thumb|alt=Carte de la ville de Palerme à la fin du |Carte de Palerme en 1890. L'histoire de Palerme débute à la Préhistoire. La cité, déjà comptoir commercial, est fondée vers 878 avant J.C par les Phéniciens, et devient à partir de la conquête arabe la capitale de la Sicile. Palerme connaît, tout au long des siècles, de multiples souverains d'origines très diverses : Carthaginois, Romains, Musulmans, Normands, Angevins, Aragonais, Espagnols.
Rivale de Messine au Moyen Âge et à l'époque moderne, son sort, comme celui de la Sicile, est associé à celui du royaume de Naples auquel les Palermitains s'opposent régulièrement jusqu'en 1861, quand l'île rejoint le royaume d'Italie en formation.
Depuis 1947, Palerme est le siège de la région autonome sicilienne.
Origines Préhistoire et premiers habitants vignette|Gravure pariétale de la grotte d'Addaura. La présence humaine à Palerme est, depuis la préhistoire, attestée comme l'une des plus anciennes de Sicile.
La province de Palerme présente une importante concentration de témoignages d'art préhistorique dans les grottes de Puntali à Carini, de Capo Gallo et du Monte Pellegrino, dont les gravures pariétales du Paléolithique supérieur trouvées dans les grottes de l'Addaura par l'archéologue Jole Bovio Marconi en 1953..
Si seulement deux sépultures de Mésolithique ont été mises au jour dans la province, à Grotta della Molara au nord-ouest de Palerme, des découvertes attestent une occupation continue au Néolithique, à l'Âge du cuivre, à l'âge du bronze et à l'âge du fer.
A l'Âge du cuivre apparait la culture archéologique dite de la Conca d'Oro, proche de celle de San Cono-Piano Notaro qui perdure jusqu'aux environs du 23e ou 22e siècle avant J.-C. A cette période et pour la première fois, tout le territoire de l'actuelle ville métropolitaine est occupé (notamment à Valdesi, Partanna, Mondello, Boccadifalco, Baida et sous le Corso Pisani, le long du ruisseau Cannizzaro) par des établissements humains faits de cabanes vraisemblablement couvertes d'argile sur une structure en bois, dans lesquels se pratiquent la pêche et le tissage, le filage et la chasse à l'arc. Des tombes à four ont été repérées près de l'ancien littoral (sous le Palazzo delle Ferrovie dello Stato et le bâtiment Standa dans la Via Roma, et au Mercato Ortofrutticolo de la Piazza Giachery).
Dans les derniers siècles du IIIe millénaire avant J.-C., la Sicile occidentale connait une influence occidentale avec l'introduction du gobelet campaniforme, des dolmens (Mura Pregne, Sciara) et ldes boutons en os en forme de « V » (nécropole de l'Uditore). Le village de Boccadifalco, où a été découverts des huttes, à plan elliptique ou pseudo-circulaire et à murs en pierres sèches, ainsi que de la poterie grise et lisse, est un rare témoignage de l'âge de bronze qui correspond à une période de dépeuplement de la province de Palerme.
Après les Sicanes, les Sicules et les Élymes s'installent à l'est de la Sicile entre les Éric Biagi, « Repères historiques », La pensée de midi, 2002/2 (), . ..
Zyz phénicienne et Panormos grecque thumb|alt=Un mur dans la ville de Palerme|Vestige de la muraille phénicienne de Palerme, via degli Schioppettieri. Partiellement démantelés sous la domination aragonnaise, les remparts puniques sont encore visibles au , et étudiés au par Tommaso Fazello.
Toute la région de Palerme est occupée à partir du début de l'âge du fer (Xe-VIIIe siècle) par un réseau d'établissements indigènes, majoritairement dans l'arrière-pays. Les plus gros établissements sont situés sur des positions élevées, naturellement défendables, d'où peuvent être contrôlées les ressources agricoles et minérales et les principales vallées fluviales qui constituent les axes de circulation (Eleuterio, San Leonardo, Torto, l'Imera Settentrionale, l'Iato, le Belice et Alto Sosio)..
