Les Alamans ou Alémans, en latin Alamanni puis Alemanni, en allemand Alamannen ou Alemannen, sont dans l'Antiquité une confédération de nations germaniques, principalement suèves, établie d'abord sur l’Elbe, puis le long du Main. Il s'agit d'un peuple relativement important dans l'histoire de l'Antiquité et du haut Moyen Âge, mais moins que, par exemple, les Wisigoths, les Vandales ou les Burgondes. Néanmoins, c'est leur nom qui est à l'origine de la dénomination de l'Allemagne dans les pays de langue romane (en allemand Deutschland, en anglais Germany).

Ils sont mentionnés pour la première fois dans un texte romain en 229. En 260, ils conquièrent le Sud-Ouest de la Germanie et se répandent ensuite sur un territoire couvrant une partie de l’Helvétie (actuelle Suisse), la Décumanie (actuel pays de Bade) et une partie de la Séquanaise (l'actuelle Alsace) contribuant à la germanisation de ces régions appartenant à l'Empire romain.

Vers 500, les Alamans sont vaincus à la bataille de Tolbiac (Zülpich) par le roi des Francs mérovingien Clovis, qui annexe leurs territoires, avant d'aller battre les Wisigoths du royaume de Toulouse (508), devenant maître de la plus grande partie de la Gaule.

En 746, la quasi-totalité de la noblesse alémanique est massacrée à Cannstatt ce qui renforce le contrôle franc sur leur pays, à l'époque où les Carolingiens (Pépin le Bref) prennent la succession des Mérovingiens.

Après le traité de Verdun (843) partageant l'empire carolingien de Louis le Pieux en trois royaumes, les territoires alémaniques reviennent à Louis le Germanique, roi de Francie orientale, puis, au , sont intégrés dans le Saint-Empire où, du , ils constituent l'essentiel du duché de SouabeLa présente version incorpore des éléments de la version originale française de ce texte ainsi que des éléments des articles éponymes anglais et allemand..

Origine et évolution du nom 350px|thumb|Les Alamans sont mentionnés sur la table de Peutinger (), au nord de la carte près de la forêt hercynienne.

Le mot Alamanni La signification précise de leur nom, Alamanni (par la suite orthographié Alemanni), qui apparaît pour la première fois sous la plume de Dion Cassius en 229, ainsi que de leur territoire (Alamania), est incertaine.

Le nom latin Alamanni transcrit un nom germanique composé de all (« tous » ou « tout ») et mann (« homme ») : littéralement, il signifierait « tous les hommes », mais il pourrait aussi signifier « gens de toutes sortes » ou « hommes complets », « les hommes dans leur ensemble » ou « tous les hommes en armes ».

Selon l'interprétation de l’historien romain Caius Asinius Quadratus (vers 250) cité par l’auteur byzantin Agathias (vers 580), le terme signifierait « regroupement récent d'individus ou de familles » et par conséquent « sans tradition », ce qui aurait un sens péjoratifWolfram (1997), .

Suèves et Alamans

Le nom Suebi (« Suèves », en allemand Sueben), souvent associé à celui des Alamans dans les sources latines, devient au début du Moyen Âge synonyme dAlamanni et finit par le remplacer totalement. Il existe deux théories pour expliquer cette double dénominationGeuenich (1997), et sq..

Établis en Germanie supérieure, que les Alamans descendent en grande partie de nations qui se nommaient Suèves. Ce nom est demeuré comme la façon dont ces populations se désignaient elles-mêmes et cette forme aurait, au début du Moyen Âge, remplacé l'appellation d'Alamans qu'utilisaient les autres peuples à leur égard.

Des découvertes archéologiques de vestiges datant du montrent certaines influences de la région du Danube parmi les Alamans. que des Suèves venus de ce fleuve auraient immigré dans la région et auraient répandu leur nom parmi les Alamans. Il est néanmoins probable que, jusque vers 500, Alamans et Suèves formaient deux peuples distincts. À partir du , les deux noms sont utilisés indifféremment. Le nom de Suèves s’est ensuite progressivement imposé pour désigner le territoire sur lequel les Alamans s’étaient installés, lequel devint par la suite le duché de Souabe (en allemand Schwaben).

