La Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ) est une organisation syndicale du Québec qui regroupe des sections locales de syndicats nationaux (canadiens) et internationaux (relevant d'unions américaines) établies au Québec. Avec près de , c'est le plus important regroupement syndical au Québec. Depuis une entente qualifiée de souveraineté-association conclue au début des années 1990, la FTQ exerce au Québec les droits et prérogatives du Congrès du travail du Canada (CTC) avec lequel elle est affiliée.
Historiquement, la FTQ a été le pendant québécois du Congrès du travail du Canada, de l'AFL-CIO, et des organisations qui les précèdent. Née de la fusion de Fédération provinciale du travail du Québec (FPTQ) et la Fédération des unions industrielles du Québec (FUIQ) en 1957, la FTQ s'est développée rapidement après la Révolution tranquille, dans le contexte de réforme des lois du travail, sous la présidence de Louis Laberge de 1964 à 1991. La FTQ regroupe aujourd'hui plus d'une trentaine de syndicats affiliés, 17 conseils régionaux et près de . Sa présidente actuelle est Magali Picard, faisant d'elle la première femme présidente de la FTQ ainsi que la première présidente membre d'une Première Nation. Son secrétaire général est Denis Bolduc.
Parmi les plus grands syndicats ayant des locaux affiliés à la FTQ, on compte le SCFP, la FTQ-Construction, le Syndicats des Métallos, Unifor Québec, les TUACs, les Teamsters, l'AFPC, l’UES800 et le SQEES-298. La FTQ est l'instigatrice du plus grand fonds de travailleurs du Québec, le Fonds de solidarité FTQ ayant des actifs de 13,7 milliards de $ et comptant plus de actionnaires-propriétairesfondsftq.com - Qui sommes-nous?.
Histoire Contexte de création
vignette|upright=1.4|Fusions syndicales américaines et canadiennes ayant entraîné la création de la Fédération des travailleurs du Québec.
La création de la FTQ est le résultat de la fin du conflit entre les deux grandes centrales américaines l'American Federation of Labor (AFL) et le Congress of Industrial Organizations (CIO) et leurs pendants canadiens le Congrès des métiers et du travail du Canada (CMTC) et le Congrès canadien du travail (CCT). Au début des années 1950, l'union des deux grandes centrales syndicales américaines devient une priorité. L'AFL et le CIO souhaitent mettre leur énergie dans l'organisation des travailleurs non syndiqués plutôt que dans des campagnes de maraudage coûteuses.
L'AFL compte depuis 1937 une fédération affiliée au Québec, la Fédération provinciale du travail (FPTQ) qui est la section québécoise du Congrès des métiers et du travail du Canada (CMTC). Pour leur part, les travailleuses et travailleurs québécois affiliés au CCT/CIO ne sont pas regroupés sous une même fédération au Québec. Dans l'éventualité d'un négociation avec la FPTQ, la Fédération des unions industrielles du Québec (FUIQ) voit le jour les et lors d'une rencontre de 250 délégués représentant du CCT/CIO au Québec. La nouvelle organisation compte entre et membres. Elle est présidée par le membre des Métallos Romuald Lamoureux.
En 1954, l'AFL et le CIO concluent un pacte de non-maraudage; les pendant canadiens des deux organisations, le Congrès des métiers et du travail du Canada (CMTC) et Congrès canadien du travail (CCT) concluent une entente similaire l'année suivante. La fusion de l'AFL et de la CIO est réalisée en ; la fusion du CMTC et du CCT survient en . En , le congrès de la Fédération provinciale du travail (FPTQ) dans la ville de Québec ratifie à l'unanimité la constitution et l'accord de fusion avec la FUIQ pour la formation de la nouvelle FTQ. La FUIQ adopte l'accord de fusion et la nouvelle constitution à son congrès les et .
