Le Comité central socialiste révolutionnaire (CCSR) est une petite organisation politique française, issue du blanquisme.

Fondé en 1889, à la suite d'une scission au sein du Comité révolutionnaire central, le CCSR a été proche du boulangisme.

Selon l'historien Bertrand Joly, « Le CCSR, qui n'est plus ni central ni socialiste ni révolutionnaire, ne compte plus dès 1891, avec des effectifs estimés par la police à une centaine d'adhérents »Bertrand Joly, Aux origines du populisme : histoire du boulangisme, Paris, CNRS Éditions, 2022, ..

Histoire vignette|Ernest Granger vignette|Ernest Roche

La scission de 1889 Structure du mouvement blanquiste depuis 1881, le Comité révolutionnaire central (CRC) connaît des tiraillements à partir de 1887, car une partie des militants considère le boulangisme comme une opportunité révolutionnaire jacobine, compatible avec les idées de Blanqui, contrairement à Vaillant, qui refuse de relativiser le rôle du général lors de la Semaine sanglante et voit en lui une menace dictatoriale de type bonapartiste. Ces arguments anti-boulangistes font cependant débat au sein du socialisme car le boulangisme est aussi un mouvement populaire, dirigé contre la république bourgeoise des « opportunistes » (soutenus, entre autres, par les socialistes de la Fédération des travailleurs socialistes de France (« possibilistes »), rivaux des blanquistes) et mené par des personnalités d'extrême gauche telles que le bienfaiteur des publications blanquistes, l'ancien communard Henri Rochefort. Ce dernier organise d'ailleurs une entrevue secrète, en , entre Boulanger et le chef incontesté des blanquistes, Émile EudesGarrigues (cf. bibliographie), , et Hutton, .. Mais celui-ci meurt brutalement le , avant d'avoir pu imposer à ses partisans l'accord conclu avec le général.

Évitée lors de l'élection législative partielle parisienne du , grâce à une candidature Boulé votée par une majorité de blanquistes et de guesdistes, la scission se produit quelques mois plus tard, en août, à l'occasion de la préparation des élections générales, quand Granger propose de ne pas présenter de blanquiste à Belleville face à son ami Rochefort« La scission blanquiste », Le Temps, 17 août 1889, ., s'opposant ainsi à une autre partie du comité, dominée par les anti-boulangistes Vaillant et Chauvière, qui appuie la candidature du docteur Étienne SusiniDa Costa (cf. bibliographie), . (qu'il ne faut pas confondre avec le boulangiste Paul Susini)« Les journées de décembre et l'agitation révolutionnaire », Le Figaro, 17 septembre 1890, .. Leur proposition n'ayant pas remporté la majorité des suffrages (par contre 28), Granger et ses partisans quittent le comité et fondent le CCSR.

Malgré des militants regroupés autour des personnalités de la « vieille garde » blanquiste, plusieurs organes de presse (Le Ralliement, Le BlanquisteLe Matin, 14 mars 1890, . puis Le Réveil du PeupleLa presse révolutionnaire, Le Gaulois, 10 décembre 1893, .) ainsi qu'une petite organisation de jeunesse autonome, la Jeunesse Blanquiste, fondée en mais ne comptant que entre 50 et 100 membresJoly (cf. bibliographie), ., le CCSR, victime de l'essoufflement du mouvement boulangiste et du rejet de ce dernier par le mouvement ouvrier, connaît des résultats électoraux décevants. Bertrand Joly écrit à propos du groupe : « Représentant dès sa fondation une tradition périmée, réduit à l'état de groupuscule dès 1891, le CCSR n'aura jamais pesé du moindre poids dans la vie politique. A l'exception de quelques diatribes convenues contre les puissants du jour, on aurait peine à trouver chez lui quelque trace que ce soit de socialisme et, privé de doctrine, de meneur, de journal, de tout ce qui pourrait justifier son existence, il en est réduit dès sa fondation à suivre les rochefortistes dont, finalement , plus rien ne le sépare. »À partir de 1890 et les révélations des Coulisses du boulangisme du journaliste et ancien boulangiste Gabriel Terrail ("Mermeix"), le CCSR et Granger sont totalement discrédités face à l'alliance entre boulangiste et monarchiste. De plus, Vaillant réécrit ses choix passés en faisant de lui quelqu'un qui se méfiait dès le départ de Boulanger et c'est après avoir compris sa véritable intension qu'il a voulu s'en éloigner. Cette réinterprétation renforce l'idée que les membres du CCSR ont été aveuglés par le général, 685-689.