De Alemania à « Allemagne » Vers la fin du , l'expression regnum Alamaniae supplante celle de regnum Theutonicum pour désigner la partie germanique du Saint-Empire, qui inclut aussi des territoires francophones (comté de Bourgogne, comté de Hainaut, une partie du duché de Lorraine, une partie de la Suisse), des territoires néerlandophones (comté de Hollande, etc.) et des territoires italophones (États féodaux ou urbains du nord de l'Italie, sauf la république de Venise).

À partir du , regnum Theutonicum est traduit dans la langue populaire par « deutsche Lande » (origine du nom Deutschland), alors que les pays de langue romane en restent à Alamannia, « Allemagne » en français, Alemanha en portugais, Alemania en espagnolSchubert (1979), ., nom adopté ensuite par les Turcs (Almanya), alors que le mot « teutonique » (issu de deutsch), bien que connu dans ces pays, reste d'usage limité (principalement à propos de l'« ordre des chevaliers Teutoniques », en allemand Deutschritterorden).

Histoire

Premières migrations (fin de la République et Haut-Empire) Déjà au temps du roi Arioviste (entre 75 et 58 av. J.-C.), des bandes suèves quittèrent le territoire de l’Elbe/Saale vers la région du Rhin/Main/Neckar. Après la fin des guerres romano-germaniques, de petits groupes de colons s’installèrent dans la région du haut Rhin entre Mayence et Strasbourg de même que dans le bas Neckar, ceux-ci étant décrits comme Suebi Nicrenses. Ces Suèves établis dans l’empire se romanisent progressivement.

Ammien Marcellin (vers 400) parlant de la campagne de l’empereur Julien (vers 360) contre des Germains établis en Alsace, après avoir traversé le Main et le Rhin, dit que « l'empereur fit reconstruire un fort que Trajan [alors gouverneur de la toute récente province de Germanie supérieure, soit vers 98/99] avait fait construire sur le territoire des Alamans et qu’il avait appelé de son propre nom »Ammien Marcellin, livre 17, 1.11..

Il est probable que les Alamans, initialement situés au nord de la province de Rhétie, dans une région qu’ils abandonnèrent aux Thuringes, furent contenus par les Romains jusqu’au milieu du .

De nouveaux groupes germaniques traversent le limes rhénan au début du et effectuent des razzias dans l'empire romaine.

On ne sait pas avec certitude s’il s’agissait déjà de bandes pouvant être qualifiées d’alamanes, ni si elles s’appliquaient ce nom à elles-mêmes ou si celui-ci leur avait été donné par les Romains pour décrire les nations germaniques établies sur le haut et le moyen Rhin et les distinguer des autres germains Jules César, Commentaires sur la Guerre des Gaules, livres I et V, 30..

La campagne de Caracalla (vers 210) Le nom des Alamans est mentionné pour la première fois dans le récit que fait Dion CassiusDion Cassius, 78.13.4. de la campagne de l’empereur Caracalla en 213. Dion Cassius fait des Alamans des victimes de cet empereur. À leur appel à l’aide, l’empereur répondit en effet en envahissant leur pays, en changeant le nom de leurs villages et en exécutant leurs guerriers. Lorsqu’il tomba malade, les Alamans prétendirent lui avoir jeté un sort que Caracalla tenta de contrer en invoquant les esprits de ses ancêtresDion Cassius, 78.15.2..

À titre de châtiment, Caracalla envoya contre eux la Legio II Traiana Fortis. Vaincus, les Alamans maintinrent la paix pendant un certain temps. Pour commémorer ce haut fait, cette légion reçut le surnom de Germanica et Caracalla lui-même celui de GermanicusHistoire Auguste, Vie d'Antoninus Caracalla, 10.5..

La conquête des Champs Décumates (259) Profitant de l'affaiblissement du limes de Germanie, résultat de l'anarchie militaire qui régnait dans l'Empire romain depuis la fin des Sévères en 235, les Alamans franchissent le limes en 259 et s'installent dans l'empire. Ils devinrent ainsi dans la province de Germanie supérieure les voisins des Romains avec lesquels ils eurent des relations tantôt de collaboration (de nombreux Alamans entrèrent au service de l’Empire, soit comme mercenaires soit comme paysans-soldats), tantôt de confrontation.

