John Tyler (Prononciation en anglais américain retranscrite selon la norme API.), né le dans la (Virginie) et mort le à Richmond (Virginie), est un homme d'État américain. Il est le vice-président des États-Unis, en fonction du au , puis le président des États-Unis, en fonction du au . À la mort du président William Henry Harrison, il devient le premier vice-président américain à accéder à la présidence, provoquant un événement constitutionnel sans précédent quant à la succession présidentielle.

Tyler est né dans une famille aristocratique de Virginie d'ascendance anglaise, propriétaire d'une plantation et d'esclaves. Diplômé du College of William and Mary, il devient avocat en 1809 avant d'entrer en politique. Comme nombre de membres de l'élite virginienne, il administre sa propre plantation et tire une partie de ses revenus du travail d'esclaves. Capitaine durant la guerre anglo-américaine de 1812, il est élu à la Chambre des représentants des États-Unis pour la Virginie, puis gouverneur de l'État en 1825 et sénateur fédéral en 1827. L'opposition de Tyler au fédéralisme et son soutien aux droits des États le rendent populaire auprès de ses concitoyens de Virginie, mais lui aliènent le soutien de la plupart de ses alliés politiques, qui l'avaient amené au pouvoir à Washington.

Dans les années 1820, alors que le Parti républicain-démocrate se divise en plusieurs factions, Tyler gravit les échelons du pouvoir dans un contexte de bouleversements politiques. Bien qu'étant à l'origine un démocrate, il s'oppose aux présidents Andrew Jackson et Martin Van Buren, ce qui le rapproche du Parti whig. En 1840, il est choisi comme colistier de William Henry Harrison et élu vice-président. À la mort de ce dernier le , un mois après son investiture, la succession présidentielle provoque une grande confusion : la Constitution ne précisait pas si le vice-président devait devenir président à part entière ou simplement assurer l'intérim. Tyler se rend à la Maison-Blanche, prête serment comme président et revendique pleinement le titre ainsi que les pouvoirs de la fonction, établissant un précédent reconnu par le Congrès quelques semaines plus tard. Ce principe, qui définira la gestion des futures successions, ne sera formalisé qu'avec l'adoption du amendement en 1967.

Devenu président, Tyler s'oppose rapidement à la ligne du Parti whig et met son veto à plusieurs de ses propositions, notamment la création d'une banque nationale. En conséquence, une grande partie de son cabinet démissionne et les whigs, qui le surnomment ironiquement His Accidency () en raison des circonstances de son accession au pouvoir, l'expulsent du parti. Privé de soutien, sa politique intérieure est paralysée, mais il obtient des succès notables en politique étrangère, notamment avec la signature du traité Webster-Ashburton avec le Royaume-Uni et du traité de Wanghia avec la Chine. Il consacre ses deux dernières années de présidence à l'annexion du Texas. S'étant aliéné les démocrates et les whigs, il tente de fonder un nouveau parti pour soutenir sa campagne présidentielle, mais ses efforts restent vains.

L'annexion du Texas est approuvée par le Congrès dans les derniers jours de son mandat et menée par son successeur, le démocrate James K. Polk. Tyler se retire ensuite de la vie politique jusqu'au déclenchement de la guerre de Sécession en 1861. Il rejoint alors les États confédérés d'Amérique et est élu à la Chambre des représentants confédérée peu avant sa mort. Bien que certains aient salué sa détermination et sa vision constitutionnelle, la présidence de Tyler est aujourd'hui tenue en faible estime par les historiens, qui le considèrent comme un président isolé et sans grande influence dans la mémoire politique américaine.

Jeunesse John Tyler, () naît le dans la , une propriété de où se trouve une résidence que son père avait construite dans le comté de Charles City, en Virginie. Le jeune Tyler y est élevé avec ses deux frères et ses cinq sœurs. Il est ainsi le premier président américain à être venu au monde après l'adoption en 1787 de la Constitution des États-Unis. Tyler descend d'une famille aristocratique et politiquement engagée. La lignée des Tyler remonte jusqu'à l'une des premières colonies anglaises à Williamsburg au milieu du . Sa mère Mary est la fille d'un important planteur, Robert Armistead. Elle meurt d'une crise cardiaque alors que John n'avait que sept ans. Son père, , est un ami et camarade de chambre de Thomas Jefferson à l'université et il servit à la Chambre des délégués de Virginie, la chambre basse de l'Assemblée générale de Virginie, aux côtés du père de William, Benjamin Harrison V. Il occupa pendant quatre années la fonction de président de la Chambre avant de devenir juge à la cour de l'État. Il fut ensuite gouverneur et juge de la cour de district à Richmond.

Dans la propriété familiale, quarante esclaves cultivent du blé, du maïs et du tabac. Tyler était un enfant à la santé fragile, très maigre et victime de diarrhées chroniques, deux afflictions qui le poursuivirent tout au long de sa vie. À l'âge de douze ans, il entra dans la classe préparatoire du prestigieux , poursuivant la tradition familiale d'étudier dans cette école et il fut diplômé en 1807 à l'âge de . Parmi les ouvrages qui influencèrent sa vision de l'économie figurait la Richesse des nations d'Adam Smith et il se passionna pour les œuvres de William Shakespeare. Ses vues politiques furent profondément influencées par l'évêque James Madison, recteur de l'université et cousin du futur président du même nom, qui joua un rôle de second père et de mentor pour le jeune homme.

Après l'obtention de son diplôme, Tyler étudia le droit avec son père qui était à ce moment juge d'État puis avec l'ancien procureur général Edmund Randolph. Il fut admis au barreau à l'âge de en violation des règles en vigueur car le juge qui faisait passer l'examen du barreau ne se renseigna pas sur son âge. À ce moment son père devint gouverneur de Virginie et le jeune Tyler commença à pratiquer le droit à Richmond, la capitale de l'État.

