Max Lingner, né à Leipzig le et mort à Berlin le , est un peintre et illustrateur de presse allemand.
Biographie Max Lingner est connu en France, sous la signature de Ling, pour les nombreuses illustrations qu'il réalise dans la presse antifasciste française entre 1930 et 1939.
Débuts en Allemagne Fils d'un xylographeLe père de Max Lingner travaille pendant quarante ans pour le journal Leipziger Illustrierten Zeitung. Cf le livre autobiographique de Max Lingner cité en bibliographie., dont il est le cinquième et dernier enfant, il effectue de 1907 à 1913 ses études à l'Académie des beaux-arts de Dresde. En 1912 il obtient le prix d'État de Saxe. Il se marie en et avec son épouse il poursuit des voyages d'études en France, en Angleterre, en Belgique et en HollandePlaquette Un peintre allemand en France Max Lingner 1929 peintures et dessins 1949, éditée par l'Académie allemande des Beaux-Arts de Berlin (RDA) à l'occasion de l'exposition des œuvres de Ling en France de mars à septembre 1970.. De 1914 à 1918 il effectue la Première Guerre mondiale sur tous les fronts allemands. Il en sort pacifiste et révolutionnaire : en 1918 il est membre du Conseil des soldats de Kiel en Allemagne du nord. Il s'installe en 1919 aux bords de la mer Baltique puis revient en 1922 en Saxe à Weißenfels près de Leipzig d'où est originaire sa femme. Il exerce son métier de peintre et dessinateur et dessine ce qu'il voit : les ouvriers et les ouvrières de l'industrie de cette région d'Allemagne, notamment ceux du complexe de Leuna. Selon luiMax Lingner, Mein Lebend und meine Arbeit, , voir en sources. c'est au contact de cette classe ouvrière qu'il prend conscience de la lutte des classes et la traduit dans son art dans les pages de deux journaux communistes locaux Leunaprolet et KlassenkampfMax Lingner als Pressenzeichner, Berlin, 1974..
En France thumb|La signature Ling. Dessinateur de la presse antifasciste à Paris Sur les conseils de Käthe Kollwitz, il vient à Paris en 1928 et collabore de 1930 jusqu'en 1935 au magazine hebdomadaire Monde, dirigé par Henri BarbusseLe rédacteur en chef de Monde est alors l'écrivain Léon Werth. Le Comité directeur comprend entre autres, Albert Einstein, Upton Sinclair, Maxime Gorki, Miguel de Unamuno. Voir Philippe Baudorre, Henri Barbusse le pourfendeur de la Grande Guerre, Flammarion, Paris, 428 p., 1995. Antifasciste et communiste, il reste en exil en France. après l'arrivée au pouvoir d'Hitler. Il participe comme dessinateur de presse aux titres de la presse communiste française. Membre de l'Association des écrivains et artistes révolutionnaires (AEAR), il adhère en 1934 au Parti communiste français. À partir de 1936 il dessine pour L'Humanité., l'organe du PCF, pour L'Avant-Garde organe de la Fédération des jeunesses communistes de France, pour La Vie ouvrière, pour Regards et des journaux belges. Il crée aussi des décors pour la fête de L'Humanité.Pascal Ory, La belle illusion. Culture et politique sous le signe du Front populaire 1935-1938, Plon, 1994, .. Il illustre notamment les campagnes de solidaritéCf article de Jutta Held, Das Bild der Mutter bei Max Lingner und Salvador Dali, books.google. en faveur de la République espagnole, dessin d'une mère espagnole, signée Ling..
Internement et résistance Bien qu'anti nazi convaincu et connu le gouvernement français l'interne en : il séjourne au stade Roland-Garros transformé en camp de prisonniers, aux camps de Villerbon (Loir-et-Cher), de Cepoy (Loiret) puis au camp des Milles en Provence avant d'être transféré au camp de concentration français de Gurs, dont il a laissé de nombreuses illustrations de la vie quotidienneGurs : Bericht und Aufruf, Zeichnungen aus einem französichen Internierungslager 1941 Préface de Gerhard Strauss, éd. Dietz, 1982. 37 p.. Il participe ensuite à la Résistance où il sert d'agent de liaison en raison de sa connaissance de la langue allemande.
