Une ville est un lieu qui se caractérise par une forte densité de population et une forte densité de bâtiments. La population qui l'habite y organise l'espace en fonction de ses besoins et de ses activités propres, ainsi que de l'environnement physique.

La ville est un milieu complexe qui ne peut pas se résumer à une approche physique, car c'est aussi la traduction spatiale de l'organisation économique, politique, sociale ou culturelle de la société qui l'a bâtie. L'histoire d'une ville est un élément essentiel pour comprendre son organisation.

La ville se définit par opposition à la campagne. Elle se distingue également des villages ou des bourgs, par des critères variables selon les pays du monde : population en nombre ou en densité, activités particulières s'y exerçant ou décisions administratives.

Les principes qui régissent la structure et l'organisation de la ville sont étudiés par la sociologie urbaine, l'urbanisme et l'économie urbaine.

Il est difficile de dater ou de localiser avec précision l'apparition de la première ville ; elles sont aujourd’hui réparties partout dans le monde et, en 2024, environ 57% de la population mondiale réside en ville.

Étymologie Ville provient du latin villa (« maison de campagne, propriété rurale ») qui prit dès les le sens de « groupe de maisons adossées à la villa », c'est-à-dire à peu près « village », puis regroupement plus important de population.

Histoire

Préhistoire vignette|gauche|Reconstitution de la ville néolithique de Talianky en Ukraine vers 4000 , culture de Cucuteni-Trypillia. Les premières villes importantes connues apparaissent à la fin du Néolithique, avec la culture de Cucuteni-Trypillia à partir de la fin du millénaire av. J.-C., en Ukraine, Roumanie et Moldavie ; ces villes pouvaient atteindre plus de et s'étendre sur plusieurs kilomètres carrés, elles étaient très planifiées et organisées en plans elliptiques et concentriquesSite entièrement consacré à l'archéologie de la culture Cucuteni-Trypillia, https://www.trypillia.com.

De grandes villes apparaissent ensuite entre 3500 et 1500 dans les régions fertiles et limoneuses de Mésopotamie comprises entre le Tigre et l'Euphrate, aujourd'hui l'Irak, notamment avec la ville d'Uruk, le premier grand centre urbain du Proche-Orient ancien, puis en Syrie, en Égypte, dans les vallées du Nil et du Jourdain, et les vallées de l'Indus et du Yangzi Jiang.

Puis, ce sont les régions du Nil, du Fleuve Jaune et de l'Indus, qui voient apparaitre des agglomérations qui peuvent être qualifiées de ville, probablement grâce à l’approvisionnement en ressources agricoles facilité par la présence des fleuves. L'apparition de villes coïncide avec l'émergence de l'agriculture durant la période du Néolithique.

À cette époque, la ville se caractérise par plusieurs éléments : par une délimitation précise autant que symboliqueFrançois-Xavier Tassel, Les enjeux de la limite urbaine, Revue Arts et Sciences , Éd. Confluences, Bordeaux, 1998 de la ville par un fossé, un palissage ou un mur d'enceinte parfois monumental ; il convient de renvoyer, par exemple, aux nombreux mythes de la création de Rome avec Rémus qui trace le périmètre de l'enceinte avec une charrue. Symboliquement, cette limite qui est aussi une protection distingue deux mondes : celui de la cité (la civitas en latin), le monde des civilisés, de ce qui n'est pas la cité, le monde des barbares ; par des rites de fondation dont on retrouve parfois les traces lors des fouilles archéologiques et qui manifestent bien là une intention particulière, un projet qui risque de contrarier les dieux. Il s'agit de rassembler dans une même enceinte des hommes et des femmes de clans et de familles différentes, voire antagoniques, de métiers et de mœurs divers… Il convient alors de faire corps, les sociologues parlent aujourd'hui de « corps social » qui est plus que la somme des individus qui le composent ; par l'apparition d'un espace public qui va être bordé très rapidement par un bâtiment plus grand que les autres (maison du chef, des prêtres, maison commune ?) comme le montrent les fouilles de Jean-Louis Huot en Mésopotamie. L'espace public est sans doute l'élément le plus discriminant pour marquer le passage du village à la ville. Le village, à cette époque de la fondation des premières villes, est avant tout un habitat précaire fait de huttes et de tentes autour d'un puits. Le village regroupe un clan, une famille au sens large du terme. La ville est un tout autre projet : elle va regrouper plusieurs clans, plusieurs familles… ; par l'apparition de greniers qui montre que l'on change de système économique et que l'on peut engranger les récoltes, en préserver une part pour les semailles de l'année suivante et aussi échapper aux famines. C'est encore la traduction d'une accumulation de surplus qui vont permettre les échanges et la naissance d'une économie avant même l'apparition de la monnaie ; par une superficie importante (la ville mésopotamienne d'Uruk s'étend par exemple sur ) ; la taille n'est toutefois pas discriminante. Il existe de petites villes qui peuvent être de la taille d'un village comme de grandes villes ; par une population importante et surtout sédentaire pour la ville d'Uruk.

Les raisons de l'apparition des villes sont probablement liées, si l'on en croit l'analyse des économistes, à l'accumulation des richesses des civilisations rurales capables de dégager des surplus de production et surtout liées au développement d'une division du travail. Les cultures relativement intensives du fait des progrès dans la sélection des semences et du bétail comme dans les outils favorisent la richesse et incitent à la spécialisation des personnes dans d'autres domaines que l'agriculture, et tout particulièrement dans les fonctions artisanales et commerciales puis administratives, religieuses ou militaires.

