Doukas (grec : ), né vers 1050 et mort vers 1090, est co-empereur à partir de 1059 (rejoint par ses frères Constance en 1060 et Andronic en 1068, puis par en 1068) et un empereur byzantin du au . Il est le fils de , fondateur de la dynastie Doukas, et d'Eudocie Makrembolitissa.
Son règne, court, intervient au milieu d'une période de grand trouble dans l'histoire byzantine, peu après la défaite de Mantzikert et l'extinction de la dynastie macédonienne qui avait porté l'Empire à son apogée à la mort de et qui laissait désormais la place à des luttes de pouvoir entre les différentes familles influentes de Constantinople. Membre des Doukas, tente de consolider son pouvoir par des alliances avec d'autres familles, notamment les Comnènes, et en confiant la gestion impériale à des hommes de confiance, habiles administrateurs comme Niképhoritzès. Néanmoins, sans arrêt confronté aux rivalités entre grandes familles et à de multiples révoltes, il ne put jamais se consacrer pleinement à la défense de frontières assaillies de toutes parts et à consolider une économie bouleversée par ces troubles internes et externes. Devenu progressivement impopulaire, il est renversé en 1078.
De la naissance à la mort de Michel Doukas est le fils de Constantin Doukas, militaire qui, lors de la révolte des généraux contre (r. 1034-1041), avait été choisi par ceux-ci pour conduire la révolution, mais qui s'est effacé devant (r. 1057-1059). Il avait été fait « césar » par devenant ainsi le deuxième personnage de l'empire et c'est lui qu'Isaac choisit pour lui succéder.
Marié en secondes noces avec Eudocie Makrembolitissa, Constantin avait déjà un fils, Michel, avant son avènement. Deux autres enfants naquirent après le mariage, ConstanceDans sa Chronographie, Psellos donne à Constance (Κονσταντιος) le prénom de « Constantin (Κονσταντινος) », confusion entretenue par quelques auteurs. Ainsi : « Tombèrent au combat beaucoup de nobles byzantins dont Kônstantios (Constantin), fils de Doukas ». et Zoé. Contrairement à son frère Michel, Constance était dès lors « porphyrogénète » (né dans la pourpre) La « salle de porphyre » du Grand Palais devait son nom au fait que les planchers et les murs étaient recouverts de marbre de porphyre pourpre., honneur considéré comme plus élevé que celui d'être l'aînéNorwich (1996), .
Par conséquent, Michel et son puîné Andronic, nés avant l'avènement de leur père, n'avaient pas droit de succession au trône. Toutefois, peu après son avènement, décida lors de la naissance de Constance, de les nommer tous deux co-empereursPsellos, Chronographie, (), 21.Andronic sera également fait coempereur, mais sous le successeur de son père, Diogène, peut-être à titre de faveur pour la mère de celui-ci que Romain avait épousé après le décès de .
Tombé malade en , l'empereur devait décéder quelques mois plus tardPsellos, Chronographie, (), 27., non toutefois sans avoir fait promettre à l'impératrice Eudocie de ne pas se remarier, pour éviter que, comme cela avait été le cas des derniers Macédoniens, un nouveau mariage et des enfants issus de ce mariage ne viennent compromettre l'héritage de son aîné, le futur . L'impératrice dut prêter serment devant le patriarche, le césar, ses enfants et le sénat, en invoquant « le ciel, la terre et tous ses éléments, faisant appel à la Trinité, à la Théotokos, à tous les anges, aux prophètes aux apôtres, aux martyrs et à tous les saints » qu'elle ne songerait même pas à se remarier ; après quoi les sénateurs et le patriarche durent contresigner son sermentTexte dans Oikonomides, « Serment », cité par .