Fondation de la FTQ et la Révolution tranquille
Le congrès de fondation de la FTQ se tient les et au Château Frontenac dans la ville de Québecftq.qc.ca - Histoire de la FTQ. Il entraîne la fusion de la Fédération provinciale du travail du Québec avec la Fédération des unions industrielles du Québec. Roger Provost devient le premier président de la FTQ. Les syndicats internationaux au Québec, majoritairement affiliés au CTC, ne s'affilient pas immédiatement à la FTQ, environ 40 % d'entre eux, soit près de membres, s'affilient à la nouvelle centrale québécoise. Parmi les premiers syndicats affiliés à la FTQ on compte les Métallurgistes unis d'Amérique, l'Association internationale des machinistes, la Fraternité internationale des travailleurs des industries des pâtes et papiers et l'Union internationale des ouvriers du vêtement pour dames.
La fusion du CMTC et du CCT et création du CTC et de la FTQ amènent avec eux toute une refonte du mouvement syndical québécois. Les répercussions sont ressenties partout au Québec et plus particulièrement dans la petite ville minière de Murdochville en Gaspésie. Les mineurs de la Gaspé Copper voient ces changements comme une occasion de rejoindre les Métallurgistes Unis d'Amérique ou Métallos, un puissant syndicat nord-américain affilié au CTC et à la FTQ. Avec leur convention collective venant à échéance, les mineurs décident de dissoudre leur ancien syndicat et de créer une section des Métallos. Après avoir mené une campagne de recrutement fructueuse et avoir soumis une demande d'accréditation à la Commission des relations ouvrières, les mineurs se heurtent à l'opposition unilatérale de la Gaspé Copper. Le , la mine congédie le président du syndicat et une centaine d'autres travailleurs impliqués dans l'organisation syndicale. Le , les mineurs déclenchent la grève de Murdochville, une grève « illégale » qui durera 7 mois. vignette|En 1957, une grève de mineurs à Murdochville (photo) marque un jalon important pour le mouvement syndical au Québec. Pour la FTQ et les autres organisation syndicales, la grève de Murdochville est une lutte hautement symbolique ; c'est une véritable « guerre » dans laquelle la reconnaissance du principe syndical est en jeu« Recherche des causes fondamentales des grèves : en particulier Murdochville » dans Le monde ouvrier, juin 1957, Juin - Juillet, p.2. Dès le au soir, les installations de la Gaspé Copper cessent leurs activités; les travailleurs commencent leur piquetage qui durera jusqu'à la fin . Le , une centaine de policiers armés sont dépêchés à Murdochville pour briser la ligue de piquetage et faire respecter une injonction limitant le piquetage accordé à la Gaspé copper. En , une seconde ligne de piquetage est érigée ; la pression augmente sur les grévistes qui sont victimes de menaces et de menaces d'évictions de l'employeur et de la répression policière. Moins du dixième des travailleurs en grève sont retournés au travail et la Gaspé Copper compte bien faire appel à des briseurs de grève. Le gouvernement Maurice Duplessis refuse de s'ingérer directement comme médiateur dans le conflit et justifie son inaction par l'illégalité de la grève. La FTQ somme au gouvernement provincial d'intervenir :
Le , plus de 500 grévistes entament leur « marche sur Murdochville ». Ils sont accueillis par une pluie de pierres lancés par les briseurs de grève. Le même jour, une centaine d'«agents de sécurité» de la Gaspé Copper saccagent le local du syndicat et renversent une douzaine de voitures; le gréviste Edgar Fortin meurt. Le jour suivant, le président de la FTQ Roger Provost déclare que «le piquetage est devenu insuffisant sous le présent régime [et qu'il] faudra passer à l'action politique directe » et accuse le gouvernement, la police et la compagnie d'avoir été de connivence directe pour organiser les violences du . Devant l'inaction persistante des gouvernements fédéral et provincial, des actions de soutien aux grévistes sont organisées dans plusieurs villes du Québec: une marche de 15000 travailleurs à Québec le , un bateau transportant du cuivre de la Gaspé Copper est mis hors de service à Montréal le et un train de cuivre est intercepté à Chandler le . La grève continue jusqu'au quand près de 300 grévistes votent pour le retour au travail. Après la grève, la plupart des grévistes se retrouvent sans emploi, les briseurs de grève les ont remplacés. Les mineurs de Murdochville rejoindront les Métallos en 1965.
