thumb|290px|right|« À vous qui produisez tout, et qui n'avez rien que ce que vous laissent ceux qui ne produisent rien et qui ont tout » (Pierre Kropotkine), Manifeste anarchiste édité par Ferdinand Monier, 15 août 1886.Lanarchisme en Belgique concerne l'histoire du mouvement libertaire belge.
Après la Commune de Paris, de nombreux communards, dont Élisée Reclus, se réfugient à Bruxelles.
César de Paepe défend à l'époque un mutualisme inspiré par Pierre-Joseph Proudhon qui propose d'organiser la production et la distribution en s'appuyant sur des associations ouvrières indépendants sans l'intermédiaire de l'État.
Lors du conflit qui oppose les « internationalistes » proche de Mikhaïl Bakounine au Conseil général de Londres dominé par Karl Marx, la section belge soutient la tendance anti-autoritaire regroupée autour de la Fédération jurassienne après le congrès de Saint-Imier (1872).
C'est à Bruxelles, en 1874, que se réunit le congrès de l'Internationale antiautoritaire.
En 1877, le congrès de l'Internationale tenu à Verviers ne parvient pas à trouver une entente les délégués « marxistes » et socialistes qui se réunissent quelques jours après à Gand lors du Congrès socialiste universel. Les délégués du congrès de Verviers y sont minoritaires. La fédération belge et les sections flamandes quittent l'Internationale, considérée comme annexée par les libertaires, pour se rallier au marxisme.
Par la suite, l'anarchisme en tant que moteur du mouvement ouvrier perd de l'influence en Belgique, et particulièrement en Flandre. De plus en plus d'organisations ouvrières se tournent vers le processus politique et électoral pour obtenir des lois sociales.
Selon Jacques Gillen du Centre d'histoire et de sociologie des Gauches (Université libre de Bruxelles) : « plusieurs facteurs se sont combinés en Belgique pour que l'anarchisme ne réussisse jamais qu'à rassembler un nombre très limité de personnes. L'anarchisme belge a toujours été confronté à d'importantes difficultés d'organisation et à une absence quasiment permanente de cohésion interne qui ont nui à son extension. Ces tendances, en quelque sorte caractéristiques de ce mouvement, sont encore renforcées en Belgique par l'absence de « leader », par l'incapacité des anarchistes à mobiliser le monde ouvrier et par la position prépondérante des socialistes. Dans beaucoup de situations, ces éléments se sont combinés et permettent de comprendre l'impact très limité qu'a eu l'anarchisme en Belgique ».
Des origines à 1880
L'Internationale antiautoritaire thumb|Michel Bakounine
En , lors du congrès de la Première Internationale à La Haye, les délégués belges se prononcent contre l'exclusion de Michel Bakounine proposée par le Conseil général de Londres dominé par Karl Marx. Dans ce conflit fondateur de l'anarchisme, ils sont donc dans le camp des « antiautoritaires » contre les « autoritaires ». Comme Bakounine, les délégués belges refusent d'atteindre leurs objectifs par la conquête du pouvoir politique et sont favorables à une structure fédéraliste de l'Internationale, dans laquelle les groupes locaux gardent une large autonomie. Selon eux, la révolution aura lieu rapidement et une nouvelle société se construira par le bas.
De cette scission va naitre, lors du congrès de Saint-Imier le , une Internationale dite « antiautoritaire », la Fédération jurassienne. C'est autour d'elle que va naitre le courant anarchiste qui se revendique alors du nom de « collectivisme révolutionnaire », se voulant le promoteur d'un système économique autogéré en dehors de toute autorité, de toute centralisation, de tout État et se donnant comme objectif « la destruction de tout pouvoir politique par la grève révolutionnaire ». Les adhérents belges de la Première Internationale vont majoritairement rejoindre cette Internationale antiautoritaireMarianne Enckell, 1872 : Saint-Imier, berceau de l’anarchisme, Alternative libertaire, , septembre 2012, texte intégral.La Fédération jurassienne et l’Internationale antiautoritaire, Mémoires d'ici, Centre de recherche et de documentation du Jura bernois, texte intégral..