Après avoir fait face à un complot ourdi par le doux de Sardica, (r. 1068-1072), l'impératrice fut libérée de son serment par le patriarche . Considérant que la seule façon de mettre le trône à l'abri d'un coup d'État était d'épouser un militaire disposant d'une grande autorité et capable de s'imposer pour protéger à la fois ses fils, Michel, Andronic et Constance, ainsi que les frontières à nouveau menacées par les Seldjoukides, Eudocie, qui ne craignait pas les défis, épousa ce même Romain le et celui-ci devint empereurPsellos, Chronographie, (Eudocie), 4-8 ; Attaleiates, 94-96.
Les craintes de Constantin pour son fils étaient probablement fondées. Âgé de dix-neuf ans au décès de et par conséquent majeur, il n'avait guère hérité des qualités de son père. Zonaras dira de lui : « Il était extrêmement influençable de caractère et inapte à diriger les moindres affaires, pour ne rien dire de l'empireZonaras 18.15.25 ». La plupart des commentateurs de l'époque affirment qu'il était encore incapable de faire preuve de jugement et qu'il avait l'âge mental d'un enfantSkylitzes Continuatus 157.22-24 ; Glykas 612.4-5, 614.22-615.1 ; Attaleiates: History 182.10-11 / 135.2-3. De caractère réservé, amoureux des livres, se complaisant dans les beautés du style et de la philosophiePsellos, Chronographie, (), 4, il faisait piètre figure en public, d'autant plus que le jeune homme souffrait de problèmes d'élocutionBryennios 167.21-22. Attaleiatès dit assez méchamment de lui qu'il « n'était bon qu'à devenir évêqueAttaleiates, 303 ».
De la mort de au règne personnel L'élévation de (r. 1068-1071) n'alla toutefois pas sans opposition dans la noblesse civile et dans l'armée. La famille Doukas et son chef, le césar Jean Doukas, frère de l'empereur , tentèrent de s'opposer à l'arrivée au pouvoir d'un militaire Canduci (2010), Ostrogorsky (1983), . Les chances de succession de la famille Doukas s'amenuisèrent encore lorsque l'impératrice donna naissance rapidement à deux héritiers mâles (Léon en 1069 et Nicéphore en 1070)Shepard (2008), . La garde varangienne, fidèle à la famille Doukas, fit également connaître son mécontentement. Sentant le danger, Romain en tira la conclusion que la meilleure façon d'établir son autorité était de conduire lui-même les armées au combat, concentrant ainsi l'attention de la haute hiérarchie civile et militaire sur la guerre contre les Turcs Finlay (1854), . Pour la première fois depuis , un empereur donnait toute son attention à l'armée..
Le règne de devait prendre fin avec la défaite lors de la bataille de Manzikert, le La date exacte et le lieu précis de cette importante bataille font encore l’objet de discussions parmi les spécialistes. Le 26 août est la date la plus vraisemblable selon Norwich (1994), .. En un court laps de temps, l'empereur avait entrepris nombre de réformes qui lui aliénèrent successivement la noblesse, une partie de l'armée et la populationNorwich (1994), . Ses ennemis en profitèrent pour passer à l'actionBréhier (1969), .
Le césar Jean Doukas revint en hâte de Bithynie où l'avait exilé avant son départ. Avec Michel Psellos et la garde varangienne, il força l'impératrice Eudocie à se retirer dans un couvent, puis les deux hommes obligèrent le co-empereur Doukas à prononcer la déchéance de son père adoptif, lequel eut les yeux crevés à son retour de captivité chez les SeldjoukidesPsellos, Chronographie, (), 24-25Norwich (1994), ..