Le CCSR après le boulangisme Les rapports entre le CCSR et les socialistes anti-boulangistes sont donc d'abord extrêmement tendus, comme en témoigne la violente bagarre qui éclate entre les deux camps le , en marge d'une commémoration de la Semaine sanglante au mur des Fédérés, au cours de laquelle, le rédacteur de L'Égalité, Émile Odin, muni d'une canne-hachette, blesse grièvement le secrétaire du CCSR, Emile Rouillon, qui, grièvement blessé, mourra de ses blessures en septembre de la même année. Il faut par conséquent attendre la fusillade de Fourmies et la mort de Boulanger, en 1891, pour que les blanquistes du CCSR et les rochefortistes (organisés en une « Ligue socialiste intransigeante » et secondés par la « Commission ouvrière socialiste du travail » de Frédéric Boulé) commencent à renouer avec les autres socialistes. Ainsi, en , les députés du CCSR s'associent aux guesdistes et aux socialistes indépendants en signant le manifeste électoral révisionniste de Cluseret« Un manifeste », La Lanterne, 13 janvier 1893, .. En 1895, une réunification des blanquistes serait même envisagée par Vaillant et accueillie assez favorablement par les ex-boulangistesJournal des débats, 18 mars 1895, .. gauche|vignette|330x330px|Le Blanquiste (éphémère organe du CCSR), numéro 1 18 mars 1890 Cette volonté unitaire, partagée par les membres du CCSR, est cependant entravée par leur rejet de l'internationalisme marxiste (par patriotisme, ils refusent tout contact avec les « socialistes allemands ») et par leur rancœur à l'égard des possibilistes. Ces contacts épars avec les groupes socialistes prennent fin avec l'Affaire Dreyfus. Le , le CCSR publie en effet un manifeste antidreyfusard qui désavoue JaurèsRevue politique et parlementaire, t. XV, n 45, mars 1898, . et conclut : Journal des débats, 21 février 1898, ..

Le CCSR se fond par la suite dans le Parti républicain socialiste français (PRSF), fondé le par Alfred Gabriel pour rassembler militants rochefortistes et blanquistes nationalistes et antidreyfusards, qu'il essaie de noyauter. Ce nouveau parti, qui a Robert Poirier de Narçay pour secrétaire, Eugène Janiaud pour trésorierLa Presse, 9 mai 1908, . et compte Ernest Roche, Adrien Farjat, gendre d'Emile EudesErnest Vaughan, « Singuliers blanquistes », L'Aurore, 18 septembre 1898, ., Paulin-MéryLa Presse, 5 décembre 1898, ., Édouard DubucL'Intransigeant, 10 mai 1900, . et Max RégisLa Presse, 18 octobre 1900, ., Charles Bernard, etc. parmi ses adhérents et se distingue du CCSR par son nationalisme et surtout par son antisémitisme.

Après l'Affaire, le CCSR reprend ou continue à mener un semblant d'existence autonomeLe Temps, mai 1904, ., jusqu'en 1908La Lanterne, 15 mars 1908, .. Mais ses activités sont désormais réduites à l'organisation de commémorations de la Commune et des chefs blanquistes défunts (Blanqui, Eudes). Marginalisé par l'unification des formations socialistes au sein de la SFIO, le CCSR finit par disparaître avant la Première Guerre mondiale.

Membres du CCSR

Notes et références

Voir aussi Bibliographie Charles Da Costa, Les Blanquistes, Paris, Librairie des sciences politiques et sociales Marcel Rivière & , 1912, . Patrick H. Hutton, The Cult of the Revolutionary Tradition: The Blanquists in French Politics, 1864-1893, University of California Press, 1981, . Jean Garrigues, Le Boulangisme, Paris, PUF, 1992, et 51-55. Bertrand Joly, « Les antidreyfusards avant Dreyfus », Revue d'histoire moderne et contemporaine, t. 39, avril-, .

Liens externes

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