Au milieu des années 1870, le socialisme belge se compose d'un ensemble d'associations ouvrières soucieuses de garder leur indépendance et de rester à l'écart de la politique. La fédération locale de Verviers est alors le centre de l'Internationale antiautoritaire en Belgique. Elle remet en question le syndicalisme et l'action politique pour privilégier la propagande révolutionnaire : l'abolition de l'État doit être la priorité absolue. Mais la révolution annoncée se fait attendre et la tendance social-démocrate, particulièrement présente à Gand et à Bruxelles, l'emporte peu à peu sur la révolutionnaire antipolitique.
Compagnon Le terme de « compagnon » par lequel les anarchistes se désignent a été utilisé d'abord en Belgique, affirme Jean Maitron, qui cite une lettre de Paul Robin : « Nous disons compagnon, en Belgique, c'est encore moins homme du monde que citoyen ». Les recherches du même historien montrent bien la tonalité particulière de ce terme. « Quand les républicains, s'écrie Tévenin jugé devant la cour d'assise de l'Isère, ont voulu se désigner séparément des monarchistes ils ont pris l'appellation de citoyen ; nous qui méprisons le droit de cité, nous avons cherché un terme absolument ouvrier et nous avons adopté celui de compagnon ; cela veut dire compagnon de lutte, de misère, quelquefois aussi de chaîne ». James Guillaume écrit en 1905 « Pour les ouvriers, la qualité de producteur prime la qualité de citoyen ; c'est pour cela que les membres de l'internationale s'appelaient entre eux compagnons et non citoyens ». Ces compagnons appartiennent non à un parti, mais à des groupes locaux dépourvus de structures et vivant d'une vie autonome. Le groupe est pour eux une simple école éducative, « il n'y a ni bureau ni caisse, chacun est indépendant. Les adhérents s'occupent d'être eux-mêmes, puis se développent, s'instruisent ; l'on discute afin de savoir ce qui est bien et ce qui est mal et chacun agit suivant les facultés que lui permet son tempérament. L'on ne dit à personne faites ceci ou faites cela, et jamais vous ne deviez pas le faire, mais voilà ce qui est bien, voilà ce qui est mal, voilà ce qu'il conviendrait de faire. »Collectif, Un courant autonome, in Les Anars des origines à hier soir, Éditions Alternative libertaire et Éditions du Monde libertaire, 1999, texte intégral.
Personnalités Victor Dave, né le à Jambes et mort le à Paris. Journaliste et historien socialiste libertaire, membre de la Fédération bruxelloise de l'Association internationale des travailleurs. Il a publié de nombreuses biographies dont celle de Fernand Pelloutier. Eugène Hins, né à Molenbeek en 1839 et mort à Bruxelles en 1923. Professeur d'histoire du Moyen Âge, il est le fondateur du journal La Pensée, leader de la libre-pensée belge et cofondateur de l’Association internationale des travailleurs. Lucien Hénault, né en 1870 et mort le . Médecin et communiste libertaire, il participe au Cercle des étudiants socialistes avant de fonder, en 1900, Le Réveil des Travailleurs. En 1901, il publie à Liège, Le Parti ouvrier et l’anarchie. Devenu médecin-chef à l'hôpital de Saint-Gilles (Bruxelles), il s'éloigne de l'action militante mais reste actif en tant que libre-penseur. En 1913, il est président de l'association Les Amis de l'Orphelinat rationalisteDictionnaire des anarchistes, « Le Maitron » : notice biographique.René Bianco : 100 ans de presse anarchiste : notice.Fonds Jan Pellering : notice biographique..
De 1880 à 1914 thumb|right|La Grève au pays de Charleroi (1886).
Insurrection wallonne de 1886
Linsurrection wallonne de 1886 désigne une série de grèves ouvrières insurrectionnelles amorcée, le , par une commémoration du de la Commune de Paris organisée par le Groupe anarchiste révolutionnaire de Liège. Rapidement de violents affrontements opposent manifestants et forces de l'ordre (l'armée est mobilisée). Le soulèvement est écrasé et provoque la mort de plusieurs dizaines de grévistesDossier complet Les émeutes de Liège et du bassin de Seraing (Belgique). Mars 1886 sur Archives anarchistes.
