Le Moule (connu sous le nom de Moul ou a Moul en créole guadeloupéen) est une commune française, située dans la département et la région d'outre-mer de la Guadeloupe. Localisée au nord-est de l'île de Grande-Terre, sur la façade atlantique, son économie repose principalement sur l'agriculture et le tourisme.

Le nom de la commune provient du terme « môle », qui signifie « jetée ». ses habitants sont appelés les Mouliens et les Mouliennes.

Géographie Localisation vignette|gauche|En rouge le territoire communal du Moule.

D'une superficie de Chiffres clés de la commune du Moule (97117), INSEE, 21 avril 2021., le territoire de la commune du Moule occupe la partie centrale de la côte est de la Grande-Terre, face à l'Océan Atlantique. Le centre-ville est implanté sur la rive gauche de la rivière d'Audoin. La rive droite abrite le quartier et la plage de l'Autre Bord. À l'ouest, le noyau urbain est délimité par la Ravine du Nord-Ouest, qui se jette dans la baie du même nom.

L'espace urbain s'organise selon un axe nord-ouest / sud-est, structuré par deux artères principales : la rue Saint-Jean et le boulevard Général-de-Gaulle (anciennement boulevard Rougé). À l'est du centre-ville, le boulevard maritime Lucette Michaux-Chevry longe le littoral. Le réseau routier communal permet de relier Le Moule aux communes voisines de Morne-à-L'eau et de Petit-Canal, ainsi qu'à l'agglomération de Pointe-à-Pitre et des Abymes.

Climat Le Moule bénéficie d'un climat tropical, classé de type tropical de savane à hiver sec (Aw) selon la classification de Köppen. L'hiver est sec et plus frais, tandis que l'été est humide et plus chaud.

L'année se divise en deux saisons principales : le « carême », correspondant à la saison sèche et s'étendant de décembre à avril, marqué par des températures moins chaudes et des précipitations moins abondantes, ainsi que « l'hivernage », correspondant à la saison humide et s'étendant de juin à novembre, marqué par une atmosphère plus chaude et humide.

Du fait de son ouverture sur l'océan Atlantique, le territoire communal est constamment balayé et tempéré par les alizés. La commune reste par ailleurs exposée au risque cyclonique, dont la saison s'étend officiellement de juin à novembre.

Faune et flore vignette|La mangrove près de la rivière Audouin. La végétation du territoire communal présente une grande diversité, régie par des facteurs écologiques tels que la topographie, la nature des sols, l'humidité ainsi que l'exposition aux vents et aux embruns. Cinq écosystèmes principaux se distinguent sur le plan environnemental : le domaine marin : les fonds marins de la commune se caractérisent par des herbiers de phanérogames, dominés par l'herbe à tortue (Thalassia testudinum) et des espèces du genre Cymodocea sp. Cet habitat abrite une faune variée, notamment des oursins (dont l'oursin blanc Tripneustes ventricosus), diverses espèces de poissons et le lambi (Aliger gigas). Des édifices coralliens frangent également certaines portions du littoral, servant de zones de frayère et de refuge ; la mangrove : ce milieu humide forestier se développe au niveau des estuaires de la rivière d'Audoin et de la ravine du Nord-Ouest, ainsi que le long de dépressions mineures. La strate arborescente y est dominée par les palétuviers rouges (Rhizophora mangle), et blancs (Laguncularia racemosa), accompagnés au niveau du sol par la fougère dorée (Acrostichum aureum) ; le domaine arénicole (littoral sableux) : soumis à une forte influence éolienne et aux embruns marins, ce milieu abrite des plantes pionnières xérophytes , telles que la patate bord-de-mer (Ipomoea pes-caprae) et le haricot bord-de-mer (Canavalia rosea). La végétation arbustive et arborée est représentée par Lithophila muscoides, Blutaparon vermiculare, le raisinier bord-de-mer (Coccoloba uvifera), le mancenillier (Hippomane mancinella), le cocotier, l'icaquier et le poirier-pays (Tabebuia heterophylla) ; le domaine intérieur (savanes et taillis) : caractérisé par des formations herbacées du genre Paspalum sp. et des fourrés de faux-mimosa (Leucaena leucocephala, localement appelé « zagadi »), cet espace anthropisé est historiquement et principalement destiné à la culture de la canne à sucre, à l'agriculture vivrière et à l'élevage ; les formations semi-hygrophiles des Grands Fonds : situées plus à l'intérieur des terres, ces forêts et savanes bénéficient d'un microclimat plus humide favorisé par le relief de mornes karstiques et de ravines encaissées. Ce milieu est propice à l'arboriculture fruitière (goyaviers, arbres à pain, corossoliers, abricotiers-pays) ainsi qu'au maraîchage.

Urbanisme Typologie Le Moule est une commune urbaine, car elle est classée parmi les communes denses ou de densité intermédiaire, au sens de la grille communale de densité de l'InseeSelon le zonage des communes rurales et urbaines publié en novembre 2020, en application de la nouvelle définition de la ruralité validée le en comité interministériel des ruralités..... Elle appartient à l'unité urbaine de Pointe-à-Pitre-Les Abymes, une agglomération intercommunale regroupant . et en , dont elle constitue une commune de la banlieue...

Par ailleurs, la commune est intégrée à l'aire d'attraction des Abymes, dont elle est une commune de la couronneLa notion d'aire d'attraction des villes a remplacé en octobre 2020 l'ancienne notion d'aire urbaine, pour permettre des comparaisons cohérentes avec les autres pays de l'Union européenne.. Cette aire, qui regroupe , est catégorisée dans les aires de à moins de ...

