Les différences de genre en psychologie humaine se réfèrent aux différences observées entre hommes et femmes dans les domaines habituellement étudiés dans cette discipline (tels que la personnalité, la cognition, le comportement, les émotions et les relations sociales) par le biais de méthodes scientifiques.
L'étude des différences psychologiques de genre a nourri des controverses en raison des interprétations politiques ou idéologiques qui en ont été proposées. Par exemple, ils peuvent être utilisés pour proposer des modèles de répartition des rôles sociaux. Les travaux sur les différences psychologiques de genre ne distinguent pas toujours le genre de l'assignation sexuelle.
Concepts et terminologie
Genre vs sexe
Il est important de différencier le genre du sexe ainsi que de le situer culturellement. Ainsi, dans la littérature scientifique anglo-saxonne, les deux termes sont différenciés. Le genre qualifierait les règles (implicites ou explicites) qui définissent les relations entre les hommes et les femmes alors que le sexe serait quant à lui défini par le biologique.
Dans la littérature scientifique francophone, sexe et genre sont confondus et désignent tant l'identité biologique que sociale. Marzano, docteur en psychologie et sociologie, explique que le genre serait davantage lié aux relations hommes-femmes et a fortiori l'identité sexuelle (relation avec son conjoint).
L’identité de genre est un processus complexe influencé par les expériences de l’individu tout au long de sa vie. Marzano définit le sexe comme une dimension physiologique qui est caractérisée par les attributs génitaux, tandis que le genre est lié à la conformité des comportements aux normes sociales de rôles attribués aux hommes et aux femmes en fonction de la culture dans laquelle ils vivent. Il existe donc des personnes dont le sexe est masculin, mais le genre féminin et vice-versa.
Genre comme dimension continue vs genre comme dimension catégorielle thumb|upright=2|right|Schéma montrant les corrélations existant entre les variables taille et longueur des cheveux, au sein des groupes (ou de l'échantillon entier). Traditionnellement, le genre est associé à deux dimensions distinctes (femmes/hommes) alors que Carothers et Reis, par une méthode taxométrique, ont montré qu’en réalité le sexe se comporte comme une variable continue.
Pour ce faire, leur raisonnement se base sur une distribution de moyennes du poids et de la longueur des cheveux d’un échantillon. Ce schéma compare les moyennes obtenues à chaque groupe (femme/homme) au groupe complet (femmes et hommes) afin d'établir la corrélation entre la variable indépendante (le genre) et les variables dépendantes (taille et longueur de cheveux). Le choix de ces variables dépendantes s'explique par le fait qu'elles sont objectivables et qu'elles différencient clairement femmes et hommes. . On voit apparaître deux groupes dans le graphique (grand et cheveux court vs petit et cheveux long) indépendamment du sexe. La taille et la longueur des cheveux ne sont pas corrélés au sein des groupes-mêmes (comme le montrent les droites de régression horizontales de chacun des groupes). Cependant, lorsqu'on regarde la droite de régression pour l'échantillon entier, on voit tout de même une corrélation. Toutefois, on ne peut pas savoir si cette corrélation est due au sexe ou aux attributs physiques mesurés.
En définitive, les différences entre les sexes ne sont rien de plus que des différences résultant de l'individu propre qu'il soit femme ou homme. L'idée que le genre est parfaitement binaire est donc contestable. Il semble plus pertinent de considérer que l'individu se place sur un continuum du plus féminin au plus masculin.
Historique
Jusqu'au , les scientifiques et les philosophes s'intéressant à l'humain considéraient le plus souvent par défaut des individus de sexe masculin. La plupart ne s'intéressaient aux femmes que dans le but d'étudier leurs différences avec les hommes. .
Avant l'époque moderne, peu de sources suggèrent l'existence d'un concept tel que celui de genre. Selon Sandra Boehringer, maîtresse de conférences et spécialiste en histoire grecque, la différenciation sexe / genre n'existait pas dans la Grèce antique. Cependant, la question du genre est sous-jacente dans plusieurs récits, à travers la forme de « métaphores sexuelles réelles » (hors du mythe), où des enfants hermaphrodites, au départ filles, deviennent des garçons (de manière naturelle ou par assistance chirurgicale). Elle avance l'hypothèse que le contexte culturel a joué un rôle prépondérant dans la détermination du sexe social pour ces enfants. Pour elle, l'absence ou la présence du pénis fonctionnel est le critère dominant pour l'attribution du sexe social, le sexe féminin étant le sexe par défautS. Boehringer. Sexe, genre, sexualité : mode d'emploi (dans l'antiquité). Kentron (21), 2005, ..
Pendant longtemps, la référence en la matière est venue de la religion, et en particulier du récit de la Genèse. La femme y est décrite comme différente mais complémentaire à l'homme. Dans ce récit, c'est Ève qui est à l'origine du péché et de l'expulsion des humains du paradis. S.A. Shields y voit une justification séculaire de la domination de l'homme sur la femme.
Shields mentionne également une étude de Juan Huarte datant de 1575 expliquant les différences d'intelligence entre hommes et femmes par les différences de quantité des humeurs (que l'on pourrait aujourd'hui rapprocher des hormones).
vignette|upright=1.1|left|Paul Pierre Broca (1824-1880) Les premiers travaux scientifiques sur les différences entre hommes et femmes remontent au . Ainsi, en 1859, Charles Darwin donne naissance à la théorie de la sélection sexuelle dans De l'origine des espèces. Il applique ensuite cette théorie à l'Homme dans La Filiation de l'homme et la sélection liée au sexe en 1871. Cependant, il n'envisage ces répercussions que d'un point de vue anatomique ou physiologique (comme la présence de barbe chez les hommes) et non psychologique, puisque ces « marqueurs sexuels » sont déterminants dans le choix d'un partenaire.
