Marise Condé, dite Maryse Condé, née Boucolon le à Pointe-à-Pitre (Guadeloupe), et morte le à Apt (Vaucluse), est une journaliste, professeure de littérature et écrivaine française, se réclamant de l'indépendantisme guadeloupéen....

Ayant partagé sa vie entre la Guadeloupe, l'Afrique et la métropole française, Maryse Condé est l'autrice d'une « œuvre-monde » traduite en de nombreuses langues, inscrite dans les corpus de l'enseignement primaire, secondaire et supérieur de recherche. Elle acquiert une reconnaissance médiatique auprès du grand public avec son best-seller Ségou (1984-1985), roman historique en deux tomes qui, à travers le destin de trois frères, retrace la chute du royaume bambara de Ségou et dont la parution intervient dans le contexte de l'« effet Racines »« Discussion après l’intervention de A.-M. Jeay, et table ronde de conclusion ». Nouvelles du Sud, mai 1986, 138‑41., le célèbre roman d'Alex Haley adapté pour la télévision quelques années plus tôt. Un autre best-seller est son roman Moi, Tituba sorcière..., un récit d'esclave dont la version anglophone est accompagnée d'une préface d'Angela Davis. En Guadeloupe et en Martinique, ses œuvres les plus lues et citées sont Haïti chérie, Traversée de la mangrove, Hugo le terrible, Le Cœur à rire et à pleurer : contes vrais de mon enfance et La Vie sans fards, roman autobiographique.. Maryse Condé a d'abord été dramaturge avant d'être reconnue comme romancière. Elle est l'autrice de romans pour adolescents, dont certains paraissent dans la revue Je bouquine.

Maryse Condé a travaillé comme journaliste culturelle à la et à Radio France internationale (RFI).

Fondatrice du Centre des études françaises et francophones au sein de l'université Columbia aux États-Unis, elle contribue ainsi à faire connaître la littérature francophone dans ce pays.

Professeure émérite, elle passe la dernière partie de sa vie à Gordes (Vaucluse), où, avec une assistance médicale et le soutien de son mari Richard Philcox, elle reçoit sa famille et des membres de son entourage et continue de se « questionner » et d'écrire en dictant ses derniers livres à son mari puis à une amie..

Biographie Maryse Liliane Appoline Marcelle Boucolon naît le ..Alvina Ruprecht, « Fiche d’analyse de “An tan révolisyon” », An tan révolisyon  : elle court, elle court la liberté théâtre, par Maryse Condé, 7‑12. Répertoire théâtre Caraïbe. Paris: Éditions de l’Amandier, 2015.Kei Moriwaki, « Stratégie (auto)biographique chez Maryse Condé ». Sorbonne Paris IV, 2018. à Pointe-à-Pitre en Guadeloupe dans une famille de huit enfants dont elle est la benjamine. Elle insiste sur le fait qu'elle est née dans un et que donc .

Sa mère, Jeanne Quidal, est l'une des premières institutrices noires de sa génération. Grâce à son statut de fonctionnaire, la famille avait l'occasion de se rendre à peu près tous les cinq ans en métropole. Sa grand-mère, Victoire Élodie Quidal, était cuisinière. Après sa retraite universitaire, en 2002., elle entreprend des recherches sur sa grand-mère, ce qui lui fournit la matière d'un « portrait » littéraire où l'imagination et l'invention lui permettent de restituer la dignité de cette figure occultée par l'ascension sociale de ses parents. Avec Victoire, les saveurs et les mots, qu'elle considère comme l'un de ses livres les plus aboutis, elle s'inscrit dans l'héritage de sa grand-mère Victoire qui « se louait » chez des « blancs pays » et qui « parvint à forcer pour sa fille les portes de la petite bourgeoisie noire naissante »..

Son père, Auguste Boucolon, par sa « grande amitié » avec Ferdinand d'Alexis, fait partie des dix-neuf commerçants qui, en 1915, créent la Caisse Coopérative des Prêts - en 1955, celle-ci prend le nom de Banque Antillaise avant d'entrer, en 1979, « dans le giron » de la Banque française commerciale (BFC) après une première prise de participation par la filiale d’Indosuez en 1975. Auguste Boucolon a perdu sa mère dans un incendie quand il avait 7 ans, croit se souvenir Maryse Condé au micro de Yasmine Chouaki sur RFI, pour expliquer l'importance qu'il accorde à son éducation.