Le Libertaire thumb|290px|right|Le Libertaire, , 22 octobre 1893.
Le , est publié par Henri Willems, à Bruxelles, le premier numéro du bimensuel Le Libertaire, « Organe socialiste-révolutionnaire des groupes de Saint-Josse-ten-Noode ». Deux épigrammes : « Le patriotisme est le dernier refuge d'un coquin » d'August Spies et « Notre ennemi c'est notre maître » de La Fontaine.
Il fait suite au journal L'Antipatriote. Imprimeur et éditeur sont poursuivis, en 1894, pour délit de presse, ce qui provoque l'arrêt de la publication du journalL'Éphéméride anarchiste : Le Libertaire..
La Débâcle sociale thumb|290px|right|La Débacle Sociale, , 4 janvier 1896.
Le premier numéro de La Débâcle sociale sort le à Ensival (Wallonie). À l'origine publié toutes les deux semaines, à partir du numéro 6 (22-), il devient hebdomadaire. Parmi les contributeurs : Henri Zisly, Henri Beylie, Émile Gravelle, Jules Moineau, Augustin Hamon, Élisée Reclus, Séverine et Ferdinand Monier. Après 10 numéros, le journal s'arrête le René Bianco, 100 ans de presse anarchiste : La Débâcle sociale..
En , La Débâcle sociale édite également sous forme de brochure, la plaidoirie de Me Émile Royer, Pour l’anarchiste Jules MoineauRené Bianco, 100 ans de presse anarchiste : Pour l’anarchiste Jules Moineau - Ensival, Au bureau de La Débâcle sociale..
Le Flambeau thumb|290px|right|Le Flambeau, , novembre 1902.
Le à Bruxelles, sortie du premier numéro du journal Le Flambeau, « Organe de combat révolutionnaire ». Le responsable en est Julius MestagDictionnaire des anarchistes : Julius Mestag.. « Le Flambeau n'est pas un journal de théorie, ni une feuille à potins, c'est un organe de combat révolutionnaire, le cri des opprimés, l'expression d'un sentiment de révolte. »L'Éphéméride anarchiste : Le Flambeau.
La Fédération amicale des anarchistes (1904) thumb|Ce que veulent les anarchistes, réédition de 1909.
En 1902, Georges Thonar préside le « congrès révolutionnaire » de Liège qui est un succès de participation mais donne peu de résultats concrets, notamment du fait l'individualisme et de la crainte de tout autoritarisme qui paralysent toute amorce d'organisation. Dispersé en une infinité de tendances, le mouvement s'avére incapable de mettre en œuvre ses résolutions, à coordonner son actionMaxime Steinberg, A l'origine du communisme belge : l'extrême-gauche révolutionnaire d'avant 1914, Les Cahiers Marxistes, Le Mouvement social, décembre 1970, texte intégral..
Cependant Thonar poursuit son projet de structuration de l'anarchisme. Pour clarifier les positions, il rédige un manifeste, Ce que veulent les anarchistes qui écarte d'entrée les nostalgiques de la propagande par le fait et les « originaux » non conformiste.
Pour lui, l'anarchisme se situe dans « une propagande active, purement théorique et sans phrases », visant à « l'éducation intégrale » à travers les cercles d'études, les écoles, les conférences, les journaux et les brochures. Assurer « le développement de la dignité personnelle, de l'esprit d'indépendance et des sentiments de solidarité », tel est l'objectif immédiat de l'action de groupe. L'action directe n'est pas délaissée, mais l'anarchisme sait que les « émeutes » et « les révolutions » ne se créent pas « artificiellement » ; que « l'arbitraire gouvernemental et l'exploitation capitaliste pousseront la masse qu'il faut éduquer en conséquence à une gigantesque grève générale, prélude de la révolution sociale ». Il ne rejette pas toute idée de réforme car « l'action éducative de la lutte menée pour les obtenir est utile à la classe ouvrière »Georges Thonar, Ce que veulent les anarchistes, Liège, Publications de L’Insurgé, 1904..