Bordé par l'Océan Atlantique à l'est, Le Moule est également une commune littorale au sens de la loi du , dite loi littoral.. Des dispositions spécifiques d’urbanisme s’y appliquent afin de préserver les espaces naturels, les sites, les paysages et l’équilibre écologique. En dehors des espaces déjà urbanisés, le principe d'inconstructibilité s'impose sur la bande littorale des , distance pouvant être étendue par le plan local d’urbanisme...

Lieux-dits, hameaux et écarts Le territoire communal comprend de nombreux lieux-dits, hameaux ou quartiers traditionnels :

Toponymie

Histoire

Du au Le littoral moulien est occupé dès l'époque précolombienne, entre le et le , , par des populations amérindiennes originaires du bassin de l'Orénoque, rattachées à la culture saladoïde. Plusieurs gisements archéologiques, comprenant des poteries et des vestiges d'habitats, attestent de cette présence. C'est notamment le cas du site de l'abri Patate, qui abrite des gravures rupestres et témoigne d'une fréquentation continue entre les années 800 et 1100 Sandrine Grouard et al., « Fréquentation amérindienne des cavités des Petites Antilles – 50 ans d’archéologie caribéenne. 1961-2011 », congrès de l’Association internationale de l'Archéologie de la Caraïbe (AIAC), juillet 2011, .. À partir du , la culture matérielle de l'île évolue avec l'émergence des populations désignées sous le nom de Kali'na.

Le premier noyau de peuplement colonial se forme vers 1635 sur la rive droite de la rivière d'Audoin, sur l'actuel site de l'Autre Bord. L'établissement est initialement baptisé Portland, un toponyme conservé par un lieu-dit contemporain de la commune. En 1660, la signature du traité de Basse-Terre entre Français, Anglais et Amérindiens tente de pacifier la région, mais entraîne l'expulsion progressive des populations autochtones vers les îles voisines de Dominique et Saint-Vincent.

Au cours du , Le Moule s'affirme comme l'un des principaux fiefs de l'aristocratie sucrière et coloniale de la Grande-Terre. Afin de soutenir l'essor économique et fluidifier le commerce maritime avec la métropole, le bourg est transféré en 1776 sur la rive gauche de la rivière d'Audoin, offrant un meilleur abri aux navires. La construction d'un môle de protection afin de sécuriser le port donne son nom définitif à la localité. La défense militaire du bourg et de ses plantations est renforcée dès les années 1760 par l'édification d'une batterie-poudrière.

Au Au cours du , le port du Moule s'impose comme le premier port commercial de la Guadeloupe, bénéficiant de sa situation unique d'exutoire maritime de la Grande-Terre sur l'océan Atlantique. Une part majeure de la production de sucre et de rhum de l'île y est embarquée à destination de la France métropolitaine. Ce commerce florissant englobe également le transit de coton, de café, d'engrais, de charbon et de matériaux de construction. Cette prospérité économique entraîne l'édification de vastes entrepôts commerciaux dans le bourg dès le début du siècle, ainsi que la construction d'un pont reliant le centre historique au quartier de l'Autre Bord.

En raison de son importance stratégique et commerciale, la ville devient une cible privilégiée pour la flotte britannique durant les guerres napoléoniennes. En 1809, l'entrée du port est le théâtre d'une importante bataille navale opposant les forces françaises aux navires anglais.

Le dynamisme économique de la commune est consacré par l'ordonnance royale du , qui accorde au Moule l'autorisation d'exporter directement ses marchandises vers la métropole sans l'obligation de transiter par Pointe-à-Pitre. Le territoire communal voit alors le nombre de ses exploitations coloniales culminer à près d'une centaine. Ces domaines agricoles fonctionnent pour la plupart sur un modèle agro-industriel intégré, mêlant cultures d'exportation (canne à sucre, coton, cacao), cultures vivrières et unités de transformation (sucreries et distilleries).

Afin de consolider la défense maritime de la cité, de nouveaux ouvrages fortifiés sont érigés en 1840, comprenant une batterie-poudrière à Petite-Anse et un fortin au quartier Cadenet. Pour sécuriser les manœuvres des navires de charge à l'entrée de la passe, des ancres de corps-mort sont scellées à même le récif corallien, structures dont les vestiges demeurent visibles aujourd'hui. C'est également au cours de cette période de prospérité, entre 1847 et 1850, qu'est construite l'église Saint-Jean-Baptiste, un édifice de style néoclassique bâti en grès importé et en calcaire dur.

L'abolition de l'esclavage en 1848 bouleverse profondément ce modèle économique reposant sur le système des plantations. Dès les années 1850, la baisse brutale de la main-d'œuvre disponible, conjuguée à une succession de mauvaises récoltes et à la concurrence agressive du sucre de betterave en Europe, provoque l'effondrement de l'économie locale. Les habitations-sucreries font faillite et sont abandonnées les unes après les autres.

En 1901, le territoire ne compte plus que quatre sucreries en activité et Le Moule perd définitivement sa prédominance économique au profit de l'agglomération de Pointe-à-Pitre.

Au En raison du déplacement des activités économiques vers l'agglomération de Pointe-à-Pitre, Le Moule traverse une période de relative stagnation au début du .

Le paysage urbain se modernise toutefois durant l'entre-deux-guerres sous l'impulsion de l'architecte Ali Tur et des municipalités successives. L'hôtel de ville, mis en chantier le , est officiellement inauguré le sous la magistrature de Charles Volange Romana, en présence du gouverneur de la Guadeloupe, Louis Tellier. Le passage dévastateur du cyclone de 1928 accélère la reconstruction et la restructuration des infrastructures locales. En 1932, l'église Saint-Jean-Baptiste fait l'objet d'une restauration d'envergure, marquée par l'installation de vitraux représentant les quatorze stations du chemin de croix.