Le royalisme en France au est le courant de pensée qui vise à établir la royauté de manière durable en France comme cela avait été fait avec la monarchie capétienne, soit la mise en place d'une monarchie héréditaire. Les royalistes divergent cependant quant au respect ou non des droits acquis pendant la Révolution française, ce qui scinde les royalistes en deux depuis le retour de Louis XVIII sur le trône.
Le royalisme est tout d'abord mis à l'honneur durant le régime de la Restauration avec des politiciens tous fervents royalistes. Mais ces derniers sont trop attachés aux libertés révolutionnaires pour laisser gouverner Charles X par ordonnances, comme le faisaient les rois de l'Ancien Régime, et le renversent au profit de son cousin éloigné, Louis-Philippe. Cet événement divise les royalistes entre partisans de Louis-Philippe, que l'on appelle orléanistes, et les partisans de Charles X (ainsi que de son fils, le comte de Marnes, et du neveu de celui-ci, le comte de Chambord), que l'on appelle légitimistes. Ces divisions empêchent le retour d'une monarchie bourbonienne après la chute de Louis-Philippe dans une France pourtant monarchiste, les royalistes n'étant pas capables de s'unir.
Royalisme sous la Restauration
Ultras-royalistes L'idéologie ultra-royaliste
thumb|L'un des théoriciens de l'ultra-royalisme : Louis de Bonald.
L'ultra-royalisme est un courant de pensée dont les théoriciens les plus éminents sont Louis de Bonald et Joseph de Maistre et dont le chef emblématique est le comte d'Artois, frère du Roi et futur Charles X, bien secondé par le chef parlementaire de l'ultra-royalisme, Joseph de Villèle. Les ultras sont, en général, des aristocrates ayant subi le sort de l'émigration et voulant retrouver la place qu'ils avaient avant leur exil forcé. Certains veulent récupérer leurs biens qui sont devenus nationaux pendant leur période d'exil, point sur lequel le roi Louis XVIII ne cédera pas.
Les ultra-royalistes sont groupés autour d'une idée : celle d'un retour à l'Ancien Régime. Ils sont « plus royalistes que le Roi » car ils trouvent la charte de 1814 beaucoup trop libérale. Ils nient les libertés révolutionnaires et la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen et réclament le retour de , soit la société d'ordres et la restauration des privilèges. C'est en fait la pensée contre-révolutionnaire que véhiculent ces ultras, qui défendent une société d'Ancien Régime souvent idéalisée.
Ils sont en partie favorables à un parlementarisme aristocratique à l'anglaise ; d'autres soutiennent l'absolutisme.
La religion catholique est pour eux le seul ciment de la société, les ultras nient les lois révolutionnaires en les opposant à la divine providence, partant du principe que des lois qui sont régies par Dieu sont des lois naturelles et que des lois faites par des hommes ne sont pas légitimes (en l’occurrence, les lois révolutionnaires). Pour Joseph de Maistre, le système politique repose sur la volonté divine. Il institua le principe des « lois éternelles », signifiant que c'est Dieu qui « prépare les races royales ». Le peuple ne peut qu'accepter les lois promulguées par l'élu de Dieu, qui gouverne en son nom. Tout pouvoir vient donc d'en haut. Il insiste particulièrement sur le rôle de la Divine Providence et considère que c'est à elle d'assurer le gouvernement de chaque roi. Les nations et les hommes doivent se soumettre à des choix qui les dépassent. Louis de Bonald,lui, prône le retour à une société d'ordre monarchique et religieux. Dieu est l'unique détenteur de la souveraineté, le pouvoir n'étant que médiateur entre les hommes et Dieu. Il substitue une Déclaration des droits de Dieu, à la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789, où l'homme n'a que des devoirs et aucun droit. Le pouvoir venant de Dieu, il ne peut être qu'absolu, toute limitation ou dépendance lui est étrangère. Le roi est l'intermédiaire obligatoire entre le pouvoir qui commande et le sujet qui obéit.
Les ultras s'appuient sur une presse importante comme le Conservateur de Chateaubriand et sur des sociétés influentes comme les Chevaliers de la foi. Les ultras sont les premiers parlementaires à s'organiser entre eux, c'est en quelque sorte une ébauche des partis politiques actuels. En effet, les partis politiques au sens actuel du terme n'existaient pas sous la Restauration, ils n'apparaissent qu'au début du pour la plupart en France. Paradoxalement, ce sont ceux qui sont les plus hostiles au régime parlementaire qui vont le plus contribuer à ce que le régime découlant de la charte y ressemble car lors de la chambre introuvable, ils profitent de leur majorité élue pour faire passer un certain nombre de mesures réactionnaires, s'opposant au Roi et au gouvernement.
La terreur blanche et la chambre introuvable
thumb|left|Les députés de la Chambre introuvable. thumb|right|Le maréchal d'Empire Brune est jeté dans le Rhône par la foule royaliste d'Avignon.