Dans la France libérée À la Libération il reprend sa collaboration à L'Humanité.. Il participe aux événements organisés par le Parti communiste français dont il est membre depuis 1934Max Lingner 1888-1959, catalogue 1988, .. Ainsi il offre un dessin à Maurice Thorez, pour son anniversaire.. Au début de l'année 1949, il rentre dans sa patrie, en AllemagneLe territoire de la Saxe, où il est né, fait partie de la RDA., peu avant la création de la République démocratique allemande. Dernier legs de sa présence militante en France, il illustre le livre Visages de partout, publié par Dominique Desanti pour le festival mondial de la jeunesse qui a lieu en 1951 à BerlinDominique Desanti, Visages de partout, édition d'l'Avant-garde, Paris, 1951. 221 p. Max Lingner y livre le dessin de couverture et quatre illustrations , dont l'une () le montre photographié « au travail » devant une de ses œuvres. Les trois autres dessins ont pour titre : La jeunesse libre allemande défile (la FDJ), L'Alexander-Platz à Berlin (), Jeune fille au marché. Le livre est introduit par un message de Frédéric Joliot-Curie et un poème de Nâzım Hikmet..
Expositions à Paris Trois expositions de ses œuvres ont lieu à Paris quand il y séjourne, en 1933, en 1939, toutes deux à la galerie Billiet-Worms : article du critique d'art George Besson. et en 1947 à la galerie La Boétie : Marcel Cachin et Max Lingner au vernissage de l'exposition.. Mars - , le musée d'Art et d'Histoire de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) réalise une expositionExposition présentée par Jean Rollin, conservateur en chef du musée et critique d'art à L'Humanité de 1952 à 1999, sous le titre : Retour d'un ami. d'œuvres créées pendant la période où il a vécu en France : « Un peintre allemand en France. Max Lingner. 1929 - 1949 Peintures et dessins ». En , le centre culturel de la RDA à Paris, ouvert à la fin de l'année précédenteCimaz, Geneviève. “Le centre culturel de la RDA à Paris”, dans « La RDA et l’Occident (1949-1990) », sous la direction d' Ulrich Pfeil, Presses Sorbonne Nouvelle, 2000. consacre à Max Lingner une de ses premières expositions. Un témoin de la peine des hommes, titre dans la page « Culture » de L'Humanité le critique d'art Jean RollinJean Rollin, L'Humanité, , . « Max Lingner, un témoin de la peine des hommes, de toutes les batailles ».. Au printemps 2020, le musée de l'Histoire vivante, à Montreuil a organisé une exposition Musée de l'Histoire vivante, -. proposée par la fondation Max-Lingner-Stiftung de Berlin. L'inauguration en présence des représentants de la fondation Max-Lingner-Stiftung a eu lieu le samedi , juste avant le confinement. Le musée a rouvert le et l'exposition est prolongée jusqu'au : http://www.museehistoirevivante.fr/expositions/exposition-du-14-mars-au-26-juillet-2020/max-lingner-a-la-recherche-du-temps-present. Un montage diapos présente l'œuvre de Max Lingner et aussi l'exposition: https://www.youtube.com/watch?v=Z2zWLaIRoxA.
