Fondé en 1987 aux États-Unis, Hubert Artus, Pop corner - La grande histoire de la pop culture, 1920-2020, 2017, page 76, .Urs Altermatt, Hanspeter Kriesi, L'Extrême droite en Suisse : organisations et radicalisation au cours des années quatre-vingt et quatre-vingt-dix, Éditions universitaires Fribourg Suisse, 1995, page 70.M.Go., Où en est le mouvement skinhead en France en 2013 ?, 20minutes.fr, 6 juin 2013, lire en ligne., SHARP (Skinheads Against Racial Prejudice ou Skinheads contre les préjugés raciaux) désigne un mouvement de skinheads dits « traditionnels » (tradskins) qui se positionnent radicalement contre le racisme, contre les néo-fascistesSelon Gildas Lescop, sociologue à l'université de Nantes et auteur d'une thèse consacrée aux skinheads, les skinheads antifascistes se retrouve dans les Sharp (Skinheads Against Racial Prejudice) et les Rash (Red and Anarchist Skinheads). - Jelena Prtoric, Les skinheads, anatomie d'un mouvement, Franceinfo, 11 juin 2013, . et autres groupes d'extrême droite, plus particulièrement si ceux-ci se proclament eux aussi skinheads, Guide de sensibilisation au terrorisme et à l’extrémisme violent, Programme de sensibilisation à la sécurité nationale / GRC / Division C (Québec), 2017, page 58.Terrorism and Violent Extremism Awareness Guide, National Security Awareness Program, RCMP, C Division (Quebec), 2017, page 58..

Le mouvement prend son origine dans les racines multi-ethniques de l'identité culturelle skinheadYoura Petrova, Les skinheads : solidarité de classe ou combat national, Agora débats/jeunesses, n°9, 1997, pp. 91-92, . , María Elósegui, Cristina Hermida, Racial Justice, Policies and Courts' Legal Reasoning in Europe, Springer, 2017, page 143. , Timothy Brown, Lorena Anton, Between the Avant-garde and the Everyday : Subversive Politics in Europe from 1957 to the Present, Berghahn Books, 2011, page 128..

Antifascistes Kevin Borgeson, Robin Valeri, Skinhead History, Identity, and Culture, Routledge, 2017, pp. 174-175.Monique Eckmann, À propos du phénomène des Skinheads et du racisme en Suisse, Haute école de travail social de Genève, Editions ies, 1999, page 23. et antiracistes, John H. Moore, Encyclopedia of Race and Racism : A-F, Macmillan Reference USA/Thomson Gale, 2008, ., les Sharp's qualifient les Skinheads d'extrême droite de « boneheads » (terme péjoratif signifiant « têtes d'os » ou « crétins » en anglais familier)Juliette Démas, Affaire Clément Méric : non, les skinheads ne sont pas tous néonazis, Les Inrocks, 6 juin 2017, lire en ligne..

À l'inverse, les skinhead NS les appellent « reds » (« rouges », terme relatif à une affiliation supposée ou réelle à la gauche politique) ou « poseur » et ne considèrent pas les SHARPs comme de vrais skinheads, car ils nient les agressions supposées fréquentes et fortement médiatisées des premiers skinheads envers les immigrés pakistanais.

Selon le politiste Francis Dupuis-Déri, les Skinheads against racist prejudice (SHARP) et les Red and Anarchist Skinheads (RASH) « valorisent l’action directe et l’autodéfense contre les néo-nazis »Francis Dupuis-Déri, Hommes anarchistes face au féminisme - Pistes de réflexion au sujet de la politique, de l’amour et de la sexualité, Réfractions, n°24, printemps 2010, ..

Historique

Le mouvement SHARP s'inscrit dans l'histoire des skinheads. À la fin des années 1980, il s'agit d'une réaction de skinheads qui prennent position contre le racisme, alors que le revival skinhead est fortement marqué par la présence de l'extrême droite et des néonazis, sous l'influence de différents groupes de musique du courant rock anticommuniste tels que Skrewdriver.