La ville naît aussi et surtout de la volonté des hommes qui se regroupent autour d'un projet commun, celui de vivre en société. C'est pour cela que l'espace public apparaît comme l'élément symbolique primordial de la fondation de la ville. La ville apparaît alors comme un projet politique au sens étymologique du terme, de polis qui en grec veut dire la cité. La ville n'est donc pas qu'un rassemblement d'hommes et de femmes guidés par des soucis essentiellement fonctionnels (se protéger et se défendre, échanger et marchander…). La ville regroupe sur un territoire donné, des hommes et des femmes et leurs activités avec le projet commun de vivre ensemble, projet plus ou moins explicité d'ailleurs et parfois même sous la contrainte relative d'un leader qu'il soit laïc ou religieux voire les deux à l'époque. C'est avec étonnement qu'Étienne de la Boétie dans son « discours sur la servitude volontaire » au , s'interroge sur ce qui pousse les hommes nés libres et égaux à abandonner ainsi une part de leur liberté pour vivre ensemble. Sans doute parce que cette vie ensemble est la seule façon pour l'homme d'advenir à sa propre humanité si l'on en croit le philosophe Emmanuel Lévinas qui évoque l'altérité et les conditions de cette même altérité.

Des décisions « politiques » furent à l'origine de la création de villes nouvelles de l'Antiquité à nos jours.

Époque contemporaine vignette|Ville de Chicago (États-Unis). Le a connu une forte croissance de l'exode rural et des villes. L'Organisation des Nations unies estime en 1950 la population urbaine à 30 % de la population mondiale soit d'habitants. 2008 est la première année où plus de la moitié des humains résident en ville.. En 2014, environ 54 % de la population mondiale vit en milieu urbain avec de citadins.. 60 % de la population vivra probablement en ville en 2030 (surtout dans les pays en développement qui selon les prospectivistes devaient accueillir quatre milliards d’urbains en 2030, soit 80 % des citadins de la planète).

Le Nigeria et la Chine encore très ruraux dans les années 1980 dépasseront 50 % d’urbains, et Bombay et Delhi devaient atteindre respectivement 22 et , quand Shanghai ou Lagos (Nigeria) auront d'habitants chacune. devraient abriter plus de d’habitants en 2015 (contre 23 en 1998).

Les agglomérations de plus d’un million d'habitants étaient rares au début du . En 2011, on en compte 21 de plus de de personnes, presque toutes situées dans les régions en développement d'Asie, d'Afrique et d'Amérique latine. Des zones métropolitaines se chevauchent pour former d'énormes réseaux urbains. En Afrique de l'Ouest, en Chine et dans le nord de l'Inde, ceux-ci peuvent abriter plus de d'habitants. vignette|gauche|Ville de São Paulo (Brésil). Selon les projections des Nations unies, les villes des pays en développement absorberont la plus grande part de la croissance démographique d'ici 2050 . 72 % des pays en développement ont adopté des mesures pour endiguer les vagues migratoires vers leurs villes, relève une enquête des Nations unies. Mais considérer l'urbanisation comme un mal en soi plutôt que comme une voie inévitable du développement est une erreur, affirme David Satterhwalte, de l' de Londres. gauche|vignette|Ville de Dar es Salam (Tanzanie). Il n'existe pas de modèle unique pour gérer une urbanisation rapide. Mais certains exemples sont encourageants. L'un d'entre eux est Séoul. Entre 1960 et 2000, sa population est passée de moins de trois millions d'habitants à dix millions. Pendant cinq siècles, l'essentiel de la ville resta contenu dans l'enceinte d'une muraille de , bâtie en six mois par les hommes de Taejo. C'était une cité de lettrés qui comptait quelques centaines de milliers d'âmes, jusqu'à ce que le lui donne un nouvel essor.

Dans les pays pauvres, les bidonvilles croissent souvent au même rythme que l'urbanisation, souligne l'ONU, qui craint avec d’habitants vivant dans des bidonvilles en 2020 (souvent sans eau ni électricité et sans accès aux services médicaux et sociaux de base) une augmentation de la pauvreté, des maladies et de la violence urbaine. En 2008, environ un milliard d'humains urbains vivent dans une grande pauvreté, souvent dans des bidonvillesRapport de prospective de l'ONU sur l’urbanisation, World Urbanization Prospects, octobre 2006.

La ville, en ce qu'elle se dilue, est peu à peu remplacée dans les études par les concepts de fait urbain, d'urbanité, de métropole, à travers les processus de mondialisation et de métropolisation. Ceux-ci, s'ils encouragent et incarnent la dynamisation économique et fonctionnelle des espaces urbains, sont aussi vecteurs d'inégalités et de fractures sociales, démographiques et culturelles entre les différents acteurs et différentes populations, et d'altérations des milieux. Les promoteurs de la durabilité en ville cherchent des remèdes à ces constats. Le géographe Guy Burgel pointe de nombreux enjeux pour la ville de l'avenir. Il s'agit de trouver les solutions à la discordance croissante entre territoires vécus et territoires de gestion politique, à la disparition progressive de la ville dans les débats publics et les politiques prônées, à la déterritorialisation de la gestion de la ville, à la désolidarisation croissante entre économie et société, à l'effacement du citoyen face à l'usager

Définitions vignette|Ville de Tegucigalpa (Honduras). La difficulté de la définition de la ville tient à ses propres caractéristiques : une taille, mais également des fonctions diverses et surtout une autonomie politique.

Pour les géographes contemporains comme Pierre George, une ville se définit comme « un groupement de populations agglomérées, caractérisé par un effectif de population et par une forme d'organisation économique et sociale ». On caractérise parfois une ville par le type d'activités et surtout d'équipements culturels, administratifs, éducatifs ou économiques qu'elle possède.

Au Moyen Âge, une ville qui comptait 10 000 habitants était une « grande ville ». En 1960, il lui faut dix fois plus pour mériter ce titre (Univers écon. et soc.,1960, p. 6-15).