Franco Evangelisti, né le à Rome et mort dans la même ville le , est un compositeur et théoricien italien, figure de l'avant-garde musicale de l'après-guerre.
Après avoir abandonné des études d'ingénieur, il se forme auprès de Daniele Paris à Rome puis de Harald Genzmer à Fribourg. Entre 1952 et 1960, il participe aux cours d'été de Darmstadt, où sa rencontre avec le phonéticien Werner Meyer-Eppler l'oriente vers la musique électronique. Il travaille au studio électronique de la Westdeutsche Rundfunk de Cologne puis au studio d'électroacoustique expérimentale de l'Unesco à Gravesano.
Il compte parmi les fondateurs de l'association Nuova Consonanza, puis du Gruppo di Improvvisazione Nuova Consonanza, ensemble de compositeurs-interprètes voué à l'improvisation libre auquel participe notamment Ennio Morricone.
À partir de 1963, il cesse d'écrire de la musique entièrement notée, décision qu'il maintient une quinzaine d'années au nom du refus de l'académisme dans lequel il estimait que les avant-gardes s'étaient enfermées. Ce silence, qu'il consacre à la recherche théorique, n'est rompu qu'en 1979. Son ouvrage est tenu pour un témoignage capital sur l'une des pensées les plus radicales de l'avant-garde italienne.
Biographie
Formation
Franco Evangelisti naît à Rome le .
Il abandonne des études d'ingénieur pour se consacrer à la composition. En 1948, il devient l'élève de Daniele Paris à Rome, où il étudie également le piano avec Erich Arndt. Il se perfectionne ensuite auprès de Harald Genzmer à la de Fribourg.
Darmstadt et la musique électronique
De 1952 à 1960, Evangelisti participe aux cours d'été de Darmstadt, où il rencontre Werner Meyer-Eppler, de l'université de Bonn, et commence à s'intéresser à la musique électronique.
En 1956, sur l'invitation d'Herbert Eimert, il rejoint le studio électronique de la Westdeutsche Rundfunk de Cologne. L'année suivante, Hermann Scherchen l'invite à travailler au studio d'électroacoustique expérimentale de l'Unesco à Gravesano, où il s'intéresse à la biophysique et étudie la possibilité de traduire directement en ondes sonores les impulsions cérébrales.
Il est généralement rattaché à l'école de Darmstadt ; au début des années 1960, il s'en prend publiquement aux épigones de ce courant, qu'il accuse de n'être qu'une police dodécaphonique.
Nuova Consonanza
Evangelisti compte parmi les fondateurs de l'association Nuova Consonanza à Rome, aux côtés notamment de Mauro Bortolotti, d'Aldo Clementi, de Domenico Guaccero et de Francesco Pennisi.
Sa conception de l'aléatoire — conjonction d'une pensée précise, faite de règles, de systèmes de référence et de structures, et de l'immédiateté de l'improvisation — le conduit à rejoindre au milieu des années 1960 le Gruppo di Improvvisazione Nuova Consonanza, premier ensemble du genre à exiger de ses membres qu'ils soient eux-mêmes compositeurs.
L'ensemble réunit notamment Larry Austin, Mario Bertoncini, Walter Branchi, John Heineman, Roland Kayn, Ennio Morricone et Ivan Vandor, rejoints ensuite par Frederic Rzewski, Egisto Macchi et .
Le silence
À partir de 1963, Evangelisti prend la décision radicale de cesser de composer de la musique entièrement écrite, tout en poursuivant ses expériences de composition improvisée.
Cette rupture procède d'une volonté de ne pas répéter des formules devenues caduques et d'échapper à l'académisme dans lequel, selon lui, les avant-gardes avaient commencé à s'enfermer. Une étude parue dans Computer Music Journal rapproche ce choix d'une critique de la vie sociale, politique et technologique occidentale et d'une insatisfaction profonde à l'égard du courant dominant de la musique contemporaine, glissant selon lui vers de nouvelles formes d'académisme et de conservatisme.
Il s'agit d'un silence actif et réflexif : Evangelisti travaille à construire un nouveau système musical, en puisant dans les disciplines scientifiques. Durant ces années, il s'intéresse à l'écologie acoustique et poursuit des recherches sur la spatialisation du son.
Il rompt ce silence en 1979 avec , composé pour l'Année internationale de l'enfant de l'Unicef.
Dernières années
En 1974, Evangelisti est nommé professeur de musique électronique au conservatoire Sainte-Cécile de Rome, charge qu'il conserve jusqu'à sa mort. Il donne durant ces années des concerts avec le Gruppo di Improvvisazione Nuova Consonanza, en Italie et à l'étranger, ainsi que des conférences et des séminaires consacrés à la musique nouvelle.
À la fin de 1979, après près de vingt années de travail, il achève son livre .
Franco Evangelisti meurt à Rome le . Le se dissout après sa disparition.
Pensée musicale
Evangelisti défend sa vie durant une conception rationaliste de la composition, issue de l'école sérielle dont le centre se trouvait à Cologne dans les années 1950 et qui plongeait ses racines dans les dernières œuvres d'Anton Webern. À partir du milieu de la décennie, il s'engage dans un hyperstructuralisme que vient contrebalancer, presque dès l'origine, une force anarchique d'inspiration cagienne — l'indétermination — travaillant à miner l'édifice de l'intérieur.
Jusqu'à la fin de son existence, il explore les limites de sa vision utopique, décrite dans , qui constitue un témoignage fondamental sur l'une des pensées les plus radicales de l'avant-garde italienne de l'après-guerre.
Le volume réunit ses recherches sur la conversion des impulsions cérébrales en ondes sonores ainsi que la théorie de l', élaborée avec Lorenzo Viesi.
Œuvres
+ Catalogue Années Titre Effectif 1953 Violoncelle et orchestre 1953 Soprano et piano 1954-1955 Violon et piano 1954-1956 Hautbois, cordes et percussions 1955 16 instruments 1955-1956 Piano 1956-1957 Composition électronique 1956-1962 Orchestre 1958 Flûte seule 1959 Quatuor à cordes 1959-1961 Voix, cinq percussionnistes et électronique 1959-1979 Neuf instruments 1960-1962 Orchestre 1962-1963 Mimes, projections et orchestre de chambre, sur un sujet de Franco Nonnis
Écrits , dans , , 1959, . , dans , , 1961, . , publication posthume.
Discographie , fragment accompagné de la conférence de Hans Wilhelm Kulenkampff, Bärenreiter Musicaphon BM 30 LK 1841/42. , avec Severino Gazzelloni à la flûte, Mainstream MS/5014. , solistes de la de Munich, direction Eberhard Schoener, Deutsche Grammophon Avantgarde 2561 106. Franco Evangelisti, 2 CD, RZ 1011-12, 1998.
Notes et références
Notes
Références
Voir aussi
Bibliographie
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Articles connexes
Aldo Clementi Francesco Pennisi Ennio Morricone
Liens externes
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