L’aqueduc du Gier est un des aqueducs antiques de Lyon desservant la ville antique de Lugdunum. Avec ses il est le plus long des quatre aqueducs ayant alimenté la ville en eau, et celui dont les structures sont le mieux conservées. Il doit son nom au fait qu'il puise aux sources du Gier, affluent du Rhône. Les vestiges de l'aqueduc font l’objet de multiples protections au titre des monuments historiques : classements en 1875 (pont-siphon de Beaunant)., le . (arches), en 1930 (réservoir de Soucieu) et 1986 (Piles des Crêtes).
Historique
Construction Elle a longtemps fait l'objet d'hypothèses. Elle a d'abord été attribuée à l'empereur Claude en se basant sur la découverte au , à Fourvière, de tuyaux de plomb marqués de son nom. Après la découverte, en 1887, de la « pierre de Chagnon » affichant un édit de l'empereur Hadrien interdisant de labourer, de semer ou de planter le long de l'aqueduc pour le protéger, l'hypothèse d'une construction sous Hadrien a été privilégiée, jusqu'à ce que la découverte de la fontaine du Verbe Incarné, portant l'inscription CLAVD AVG, ne relance l'idée d'une datation plus ancienne, de l'époque d'Auguste. La découverte en 2018, dans les fondations du pont-siphon de Beaunant, de restes de coffrages en bois qui ont pu être datés par dendrochronologie de l’an 110. a permis de situer la construction de cet ouvrage sous le règne de l’empereur Trajan, sans exclure cependant que l’aqueduc ait été achevé sous Hadrien.
Désaffectation
Une historiographie ancienne
Du au : Les antiquaires et l'Académie des Belles Lettres vignette|Recherche des antiquités et curiosités de la ville de Lyon par Jacob Spon en 1673. Dès le , les antiquaires et érudits locaux mentionnent les aqueducs romains. Pierre Sala le premier dans son manuscrit Les Antiquités de Lyon vers 1520 à 21, puis Symphorien Champier dans Petit traicte de la noblesse & anciennete de la ville de Lyon en 1529 ainsi que l'acquéreur des Tables Claudiennes pour la ville de Lyon, Claude de Bellièvre dans son ouvrage en latin Lugdunum priscum vers 1530. Celui-ci indique n'avoir trouvé aucun écrit plus ancien sur les aqueducs. On trouve également mention des aqueducs chez Guillaume du Choul dans son manuscrit écrit entre 1538 et 1547 et Jacob Spon en 1673.
Au , de nombreuses villes françaises souffrent de pénuries en eau et réfléchissent à la remise en état des aqueducs des périodes passées. Ainsi, dès 1770, l'Académie des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Lyon lance plusieurs concours afin de répondre à cette question. Même si cette solution ne sera jamais appliquée, elle permet l'approfondissement des recherches sur les aqueducs romainspp. 21 à 25. Dès 1760 pourtant, le précurseur Guillaume Marie Delorme publie un opuscule sur ses Recherches sur les Aqueducs de Lyon, construits par les Romains (...). Il évoque longuement l'aqueduc du Gier qu'il nomme aqueduc du Pila en référence au massif montagneux du Pilat. Il reconnaît le tracé en partie, notamment quatorze ponts-aqueducs et trois des quatre siphons. En 1817, l’archéologue François Artaud dessine, d’après un manuscrit perdu de Delorme, le tracé complet des aqueducs de Lyon que celui-ci avait reporté sur la carte de Cassini. Ce document est reproduit à la fin de la thèse de Germain de Montauzan. En 1834 l'ingénieur Paul de Gasparin effectue une reconnaissance complète de l'aqueduc., qu’il cartographie à l’échelle 1:. Il établit son profil en long par un nivellement précis et calcule son débit quotidien qu'il estime à . Ces deux éléments seront repris tels quels par Germain de Montauzan dans sa thèse de 1908. Ces travaux, mentionnés en 1838 par Hippolyte Leymarie et en 1840 par Alexandre Flachéron, sont couronnés par l'Académie des sciences de Lyon et publiés dans son bulletin tardivement, en 1855, sous le titre Reconnaissance de l'aqueduc romain qui amenait à Lyon les eaux de la vallée du Giers. En 1840, Alexandre Flachéron consacre à l'aqueduc du Gier trente pages de son Mémoire sur trois anciens aqueducs qui amenaient autrefois à Lyon les eaux du Mont-d'Or, de la Brévenne et du Gier.
thumb|upright=3.2|centre|Carte de l'aqueduc antique qui amenait les eaux du Gier à Lyon, dressée par Paul de Gasparin (1855).
