vignette|Portrait gravé de Gustave Revilliod en frontispice de son recueil de poésies Les fleurs de mon printemps.

Gustave-Philippe Revilliod, né le à Genève et mort le au Caire, est un archéologue, collectionneur d'art, éditeur et mécène genevois. Il consacre sa vie aux voyages, aux arts et au rayonnement de son pays à l’aide de sa fortune familiale. Il est également le fondateur du Musée Ariana à Genève.

Jeunesse et vie familiale Gustave Revilliod est né le dans une famille aisée genevoise, établie à Genève depuis le . Son grand-père Jean-François Revilliod (1760-1801), un des membres du Conseil des Deux-Cents, est marié à Marguerite Rilliet (1760-1801) qui possède le vaste domaine de Varembé. Son père Philippe Léonard Revilliod (1786-1864) est directeur d’hôpital et épouse en 1810 Ariane de la Rive (1791-1876). Il est également député du Conseil Représentatif de 1814 à 1822. Ses frères aînés Horace (1811-1858) et Charles (1812-1858) naissent très vite après le mariage. Horace est un artiste peintre, envoyé aux États-Unis par son père à cause d’une liaison avec une femme jugée « gueuse » par Philippe Revilliod. Ce n’est finalement qu’en 1842 qu'il revient d’Amérique et s’installe chez sa grand-mère Marguerite Revilliod à la rue de l’Hôtel-de-Ville, sans rompre pour autant les liens avec ses frères et sa mère.

Charles (1812-1858) a quant à lui suivi une carrière de militaire. De 1831 à 1834, il se forme à Stuttgart en Allemagne avant d’être nommé lieutenant puis comme capitaine en 1841 à son retour à Genève.

Gustave arrive cinq ans plus tard, le , et va développer des liens forts avec sa mère. Après une éducation initiale à domicile, Gustave Revilliod est envoyé au pensionnat Töpffer. Sa scolarité débute en 1833 au collège avant d’étudier à l’académie de Genève en philosophie puis en droit. De 1838 à 1839,  il poursuit ses études en Allemagne car il se rend à Berlin.

Il noue des amitiés majeures avec le Bernois et archéologue Gustave de Bonstetten (1816-1892) et Guillaume de Löwenstein-Wertheim-Freudenberg (1817-1887). Il partagera toute sa vie avec eux l’amour de l’histoire et des voyages. C’est d’ailleurs à l’occasion de son semestre à Berlin qu’il débute ses premiers voyages car il visite le Danemark, la Norvège, la Suède et la Russie.

A l'issue de ces périples, il publie Lettres d’un étudiant en vacances en 1885 sans nom d’auteur. Rentré de son séjour, il retourne à Varembé chez ses parents. L’année 1847 débute par l’adoption de la Constitution fazyste, ce qui soulève la crainte de ses parents qui critiquent de plus en plus son comportement oisif. En quittant Genève, il se tourne vers la littérature, l’histoire et les arts. Grâce à ces passions grandissantes, il devient membre de plusieurs sociétés comme la Société d’histoire et d’archéologie de Genève (dont il  sera président en 1859, 1860, 1865), la Société de la Bibliothèque universelle, l’Académie delphinale de Grenoble ou encore la Société genevoise des amis de l’instruction dont Godefroy Sidler sera également membre.

Il s’investit également dans le domaine de l’édition grâce à sa collaboration avec des imprimeurs et éditeurs Fick. En 1853, il réédite et rédige l’introduction de l’ouvrage Le Levain du calvinisme de Jeanne de Jussy datant du .

A la mort de son père en , Gustave Revilliod et sa mère  Ariane de la Rive mènent une vie tranquille à Varembé, marquée par les voyages. Il participe à l’inauguration du canal de Suez et devient en le commissaire membre du jury à l’Exposition de Vienne. En 1869, il s’élève au rang de “Cavaliere dell’Ordine della Corona d’Italia” et reçoit en la “Première classe de Chevalier de son ordre du Lion de Zähringen” par le grand-duc de Bade. En parallèle, il siège au Grand Conseil de Genève de 1868 à 1870, puis de 1872 à 1874, animé par la question majeure de la séparation de l’Église et de l’État.