En 1813, il acheta la d'une vingtaine d'hectares près de Charles City et il y résida jusqu'en 1821..

Ascension politique Législateur en Virginie À , Tyler fut élu par les électeurs du comté de Charles City à la Chambre des délégués de Virginie ; il réalisa cinq mandats d'un an et siégea au comité judiciaire. Les opinions caractéristiques du jeune politicien étaient déjà claires à la fin de son premier mandat : un fort soutien aux droits des États et l'opposition à une banque nationale. Il rejoignit son confrère législateur dans une motion de censure contre les sénateurs de Virginie et qui avaient voté en faveur de la malgré les instructions de la législature.

En plus des conflits internes sur une banque nationale, les États-Unis affrontèrent le Royaume-Uni lors de la guerre de 1812. L'éducation de Tyler l'avait imprégné d'un profond sentiment anti-britannique et au début de la guerre il milita pour une action militaire forte. Après la prise d'Hampton en Virginie à l'été 1813, Tyler organisa une petite unité de milice pour défendre Richmond mais il n'y eut aucune attaque et la compagnie fut dissoute deux mois plus tard. La même année, son père mourut et Tyler hérita de la propriété familiale et de treize esclaves. En 1816, il démissionna pour entrer au conseil d'État du gouverneur, un groupe de huit conseillers élus par la législature.

Représentant de Virginie vignette|gauche|alt=Portrait d'une femme aux cheveux ramenés en arrière et portant une robe blanche.|Tyler épousa sa première femme, Letitia Christian, en 1813 alors qu'il siégeait à la Chambre des délégués de Virginie. La mort du représentant à l'automne 1816 laissa vacant le siège du district congressionnel de Virginie et Tyler était bien positionné pour y accéder. Il affronta son ami et allié politique Andrew Stevenson, alors président de la Chambre des délégués de Virginie. Les opinions politiques des deux hommes étant similaires, le suffrage s'apparenta plus à un concours de popularité. Les liens politiques de Tyler et son habileté de candidat lui permirent de remporter l'élection à une courte majorité. Il rejoignit le Parti républicain-démocrate, le principal parti politique de l'époque, au sein du Congrès le pour achever le mandat de Clopton. Il fut réélu pour un mandat complet au printemps 1817.

Alors que les républicains-démocrates avaient longtemps défendu les droits des États, ils avaient commencé à demander un renforcement du gouvernement fédéral à la suite de la guerre de 1812. Une majorité des membres du Congrès défendait ainsi le financement fédéral de projets d'infrastructures mais Tyler rejetait ces propositions fédéralistes pour des raisons constitutionnelles et personnelles. Il estimait que chaque État devait financer lui-même les infrastructures nécessaires et il déclara que la Virginie n'était pas . Il fut choisi pour participer à un audit de la en 1818 au sein d'un comité de cinq personnes et fut choqué par la corruption au sein de la banque. Il milita pour sa fermeture mais le Congrès rejeta une telle proposition. Son premier affrontement avec Andrew Jackson, alors général, eut lieu après son invasion de la Floride en 1818 lors de la première guerre séminole. Tout en louant le courage de Jackson, Tyler condamna le comportement zélé du général et son exécution de deux sujets britanniques. Tyler fut réélu sans opposition au début de l'année 1819.

Planteur esclavagiste Tyler fut un propriétaire d'esclaves toute sa vie et il eut jusqu'à 40 esclaves à . S'il considérait l'esclavage comme diabolique et ne fit aucune tentative pour le justifier, il n'accepta aucune émancipation nationale et ne libéra aucun de ses esclaves même à la veille de la guerre de Sécession. Les conditions de vie de ses esclaves ne sont pas très bien documentées mais les historiens s'accordent sur le fait que Tyler se préoccupait de leur bien-être et s'abstenait de violences physiques contre eux.

L'admission du Missouri dans l'Union et le statut de l'esclavage dans cet État furent la principale préoccupation du Congrès qui débuta en 1819. Tyler avança que l'autoriser dans le Missouri attirerait les propriétaires d'esclaves du Sud, diminuerait le nombre d'esclaves dans l'Est et réduirait la dépendance des États à cette pratique. Ainsi, l'abolition se ferait au sein des États sans intervention fédérale comme cela avait été le cas en Nouvelle-Angleterre. Estimant en revanche que le Congrès n'avait pas le pouvoir de légiférer sur l'esclavage et qu'admettre des États selon qu'ils soient esclavagistes ou abolitionnistes ne pourrait que conduire à des tensions, il s'opposa au compromis du Missouri qui prévoyait l'entrée dans l'Union du Missouri esclavagiste et du Maine abolitionniste ; le compromis fut néanmoins adopté.

Tyler ne chercha pas à obtenir un nouveau mandat au Congrès à la fin de l'année 1821, d'après lui pour des raisons de santé. Il témoigna en privé de sa frustration vis-à-vis du poste car ses votes d'opposition furent largement symboliques et ne firent pas changer la culture politique de Washington ; il observa également la difficulté qu'il aurait à financer l'éducation de ses enfants avec le faible salaire de représentant. Il quitta son siège le pour laisser la place à son ancien adversaire Stevenson avant de retourner à son activité de juriste.

Retour à la législature de l'État vignette|alt=Portait d'un homme aux cheveux noirs et courts portant un foulard blanc et une veste noire.|Gravure de Tyler réalisée vers 1826 alors qu'il était gouverneur de Virginie.