Troie (prononcé ; en grec ancien / et en turc Truva), Ilios (en grec ancien , ) ou Ilion (en grec ancien , ), ou encore en latin, est une cité antique d'Asie Mineure.
Elle est au centre des récits et légendes notamment de la guerre de Troie, le lieu principal des événements du cycle troyen rapportés dans les poèmes épiques homériques lIliade et lOdyssée.
Refondée par les Éoliens quelques siècles après son abandon, sur l'emplacement de la cité-palais de l'âge du bronze, Ilion poursuit sa vie de cité grecque au cours de l'Antiquité. Elle devient un lieu de passage prestigieux où l'on honore Athéna Ilias et les héros de la guerre de Troie, tombés au combat et réputés être enterrés dans les environs de la ville. La cité est choyée et courtisée par de nombreux souverains hellénistiques, ainsi que par Rome qui y situait les origines de son peuple, issu du prince troyen légendaire Énée.
La plupart des spécialistes du monde hittite et anatolien de l'âge du bronze assimilent Troie à la cité de mentionnée dans les tablettes hittites et dont le roi contrôlait un territoire situé à l'ouest desdits hittites, près de l'île de Lesbos et du fleuve Caïque : la Troade. La région est aussi mentionnée dans ces documents diplomatiques sous le nom de .
Son emplacement a été recherché depuis le . Située à l'entrée de l'Hellespont, non loin de la mer Égée, au nord-ouest de la péninsule anatolienne dans la région appelée Troade, la ville de Troie est aujourd'hui localisée sur la colline d'Hisarlik, le site archéologique de Troie (en turc ). Le lieu, occupé depuis le , partiellement abandonné à la fin de l'âge du bronze, fut par la suite l'emplacement d'une cité grecque de l'époque classique, puis hellénistique et romaine.
Le site de Troie est classé au patrimoine mondial de l'UNESCO dans la région Europe et Amérique du Nord, comme l'ensemble de la Turquie. La Turquie (Türkiye, tr) fait partie de la région Europe et Amérique du Nord..
Localisation
Le site de Troie — Ilion — est resté fréquenté et identifié comme tel durant toute l'Antiquité et la Troade est une région bien identifiée par les voyageurs de l'époque moderne. Mais sa localisation exacte s'est perdue à la fin de l'Antiquité et au début du Moyen Âge : la communauté grecque puis romaine abandonne le site au . Un évêché y subsiste néanmoins jusqu'au , mais l'appellation d'Ilion se perd progressivement. L'identification du site devient l'objet d'une enquête historique et archéologique au cours du ..
À l'ère des antiquaires et du « Grand Tour »
Les premiers siècles de l'époque moderne apportent leur lot de voyageurs à la recherche de l'antique cité de Troie. Aux , Pierre Belon et Pietro Della Valle situent Troie à l'emplacement d'Alexandrie de Troade, qui se situe à au sud d'Hissarlik.
Au milieu du , un regain d'intérêt pour la culture classique se manifeste. L'exploration archéologique fait ses premiers pas, avec la redécouverte de grandes villes de l'Antiquité comme Pompéi et Herculanum, respectivement découvertes en 1748 et 1738. Les récits d'Homère et de Virgile incitent quelques voyageurs à chercher les ruines de Troie. En 1776, l'aristocrate français Choiseul-Gouffier, analysant lIliade, suggère que les ruines de Troie pourraient être enterrées sous un monticule proche d'un petit hameau turc, Bunarbashi, situé à cinq kilomètres d'Hissarlik, à dix kilomètres de la mer Égée et à treize kilomètres du détroit des Dardanelles. Plus tard, cette théorie sera popularisée par son collaborateur Jean-Baptiste Le Chevalier et trouvera crédit chez les hellénistes du . Il publie son hypothèse dans Voyage de la Troade et la localisation qu'il propose reste majoritairement admise pendant près d'un siècle.