Pour se protéger de leurs incursions, les Romains construisirent des fortifications à l’arrière du limes de Rhétie et de Germanie supérieureKaiser (2002), chap. 1.. Leurs raids frappèrent les imaginations. Grégoire de Tours (mort vers 594) mentionne ceux du roi Chrocus, notamment à Clermont-Ferrand, et les responsables du martyre de nombreux chrétiensGrégoire de Tours, Histoire des Francs, livre I, chap. 32.. Au printemps 259, Gallien les battit près de Milan (bataille de Mediolanum), mais dut leur abandonner les Champs Décumates (approximativement le Bade-Wurtemberg actuel) : les Alamans s’installèrent alors dans cette partie de la frontière qui forme saillie et leur permit de passer facilement le Rhin ou le Danube, menaçant la Gaule de l’Est, la Rhétie et l’Italie du Nord.

Campagnes de 268 En 268, ils lancèrent une invasion majeure dans le Nord de l'Italie, où les Romains avaient été forcés de retirer une grande partie de leurs troupes en réponse à l'invasion des Wisigoths. Au début de l'été, l'empereur Gallien arrêta leur avance en Italie, mais dut ensuite faire face aux Goths. Quand, en septembre, la campagne des Goths se termina par la victoire des Romains à la bataille de Naissus, le successeur de Gallien, Claude II le Gothique, retourna dans le Nord pour s'occuper des Alamans qui commençaient à occuper toute l'Italie au nord du Pô.

Après des efforts inutiles pour arriver à une retraite pacifique, en , Claude força les Alamans à se battre lors de la bataille du lac de Garde. Les Alamans furent battus et durent retourner en Germanie ; pendant de nombreuses années, ils ne constituèrent plus une menace pour les Romains.

Le , Mamertin prononça à Trèves un discours à la louange de l’empereur Maximien dans lequel il mentionna les Alamanni. .

C’est aussi à partir de cette période que l’on trouve l’expression Alamania pour décrire le territoire situé au nord du Rhin supérieur.

vignette|left|Armes découvertes dans un cimetière alaman près de Fribourg-en-Brisgau.

Période du Bas-Empire (295-476) Dans les années 290, l'empereur Dioclétien effectue une profonde réforme de l'organisation de l'empire romain : partage en deux zones (Orient et Occident, chacune avec deux empereurs (un Auguste et un César) ; abandon de Rome comme lieu de résidence des empereurs ; création de nouveaux échelons de pouvoir (préfectures du prétoire et diocèses) et augmente considérablement le nombre des provinces. Cette période est aussi marquée par l'édit de tolérance du christianisme (313), puis par la victoire du christianisme, qui devient religion officielle et exclusive de l'empire en 395.

Les luttes entre les Romains et les Alamans reprennent à partir de 352 lorsque les Alamans passèrent le Rhin en même temps que les Francs et pillent les Gaules. Malgré un traité conclu en 354 et la défaite des Alamans sur les cols grisons en 355, ce n’est qu’à la bataille de Strasbourg en 357 que Chnodomarius et six autres rois alamans furent définitivement vaincus par le futur empereur Julien.

Le ., les Alamans franchirent de nouveau le Rhin en grand nombre afin d'envahir l'Empire romain, mais furent défaits par l’empereur à la bataille de Solicinium dans le Sud-Ouest de l’Allemagne. En 374, les Alamans sous la conduite de leur roi Makrian conclurent une paix durable avec l’empereur Valentinien et devinrent des fédérés. L’empereur Gratien remporta contre eux en 378 la bataille d'Argentovaria, dernière expédition de troupes romaines sur la frontière du Rhin.

L’usurpation de Magnus Maximus en Bretagne et la guerre avec les Francs permirent aux Alamans d’entrer en Rhétie que l’empereur ne put défendre qu’avec l’aide des Alains et des Huns. De nouvelles luttes intestines sous l’empereur affaiblirent la position des Romains sur le Rhin.