L’ivoire Barberini est un objet d'art byzantin datant du Haut Moyen Âge. Il est conservé au musée du Louvre à Paris.

C'est un feuillet d'ivoire composé de quatre plaques sculptées dans le style classicisant dit théodosien tardif, représentant le thème de l'empereur triomphateur. L'œuvre est généralement datée de la première moitié du et attribuée à un atelier impérial de Constantinople, tandis que l'empereur figuré est identifié soit à Anastase soit beaucoup plus probablement à Justinien.

L'une des pièces maîtresses de la collection Barberini

Le feuillet est constitué de 4 plaques rectangulaires — il manque celle de droite qui fut remplacée peut-être au par une planchette portant l'inscription « CONSTANT. N. IMP. CONST. » Les plaques sont ajustées entre elles par des rainures et des réglettes, autour d'une plaque centrale plus grande. L'ensemble constitue le seul feuillet aussi bien préservé dans la catégorie de ces objets profanes officiels encore existantsLes autres ivoires comparables de cette époque sont en effet des diptyques ecclésiastiques tels que l'évangile de Saint-Lupicin ou la reliure d'Etschmiadzin., qu'on regroupe souvent sous la dénomination de diptyques impériaux. Il mesure de hauteur pour de largeur en tout, alors que les dimensions du panneau central sont de de hauteur pour de largeur et de profondeur. Il est réalisé en ivoire d'éléphant sculpté et rehaussé d'incrustations de pierres précieuses (7 perles subsistent). Il ne porte pas de traces de polychromie, contrairement à ce qui a pu être supposé par certains historiens.

Le revers du feuillet est plat et lisse, sans dépression pour la cire comme on en trouve sur un diptyque consulaire utilisé comme tablette à écrire. Il est toutefois strié de traits gravés ultérieurement sur des inscriptions plus anciennes à l'encre : il s'agit d'une liste de noms (prières pour les morts) parmi lesquels on reconnaît les rois d'Austrasie et des noms surtout latins — d'après l'onomastique, la liste proviendrait d'Auvergne et non de Provence comme on s'y attendrait d'après la localisation du feuillet à l'époque moderne. Les inscriptions dateraient ainsi de fin /début (sans doute un cadeau de l'empereur Maurice à la reine Brunehilde) et montrent que l'œuvre fut apportée précocement en Gaule. Son histoire postérieure est inconnue jusqu'en 1625 : il est alors offert par Nicolas-Claude Fabri de Peiresc au légat Francesco Barberini à Aix-en-ProvencePeiresc le précise dans une lettre à son frère, Palamède de Vallavez, datée du : « [le cardinal] print plaisir de voir un bas-relief d'ivoire antique lequel j'avois recouvré depuis peu, où estoit représenté l'empereur Heraclius à cheval, avec des contours où il estoit portant une croix et son filz Constantin portant une victoire et plusieurs provinces captives au dessoubs, quasi comme celle du grand camayeul de Tibère. Je le luy donnay en partant (...) il a plusieurs pièces semblables en mesme matière d'ivoire, qui seront bien avec celle-là. » ()., et fait partie de la collection de ce dernier à RomeOn peut très probablement en trouver confirmation dans la mention d'un ivoire représentant Constantin dans l'inventaire des sculptures en la possession de Francesco Barberini entre 1626 et 1631. Voir M. A. Lavin, Seventeenth century Barberini Documents and Inventories of Art, New York, 1975, 82 160.. Il est acquis par le musée du Louvre en 1899 et appartient depuis à la collection du département des objets d'art (numéro d'inventaire OA 9063).

Il n'est pas certain que le feuillet appartenait à un diptyque, c'est-à-dire qu'il existait un autre ensemble comparable de plaques formant un second feuillet, où aurait pu être représentée par exemple l'impératrice : le poids de ce premier feuillet est déjà trop important pour qu'il puisse être manipulé aisément et remplir une fonction utilitaire. Par ailleurs, il n'y a pas trace de charnière, qui pourrait indiquer une reliure.

Description du décor

Les plaques latérales portent des bordures incisées d'un décor en oves et rais-de-cœur simplifiés, qui laisse la place, autour du feuillet central, à une guirlande de feuilles stylisées comportant au milieu l'emplacement circulaire d'une incrustation aujourd'hui perdue.

Le panneau central

La composition s'ordonne autour de la plaque centrale qui la domine par son motif aussi bien que par sa qualité stylistique. Le motif sculpté représente la figure triomphante d'un empereur monté sur un cheval cabré. L'empereur tient dans la main droite la hampe d'une lance, la pointe fichée en terre, et dans la main gauche les rênes de son cheval. Derrière la lance est visible la figure d'un barbare, identifiable comme tel par sa chevelure et sa barbe broussailleuse, et surtout par ses vêtements : il porte un bonnet recourbé, similaire au bonnet phrygien, indication d'une origine orientale, une tunique à manches longues et des braies. Symbolisant un Perse ou un Scythe, il représente les peuples vaincus par l'empereur : c'est en signe de soumission qu'il touche la lance de la main droite et lève la main gauche.