La première instance régionale résultante de la fusion est le Conseil du travail de Montréal formé le . Le , à l'instar du CTC, le congrès de la FTQ donne son appui à la création du Nouveau Parti démocratique (NPD), nouveau parti politique fédéral social-démocrate.
vignette|Roger Provost (au centre) et Louis Laberge (à droite) lors du Congrès extraordinaire contre le projet de Code du travail. Le Code du Travail est déposé à l'Assemblée législative le par le ministre du Travail René Hamel. Ce projet de loi du gouvernement Lesage abolit les lois restrictives 19 et 20 et entend instaurer la retenue volontaire et révocable de la cotisation syndicale et le vote secret pour décider des grèves, entre autres mesures« Code du Travail » dans La presse, 1884- (Montréal), 6 juin 1963, Page 1. En commission parlementaire le , les dirigeants syndicaux Jean Marchand et Roger Provost s'opposent aux dispositions qui soustraient les fonctionnaires de l'État québécois, les avocats, les ingénieurs et médecins au droit de se syndiquer. Dans la presse ouvrière, les représentants des syndicats croient être parvenus à faire quelques gains comme le prélèvement à la source des cotisations syndicales par les employeurs, le droit de grève aux employés des transports et les communications et le droit à des négociations véritables pour les employés des commissions scolaires et des hôpitaux. L'adoption du projet de loi est repoussée à la session parlementaire suivante; plusieurs questions demeurent en suspens comme le vote secret et le droit d'affiliation des fonctionnaires provinciaux et membres des professions libérales« Le Code du travail : À la prochaine session! » dans Le monde ouvrier, juin 1963.
La réforme du travail survient dans un contexte où plusieurs hôpitaux connaissent des grèves illégales d'infirmières; 1962 à l’Hôtel-Dieu et 1963 à Sainte-Justine. En , la seconde version du Code présentée à l'Assemblée législative comporte peu de modifications. En congrès à Québec le et , les de la FTQ adoptent une résolution pour donner à l'exécutif le pouvoir de déclencher une grève générale si le Code du travail est insatisfaisantEvelyn Gagnon, « La FTQ a reçu le mandat de déclencher une grève générale si le code du travail est insatisfaisant »dans Le Devoir, 1910- (Montréal), lundi 13 avril 1964.
Le gouvernement Lesage plie et adopte la version finale du Code du travail le . Les dispositions sur le vote secret et les références au Code civil sont retirées. Les avocats, les ingénieurs et médecins peuvent se syndiquer. Le droit de grève est reconnu aux employés des hôpitaux, des commissions scolaires et des municipalités. Le Code du travail québécois est à l'époque l'une des législations syndicales les plus progressives en Amérique du Nord.
En 1965, l'adoption de l'article 43 du Code du travail permet aux fonctionnaires de l'État québécois et aux enseignants de se syndiquer sous certaines conditions; ces restrictions seront élaborées dans la Loi de la fonction publique sanctionnée en 1965.
En , les postiers et facteurs de Montréal déclenchent une grève pour réclamer l'ajustement de leurs salaire à la moyenne industrielle canadienne. La grève s'étend à tout le pays et force le gouvernement canadien à réviser la Loi sur la fonction publique. Cette grève forcera également le gouvernement à mettre en place un régime de négociations collectives pour fonctionnaires fédéraux en 1966..
Les réformes des lois du travail dans les législatures provinciales et fédérales entraînent au cours des années 1960 un bond de 10 % dans le taux de syndicalisation qui passe à 40 % ; le nombre de syndiqués passe de à ..
Front commun et gouvernement René Lévesque
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