(en grec : ), né vers 1010 et mort le , est un empereur byzantin qui règne du au . Originaire de Paphlagonie en Anatolie, son ascension doit beaucoup à son frère, Jean l'Orphanotrophe, qui devient l'un des personnages les plus influents de l'Empire sous et qui l'introduit à la cour. Là, il devient l'amant de l'impératrice, Zoé Porphyrogénète et il pourrait avoir provoqué la mort de , dont il devient immédiatement le successeur par son mariage avec Zoé.
Sous son règne, c'est surtout Jean l'Orphanotrophe qui s'affirme comme administrateur des affaires de l'Empire, aux côtés d'autres membres de la famille dite des Paphlagoniens. Sans réel soutien parmi les clans de l'aristocratie, se repose donc sur son cercle proche et souffre de différents complots tout au long de son règne. L'interprétation de son pouvoir est contrastée car affecté par une épilepsie de plus en plus invalidante, il semble parfois en retrait, même s'il s'implique personnellement dans les affaires extérieures et militaires. Tenant d'une politique plus défensive en Orient, il fait face à des contestations de la domination byzantine dans les Balkans, en particulier de la part des Bulgares, dont il peine à vaincre la rébellion menée par Pierre Deljan. En Italie, il tente de reconquérir la Sicile mais finit par rappeler le général Georges Maniakès alors victorieux, tandis qu'un début de soulèvement des mercenaires normands fragilise les possessions impériales dans la péninsule.
Sur le front intérieur, le régime des Paphlagoniens est marqué par une pression fiscale accrue et un début de dévaluation de la monnaie byzantine, qui ne remet pas encore en cause la stabilité de l'empire, alors à son apogée. Finalement, en 1041, affaibli par la maladie, se retire et meurt presque immédiatement dans un monastère qu'il a parrainé. S'il a assuré sa succession en promouvant son neveu sur le trône impérial, celui-ci ne s'y maintient que quelques mois, démontrant la précarité de la position des Paphlagoniens à la tête de l'Empire. Dans le contexte de l'extinction à venir de la dynastie macédonienne, toujours incarnée par Zoé et Théodora Porphyrogénète mais sans héritier mâle, le règne de tente d'inventer un nouveau système de gouvernement alors que les ambitions s'aiguisent parmi les prétendants au trône. S'il échoue, il préfigure certains traits qui se retrouvent dans la manière de gouverner de plusieurs de ses successeurs.
Sources
Les sources qui relatent le règne de sont relativement diverses. Michel Psellos, principale figure intellectuelle du siècle et acteur du jeu politique byzantin, est plutôt favorable au régime de , notant que l'empereur se consacre surtout aux affaires extérieures, laissant la gestion interne à Jean l'Orphanotrophe. Fait rare pour un auteur souvent critique de certains souverains, il manifeste une certaine admiration pour , qui parvient à s'élever dans la hiérarchie sociale grâce à ses talents mais sans bouleverser l'ordre des choses. Jean Skylitzès est beaucoup plus critique et considère que ne règne que de nom, au travers des membres de sa famille qui ont la haute main sur les destinées de l'Empire, qu'ils lestent de taxes inconsidérées, tandis qu'une série de calamités frappe les Byzantins. Michel Attaleiatès, autre grand chroniqueur du siècle, commence son récit par le règne de mais ne livre que peu d'informations à son propos, si ce n'est qu'il loue ses vertus dans la conduite du gouvernement, 11-15.. Parmi les sources extérieures, les textes arméniens sont mobilisables, comme la chronique d'Aristakès Lastivertsi, souvent hostile aux Byzantins et qui, en l'occurrence, blâme pour l'assassinat de , note 56.. La chronique de Yahyā d'Antioche offre aussi une autre perspective.
Jeunesse et carrière
thumb|left|alt=Photographie d'une miniature montrant un personnage assassiné et un groupe d'hommes devant lui|Assassinat de , sur l'ordre de , selon la Chronique de Manassès, , miniature .