1908 : La thèse de Germain de Montauzan
thumb|L'aqueduc en Barret au début du . La plupart de ces ouvrages antérieurs au reflètent un état partiel des connaissances sur le sujet : certains sont jugés de médiocre qualité, tels ceux du colonel de Penhoüet en 1818 ou de Hippolyte Leymarie en 1838p. 24, d'autres ont le mérite de comporter de nombreuses planches de dessins, notamment chez Gasparin et Flachéron, dont la plupart sont très précis. Toutefois, il faut attendre l'année 1908, marquée par la présentation de la thèse de Germain de Montauzan, pour voir enfin jetées les bases de la recherche contemporaine : aujourd'hui encore, nul ne peut se prévaloir d'avoir accompli un travail aussi poussé et exhaustif sur ce monument antique à 30. Sa thèse n'est pas consacrée au seul aqueduc du Gier, mais il précise toutefois que « cet aqueduc est tout ensemble le plus étendu, le plus en vue et le plus parfait », parmi les quatre qui alimentaient la ville antique. L'auteur précise de façon notable le tracé, notamment la boucle sur la commune de Chagnon, photographie ou dessine, décrit les aspects techniques et architecturaux de l'ouvrage, affirme ou infirme ce qui a été écrit sur le sujet.
Époque contemporaine À partir des années 1970, de nouvelles précisions sont apportées, notamment sur l'emplacement des regards. En 2001, moins d'une centaine a été identifiée sur le millier que comporte le monument. Les travaux récents ont permis de préciser le nombre de tunnels, la datation de l'aqueduc qui est débattue et certains aspects du tracé..
Compte tenu de la faiblesse des éléments épigraphiques, la construction est mal datée et a fait l'objet de controverses. En 1887., on découvre sur la commune de Chagnon dans la Loire une inscription désormais appelée « Pierre de Chagnon ». Il s'agit d'une inscription analogue à celle de l' en Italie comportant un avertissement général qui définit une zone de non-constructibilité autour de l'ouvrage.
Selon l'archéologue Armand Desbat., l'ouvrage date de l'époque augustéenne. Hadrien ne ferait que reprendre une loi de moins 9 avant notre ère ; mais l’avertissement manque de la précision utile à son application. Sous Hadrien, un simple rappel de la loi était nécessaire, peut-être après une inspection et une remise en ordre de la zone protégée. Dans ce cas l’aqueduc serait plus ancien que l’époque d’Hadrien.
En 2009 et 2010, des travaux de réfection des arches situées sur la commune de Chaponost ont été menés grâce à une action de mécénat euros apportés par la Fondation Total via la Fondation du Patrimoine et à l'instigation de l'architecte en chef des Monuments historiques Didier Repellin et de l'architecte du Patrimoine Laurent Volay. Ces travaux ont porté sur la restitution originale des niveaux du sol, la suppression des végétaux et des anciennes restaurations et la réfection des maçonneries à l'aide de matériauxFinesse et couleur du mortier, taille de la pierre, composition et cuisson de la brique issus de recherches approfondies sur les techniques romainesPar la société Archeodunum.
L'aqueduc du Gier est retenu pour bénéficier du loto du patrimoine en mai 2018..
Règlements vignette|La pierre de Chagnon : EX AVCTORITATE IMP(eratoris) CAES(aris) TRAIA NI HADRIANI AVG(usti) NEMINI ARANDI SER ENDI PANG ENDIVE IVS EST INTRA ID SPATIVM AG RI QVOD TVTE LAE DVCTVS DESTINATVM EST La réglementation régissant l'usage de l'aqueduc est très peu connue. Les seuls éléments écrits liés aux aqueducs de Lugdunum dont on dispose sont deux bornes de protection de l'aqueduc, la « Pierre de Chagnon », une plaque de grès mesurant sur découverte le dans le secteur de l’aqueduc du Gier au contournement de la vallée de la Durèze.., et la « Pierre du Rieu », découverte en 1996 sur la commune de Saint-Joseph.
