La littérature grecque archaïque est la littérature grecque antique datant de l'époque archaïque, qui couvre la période allant du , moment où apparaissent les premières œuvres poétiques grecques connues, jusqu'au début du et les guerres médiques. Cette période voit l'émergence de la cité grecque, l'apparition puis le renversement des tyrannies un peu partout en Grèce et une grande activité législative, cependant que les cités sont très fréquemment en conflit les unes avec les autres. La littérature connue de cette période consiste en bonne partie en textes poétiques.

Les épopées homériques

Les plus anciennes œuvres littéraires grecques connues sont deux épopées, l’Iliade et l’Odyssée, que les Grecs de l'Antiquité attribuaient au poète Homère. Ces épopées sont composées en vers appelés hexamètres dactyliques parce qu'ils se composent de six mètres dont chacun peut contenir un pied appelé le dactyle. L’Iliade compte environ , l’Odyssée environ Romilly (1980), .. La langue homérique qu'elles emploient est un mélange de plusieurs dialectes du grec ancien, principalement l'ionien et l'éolien.

Le sujet de l’Iliade et de l’Odyssée et leur pertinence historique vignette|droite|L’Iliade ambrosienne, un manuscrit enluminé de l’Iliade réalisé à Constantinople vers la fin du ou au début du Ici un passage du chant VIII (vers 245 à 253).

L’Iliade et l’Odyssée empruntent leurs sujets à la mythologie grecque et plus précisément à la guerre de Troie. Il s'agit d'un conflit entre les Achéens, qui vivent en Grèce centrale, et la ville de Troie sur la côte ouest de l'Asie Mineure (actuelle Turquie). Dans l'épopée, l'enlèvement d'Hélène, reine de Sparte et épouse de Ménélas, par le prince Pâris, fils du roi de Troie Priam, conduit les rois de plusieurs royaumes achéens à se liguer sous le commandement d'Agamemnon et à prendre la mer pour aller assiéger Troie afin de reprendre Hélène.

L’Iliade ne raconte pas toute la guerre de Troie mais seulement un épisode décisif qui a lieu au cours de la dixième et dernière année de la guerre : la colère du héros achéen Achille, le meilleur guerrier de l'armée achéenne, qui, après une dispute avec Agamemnon, refuse de combattre. Son retrait entraîne une défaite des Achéens, qui tentent ensuite de le faire changer d'avis mais en vain. Son compagnon Patrocle revêt alors les armes du héros et, se faisant passer pour lui, permet de repousser les Troyens mais est tué par Hector, le meilleur guerrier de l'armée troyenne. Achille revient au combat pour venger son ami et l'épopée culmine avec le duel entre Achille et Hector, dont Achille sort vainqueur. Il refuse d'abord de rendre son cadavre aux Troyens, mais est fléchi par la requête du père d'Hector, le vieux Priam ; l'épopée se termine avec les funérailles d'Hector.

L’Odyssée se déroule quant à elle après la fin de la guerre de Troie et relate le retour chez lui d'un des rois achéens, Ulysse, roi de la petite île d'Ithaque. Ulysse, dont la flotte s'égare dans des contrées inconnues à la suite d'une tempête, doit affronter de multiples obstacles pour retrouver le chemin de son île et met dix ans à rentrer chez lui. Pendant ce temps, sur Ithaque où il passe pour mort, son épouse Pénélope et son fils Télémaque sont en butte à une foule de prétendants qui convoitent le trône et pillent les richesses du palais. Ulysse, à son retour, doit ruser pour rentrer au palais incognito puis punir les prétendants et retrouver son trône.

Pour les Grecs de l'Antiquité, la guerre de Troie était dans ses grandes lignes un événement historique, peut-être un peu déformé par la licence poétique. Les découvertes faites par l'archéologue Heinrich Schliemann sur le site archéologique de Troie dans les années 1870 puis par les campagnes de fouilles suivantes ont révélé que la dernière ville à cet emplacement a été détruite par un incendie à la fin du , comme dans le récit mythique, ce qui peut suggérer que le mythe de la guerre de Troie se fonde en partie sur un événement historique réel. Néanmoins, il reste certain que cette guerre n'a jamais eu lieu sous la forme que lui confèrent ces épopées, car elles en amplifient largement les événements et font aussi coexister des réalités culturelles, sociales, politiques et techniques qui appartiennent en fait à plusieurs époques différentes.

La question homérique et la théorie de l'oralité

La question du ou des auteurs de ces épopées est un problème complexe. Les Grecs de l'Antiquité attribuaient l’Iliade et l’Odyssée à un poète unique, Homère, réputé être le meilleur de tous. Cette tradition a prévalu jusqu'au tournant des , où des auteurs comme l'abbé d'Aubignac, Giambattista Vico ou encore Robert Wood remettent en cause l'idée d'un poète unique composant les deux épopées par écrit : d'Aubignac et Vico remettent en doute son existence même, tandis que Wood affirme qu'il ne connaissait probablement pas l'écriture. En 1795, la publication des Prolegomena ad Homerum de Friedrich August Wolf déclenche un débat passionné sur l'existence ou non d'Homère : c'est la . Les savants se partagent en deux groupes. Les pensent, comme Wolf, que l’Iliade et l’Odyssée n'ont pas été composées telles qu'elles nous sont parvenues par un auteur unique, mais sont le résultat de la fusion plus ou moins habile entre plusieurs poèmes préexistants, plus courts et sans doute dus à plusieurs auteurs, poèmes qui auraient été réunis ensuite par un ou plusieurs compilateurs. À l'appui de cette hypothèse, ils mettent en avant les quelques incohérences narratives internes des épopées, le fait qu'elles brassent des éléments issus de plusieurs époques différentes, les doublets ou les répétitions multiples de certains vers, et les différentes couches chronologiques que l'étude du style et de la langue homérique permet de distinguer. Les , en revanche, pensent que l’Iliade et l’Odyssée ont été composés en grande partie sous la forme qui nous est parvenue ; à cette fin, ils mettent en avant la cohérence interne des épopées, qui reste grande, et leur degré d'achèvement poétique.