Ses parents ont d'abord habité à Pointe-à-Pitre, rue Condé, avant d’emménager rue Alexandre-Isaac.

Départ de Guadeloupe Vraisemblablement en 1953, l'année de ses dix-neuf ans, elle intègre la classe d'hypokhâgne du lycée Fénelon à Paris où, avec un étudiant en histoire, dit « Jacques A... », elle fonde le club Luis Carlos Prestes.., marxiste brésilien ayant occupé les fonctions de secrétaire général du Parti communiste du Brésil.

Un jour, se souvient-elle dans un de ses Contes vrais de [son] enfance, une professeure communiste, sensible à son malaise de « colonisée »., lui propose de faire un exposé sur « les Antilles ». C'est dans ce « conte vrai » qu'elle marque son ignorance des réalités antillaises et qu'elle lit, par conséquent, sur les conseils de son grand frère, La Rue Cases-Nègres de Joseph Zobel. Cette lecture lui permet de prendre conscience de ce qu'elle ne faisait qu'entrevoir de la fenêtre de la voiture de ses parents lorsqu'ils sortaient donner le bonjour à de la famille ou passer quelques jours dans leur .

Maryse Condé se lie d'amitié avec Françoise Bruhat, la fille de Jean Bruhat, historien marxiste de renom qui enseignait à la Sorbonne : . Elle découvre alors la maison d'édition Présence africaine et les écrivains de la négritude ; le Discours sur le colonialisme lui ouvre les yeuxMaryse Condé, « “La colonisation fut coupable de pas mal de crimes...”, par Maryse Condé », L'Obs, 10 juin 2017.. Maryse Condé publie alors dans des revues estudiantines :

Après son hypokhâgne au lycée Fénelon, Maryse Condé s'inscrit à la Sorbonne en licence de lettres.

En 1955, Maryse Condé se trouve enceinte d'un étudiant agronome haïtien, Jean Dominique (1930-2000), qui la laisse seule et s'envole vers son pays le lendemain d'en avoir eu l'annonce. Le , après une grossesse solitaire difficilement supportée, Maryse Condé donne naissance à un fils, Denis Boucolon, son premier enfant. « Je suis sortie de cette épreuve à jamais écorchée vive, ne possédant guère de confiance dans le sort, redoutant à chaque instant les coups sournois du destin », relate-t-elle dans La Vie sans fardsLa Vie sans fards, JC Lattès, édition Pocket, 2012, pages 21-24.. Devenu journaliste en Haïti, Jean Dominique créa une station de radio militante Haïti Inter opposée au régime politique, et mourut assassiné par des inconnus à Port-au-Prince le .

Au cours de ces années estudiantines, Maryse Condé fréquente les milieux communistes et les foyers africains. Ainsi rencontre-t-elle l'acteur guinéen jouant le rôle d'Archibald dans la première mise en scène de la pièce Les Nègres de Jean Genet, Mamadou Condé. En , à la mairie du arrondissement de Paris, elle l'épouse et prend le nom de CondéAmadou Bal Ba, « Maryse Condé : Prix Nobel de Littérature ». Le blog de BA Amadou Bal, 9 août 2017, mis à jour après le 12 octobre 2018.. Mais ce mariage ne durera pas, explique-t-elle : . Ce mariage est donc ambivalent : d'un côté, c'est la matérialisation de son tropisme pour l'Afrique ; de l'autre, ce mariage entre en contradiction avec sa conscience politique. En effet, l'Afrique ne vaut qu'en fonction de sa volonté de « comprendre l'origine de ses souffrances » et pourquoi ses parents « méprisaient » tant le continent d'où furent déportés leurs ancêtres. C'est à Paris qu'elle apprend le décès de sa mère, Jeanne Quidal, en 1953Maryse Condé, « [Elles avaient toutes deux beaucoup impressionné ma mère] », À ma mère : 60 écrivains parlent de leur mère, édité par Marcel Bisiaux et Catherine Jajolet, 127‑32. Paroles. Paris: P. Horay, 1988. ; puis de son père, Auguste Boucolon, en 1959. Un peu plus tard, elle est affectée par la mort de son frère et mentor, Guy, dit « Guito », figure bienveillante qu’elle ne cesse plus tard de rechercher auprès de nombreux hommes, et qui succombe à une maladie redoutée familialement, la maladie de Huntington.