En 1939, lors de l'exposition d'œuvres de Max Lingner, le critique d'art George Besson pouvait écrire dans Ce soirCe soir, 4 juin 1939. : « Les croquis de Max Lingner sont depuis dix ans l'ornement de la presse prolétarienne (...) Lingner dispersa plus de d'une sensibilité très particulière et d'un trait expressif. Une occasion se présente de découvrir un autre aspect non moins humain de Lingner car il est le peintre de graves paysages parisiens (...) et de compositions à la gloire d'une jeunesse dont les attitudes disent la joie de vivre et la santé. »
1949 retour en République démocratique allemande
thumb|centré|900px|Reconstruction de la République (Aufbau der Republik), mosaïque murale monumentale de 24 m sur 3 m, réalisée par Max Lingner à Berlin en 1952-1953, pour la « Detlev-Rohwedder-Haus ». Désireux de participer à la construction d'une Nouvelle AllemagneComme de nombreux antifascistes allemands il n'imagine pas la nature de l'État qui se met en place, mais sa place en tant qu'artiste dans le régime se pose. Voir Thomas Flierl, Le retour de Max Lingner en Allemagne, books.google. il rentre à Berlin en , où il est professeur à l'École des Beaux-arts et des Arts appliqués. Le la « une » du quotidien Neues Deutschland est illustrée d'un dessin de LingT. Flierl, Max Lingner. Das Spätwerk 1949-1959, .. L'année suivante il entre à l'Académie des Arts de Berlin (RDA), chargé d'une classe de maître à l'Académie. Il reçoit notamment la commande de l'État pour une œuvre destinéeAllemagne d'aujourd'hui, , 2013/3, Artistes plasticiens de retour d'exil en pays germanophones après 1945 : article d'Eckart Gillen, « Max Lingner et la logique de l'histoire ». à l'ornementation de la Maison des ministères à Berlin. Cette œuvre monumentale de Lingner, dont le projet initial de 1950 fut considérablement remanié dans un sens plus « réaliste socialiste »T. Flierl, op. cit., , De la décoration festive parisienne à la métaphore de la fondation de la RDA., est inaugurée en , peu de temps avant la révolte berlinoise de . Elle subira la censure lors de la réunification en 1990.. Il réalise entre 1951 et 1955 un tableau sur la guerre des Paysans allemands (Der Grosse Deutsche Bauernkrieg)Esquisse pour la guerre des paysans, 1954. pour lequel il obtient une seconde fois, après l'avoir déjà reçu en 1952, le prix national de la RDA.
Il poursuit à Berlin son travail de dessinateur illustrateur pour des auteurs allemands ou traduits en allemand, tels Willi Bredel, Anna Seghers, Howard Fast et Paul TillardDe Paul Tillard il illustre Les Combattants de la nuit, publié en 1957 sous le titre Nacht über Paris..
« Ling » meurt à Berlin en . Il y est inhumé.
Expositions en Allemagne après sa mort Juin - à Berlin : « Max Lingner in Frankreich, Gemälde, Aquarelle, Pressezeichnungen, 1929-1949 ». Septembre - à Rostock : « Max Lingner, Gemälde, Aquarelle, Pressezeichnungen » - à Berlin : Exposition Max Lingner, à l'occasion du centenaire de sa naissance.
Les titres de la presse francophone auxquels a collaboré Max Lingner Monde, dont il réalise plus d'une dizaine de "unes"Monde, , 25 février 1933.Monde, , 21 décembre 1934.Monde, , 4 janvier 1935. entre le et le et de nombreuses illustrations en pages intérieures à partir de 1930. L'Avant-garde, dont il réalise plusieurs dessins en "une" de 1935 à 1939. La Vie ouvrière, dont il réalise notamment la "une" du numéro du Cette première page est reproduite dans le livre de Denis Cohen & Valère Staraselski, 1909-2009 Un siècle de Vie ouvrière, éditions Le cherche midi, Paris, 2009, page 45. L'Humanité, de 1936 à 1939 et de 1944 à 1949. Il y réalise de nombreux dessins en "une", et illustre plusieurs séries d'articles en pages intérieures sur Paris. Il illustre également avant la guerre des feuilletons d'Alexandre Dumas publiés dans ce journal, La reine MargotL'Humanité annonce la parution du feuilleton La Reine Margot illustré par Max Lingner à partir du 19 décembre 1937., Le comte de Monte CristoL'Humanité, 14 août 1938, le début du feuilleton Le comte de Monte Cristo, illustré par Lingner.. Ce feuilleton au long cours ne sera pas terminé du fait de l'interdiction de parution du journal après le .. En 1946 il illustre un autre feuilleton : Les aventures de Thyl Ulenspiegel et de Lanime Gœdzak, de Charles De Coster. L'année suivante ce sont deux romans dont ses dessins accompagnent la parution en feuilleton : Gouverneurs de la rosée. de Jacques Roumain, et Martin Eden de Jack London.. Regards, où il illustre des nouvelles et des romans, tels Fièvre au village de Ludovic MasséRegards, 28 janvier 1937, , Fièvre au village, début du roman de Ludovic Massé, illustré par Lingner. ou Deux villes (A Tale of two cities) un roman de Charles Dickens qui paraît durant l'été 1936Regards, , 9 juillet 1936, début de la parution du roman sous titré La Révolution française vue par Charles Dickens, illustré par Lingner.. Jeunes filles de France, journal de l'Union des jeunes filles de France. Le Drapeau Rouge, organe du Parti communiste belge.