Difficilement contenue pendant les Cent-jours et exacerbée par le gouvernement en exil dépourvu de pouvoirs de Gand, la haine des royalistes explose à l’annonce de Waterloo. La Terreur Blanche est un mouvement de réaction contre les bonapartistes et les anciens révolutionnaires, dont la violence rappelle la Terreur jacobine. Il se développe dans le Midi et dans les vieux pays de contre-révolution comme la Vendée, la Bretagne et le Maine. Des bandes de royalistes s’arment et terrorisent le pays. Ils sont connus sous le nom de Verdets car ils portent la cocarde verte, couleur du comte d’Artois, le chef des ultras royalistes. Cette vague de terreur royaliste est parfois sanglante autour de Marseille et de Toulouse, où des dizaines de soldats bonapartistes sont assassinés. Les Verdets y trouvent de nombreuses sympathies. Napoléon avait dû se déguiser lors de son voyage vers l’île d’Elbe, en 1814, afin d’échapper à la fureur des habitants de la vallée du Rhône, majoritairement royalistes. Ainsi, des mouvements populaires et spontanés, très mal contrôlés par l’administration royale, apparaissent. À Marseille, le peuple se soulève et massacre d’anciens Mamelouks de la garde impérialeTerreur blanche en France, le . À Toulouse, le général Ramel, commandant de cette place forte au nom de Louis XVIII qui avait tenté de désarmer les Verdets, est assassiné le . À Avignon, le maréchal Brune, héros de l’Empire, est massacré par la foule et jeté dans le RhôneTerreur Blanche de 1815. Toutefois, cette "Terreur" n'a rien de comparable à certains excès de la Révolution.
C'est dans ce contexte qu'ont lieu les élections législatives de 1815, qui voit l'avènement d'une chambre ultra-royaliste. En effet, cette chambre est composée de 350 ultras pour 391 sièges mais Louis XVIII comprend que ce sont les circonstances qui ont amené ces gens au pouvoir et ne compte pas gouverner avec eux, d'où l'expression de chambre introuvable. La Chambre n’est pas constituée de vieux émigrés désireux de revenir à l’Ancien Régime. Sur les 381 députés qui composent la Chambre au début de l’été 1816, on trouve 197 bourgeois d’origine et 8 anoblis de l’Empire, contre seulement 176 nobles de l’Ancien Régime ; il y a 90 anciens émigrés ; la plupart d’entre eux avaient accepté des fonctions militaires ou civiles sous l’Empire. Parmi les bourgeois, on compte 91 hommes de loi, magistrats et avocats et 25 négociants ou industriels. De plus, les députés sont relativement jeunes par rapport aux autres assemblées. En effet, elle ne compte que 45 sexagénaires, et 130 députés ont moins de 45 ans, ce qui signifie qu’ils avaient moins de 20 ans au déclenchement de la Révolution et ont mal connu les privilèges de la noblesse antérieurs à cette époque. Ces jeunes élus, donnent néanmoins, un renouveau au parti ultra si bien qu'il va constituer la "sève" du parti et donner ses couleurs à la droite jusqu'en 1830 . Chose remarquable également, il n’y a pas d'ecclésiastique dans cette chambre si soucieuse des intérêts catholiques. Enfin, ce sont, en grande majorité, des hommes nouveaux dans la politique : seuls 61 ont siégé dans de précédentes assemblées. Ce sont autant de caractéristiques qui expliquent l’impulsivité et la maladresse de cette Chambre.
Cette chambre introuvable, va vite se révéler être une chambre clairement contre-révolutionnaire, Louis XVIII les qualifie même d'. Voulant se venger de l'humiliation des Cent-jours, la chambre se déchaîne en votant des lois réactionnaires. La loi de sûreté générale est décrétée le . Elle est suivie de la loi sur les écrits et discours séditieux () et de celle sur le rétablissement des cours prévôtales (). La chambre finit son œuvre en promulguant la loi d’amnistie (12 janvier 1816) qui contraint à l'exil les régicides ayant soutenu les Cent-Jours, suite de l'ordonnance du 24 juillet. La chambre devient de plus en plus opposée à la volonté du gouvernement, notamment sur la question budgétaire. Les ultras estiment que Louis XVIII ne doit pas payer pour les guerres de Napoléon, à la suite des emprunts contractés pour rembourser les autres puissances étrangères. Le gouvernement du duc de Richelieu se hâta de se débarrasser de cette Chambre devenue ingouvernable en faisant clore la session, le . La décision de renvoyer la Chambre fut prise au milieu du mois d’août et l’ordonnance signée le . Cette dernière fit avorter en France l’établissement d’un régime parlementaire : la majorité royaliste se disposait à fonder un régime où la volonté du parlement s’imposait au ministère et au roi lui-même.
Les années au pouvoir
thumb|left|La mort du duc de Berry. thumb|Charles X, arrive sur le trône en septembre 1824.
La période libérale que connaît le régime dès la dissolution de la chambre introuvable est mal tolérée par les ultras. Ainsi, ces derniers restent dans l'opposition pendant un long moment voyant les rangs de leurs ennemis parlementaires croître au fil des élections législatives partielles. Preuve de ce recul des ultras, l'abbé Grégoire, évêque schismatique chargé d'un recensement lors de la révolution est élu lors de partielles.
Un événement inattendu met une fin brutale à la période libérale du régime, à un moment où les tensions avec les ultras se renforcent. Louis XVIII n'ayant pas de descendance, l'avenir de la dynastie inquiète. Son frère, le comte d'Artois a deux fils déjà vieillissants (44 ans et 42 ans), l'aîné n'ayant pas de descendance. Les espoirs reposent donc sur le duc du Berry, qui n'a pour l'instant qu'une fille ; de sa descendance dépend l'avenir de la branche aînée de la dynastie. C'est donc un choc lorsqu'il est assassiné, le . L'assassinat, perçu comme un régicide et dénoncé comme conséquence d'un complot, est l'occasion pour les ultras de faire tomber Decazes, chef du gouvernement de l'époque, en rendant les réformes libérales responsables du crime. Malgré une tentative de gouvernement de la part de Richelieu, tenant de concilier ultras et constitutionnels, celui-ci est poussé à la démission par l'entourage du roi et par le comte d'Artois.