A noter que ses relations familiales sont tourmentées. Son père, qualifié de despotique, veut former sa famille tout en faisant culpabiliser ses enfants, dont il les juge pas à la hauteur de ses ambitions et incapables de gérer son patrimoine et sa grande fortune.

Fortune héritée et gestion de son patrimoine Son père Philippe Revilliod, grâce à sa profession, jouit d’une grande fortune : c’est un gestionnaire avisé. Il hérite de la fortune de ses parents à savoir Jean-François et Marguerite née Rilliet. Son patrimoine immobilier représente environ 10% de sa fortune soit un total de . Lorsqu’il décède en 1864, il lègue un héritage important. En effet, il possède une maison de maître, une ferme et des dépendances dans la campagne de Varembé estimées à . De plus, l’immeuble que va occuper Gustave Revilliod, à savoir celui situé au 12 rue de l'Hôtel-de-Ville, est estimé à . Par ailleurs, sa femme a un patrimoine important, propriétaire de plusieurs domaines à Pont-de-Veyle, évalués à .

En parallèle, il possède également de nombreux titres et actions répartis dans de nombreuses sociétés financières (huit au total à sa mort) telles que Benoit & J. Miroglio à Lyon ou encore Henry Sordet & Cie à Genève. Ses investissements représentent un total de 4 millions de francs. Il investit également dans les compagnies d’assurance qui connaissent un important essor vers 1820 ainsi que dans les sociétés de chemin de fer majoritairement françaises. Enfin, 10% de sa fortune s’inscrivent dans les investissements industriels. Il ne réalise que peu d'investissements locaux hormis l’obligation de la Société immobilière genevoise à hauteur de . Ainsi, la grande fortune et le patrimoine du père de Gustave Revilliod ont assuré la prospérité de sa famille et celle de Gustave Revilliod. À sa mort en 1864, Gustave Revilliod hérite alors du domaine de Varembé où il construit le musée de l'Ariana. Le nom est un hommage rendu à sa mère Ariane Revilliod-de la Rive afin d'y présenter l'ensemble de ses collections : "Tableaux anciens et modernes, sculptures, gravures, mobilier, étains, argenterie, orfèvrerie, livres anciens et modernes, autres curiosités".

Gustave Revilliod confie l’entièreté de sa fortune héritée à une société dirigée par un financier, créée en 1852 sous le nom d’Henri Sordet & Cie. Il reçoit alors des revenus semestriels compris entre . Sa fortune lui sert notamment à payer les employés du domaine de Varembé, dont le nombre a largement augmenté après la création du Musée Ariana. Sa fortune est donc différente de celle de son père : l’immobilier occupe 30% alors que 70% sont compris en titres dans les banques, chemins de fer, assurances et domaine industriel. Cette seconde partie de sa fortune a entièrement été vendue en 1879 afin de financer l’ouverture de son musée. À sa mort, la partie mobilière de son patrimoine s’élève à de francs.

Voyages Tout au long de sa vie, Gustave Revilliod a effectué de nombreux voyages. À noter qu’il n’est ni un explorateur ni un aventurier : il est motivé par la « rencontre de l’autre ». Lors de ses séjours, il raconte une réalité vécue à divers échelons des sociétés qu’il rencontre dans un contexte colonial qui évolue tout au long du . Il porte particulièrement son intérêt aux hiérarchies instaurées entre les peuples. Il fait preuve de compréhension à l’égard des révoltes suscitées par les situations de domination qu’il condamne : il interroge la légitimité de la colonisation. Par ailleurs, les sources qui documentent ses voyages sont diverses et abondantes : on retrouve la correspondance émise et reçue conservée aux Archives d’État et à la Bibliothèque de Genève, des récits ou encore des conférences.