C'est également du que remontent les premières tentatives d'étude de la spécificité d'un caractère psychologique chez la femme en comparaison avec l'homme. Elles ont concerné l'intelligence. À cet égard, Franz Joseph Gall a été un pionnier avec ses travaux de phrénologieLa phrénologie n'est pas considérée comme une science ; elle est souvent qualifiée de « pseudo-science »..
Pour Gall, puisque les particularités psychiques étaient identifiables physiquement à la forme des crânes, et puisque les différences physiques entre hommes et femmes sont visibles, il devait être possible de distinguer l'intelligence des femmes de celle des hommes par l'observation minutieuse. Ainsi, il se vantait de pouvoir distinguer le cerveau d'un mâle de celui d'une femelle de n'importe quel animal - humain inclus - s'ils lui étaient présentés dans l'eau.
En 1861, Paul Broca, anthropologue français, a poursuivi les travaux de Gall. Il mesurait le poids des cerveaux pour ensuite les comparer. Il observe ainsi que le poids moyen d'un cerveau masculin est plus lourd d'en moyenne 10 % par rapport à un cerveau féminin. Il ne pense pas que cette différence s'explique entièrement par la différence de taille moyenne. Même si sa théorie a été réfutéeS. J. Gould, 2009, La Mal-mesure de l'homme : l’intelligence sous la toise des savants, nouvelle édition (œuvre originale parue en 1981 : The Mismeasure of Man), Paris: Odile Jacob., son argumentaire a été repris à l'époque pour justifier à la fois l'infériorité supposée des femmes et la domination intellectuelle des hommes.
Pendant ce temps, aux débuts de la psychologie scientifique, les travaux ont majoritairement porté sur des étudiants en psychologie, très majoritairement masculins. En 1910, Helen Thompson Woolley se plaindra d'un manque de scientificité dans le domaine de la psychologie féminine et ira même jusqu'à insinuer que les auteurs dans ce domaine sont de mauvaise foiS. A. Shields (1975) Functionalism, Darwinism, and the Psychology of Women : A Study in Social Myth. American Psychologist, juillet 1975, .
De son côté, Sigmund Freud met au point la psychanalyse et propose une explication des différences entre hommes et femmes située dans l'enfance, en particulier au Complexe d'Œdipe. Pour Freud, les comportements liés au sexeLa notion de genre en tant que construction sociale n'apparaîtra que 50 ans plus tard. ont donc un caractère acquis, et non innés.
Au tournant du siècle, apparaît l'hypothèse de variabilité dans le livre Man and Woman d'Havelock Ellis. Cette hypothèse se fonde sur l'observation qu'il y avait plus d'hommes que de femmes parmi les génies, ainsi qu'au sein des institutions pour malades mentaux. Elle postule donc que les hommes ont une propension à plus de variabilité d'intelligence que les femmes. Karl Pearson contestera cette hypothèse et, à la suite d'études anthropométriques sur déférentes populations, la qualifiera de « principe largement non prouvé ». Ce fut le début d'un débat vigoureux entre Ellis et Pearson, qui participa à la popularisation de cette hypothèse. Si certaines explications évolutionnistes ont été proposées pour étayer cette observation, .
À la suite d'une expérience impliquant 25 femmes et 25 hommes pendant près de 20 heures de tests individuels sur leurs capacités intellectuelles, motrices et perceptives, Helen Thompson-Wooley conclut que l'hypothèse de variabilité part du postulat discutable que des différences physiques impliquent des différences psychiques et que ces explications évolutionnistes négligent les facteurs environnementaux.
En 1914, dans l'une des premières véritables études scientifiques des différences entre hommes et femmes sur une propriété psychologique, l'intelligence, Edward Thorndike conclut que les différences inter-sexes sont plus faibles que les différences intra-sexe.
En 1918, Leta Stetter Hollingworth publie ce qui constitue probablement la première méta-analyse des études disponibles sur les différences de genre dans les caractéristiques mentales, bien que cette méthode ne sera formellement mise au point que dans les années 1980. Elle conclut qu'il y a peu de preuves de la réalité de ces différences. Ces deux exemples montrent que l'étude scientifique des différences entre hommes et femmes est alors devenu une réalité.
En 1930, Margaret Mead, anthropologue américaine perçue comme l'une des pionnières sur la notion de genre, introduit le concept de rôle sexuel. Elle avance, dans son livre Mœurs et sexualité en Océanie, que les tempéraments ne sont pas exclusivement déterminés par le sexe mais sont diversement construits, en fonction de la société.
En 1949, Simone de Beauvoir, publie le premier tome de son livre, Le deuxième sexe. Elle y distingue, sur le plan théorique, la femelle de la femme. De par la citation , elle exprime clairement que le genre est donc une construction sociale acquise, qui n'est pas innée. Elle remet donc en question les classifications naturalistes existantes. Ce livre, à l'origine d'une polémique sans précédent, a été l'initiateur du mouvement féministe et a inspiré beaucoup de femmes. thumb|Simone de Beauvoir, Le deuxième sexe, 1949