Romantisme et premières fouilles
En 1801, les savants britanniques Edward Daniel Clarke et John Martin Cripps avancent l'hypothèse que la cité doit se trouver sous une autre colline, plus proche de la côte, que les Turcs appellent Hissarlik. D'autres travaux, notamment ceux du journaliste écossais Charles Maclaren (1822). et de Gustav von Eckenbrecher (1842), vont dans le même sens.. vignette|La plaine de Troie vers Tenedos vue d'Eryn-Koy, 1869 Au fil des ans, plusieurs explorateurs se rendent sur place pour rechercher des traces de la guerre de Troie. En 1810, Lord Byron fait une lecture publique de lIliade sur les lieux supposés des événements. En 1847, Thomas Burgon publie un rapport sur des fragments de céramiques trouvés dans la zone d'Hissarlik. Grâce à ses recherches, des universitaires se montrent moins sceptiques, et c'est ainsi que Charles Thomas Newton, qui sera par la suite conservateur des antiquités grecques et romaines du British Museum, compare les découvertes de Burgon avec les céramiques trouvées en Égypte. Il conclut qu'elles datent du
Les fouilles de Calvert
En 1863-1865, le Britannique Frank Calvert, dont la famille est propriétaire de la moitié de la colline d'Hissarlik, confirme que celle-ci est une élévation artificielle formée des ruines enterrées, qu'il localise au cours de quatre fouilles sommaires. Le rôle de Calvert dans la redécouverte archéologique de Troie a été longtemps éclipsé par le succès médiatique de Heinrich Schliemann. Son apport décisif sera cependant réévalué à la fin du .. Autodidacte, Calvert mène de nombreuses fouilles en Troade, notamment à Hissarlik où il organise des prospections avec son frère, agent consulaire pour les États-Unis dans la région. Son travail et ses explorations de Hissarlik achèvent de convaincre Schliemann qu'il s'agit bien de Troie.
Les fouilles de Schliemann : les neuf cités vignette|upright|Sophia Schliemann portant les « bijoux d'Hélène », ensemble issu du trésor de Priam.
En 1868, Heinrich Schliemann, armateur, marchand et archéologue amateur, rend visite à Calvert. Il lui demande l'autorisation de fouiller à Hissarlik, étant convaincu que les événements décrits dans lIliade et l'Odyssée peuvent être vérifiés par l'archéologie. Il finance les fouilles avec sa propre fortune. Il divorce et se remarie avec la jeune Sophia., qui l'accompagne dans les nombreuses campagnes de fouillesDavid A. Trail, Schliemann de Troie, Paris, Grandes biographies Flammarion, 1996, 422 p..
De 1871 à 1873 et de 1878 à 1879, Schliemann fait creuser de grandes tranchées. Il met au jour une série de villes empilées et enchevêtrées les unes dans les autres, sur une colline artificielle de vestiges accumulés au cours des millénaires. Il exhume de nombreux édifices qui remontent à l'âge du bronze et jusqu'à l'époque romaine tardive. De nombreuses inscriptions en grec et en latin sont exhumées. Schliemann est le premier à séquencer le site en neuf phases, de Troie à Troie . Cette stratigraphie est toujours utilisée, bien que révisée et ayant fait l'objet de subdivisions plus précises.
Dans les ruines de Troie , il découvre de nombreux objets précieux en or, en argent et en bronze. Cet ensemble considérable de pièces d'orfèvrerie et de bijouterie, qu'il baptise « trésor de Priam », lui fait penser que le niveau de Troie est celui de la Troie homérique. Cependant, les niveaux de Troie sont bien plus anciens que les datations généralement retenues pour les événements décrits par Homère, qui correspondent en réalité à la période d'occupation de Troie ..