Selon la tradition, les Phéniciens ouvrent des comptoirs commerciaux en Sicile au milieu du , et fondent Palerme au , comme l'un de leurs trois comptoirs fortifiés à l'ouest de la Sicile, avec Motyé et Solonte, en réponse à la colonisation grecque du côté oriental de l'île. Jusqu'à cette période, la ville est un lieu de commerce et une base pour le nord-ouest de la Sicile, ce qui rend possible selon certains chercheurs contemporains que la fondation ait pu bénéficier d'apports indigènes et surtout helléniques. Ainsi coexistent autour de Palerme différentes populations (Sicanes, Elymes, Phéniciens et Grecs) qui échangent et s'affrontent.
Les premières attestations d'occupations phéniciennes remontent à la fin du , et les traces d'occupation sont plus fréquentes à partir du , principalement des tombes des nécropoles à l'ouest de la ville.
Le nom de la ville n'est pas établi avec certitude, mais de nombreuses pièces de Palerme de l'époque phénicienne comportent le mot ZyzZyz : le z doit être prononcé comme un s (Zis), ce qui signifie fleur en phénicien.. L'importance de Palerme pour les Phéniciens rend probable qu'elle possédait sa propre monnaie. Le nom pourrait dériver de la conformation de la ville qui, coupée par deux rivières, rappelle la forme d'une fleur.
La cité acquiert une certaine importance commerciale grâce à son établissement sur un plateau calcaire d'origine pléistocène à proximité du bassin fertile de la Conca d'Oro, protégés par les hauts reliefs à l'ouest et la mer à l'est, et par les deux rivières, le Kemonia au sud et le Papireto au nord. Le premier noyau urbain, Paleapolis, se serait élevé sur la partie la plus élevée du plateau, entre ces deux cours d'eau, à l'emplacement de la partie supérieure de l'actuel corso Vittorio-Emanuele, occupée aujourd'hui par le palais des Normands, la place de la Victoire, la caserne Dalla Chiesa-Calatafimi et les bâtiments de l'archevêché..
thumb|alt=Tombe dans le cimetière punique de Palerme|Cimetière punique de Palerme.La nécropole, régulièrement fouillée depuis 1746, s'étend entre l'actuelle Piazza Indipendenza, le corso Calatafimi, le corso Pisani, et les rues Cuba, Cappuccini et Pindemonte, une zone dans laquelle ont été découvertes plusieurs centaines de tombes, étudiées puis recouvertes et détruites pour la plupart, sauf dans le secteur de la caserne Tuköry sur le corso Calatafimi où les sépultures, datées du au début du , présentent plusieurs types de tombes (hypogées, sarcophages en pierre, vases cinéraires, fosses...) et de rites (incinération et inhumation).
Dès la fin du , la ville, ceinturée de remparts, occupe tout le plateau jusqu'à la mer, le trait de côte de la lagune suivant alors la via Roma. Le plus important vestige de la muraille punique a été découvert sous la Sale Duca di Montalto du palais des Normands. Établissement primitif et nouveaux quartiers auraient été séparés par une enceinte, selon les fouilles d'Antonino Salinas au début du à l'angle nord-est de la Piazza Vittoria, sans confirmation depuis.
Les activités, liées au port, s'implantent peut-être au-delà du Kemonia. Paleapoli et Neapoli semblent s'organiser avant la conquête romaine sur un même axe est-ouest, dont le corso Vittorio-Emanuele hérite son tracé, au croisement duquel naissent plusieurs rues perpendiculaires nord-sud qui persistent également aujourd'hui grossièrement. Si le tracé est typiquement grec, l'unité de mesure utilisée paraît punique.
La cité devient un objectif pour les Grecs qui peuplent la partie orientale de la Sicile sans jamais réussir à conquérir la cité qu'ils appellent Panormos. (du grec , tout port, en raison des deux rivières qui l'entourent et créent un immense port naturel, ou hormos, signifiant collier.). Ce nom se répand en raison du renforcement de l'influence grecque dans l'île.