Le futur empereur naît dans une famille travaillant dans le change des monnaies, métier considéré comme peu honorable car, selon Georges Cédrène, on y pratique souvent la contrefaçon. Michel lui-même est soupçonné d'avoir altéré les monnaies d'argent.. Ayant quitté très tôt sa Paphlagonie natale (d'où son surnom), il va exercer son métier à Constantinople où se trouve déjà son frère aîné Jean l'Orphanotrophe (directeur d'orphelinat) ou l'Eunuque (ce qu'il est de même que ses frères Constantin et Georges)Sur Jean l'Orphanotrophe, voir ..
Devenu parakimomèneLe parakimomène (en grec , « celui qui couche auprès [de l'empereur] ») était un titre porté par un haut dignitaire du palais des empereurs byzantins, généralement un eunuque. Chargé tout particulièrement d'assurer la protection du souverain pendant la nuit (portant d'ailleurs une arme), le parakimomène devait jouir de la confiance totale de l’empereur., Jean devient un proche et le confident de l'empereur qui l'a nommé directeur de l'orphelinat Saint-Paul de ConstantinopleÉdifié autour de l'église Saint-Paul, cet orphelinat était une véritable cité. De nombreuses maisons logeaient des pauvres et des infirmes : vieillards, nourrissons, impotents, paralytiques, aveugles, estropiés, au nombre de plusieurs milliers. Tellement grand qu’il « fallait une journée pour en faire le tour », cet orphelinat était doté d'immenses revenus.. Animé par le désir de placer les membres de sa famille dans des positions d'avenir, il réussit à obtenir pour son jeune frère Michel le poste de gentilhomme de la chambre de l'impératrice Zoé, avec le titre d'archonte du panthéon.
Michel Psellos, qui professe une grande admiration pour le futur excusant volontiers ses crimes« Si l’on exclut ce seul crime commis à l’endroit de Romain [i.e. l’avoir trompé avec Zoé] ainsi que l’accusation d’adultère et aussi le grief d’avoir exilé des gens sur de simples soupçons […] (Psellos, tome IV, 7) »., le décrit comme d'une grande beauté physique « Le reste de son corps était d’une grande beauté, mais son visage surtout avait une fraicheur et une grâce accomplies, car il avait le coloris d’une fleur, l’œil brillant et les joues vermeilles… (Psellos, tome III, 18) »., mais surtout d'une grande probité morale « Il était quant à ses mœurs bien mieux réglé que les philosophes qui s’en réclament, et il savait maîtriser les désirs de son corps et de sa jeunesse, et loin que les passions rabaissassent sa raison, c’est bien plutôt lui qui en était le maître (Psellos, tome IV, 7 et 8) ».. Toutefois, le jeune homme souffre d'épilepsie, maladie qui va en s'aggravant par la suite, se doublant d'hydropisie et qui est la cause des œuvres pieuses de tous genres qu'il accomplit au cours de son règne dans l'espoir d'être délivré de son mal.. thumb|alt=Photographie du dessin du visage d'un homme barbu et couronné de face|Miniature représentant dans le Mutinensis gr. 122. est officiellement présenté au couple impérial en 1033. Si Romain ne lui jette qu'un regard distrait, l'impératrice aurait eu le coup de foudre pour le jeune homme.
Devenu empereur en 1028, Romain Argyre, éparque de Constantinople, alors déjà âgé et marié, a épousé Zoé sur ordre de lequel, sur son lit de mort, l'avait menacé de mort s'il ne divorçait pas de son épouse pour épouser la fille de l'empereur et assurer ainsi la survie de la dynastie macédonienne. Très tôt l'empereur a délaissé sa nouvelle épouse, prenant peut-être une ou plusieurs maîtresses et aucune progéniture ne devait naître de leur union. D'abord résistant aux avances de l'impératrice, Michel se laisse vite gagner et bientôt leur relation devint évidente, Zoé embrassant son jeune partenaire aux yeux de tous. Romain ferme d’abord les yeux sur cette idylle, attachant même Michel à son service personnel. Lorsque le scandale éclate au grand jour grâce aux ragots de la sœur de l'empereur, Pulchérie, celui-ci confronte Michel qui jure sur de saintes reliques qu'il ne s'agissait que de calomnies. Amadoué par ces paroles et sensible à la terrible maladie qui frappait Michel depuis sa jeunesse, préfère fermer les yeux.