L'identification du site d'Hissarlik à la cité légendaire de Troie est alors largement diffusée. Elle reçoit l'approbation d'une grande partie de la communauté scientifique, notamment du fait des inscriptions en grec et en latin qui mentionnent toutes le nom de la cité à l'époque classique, hellénistique et romaine : Ilion / Ilium, le nom antique le plus répandu de Troie.
Après Schliemann vignette|upright|Le trésor de Priam, découvert par Schliemann dans les ruines de Troie II.
À l'invitation de Schliemann, Wilhelm Dörpfeld rejoint les fouilles en 1893. Il hérite de la direction de celles-ci et mène des fouilles pendant plusieurs décennies, concentrant ses travaux sur Troie VI..
Dans les années 1930, les fouilles sont encadrées par l'université de Cincinnati, sous la direction de Carl Blegen. Ils appliquent aux fouilles de Troie un cadre méthodologique moderne, scientifiquement plus poussé que la méthode Schliemann. Blegen publie un phasage étendu de l'acropole d'Hissarlik : il divise les de Troie de Schliemann en plus fines des vestiges..
Les fouilles de Troie sont dirigées ensuite, de 1988 au début des années 2000, par Manfred Korfmann, à la tête d'une équipe binationale mêlant des membres de l'université de Cincinnati et de l'université de Tübingen. Korfmann confie à Charles Brian Rose les fouilles des niveaux postérieurs à l'âge du bronze. Les travaux de Korfmann et de Rose permettent progressivement d'affiner le faciès archéologique et la datation des vestiges de chaque phase, et permettent de mettre au jour de nouveaux édifices. Le site est classé au patrimoine mondial de l'Unesco en 1988. Il constitue une trace historique majeure des contacts entre Anatolie et monde méditerranéen antiques, de par ses échos dans la littérature au cours des millénaires, et de par la formidable architecture qui s'y trouve toujours, accessible au public..
Toponymie
Si le nom actuel de Troie est unanimement utilisé, comme tel et dans ses variantes, dans la plupart des langues modernes, le nom antique de Troie est multiple, selon la langue, le type de document historique (tablette, poésie, inscription, monnaies) dans lequel la cité est nommée, ou l'époque de l'Antiquité (âge du bronze, époque archaïque, époque romaine).
Dans la documentation cunéiforme et hiéroglyphique
Dans les années 1920, le Suisse Emil Forrer propose d'identifier les toponymes hittites Wilusa et Taruisa, deux noms attestés dans la documentation en langue hittite sur tablette d'argile, avec les noms de Ilion et de Troia respectivementEmil Forrer, notamment dans son ouvrage Keilschrifttexte aus Boghazköi, 4. Heft, 1920, portant sur la documentation sur tablette de la capitale Hittite de Hattusa.. Il est le premier à proposer la transcription du nom de souverain anatolien Alaksandu en Alexandros (par ailleurs autre nom de Pâris dans lIliade). Ce nom est en effet mentionné dans un traité en langue hittite.
En 1999, après plusieurs décennies de débats sur ces identifications, Trevor Bryce, un hittitologue australien, propose, dans son ouvrage , de localiser le royaume de Wilusa dans la région désignée dans la lettre écrite par un roi client des Hittites, un certain Manapa-Tarhunda.., au souverain hittite, vers , et faisant allusion à « une terre au-delà de la rivière Caïque et près de l'île de Lesbos ». La lettre mentionne par ailleurs un autre souverain de Wilusa, Piyama-Radu, selon une autre lettre écrite par un certain Tawagalawa. Le nom Piyama pourrait avoir donné le nom de Priam dans les épopées homériquesGary M. Beckman, Trevor R. Bryce et Eric H. Cline, The Ahhijawa Texts, Atlanta, Society of Biblical Literature, 2011, .Sarah P. Morris, « A Tale of Two Cities », American Journal of Archaeology, , , 1989, .Gary M. Beckman, Trevor R. Bryce et Eric H. Cline, The Ahhijawa Texts, Atlanta, Society of Biblical Literature, 2011, ..