Départ vers l'Afrique En Côte d'Ivoire Cette même année 1959, se souvient-elle dans La Vie sans fards, « la Coopération commençait de balbutier. Une aile du ministère abrita bientôt un bureau d’embauche pour les Français qui voulaient tenter leur chance en Afrique. Cette offre semblait faite pour moi ». C'est ainsi qu'elle se retrouve professeure de français au lycée de Bingerville en Côte d'Ivoire. Elle donne naissance à la première de ses trois filles, Sylvie-Anne, en 1960.

Entre la Guinée et le Ghana À la fin de 1961, Maryse Condé rejoint Mamadou Condé en Guinée. Lors d'un deuil national décrété par Sékou Touré à la suite de la mort de Frantz Fanon le , raconte-t-elle dans La Vie sans fards, elle emploie ce temps à lire l'œuvre du psychiatre martiniquais et, particulièrement, Les Damnés de la Terre, le chapitre IV « Sur la culture nationale » précédé d'une longue citation de Sékou Touré dont elle relève l'ironie rétrospective. Elle n'apprécie alors pas la teneur de Peau noire, masques blancs, trouvant que cela sonne faux, opinion sur laquelle elle reviendra plus tard dans La Vie sans fards. Elle donne naissance à ses deux autres filles, Aïcha en 1961 et Leïla en 1963, dans des conditions qu'elle décrit comme particulièrement rudes.

Maryse Condé participe aux groupes de réflexion marxiste de mouvements communistes clandestins. En 1964, elle s'envole, seule, pour le GhanaClark, Vèvè Amassa, et Maryse Condé. « “Je me suis réconciliée avec mon île” : une interview de Maryse Condé ». Callaloo 12, (1989): 86‑132, . où elle continue de fréquenter des groupes de réflexion marxiste, notamment au sein de l'Institut ghanéen des langues fondé par le président Kwame Nkrumah, où elle dirige le département de français.

À Londres pour BBC Afrique Quelque temps après le coup d'État du qui contraint Kouamé Nkrumah à l'exil dans la Guinée de son « ami » Sékou Touré, du fait de son passeport guinéen, explique-t-elle, on la suspecte d'être une espionne. Grâce à l'intervention d'un avocat ghanéen, Kouamé, qui « connaissait pas mal de gens du nouveau pouvoir », elle est libérée mais est contrainte de vivre plusieurs mois sans passeport avant d'être finalement expulsée. C'est ainsi qu'elle part pour Londres avec ses enfants pour travailler au service Afrique de la BBC, où elle fait « des comptes rendus de livres, d'expositions, de concerts et de pièce de théâtre africains ou ayant trait à l'Afrique ». C’est notamment pour elle l'occasion d'assister à la première représentation d'une pièce de Wole Soyinka, The Lion and the Jewel et de profiter du passage à Londres, à l'occasion du du 5 et , de Stokely Carmichael pour l'interviewer (Carmichael raconte dans son autobiographie être parti pour Londres en juin). Deux ans plus tard, elle rentre au Ghana pour, « selon le calendrier établi », se remarier avec Kouamé. Mais, n'ayant pas réussi à joindre Mamadou Condé, elle n'a pas pu obtenir le divorce et la cérémonie est reportéeFrançoise Pfaff, Entretiens avec Maryse Condé, coll. « Lettres du Sud », éditions Karthala, 1993, ..

Au Sénégal En 1969, Maryse Condé se sépare de Kouamé et, avec ses enfants, quitte le Ghana pour le Sénégal. À Dakar, elle travaille d'abord à l'Institut africain de développement économique et de planification (IDEP) comme traductrice avant de faire une demande auprès du ministère de la Coopération français. Elle est ainsi affectée au lycée Gaston-Berger de Kaolack (renommé lycée Valdiodio-Ndiaye en 1984.), dans le Sine Saloum. C'est là, dans cette ville qu’elle a « haïe »Françoise Pfaff, Entretiens avec Maryse Condé, coll. « Lettres du Sud », éditions Karthala, 1993, ., qu'elle fait la connaissance d'un Britannique professeur d'anglais, Richard Philcox, qui devient son conjoint puis son deuxième mari en 1981.

En France