Bientôt, la maladie dont souffrait l'empereur et qui progressait fait oublier le scandale. Sa face s'enfle, son souffle se fait court, il perd l'appétit et le sommeil. Il n'en fallait pas moins pour qu'au palais le soupçon d'un empoisonnement ne se diffuse, montrant du doigt l'impératrice ZoéPsellos lui-même semble accréditer la thèse de l’empoisonnement, car ayant eu l’occasion de voir l’empereur dans son cercueil, il décrit le cadavre comme « rappelant plutôt celui des corps gonflés et pâlis par l’absorption de poisons » (tome IV, 4).. Le Jeudi saint 1034, alors qu'il se prépare pour les cérémonies du lendemain, l'empereur meurt dans un des bains du palais. Crise cardiaque ou assassinat par les serviteurs du palais ? Le récit de Psellos ne le dit pas. Une chose est certaine toutefois : accourue sur les lieux, Zoé lance un regard sur son époux et, assurée de sa mort prochaine, court rejoindre son amant. Dès le lendemain (le Vendredi saint), le patriarche Alexis Studite est convoqué au palais pour unir Zoé et Michel, de quarante ans plus jeune qu'elle, et oindre celui-ci comme empereur. Choqué par la vision de l'impératrice et de son amant revêtus tous deux des habits impériaux, le patriarche ne consent selon Skylitzès à cette union et au couronnement qui suit qu'après avoir reçu de l'impératrice la promesse d'une somme de cinquante livres d’or pour lui et de cinquante autres pour son clergé.. Si la passion de Zoé a souvent été soulignée, la modestie des origines de peut aussi expliquer son choix. N'appartenant à aucune grande famille, c'est potentiellement pour elle l'assurance de garder son influence sur les destinées de l'Empire en empêchant l'émergence trop rapide d'une nouvelle dynastie. Le même soir, les hauts dignitaires de l'Église et de l'État viennent rendre leurs hommages à la fois au nouveau couple impérial et à l'empereur décédé dont le cercueil est conduit à l'église de la Vierge Peribleptos. En effet, une telle union n'est pas censée avoir lieu car une veuve doit normalement respecter un deuil d'une année. Néanmoins, comme à d'autres occasions dans l'histoire byzantine, la nécessité politique l'emporte. Cette précipitation permet aussi de tuer dans l'œuf toute éventuelle contestation. Le Sénat byzantin, placé dans le fait accompli, consent à cette succession sans résistance, d'autant que Zoé représente toujours la légitimité dynastique.
Le règne thumb|left|alt=Photographie d'une miniature représentant un groupe d'hommes assistant au mariage d'un homme et d'une femme|Le mariage de et Zoé, dépeint dans la chronique de Skylitzès de Madrid. À son arrivée au pouvoir, l'Empire byzantin connaît une époque faste. Depuis la mort de en 1025, il est à son apogée territorial, recouvrant des terres qu'il ne détient plus depuis l'époque d'Héraclius. L'ensemble de la péninsule balkanique, l'Asie mineure, le nord de la Syrie jusqu'à l'Arménie sont contrôlés par les Byzantins, de même que le sud de l'Italie. L'économie est florissante et la stabilité intérieure garantie par la solidité du régime impérial. Néanmoins, celle-ci repose grandement sur la permanence de la dynastie macédonienne depuis maintenant deux siècles. Or, tant que n'ont laissé aucune descendance mâle et Zoé et sa sœur Théodora sont les dernières représentantes de cette dynastie et de sa légitimité dont aucune autre famille n'a pu se prévaloir dans le monde byzantin jusque-là. L'extinction à venir de la dynastie constitue donc un facteur de fragilité et le mariage avec Zoé ou Théodora permet, pour le moment, d'accéder au faîte du pouvoir, 220-222..
Politique intérieure
thumb|right|alt=Photographie d'une mosaïque représentant une femme de face, couronnée et auréolée, portant un parchemin dans ses mains|Zoé Porphyrogénète d’après une mosaïque de la cathédrale Sainte-Sophie. Une politique intérieure déléguée à Jean l'Orphanotrophe