thumb|L'équipage mutiné du Bounty abandonnant en mer le capitaine et un groupe de matelots fidèles (1789). thumb|Un groupe de matelots français mutinés en 1919 en mer Noire.

Une mutinerie est une action de révolte née d'une prise de conscience - au sein d'un groupe réglé par la discipline (les détenteurs de l'autorité étant généralement mis en cause avec vigueur, et souvent à juste titre).

Étymologie Sans doute lié à la bataille de Mutina (actuelle Modène) en , entre Marc Antoine et Octave.

Allemagne Mutinerie de la division SS Handschar

France Mutinerie du régiment d'infanterie de ligne

Loi des Trois ans vignette|gauche|redresse|Discours de Jean Jaurès au Pré-Saint-Gervais (25 mai 1913).Le , un projet de loi prévoit d'allonger la durée du service militaire de deux à trois ans. Pour s'y opposer, la Section française de l'Internationale ouvrière (SFIO), la Confédération générale du travail (CGT) et la Fédération communiste anarchiste (FCA) organisent des meetings et des manifestations importantes dont celle du , au Pré-Saint-Gervais, qui réunit de .

En mai, les conscrits dont la libération prévue quelques mois plus tard est retardée d'un an s'agitent dans des casernes de tout le pays. À Toul, l'ordre est rétabli par la gendarmerie. À Rodez, deux bataillons du régiment d’infanterie préméditent une sortie collective de la caserne pour aller débaucher une autre garnison. Le début de mutinerie est étouffé par un officier qui braque un fusil sur les manifestants. Des soldats passent en Conseil de guerre, sont punis de prison ou envoyés en compagnies de discipline. Des perquisitions, des arrestations et des emprisonnements frappent les militants syndicaux et anarchistes et d'autres articles sur la même page. L'Assemblée nationale renonce à prolonger les services militaires en cours. Le projet de loi des Trois ans est voté le par l'Assemblée nationale et le par le Sénat"1913: Débuts de mutineries dans les casernes", dans Alternative libertaire de mai 2013.

Première Guerre mondiale Dès , des dizaines de soldats français participent à des mutineries. Par exemple, le , à Verdun, la moitié d'un bataillon refuse de monter au front. Quinze hommes sont arrêtés, tous les officiers et sous-officiers sont punis de huit jours d'arrêt. Un soldat condamné à mort est exécuté. On dénombre 509 condamnations pour refus d'obéissance en , en et en .

Au cours de l'année 1917, l'armée française lance des offensives qui sont des échecs, comme au Chemin des Dames (dans l'Aisne) où elle ne parvient pas à percer les lignes allemandes. Des mutineries éclatent alors et touchent environ : les soldats réclament une amélioration de leurs conditions de vie et la fin des offensives sanglantes et inutiles. Le général Pétain rétablit la situation au prix d'une sévère répression mais il améliore aussi la vie quotidienne du "poilu".

Selon les historiens, le nombre de fusillés à la suite des mutineries de 1917 serait d'environ 50 soldats.

En quatre ans, sont condamnés à mort et 600 exécutés, fusillés pour l'exempleLes Fusillés de la Grande Guerre et la mémoire collective (1914-1999), Nicolas Offenstadt, éditions Odile Jacob, 1999, . Les autres voient leur peine commuée en travaux forcés. Quelques-uns, dont Félix Baudy, ont été rétablis dans leur honneur dans les années 1920 à 1930. Ce chiffre est somme toute faible sachant que la moitié des divisions françaises engagées ont connu des mutineries.

Italie En , des soldats de la brigade Catanzaro se mutinent à Santa Maria la Longa contre la décision de les renvoyer au front malgré la promesse de leur accorder du repos. De officiers et des soldats sont tués. Seize fantassins tirés au sort et jugés sommairement sont fusillés. Douze autres sont morts pendant la révolte.

Pologne

États-Unis d'Amérique En , le soldat de la Marine Alvin Glatkowski, détourne avec son camarade Clyde McKay, un navire militaire qui transporte des bombes au napalm vers le Vietnam dans l'océan Indien. Équipés de simples armes de poing, les pirates prennent le contrôle du bateau, font descendre une partie de l'équipage et amènent la cargaison au large du Cambodge, où ils demandent l'asile politique. Arrêté après le coup d'État au Cambodge, Glatkowski est extradé et condamné à dix ans de prison aux USA. Son complice disparaît dans la jungle.

Invasion de l'Ukraine par la Russie en 2022

Le , France-Inter cite un témoignage selon lequel des soldats russes ont refusé de combattre après la prise de la ville ukrainienne d'Izium et ont été incarcérés à Bryanka, dans la région de Louhansk. Ils sont régulièrement battus et ligotés à même le sol puis envoyés vers une destination inconnue, sans doute dans des unités combattantes à haut risque. Selon le même article, en juin et juillet, deux unités présentes dans le Donbass ukrainien, la brigade cosaque de fusiliers motorisés et la brigade d'assaut aéroporté, environ un millier d'hommes chacune, ont fait état en tout de plus de 378 soldats, sous-officiers, et officiers réfractaires, qui refusaient de poursuivre le combat en Ukraine.