Dans l'angle inférieur droit, sous le cheval, une femme coiffée de tresses est assise par terre en tailleur : sa robe a glissé et dévoile son sein droit. De la main gauche, elle tient dans un pan de cette robe des fruits, symboles de prospérité. Son bras droit est tendu de façon à soutenir de la main droite le pied droit de l'empereur, en geste de soumission. Il s'agit d'une personnification de la Terre, qui représente à la fois l'aire de domination universelle de l'empereur et surtout la prospérité de son règne, symbolisée par les fruits qu'elle porte et sa poitrine dénudée. Cette personnification est souvent présente dans ce rôle sur les images de l'empereur en majesté ou triomphant : c'est le cas par exemple sur le missorium de Théodose, où Tellus est représentée en exergue, sous la figure de trônant en majesté ; c'est également le cas sur le relief de la pietas augustorum sur l'arc de Galère, où les Tétrarques sont accompagnés de toute une série de personnifications, dont celles de Gaïa, la TerreLa comparaison thématique avec les reliefs de l'arc de Galère se justifie d'autant plus qu'il s'agit d'un monument célébrant également un triomphe impérial, celui de l'empereur Galère vainqueur de la Perse en .. Ces personnifications de Tellus/Gaia sont généralement reconnaissables à leur attribut principal qu'est la cornucopia, la corne d'abondance : elle est absente de l'ivoire, mais le pan de la robe de Tellus, rempli de fruits, en reprend la forme et la fonction symbolique.

Symétriquement à cette première figure féminine, dans l'angle droit supérieur de la plaque, est représentée une statuette de Victoire ailée, debout sur un globe inscrit du signe de la croix, tenant dans la main gauche une palme, symbole de victoire, et dans la main droite, brisée, certainement une couronne destinée à l'empereur. Ce type de statuette de personnification est également un des motifs obligés de l'iconographie de l'empereur triomphant : on la retrouve sur de nombreuses monnaies ( le revers du solidus de ci-contre) mais aussi dans la sculpture, par exemple sur la scène du sacrifice sur l'arc de Galère, et également sur certains diptyques consulaires.

L'empereur, les cheveux coupés en bol, ou en archivolte, de telle sorte que la frange dessine un arc de cercle autour de son visage, est coiffé d'une couronne sertie de perles, dont quatre subsistent encore. Les traits du visage, de forme ovale, sont assez lourds, notamment les paupières ou encore le nez, mais donnent un aspect souriant au portrait impérial. L'empereur est revêtu de la tenue militaire du général en chef, fonction dans laquelle il est représenté : il porte sous sa cuirasse une tunique courte, et par-dessus le manteau (paludamentum) dont un pan flotte derrière lui, et qui est retenu à l'épaule par une fibule ronde. Cette dernière était à l'origine sertie d'une pierre précieuse, comme la cuirasse. Il est chaussé de bottes à lacets croisés, ornées d'une tête de lion. Le harnachement du cheval est orné d'une série de médaillons perlés pourvus d'incrustations, aujourd'hui perdues, à l'exception de l'une au centre de la tête.

Le relief de ce motif central est particulièrement accentué : la Victoire, la lance, et dans une moindre mesure les têtes de l'empereur et de sa monture, sont ainsi presque sculptées en ronde-bosse. Le soin apporté au modelé des drapés, et le rendu de certains détails anatomiques, comme les muscles de la jambe de l'empereur, peuvent être qualifiés de classicisants. Ces caractéristiques, ajoutées à la disproportion des figures, volontaire pour souligner la majesté de la personne impériale, rappellent l'art théodosien.

Les panneaux latéraux, inférieur et supérieur

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Les plaques latérales sont d'un relief moins élevé, et stylistiquement d'une façon générale, d'un degré de virtuosité moindre. La profondeur maximale du relief du panneau central est ainsi de contre 8 à seulement pour les panneaux latéraux.

Le relief occupant la plaque gauche représente un officier supérieur reconnaissable à sa panoplie militaire, comparable à celle de l'empereur : barbu, il porte une cuirasse et le paludamentum, fixé à l'épaule droite par une fibule plus simple. On distingue, fixé à la ceinture, le fourreau perlé de son épée, portée au côté gauche. Il s'avance vers l'empereur en lui présentant une statuette de Victoire sur un socle, tenant un palme et une couronne, en tous points similaire à celle du panneau central. Le personnage évolue dans un décor architectural composé de deux colonnes torses supportant des chapiteaux corinthiens, et d'un dallage — peut-être d'opus sectile — qui évoque la salle d'un palais.

Ce personnage est parfois interprété comme un consul, au double titre que la statuette de la victoire et le sac d'or (selon toute probabilité) posé à ses pieds sont des attributs consulaires. Mais s'il peut faire allusion à la sparsio, les largesses consulaires représentées sur d'autres diptyques, comme ceux de Clément (513) et de Justin (540), le sac d'or est plus largement symbolique du butin de guerre, et constitue ainsi la preuve du triomphe impérial. De même, si le césar Gallus tient bien une statuette de victoire comparable, dans la représentation qu'en donne le Calendrier de 354, il y est vêtu en civil et non en militaire. L'officier de l'ivoire Barberini doit donc plutôt représenter un général qui a pris part à la campagne victorieuse célébrée par le relief. Il est naturel de supposer que dans la conception symétrique de ce type d'œuvre le feuillet manquant à droite portait lui aussi la représentation d'un général. L'officier de l'ivoire Barberini pourrait aussi représenter le roi des Francs Clovis Ier.

La plaque inférieure constitue une sorte de frise décorée par une double procession de barbares et d'animaux convergeant vers la figure centrale d'une Victoire tournée vers le haut et la figure impériale du feuillet central. La Victoire tient sur son bras gauche un trophée militaire, représenté sous la forme traditionnelle d'un tronc sur lequel est fichée une panoplie. Les barbares vaincus apportent à l'empereur divers dons représentant leur tribut et sont différenciés par leur accoutrement et les bêtes sauvages qui les accompagnent. À gauche, deux personnages barbus appartiennent au même type que le barbare du feuillet central, vêtus d'une tunique courte et portant un bonnet phrygien et des chaussures fermées. L'un tient une couronne, l'autre un récipient cylindrique de contenu inconnu, peut-être un panier d'or, et ils sont précédés d'un lion. Il pourrait s'agir de Perses ou de Scythes.