Guerres et invasions Guerres puniques
Diodore, dans l'évocation connue la plus ancienne de Palerme, évoque le refuge trouvé dans le port par la flotte carthaginois d'Hamilcar en 480 av. J.-C. contre les Grecs. Relativement autonome de Carthage, la ville semble imprenable au point que ses ennemis hésitent à l'attaquer et préfèrent piller les campagnes avoisinantes, comme Hermocrate qui défait les Palermitains devant les murs de la ville en 408-408 av JC et obtient un riche butin, puis Denys l'Ancien en 398-397 Pyrrhus met fin à la réputation d'inexpugnabilité en 278 et maitrise la cité jusqu'à son départ de Sicile.
La ville reste sous contrôle phénicien jusqu'à la première guerre punique (264-241 av. J.-C.) durant laquelle Palerme est le centre d'importants combats entre les Carthaginois et les Romains. En 258, le général carthaginois Hamilcar résiste à l'attaque du consul romain Aulus Atilius Calatinus. En 254 av. J.-C., l'armée romaine assiège la ville par terre et par mer et s'introduit dans la neapolis par une brèche créée dans le mur par la destruction d'une tour sur le rivage.. Réfugiés dans la vieille ville, les habitants négocient la capitulation : des 40 à sont réduits en esclavage, versent un lourd tribut pour retrouver la liberté.
Hasdrubal tente de récupérer la ville désormais romaine en 251, mais il est tenu en échec par le consul romain Lucius Caecilius Metellus (deuxième bataille de Panormus). Une énième tentative pour tenter de récupérer la ville est faite par Hamilcar en 247 av. J.-C.. Son armée s'installe jusqu'en 244 au pied du mont Pellegrino, à l'époque appelé , pour essayer à plusieurs reprises de reprendre la ville qui reste aux mains des Romains, lesquels lui accordent, pour sa fidélité, une préture, l'aigle d'or et le droit de frapper la monnaie. Quoique moins importante que Syracuse et Lilibeo, Palerme est l'une des cinq villes libres de l'île ce qui oblige les Carthaginois qui restent sur l'île à abandonner définitivement le territoire palermitain.
Période impériale, invasions barbares et byzantines
Les activités économique, culturelles et religieuses se maintiennent sous la République: plusieurs colonies agricoles et villas sont attestés dans la campagne environnante, de riches bâtiments et des termes sont élevés sur l'actuelle Piazza Vittoria, une communauté chrétienne émerge au plus tard au et une communauté juive se forme également. Conservant ses limites fortifiées de l'époque punique, la ville devient le centre principal de la Sicile occidentale et commence à égaler la principale ville de l'île, Syracuse.
À l'époque impériale, Palerme devient une colonie romaine et, comme le raconte Strabon, le grenier à blé de Rome, mais elle subit une décadence après Vespasien, subissant les invasions barbares de 445, avec Genséric, roi des Vandales, et la domination d'Odoacre puis de Théodoric le Grand, chef des Ostrogoths.
En 535, Bélisaire soustrait Palerme aux Ostrogoths en plaçant sa flotte sous les remparts de la ville. La période byzantine débute : .. Principale cité byzantine de la Sicile occidentale, elle devient siège épiscopal puis en 592 siège de l'un des deux recteurs gérant en Sicile le patrimoine de la papauté, résidence de riches et puissantes familles, port très sûr protégés par l'une des deux garnisons byzantines de Sicile, lieu d'approvisionnement en céréales pour l'Empire. Au , les papes Agathon et Serge sont originaires de Palerme.
La domination byzantine dure jusqu'en 831, lorsque les Arabes débarqués à Marsala quatre ans plus tôt, en font la capitale de leur royaume en Sicile.
Balarm islamique
Au , les musulmans d'Afrique du Nord envahissent la Sicile. Ils débutent la conquête de l'île en 827 et conquièrent Palerme en août-septembre 831, après une année de résistance des Palermitains décimés par la peste. Syracuse, première cité de l'île depuis la période hellénique, tombe près d'un demi-siècle plus tard, perdant ainsi sa prédominance sur une île face à Palerme, qui devient Balarm et perd son élite politique et religieuse byzantine, mais se repeuple de migrants arabes, syriens, irakiens, iraniens et égyptiens et accueille l'administration du puissant émirat des Kalbites.