Une découverte décisive intervient en 1928 avec la publication des premières recherches de Milman Parry sur l'épithète homérique qu'il nomme : Parry montre l'existence de formules omniprésentes dans le style des épopées homériques et qui ne peuvent s'expliquer que par le fait qu'elles ont été composées, mémorisées et diffusées sans recours à l'écriture. C'est la théorie de l'oralité qui est ensuite reprise et améliorée par des savants comme Albert Lord ou plus récemment Gregory Nagy. Il est désormais établi que l’Iliade et l’Odyssée ont d'abord été composées à l'oral et ont été diffusées par des traditions orales portées par des aèdes avant d'être peut-être mises par écrit par un ou plusieurs auteurs qui en auraient alors assuré la cohérence.

Postérité antique des épopées homériques Les épopées homériques accèdent au statut de classiques étudiés dans les écoles dès l'époque classique. Elles exercent une influence énorme sur la culture et les arts grecs puis romains jusqu'à la fin de l'Antiquité, que ce soit dans le genre de l'épopée (d'Apollonios de Rhodes à Nonnos de Panopolis) ou dans d'autres genres puisque beaucoup d'auteurs se réfèrent à elles pour y puiser des sujets d'œuvres (de tragédies ou de comédies, par exemple) ou pour s'en servir comme matière à réflexion (par exemple Platon ou Plutarque dans leurs dialogues philosophiques).

Autres poèmes attribués à Homère Les Grecs antiques attribuaient à Homère plusieurs autres poèmes. Le Margitès, très mal connu car il n'en reste que quelques vers, était selon AristotePoétique, 1448B24. un poème comique fameux mettant en scène Margitès, un simple d'esprit incapable de faire quoi que ce soit correctement. La Batrachomyomachie, c'est-à-dire le Combat des grenouilles et des rats, est une parodie d'épopée très courte (environ 300 vers) qui a survécu en entier et dont l'étude stylistique fait penser qu'elle est nettement postérieure aux épopées homériques (elle pourrait dater de l'époque hellénistique), ..

Les Anciens attribuaient enfin à Homère un ensemble de trente-trois hymnes appelés pour cette raison les Hymnes homériques. Les plus anciens, l’Hymne à Apollon, l’Hymne à Déméter, l’Hymne à Hermès et l’Hymne à Aphrodite, qui sont aussi les plus longs, datent sans doute des , . Ce sont des hymnes religieux qui se composent toujours d'une introduction invoquant le dieu sous différentes épiclèses (qualificatifs traditionnels), puis d'un développement relatant un ou plusieurs mythes qui lui sont liés, et enfin d'une conclusion où l'aède en appelle à la bienveillance de la divinité.

Les autres épopées archaïques L’Iliade et l’Odyssée sont les deux plus fameuses épopées, et les seules à nous être parvenues entières, d'un ensemble épique plus vaste que les Grecs de l'Antiquité appelaient le Cycle troyen. Ces autres épopées ont été composées par d'autres auteurs après les épopées homériques, entre le , et elles relataient le reste de la guerre de Troie, de ses origines jusqu'à ses dernières conséquences. Il n'en reste plus aujourd'hui que quelques fragments et des résumés très postérieurs. On regroupe parfois le Cycle troyen dans un plus vaste encore (ou tout court) d'autres épopées comme la Théogonie d'Hésiode ou le Cycle thébain, .. La réputation de moindre qualité de ces autres épopées a probablement joué dans leur moins bonne conservation et finalement leur perte, les copistes ayant largement privilégié les épopées homériques, .. Néanmoins, les événements inventés par ces épopées ont manifestement été utilisés par les auteurs antiques dans d'autres genres littéraires (notamment la tragédie grecque) et par les peintres et sculpteurs.

Les poèmes d'Hésiode

Datant également du , deux poèmes, la Théogonie et Les Travaux et les Jours, composés en hexamètres dactyliques (comme les épopées homériques), sont attribués au poète Hésiode. Tout ce que l'on sait de lui provient de ce qu'il dit dans ces deux poèmes où il parle parfois à la première personne et se met en scène, contrairement à Homère sur qui rien n'est dit dans l’Iliade et l’Odyssée. Dans le prologue de la Théogonie, Hésiode raconte comment les Muses lui ont inspiré son poème au pied du mont Hélicon. Dans Les Travaux et les Jours, il s'adresse à son frère Persès qu'il présente comme un fainéant () et à qui il aurait intenté un procès sur la question de leur héritage ; il indique ailleurs () être originaire d'Ascra en Béotie. Si les spécialistes restent prudents sur l'existence d'Hésiode et sur les circonstances réelles de la composition des deux poèmes (les éléments mentionnés dans les poèmes pouvant n'être qu'une mise en scène d'un poétique), ces éléments montrent au moins l'émergence d'une autorité d'auteur dans la poésie grecque de l'époque, ..