En réaction à cette politisation du mouvement qu'ils jugent contraire à ses traditions, des skinheads britanniques antiracistes se regroupent à partir de 1979-80 dans le Skinheads Against the Nazis (SAN), impulsé et contrôlé par l'Antinazi League organisation, très liée au Socialist Workers Party, un parti trotskiste.

Parallèlement, de plus en plus de skins antiracistes soutiennent la campagne Rock Against Racism. Le second revival Ska Européen mené par des groupes tels que Potato 5, Maroon Town ou The Deltones fédère un nombre important de skins qui refusent la mainmise de groupes néonazis et souhaitent revenir à un « âge d'or » métissé de la scène. Cette tendance fait des émules en Amérique du Nord, où la mode skinhead prend une grande ampleur au début des années 1980.

Apparition aux États Unis

En 1985, des skinheads de Cincinnati fondent Baldies Against Racism (« les chauves contre le racisme » ; Baldies - les chauves - est un surnom des skinheads). En 1987, à New York, est créé le mouvement SHARP. La figure emblématique du mouvement est Roddy Moreno, leader du groupe gallois The Oppressed et importateur en 1988 du SHARP au Royaume-Uni. Après un voyage à New York, Roddy Moreno avait rencontré les membres fondateurs Marcus et Jason et ramené le concept à Cardiff, sa ville natale. Il est à l'origine de la création du logo international qui reprend le casque hoplite, clin d'œil au label Trojan Records.

Ce mouvement, né aux États-Unis en 1987, est, comme le mouvement skinhead originel né à la fin des années 1960, dénué d'affiliation politique précise. L'action musclée de ce groupe va faire des émules sur l'ensemble du territoire nord Américain, bénéficiant de la montée en puissance d'une scène métissant musique Oi! et Hardcorescène appelée « US of Oi! » ou Oi! core mais aussi et surtout du regain d'activité de la scène Ska, promu par des labels tels que Moon Ska ou Stubborn records.

Les premiers skinheads SHARP américains sont fondamentalement antifascistes et antiracistes avec une forme de patriotisme sans ambiguïté. La bannière étoilée est d'ailleurs présente sur le premier logo SHARP : une botte (de skinhead) écrase une croix gammée sur fond de drapeau américain. Le SHARP reprend à son compte l'imagerie patriotique et antinazie de la Seconde Guerre mondiale. Il faut comprendre que même si ces références pro-américaines font débat en son sein, le SHARP NYC n'échappe pas au traditionnel héritage patriote du rêve Américain. Cette question du nationalisme atteindra son sommet avec l'engagement des forces Américaines dans la guerre du Golfe en 1991, puisque le SHARP NYC se scindera pour divergences politiques, certains membres prônant un soutien inconditionnel à l'intervention, d'autres, à l'inverse, travaillant avec le collectif anti-guerre « Food not Bomb ». Ces derniers iront fonder « May Day Crew », groupe socialiste qui deviendra le Rash quelques années plus tard, développant un nombre important d'activités au sein du squatt radical A.B.C No Rio. Aux États-Unis, de nos jours, les individus composant cette mouvance skin antiraciste peuvent être proche de l'une ou l'autre tendance sans que cela donne lieu aux débats passés.

Diffusion en Europe

En Allemagne, la montée en masse des mouvements d’extrême droite consécutifs à la chute du mur de Berlin va provoquer un rapprochement stratégique entre skins antifascistes et la mouvance autonome qui se développe autour de l'Anti Fascistiche Aktion. Les skins pratiquent l'autogestion en participant à la vie des squats, à Hambourg en particulier, en recourant au besoin à l'affrontement dans la rue. De plus, la campagne bénéficie du soutien de nombreux groupes musicaux ska (No Sports, Busters, Skaos, Bleichreiz) et de labels indépendants (Pork Pie, Grover records).

Il en est de même en Grande-Bretagne où, outre l'influence du revival néo-sixties, le Sharp sera associé au collectif politico-culturel Cable Street Beat. De nombreux groupes musicaux tels les Bad Manners, The Blaggers et Selecter seront un soutien constant à cette émanation de l'A.F.A.

