se passionne pour le jeu d'échecs.
En 1787, il est élevé au grade de capitaine des grenadiers du régiment d'Aquitaine.. Quelques mois plus tard, il se marie avec Marie Renée Marguerite de Scépeaux, nièce du comte d'Autichamp, colonel en second du régiment d'Aquitaine. Le couple a deux enfants : Zoé Anne Agathe Charlotte (née en 1789) et Hermenée (né en 1791).
En 1789, Bonchamps retourne en Anjou pour participer à l'élection des députés de la noblesse de sa province aux États généraux. Il part ensuite rejoindre sa garnison à Longwy, en Lorraine mais, en 1790, des conflits et remous commencent à opposer soldats et officiers. En 1791 une révolte éclate au sein du régiment à Laudau. Après cet événement, Charles de Bonchamps démissionne et se retire sur sa terre de La Baronnière, près de Saint-Florent-le-Vieil..
Il devient acquéreur de biens nationaux et le il prête serment à la Nation..
Insurrection dans les Mauges et début de la guerre de Vendée vignette|upright=1.2|La Baronnière, dessin de Thomas Drake et lithographie d'Henri Daniaud, 1856.
En , l'ouest de la France est touchée par de nombreuses insurrections paysannes contre la levée en masse. Le , la ville de Saint-Florent-le-Vieil est prise par les insurgés qui submergent les 150 gardes nationaux locaux. Le lendemain, les paysans viennent chercher Charles de Bonchamps à La Baronnière pour lui demander de prendre la tête de l'insurrection.. Bonchamps se montre réticent et doute qu'une victoire soit possible contre les troupes de la République mais il finit cependant par accepter de prendre la tête des insurgés. Sans illusion, il quitte sa femme qui est enceinte, en lui déclarant : . Il part ensuite pour Saint-Florent-le-Vieil à pied, car les paysans l'empêchent de monter à cheval, de crainte qu'il ne prenne la fuite.
Arrivé à Saint-Florent-le-Vieil, Charles de Bonchamps rétablit un certain ordre : il organise la défense du bourg et fait proclamer une grâce pour les patriotes encore cachés en ville. Les insurgés font jurer aux prisonniers ne plus porter les armes contre eux, puis ils les remettent en liberté. Ils font ensuite chanter un Te Deum par le curé réfractaire de Saint-Florent qui fait bénir le drapeau blanc.
Dans les jours qui suivent, l'ensemble des Mauges tombe aux mains des insurgés.. La ville de Cholet est notamment prise le par les bandes de Cathelineau, Stofflet et Perdriau. Bonchamps se joint alors à eux et participe à la prise de Chalonnes-sur-Loire le . Après ces victoires successives, les bandes insurgées ne poussent pas plus loin et se dispersent. Les chefs des Mauges établissent cependant une structure militaire en formant une Armée d'Anjou le ..
Offensive républicaine dans les Mauges vignette|upright=1.2|Émeute en Vendée, huile sur toile d'Évariste Carpentier, , mairie de Kuurne.
En avril, les forces républicaines contre-attaquent. Le , depuis Angers, le général Berruyer fait mettre en marche trois colonnes commandées par lui-même, Leigonyer et Gauvilliers.. La colonne de Gauvilliers passe la Loire à en amont de Saint-Florent-le-Vieil et surprend Bonchamps qui n'a pas le temps de convoquer tous ses hommes.. Le , ses maigres forces sont enfoncées au Mesnil-en-Vallée et les républicains reprennent Saint-Florent-le-Vieil. L'épouse de Bonchamps, a tout juste le temps de s'enfuir avec ses enfants du château de la Baronnière, qui est ensuite incendié. Deux jours plus tard, elle fait une fausse couche.
Battues sur tous les fronts, les forces insurgées des Mauges se rassemblent à Beaupréau, où Bonchamps, Cathelineau, Stofflet, d'Elbée et d'autres se retrouvent pour tenir un conseil de guerre. La situation est alors dramatique pour les insurgés de l'Anjou : ces derniers n'ont plus de canons, peu de munitions et les paysans sont épuisés et découragés alors que les lueurs des incendies provoqués par les républicains sont visibles à l'horizon. Certains chefs veulent lancer une contre-attaque désespérée, d'autres parlent de tout abandonner et de dissoudre l'armée. Bonchamps propose quant à lui un repli sur Tiffauges, dans le département de la Vendée, pour faire reposer les hommes, reconstituer les approvisionnements et accroître les effectifs en rejoignant les insurgés du Bas-Poitou. Son plan est adopté par le conseil de guerre, et les insurgés évacuent Beaupréau et Cholet pendant la nuit.