Ces deux pierres portent la même inscription latine (), dont la traduction est :
« Par ordre de l’empereur César Trajan Hadrien Auguste, personne n’a le droit de labourer, de semer ou de planter dans cet espace de terrain qui est destiné à la protection de l’aqueduc. »
L'interprétation de cette inscription est aisée mais généraliste. Ce texte reprend les termes d’une législation générale définie sous Auguste en 11 et 9 av. J.-C. et consignée par Frontin dans son traité sur les aqueducs. Une inscription analogue pour l’aqueduc de Venafro en Italie chiffre l’éloignement des constructions imposé à .
Tracé et description
Avec ses , c’est un des plus longs aqueducs romains connus. Son tracé a été bien reconstitué, d’après les vestiges visibles en surface et la localisation de nombreux regards de visite. Partant des hauteurs de Saint-Chamond dans le massif du Pilat, département de la Loire, il épouse le relief du plateau et traverse le département du Rhône, en passant notamment vers Mornant, Orliénas, Chaponost et Sainte-Foy-lès-Lyon pour se terminer à Lyon. Sa dénivellation est de 105 m, soit une pente moyenne de 1,1 m/km, et son débit d'eau est estimé à 15 000 /jourPour un débit potentiel de 25 000 /jour.. Il est doté de 4 ponts-siphonshttps://hal.science/hal-04614319v1/document.
Saint-Chamond
Le site du captage Contrairement aux autres aqueducs qui alimentent la ville antique, l'aqueduc du Gier ne s'alimente pas exactement à la source mais directement à la rivière. Delorme identifie l'entrée de l'aqueduc par un souterrain sur la « gauche du Gier » au lieu-dit La Martinière au faubourg d’Izieux à Saint-Chamond et Flachéron précise que l'eau est « élevée par un barrage dans le lit du Gier ».. Toutefois, aucun de ces ouvrages n'a été préservé, et le barrage situé à Moulin-Combat est considéré par les auteurs comme le premier artefact de l'aqueduc, ou tout au moins sa prise d'eau..
Les premiers éléments du parcours L'aqueduc traverse la vallée du Janon au lieu-dit Pont Nantin, sur un pont-aqueduc de 200 mètres de long constitué d'une trentaine d'arches. Les bases des cinq piles encore visibles ont été enfouies en 1998 lors de l'élargissement de la route. Le principal ouvrage qui subsiste dans le secteur est le pont traversant la vallée du Langonand, qui comportait sept à neuf piles, dont cinq sont encore visibles de nos jours.
Cellieu Entre Saint-Chamond et Genilac l'aqueduc suit les mouvements du terrain et traverse plusieurs ruisseaux sur des ponts-aqueducs aujourd'hui détruits.
La tranchée supérieure Sur ce tronçon et au delà, jusqu'à Saint-Maurice-sur-Dargoire, on observe une tranchée supérieure longue de , parallèle au tracé de l'aqueduc, située presque toujours 14 à 15 mètres au-dessus de celui-ci. Elle fut étudiée pour la première fois par Paul de Gasparin. L'hypothèse généralement admise est qu'il s'agit d'un tracé initial, abandonné en raison des travaux trop importants que cette altitude allait entraîner...
Genilac Il subsiste des éléments dans trois secteurs. La tranchée du hameau de Collenon, longue de , est taillée directement dans le roc et servait de conduit. Au lieu-dit Leymieux, l'aqueduc du Gier franchissait la Durèze par un pont-siphon dont il reste le réservoir de chasse (où l'on peut voir sept trous de départ des tuyaux de plomb sur les dix d'origine) et quelques piles du pont dans la vallée de la Durèze. Les vestiges du pont-siphon sont classés monument historique depuis 1962.. Après la vallée de la Durèze le pont sur le Feloin avait sept arches, dont il ne reste que les culées.
Chagnon Le siphon de la Durèze est doublé par un canal ordinaire de qui, d'après Germain de Montauzan, aurait été construit postérieurement au siphon. Il comporte un passage en tunnel auquel on peut accéder, connu sous le nom de « Cave du Curé ».
Valfleury