Pour l'Institut pour l'étude de la guerre (ISW), même si une vidéo qui circule depuis le sur de nombreux médias n'est pas authentifiée, elle illustre une baisse de moral du côté des soldats pro-russes. Quelques dizaines de soldats du bataillon 2740 s'y présentent face à la caméra. Leur porte-parole y lit une déclaration : Selon le politologue Nicolas Tenzer sur LCI, ces soldats estiment qu'ils sont mal considérés. Un constat partagé par Emmanuel Dupuy, président de l’Institut prospective et sécurité en Europe. Pour lui, il y a un réel sentiment d’abandon. « Ce n’est pas la première fois qu’on entend parler de ce type de mutineries. C’est la première fois cependant que c’est filmé ou en tout cas que c'est diffusé comme tel », conclut-il.

La philosophe américaine Judith Butler exprime le vœu suivant : En , Sara Daniel, envoyée spéciale de L'Obs sur le front, rencontre une vingtaine de soldats ukrainiens retranchés dans un bâtiment. Leur porte-parole explique qu'ils refusent de retourner au combat dans les conditions qui leur ont été imposées : sans préparation, avec un matériel insuffisant, par moins 15 degrés, avec de l'eau et de la nourriture congelées. de leur bataillon ont été tués, grièvement blessés ou portés disparus. Il ajoute : «Ils n'osent même pas venir dans cette chambre. Parce que nous sommes armés. Le commandant a peur de la bagarre qui pourrait éclater. »

Exemples La bataille d'Andrinople, mutinerie des fédérés Goths établis dans l'Empire romain. La mutinerie du Bounty, le . La mutinerie de Spithead, dans la Royal Navy, en 1797 . La révolte des cipayes, 1857. La mutinerie du cuirassé Potemkine, en 1905 à Odessa, mutinerie qui fédéra les mouvements ouvriers dans la Russie Tsariste. La Semaine tragique à Barcelone et dans d'autres villes de la province entre le et le contre l'envoi de troupes au Maroc espagnol. La Mutinerie des soldats russes à La Courtine, 1917. La mutinerie de Kiel, dans la marine allemande en 1918. Les mutineries de la mer Noire, le , dans la flotte française.. La mutinerie des marins de Cronstadt (1921) contre le pouvoir bolchévique. L'Évasion de la Croix-des-Bouquets, à la suite d'une mutinerie dans la prison.

Notes et références

Voir aussi Bibliographie Henry Andraud, Quand on fusillait les innocents, éditions Gallimard, 1935, Paris. Henry Andraud, Les Fusillés de Vingré, Fontenoy, Flirey, Fleury, Monteauville, pour faire des exemples, Édition des Imprimeries & Papeteries Commerciales, 1921 André Bach (général), Fusillés pour l'exemple, Librairie Jules Tallandier, 2003, Paris Victor-Paul Bataille, Des mutineries à la victoire… (1917-1918), Robert Laffont, 1965, Paris Calabre D. & Vauclair G., Le fusillé innocent 1914-1917 - La réhabilitation de l'artilleur Eugène Bouret, Autrement - Collection Mémoires / Histoire au singulier 144, 2008, Paris Pierre Durand, Vincent Moulia - Les pelotons du général Pétain, Ramsay, 1978, Paris Jean Galtier-Boissière, Les fusillés pour l'exemple, Le Crapouillot, 1934, Numéro spécial d' Jacqueline Laisné, Fusillés pour l'exemple - Les Caporaux de Souain, le , Éditions Alan Sutton, 2002 Blanche Maupas, Le Fusillé, Isoète, 1994 Roger Monclin, Les Damnés de la Guerre - Les Crimes de la Justice militaire (1914-1918), 1934, Éditions G. Mignolet & Storz Nicolas Offenstadt, Les fusillés de la Grande Guerre et la mémoire collective (1914-1999), Éditions Odile Jacob, , Guy Pedroncini, Les mutineries de 1917, Paris, PUF, 1967 (réédité en 1999) Pierre Poitevin, La mutinerie de La Courtine - Les régiments russes révoltés en 1917 au centre de la France, Payot & Rivages, 1938, Paris Jean Ratinaud, 1917 ou la révolte des Poilus, Fayard, 1963, Paris R.-G Réau, Les Crimes des Conseils de Guerre, Éditions du "Progrès civique", 1925, Paris Denis Rolland, La Grève des Tranchées, Éditions IMAGO, 2005, Paris Françoise Roux, La Grande Guerre inconnue - Les poilus contre l'armée française, Les Éditions de Paris Max Chaleil, 2006 Alain Scoff, Le Pantalon, éditions Jean-Claude Lattès, 1982, Paris M. Watt, Trahison ?, Les Presses de la Cité, 1964, Paris John Williams, Mutinerie 1917, Les Presses de la Cité, 1963, Paris

Articles connexes Coup d'État Insurrection Pronunciamiento, Putsch des généraux Révolte Révolution Réfractaire à l'armée

Liens externes

Catégorie:Délit en droit pénal français Catégorie:Discipline militaire Catégorie:Jargon de la piraterie Catégorie:Vocabulaire maritime