Les voyages extra-européens de Gustave Revilliod s’étendent du printemps 1844 lorsqu’il se rend en Algérie, jusqu’à l’année de sa mort le où il est en Égypte. « Il aura entre-temps participé à l’inauguration du canal de Suez (1869), remonté le Nil jusqu’à la frontière du Soudan (1881), fait un tour du monde qui l’aura mené de l’Égypte en Inde, en Chine et au Japon, avant de revenir par les États-Unis (1888-1889) ».

Lors des printemps 1844 et 1845, Gustave Revilliod se rend à Alger, motivé par un projet d’établissement car les parents des Revilliod à savoir la famille Rillet y est déjà établie. Il est charmé par la vie qu’il expérimente sur place et par l’univers du pays, au-delà d’un simple effet de mode orientaliste, relevant presque d’une forme « d’islamophilie ». On ignore si les céramiques kabyles mentionnées dans le catalogue du Musée Ariana de 1901 ont été acquises au cours de ces séjours. Malgré son attrait pour Alger et la culture culinaire, les arts islamiques et ceux du Maghreb sont peu représentés dans ses collections.

D’octobre à , Revilliod est l’un des trois délégués de la Confédération suisse à l’inauguration du canal de Suez, accompagné par Godefroy Sidler. Les hommes financent eux-mêmes le voyage, faute de budget suffisant. L’objectif est de présenter la Confédération à l’inauguration du canal, en réponse à l’invitation adressée au Conseil Fédéral par le vice-roi d’Égypte, le khédive Ismaïl Pacha. Les hommes doivent « profiter de leur séjour en Turquie et en Égypte pour étudier la question de l’établissement de Consulats suisses ainsi que celle relative au droit d’acquérir des immeubles »Lettre du président de la Confédération Emil Welti aux trois représentants du Conseil fédéral à l’inauguration du canal de Suez, Berne, 19 octobre 1869. Dans le récit qu’il publie après son retour, De Genève à Suez, Revilliod jouit de son statut diplomatique, d’elchi. Il est touché par les paysages, les trésors des musées égyptiens et notamment celui de Boulaq fondé par Auguste Mariette-Pacha (1821-1881) ainsi que la beauté des saïsDanielle Buyssens, “Comment regarder les monuments d’Égypte ? Gustave Revilliod et les itinéraires d’Auguste Mariette-Pacha”, in Silvia Naef, Pauline Nerfin et Nadia Radwan (sous la dir. de), D’une rive à l’autre : patrimoines croisés. Mélanges en l’honneur de la professeure Leïla el-Wakil, Slatkine, Genève, 2018, ., des coureurs noirs qui précèdent les attelages pour leur ouvrir le chemin. Par ailleurs, lorsqu’il est de retour à Genève, il propose le une conférence sur « l’Art en Orient », inspirée par ses périples et les merveilles qu’il a découvertes au bazar du Caire.

De fin à mi-, il fait une halte à toutes les étapes recommandées par Auguste Mariette dans Itinéraire de la Haute-Égypte. Il se montre très marqué par l’impact des touristes et la dégradation des sites qu’ils occasionnent. Il visite des sites antiques comme celui de Karnak. Outre ce pèlerinage à la fois rêvé et obligé des sites célèbres égyptiens, Gustave Revilliod porte également son intérêt aux usines de raffinerie de sucre, créées par le vice-roi Méhémet-Ali dans la province de Munich et aux bains d'Helwan fondés par le Wilhelm Reil Bey. Comme moyen de transport, il loue une dahabieh, c'est-à-dire une barque traditionnelle en suivant les conseils de Mariette. En remontant le Nil, il explore les confins de l’Égypte et s’arrête à Siout, où le fleuve touche au Soudan. Il est émerveillé par l’avancée de la modernité et notamment le développement des réseaux de chemin de fer qui ont connu une grande extension en Égypte sous l’impulsion du khédive Ismaïl Pacha.