Règne personnel de Doukas (1071-1078) thumb|left|L'Empire byzantin en 1076. thumb|left|En vert, les territoires contrôlés par les Seldjoukides au tournant de l'année 1080. Seules quelques zones éparses, dont la région d'Antioche, sont encore détenues par des représentants de l'Empire byzantin.|alt=carte de l'est de la Méditerranée
Politique intérieure Si de l’avis des historiens modernes, Manzikert ne fut pas un désastre sur le plan militaire, cette défaite marqua le début d'une guerre civile qui était l'aboutissement de la dégradation politique, économique et militaire de l'empire au cours des dernières décennies.. Avec l'arrivée au pouvoir de Doukas comme seul empereur, on voit se tisser un réseau d'alliances entre les grandes familles de l'empire : Doukas, Comnène, Botaniatès. L'empereur s'était marié avec une princesse géorgienne, fille du roi , appelée dans les sources Marie d'Alanie qui jouera un rôle crucial dans cette période en tant qu'épouse de d'abord, de par la suitePsellos, Chronographie, (), 9.. Ce mariage favorisait un rapprochement de la famille Doukas avec les Comnène puisque la cousine de Marie, Hélène, était mariée avec Isaac Comnène, frère aîné d'Alexis Comnène. Le régime maintient dans leurs postes l'aristocratie militaire ayant servi sous : Botaniatès comme gouverneur du thème des Anatoliques, Basilakes en Paphlagonie puis à Dyrrachion, Diabatenos à Édesse et Bryenne en BulgarieCheynet (1996), . En parallèle, le Sénat, véritable assemblée de l'aristocratie byzantine, s'ouvrit à des classes plus larges de la société, notamment aux artisans commerçants. Cette bourgeoisie marchande, soucieuse d'ajouter à la richesse le rang social, en était souvent exclue.
En fait, ce fut moins qui gouverna que ses principaux ministres sous le contrôle du césar JeanPsellos, Chronographie, (), 10. Au début de 1072, l'évêque de Sidé, nommé Jean, fut placé à la tête de l'administration civile pour être bientôt remplacé par un autre eunuque du nom de Nicéphore, mieux connu par son surnom de Niképhoritzès.Bréhier (1969), . Ancien gouverneur d'Antioche sous , arrêté et emprisonné sous Eudocie, il avait été relâché et fait gouverneur de Grèce où il se révéla habile administrateur (parvenant à faire entrer impôts et taxes) avant d'être appelé à Constantinople comme ministre des finances (logothète). Très rapidement, il augmenta les taxes sur tous les secteurs de la société, aliénant Michel de ses propres conseillers ; le césar Jean Doukas se retira dans ses terres avec son fils Andronic et Psellos fut écarté du pouvoirAttaleiates, 182, 200 ; Nicéphore Bryenne , 1 ; Kekaumenos, Strategikon, 184.
Résultat de la perte des territoires d'Asie mineure (Anatolie), la situation économique ne cessait de se dégrader et le nomisma, unité de compte de l'empire, ne cessait de se dévaluer. D'une pureté de 21 carats (87,5% pur) sous (r. 1042-1055), on était passé à 18 carats (75 % pur) sous (r. 1059-1067), à 16 carats (66,7 % pur) sous (r. 1068-1071) et l'on arriva à 14 carats (58 % pur) sous Voir à ce sujet l'article "Monnaie byzantine". Le blé n'arrivant plus à Constantinople, Niképhoritzès décréta ce qui équivalait à un monopole d'État sur son commerceAttaleiates, 201-204, ce qui fit monter les prix au point que, pour une monnaie d'or, on n'avait plus au lieu d'un médimne de blé, qu'un médimne moins un pinakion (παρά πινάκιον), ce qui valut à l'empereur son surnom de Parapinakès (quart de médimne)Attaleiates, 203-204 ; Cedrenos, , 444-445 ; Zonaras, , 16 ; voir également l’allusion subtile de Psellos à ce fait : Chronographie, (), 2.
Politique extérieure Après la défaite de Manzikert, les armées byzantines sont au centre d'une guerre civile, engagées les uns contre les autres, le plus souvent avec l'aide de Francs, de Normands ou de Turcs qui profitent de la faiblesse de l'empireBréhier (1969) , les Byzantins engageant des mercenaires Francs pour combattre les Seldjoukides et des mercenaires Seldjoukides pour combattre les Francs..
thumb|right|Le trésor de Hongrie comprenant la couronne envoyée par Doukas.