En Espagne, pays alors encore mal remis du Franquisme, la scène skin va se trouver tiraillée entre deux clivages historiques : Indépendantisme (Pays basque, Catalogne, Galize) contre Espaniolisme (nationalisme de défense de l'unité nationale, négation des particularismes locaux), et Conservatisme chrétien post-franquiste contre Républicanisme.

C'est tout d'abord au Pays basque (région ayant de très forts liens historiques avec l'Angleterre) que va naître la mouvance skin antiraciste. Le groupe Kortatu va contribuer fortement à la naissance d'une identité skin conscientisée, antiraciste et métissée. Quelques années plus tard, les skinheads garnissent les tribunes des clubs de football. On peut citer les groupes Herri Norte Taldea (Athletic de Bilbao) et Indar Gorri (Osasuna) d'idéologie nationalistes et antiracistes. En périphérie de ces deux « kop », deux fanzines Skinhead et Black 'n'White vont unir leur effort pour créer le SHARP Euskadi autour d'une plateforme commune. L'appel constitutif de 1990, dénonçant les premières exactions de boneheads basques, est signé par plus d'une quinzaine de groupes, d'associations et de lieux alternatifs.

Les fêtes patronales de l'Aste Nagusia (Bilbao) ou de San Fermin (Pampelune) deviennent prétextes à rencontre de tous les skins antiracistes du territoire Espagnol, mais aussi de France, d'Italie et d'Allemagne. Ce sont jusqu'à 3000 skins qui se croisent durant l'édition 1993 des fêtes de Bilbao. Entre-temps, la vivacité de l'exemple basque ne tarde pas à être suivi partout sur le territoire, la section Països catalans atteint très rapidement un chiffre de 400 membres en 1991, et elle peut compter sur le soutien d'une scène musicale très vivace avec des groupes tels que Skatala et Calypso. D'autres sections de moindre importance comme celles de Ségovie (fanzine Krapula) ou de Madrid (Fanzine Working People force) font preuve d'un activisme sans relâche en organisant soirées où s'affrontent amicalement des Djs de très haut niveau, participant à la vie de leur quartier et n'hésitant pas à peupler les premiers rangs des manifestations antifascistes « dures ».

Il est à noter que la tradition libertaire espagnole ainsi que la grave précarité subie par sa jeunesse amènent un très grand nombre de skins être très actifs dans les mouvements contestataires, squatts en particulier, et de ce fait, avant les années 2000, il n'y a aucune distinction entre scène SHARP et Redskin, le terme apolitique est d'ailleurs remplacé par celui d' « apartiste ».

Le , Guillém Agulló, un jeune Valencien de 18 ans, paie de sa vie son engagement. Connu pour ses convictions indépendantistes (il est membre du mouvement Catalan Maulét) et son activisme dans le SHARP Valencia, il est poignardé à mort à Montanejos. Son agresseur, Pedro Cuevas, est membre du groupe de supporter néofasciste de Valence, la Penya Yomus. Ce dernier est condamné à 16 ans de prison, mais est libéré au bout de 4 ans. La mort de Guillèm Agulló sera un véritable tremblement de terre en Espagne, qui semble revivre les heures les plus noires de la guerre civile. Cette affaire aura des répercussions politiques importantes. Un rapport des plus hautes sphères des services de police rendu public par inadvertance, un an après l'affaire, assimile les SHARP à « des agitateurs supérieurement entrainés ayant une propension à conscientiser un nombre inquiétant de jeunes des quartiers ». Par ailleurs ce fait divers inaugure une liste importante de skinheads antiracistes assassinés par l’extrême droite.

SHARP en France C'est à Beauvais que deux skinheads, éditeurs du fanzine Pour la gloire !, vont commencer à développer le SHARP en France à partir de 1988. Ils éditeront plus tard les fanzines "Hard times" et Un monstre est en moi. En lien direct avec le SHARP Beauvais, une des seules cellules françaises 100 % skinheads anti-racistes en cette fin d'année 1980, on trouve une bande parisienne, composée de Trojan skin (skinhead reggae) et de skinheads traditionnels qui traînent, entre autres, dans le quartier de Jussieu, dans le de Paris.