Cependant le général Berruyer fait preuve d'un excès de prudence et ose à peine réinvestir Cholet, ce qui offre un répit à ses adversaires. De plus, le , les insurgés angevins sont rejoints à Tiffauges par paysans des Deux-Sèvres menés par Henri de La Rochejaquelein.. Ce dernier vient alors de battre la colonne du général Quétineau à la bataille des Aubiers et apporte de la poudre et des munitions qui faisaient grandement défaut aux Angevins. Le , les Vendéens, désormais forts de hommes, repartent à l'offensive et marchent sur Cholet..
Les colonnes de Berruyer sont attaquées les unes après les autres. La colonne de Leigonyer est enfoncée le à Cholet et à Vezins. Informé de la défaite, Berruyer abandonne Chemillé et se replie sur Les Ponts-de-Cé. La colonne de Gauvilliers se retrouve alors isolée à Beaupréau et est assaillie à son tour le . Lors de la bataille, Bonchamps surgit sur les arrières des patriotes, qui cèdent à la panique et s'enfuient vers Chalonnes en laissant derrière eux cinq canons et 500 à prisonniers. Les Mauges repassent ainsi complètement aux mains des Vendéens.
Victoires vendéennes à Thouars et Fontenay-le-Comte vignette|upright=1.2|Vue de Thouars, dessin de Thomas Drake et lithographie d'Henri Daniaud, 1856.
Entre le 26 et le , les Vendéens de l'Anjou et du Haut-Poitou se rassemblent à Cholet.. Le , l'armée d'Anjou et l'armée du Centre s'unissent pour former une armée catholique et royale mais sans commandement unifié. Le même jour, cette armée se met en mouvement en direction de Bressuire, dans les Deux-Sèvres. Elle compte alors près de hommes, dont la moitié sont équipés de fusils, et six canons.
Le , les Vendéens prennent Bressuire, évacuée par le général Quétineau. Plusieurs prisonniers sont délivrés, dont trois rejoignent notamment le commandement de l'armée insurgée : Louis de Lescure, Gaspard de Bernard de Marigny et Guy Joseph de Donnissan.. Le , les Vendéens arrivent aux abords de la ville de Thouars. Bonchamps commande l'aile gauche avec Dommaigné, le chef de la cavalerie.. Il franchit le Thouet au Gué-au-Riche, puis attaque de flanc les forces républicaines qui défendent le pont de Vrines contre les forces de Lescure et a Rochejaquelein. Les républicains se refugient à l'intérieur de la ville, talonnés par les Vendéens qui prennent d'assaut les remparts. En fin d'après-midi, le général Quétineau capitule avec ses hommes.
Quétineau est traité courtoisement par les généraux vendéens qui l'invitent à dîner avec eux au château de Thouars le soir de la bataille.. Il partage ensuite la chambre de Bonchamps dans l'hôtel Brossier de la Charpagne, son ancien quartier-général devenu celui de l'armée vendéenne. Le , les prisonniers républicains sont relâchés contre le serment de ne plus combattre les Vendéens. Quétineau est quant à lui libéré le .
Forts de ce succès qui leur a procuré douze canons et des milliers de fusils, les Vendéens se remettent en marche le et s'emparent sans combattre de Parthenay.. Le , ils prennent d'assaut le bourg de La Châtaigneraie, défendu par les hommes du général Chalbos. Les Vendéens poursuivent ensuite leur marche vers le sud de la Vendée mais Bonchamps se sépare du gros de l'armée afin d'aller protéger les Mauges.. En son absence, l'armée vendéenne, déjà affaiblie par les départs d'une grande partie de ses combattants, subit une lourde défaite lors de l'attaque de Fontenay-le-Comte, le ..
Cependant l'échec ne décourage pas les Vendéens qui décident rapidement de mener une nouvelle attaque.. Reconstituée à Cholet, l'armée réapparaît devant Fontenay-le-Comte le .. Lors de la bataille, Bonchamps commande l'aile droite et déploie ses troupes en ordre oblique. Il repousse la cavalerie de Chalbos, puis contre-attaque et est parmi les premiers, avec Lescure, à pénétrer dans la ville. Après seulement une heure de combats, les républicains se rendent et d'entre eux sont faits prisonniers. Cependant, Bonchamps est grièvement blessé à l'épaule par un soldat républicain qui lui tire un coup de fusil à bout portant après avoir fait semblant de déposer les armes.