Le Beaufortain ou pays de Beaufort est une région naturelle s'étendant autour de la commune de Beaufort dans le département français de la Savoie. Elle est constituée principalement par la vallée du Doron dit de Beaufort et se trouve au cœur du massif du Beaufortain.
Toponymie Beaufortain est un adjectif dérivant du toponyme Beaufort, composé de « beau » et « fort », soit un « endroit fortifié »..
La petite région est appelée également pays de Beaufort., plus rarement Beaufortin.. Correspondant au bassin versant du Doron, elle porte également le nom de vallée du Doron ou parfois de vallée de Luce. Luce, nom d'une villa romaine, passé à la paroisse, avant de devenir Beaufort en 1225, article « Beaufort », p.228, article « Hauteluce »..
Géographie vignette|gauche|Vue sur le Beaufortain (Hauteluce, Beaufort, Arêches).
La superficie de la région est estimée à environ . Elle correspond au bassin hydrographique de la vallée du Doron dit de Beaufort et de ses affluents.
L'ensemble, faiblement individualisé, est limité : à l'ouest, par la colline de Cornillon (limite avec le val d'Arly), mont Mirantin, le col de la Bâthie, le Grand Mont ; au nord, par les cols de Véry, des Saisies / signal de Bisanne et de la Forclaz (entre Queige et Ugine) ; à l'est, par le col du Joly, le Cormet de Roselend et l'aiguille du Grand Fond ; au sud, par les cols de la Louze, du Cormet d'Arêches et du Coin.
L'ensemble regroupe le territoire des quatre communes de Beaufort, Hauteluce, Queige et Villard-sur-Doron.
Ses sommets les plus remarquables sont le Grand Mont, l'aiguille du Grand Fond et la Pierra Menta (la Pierre montée), sorte de dent rocheuse en surplomb au-dessus du lac de Roselend, autour de laquelle a lieu la célèbre course de ski-alpinisme, la Pierra Menta. Le signal de Bisanne, avec ses , constitue un belvédère remarquable sur le massif du Mont-Blanc tout proche.
Lacs et barrages
Le Beaufortain est la région privilégiée des lacs de barrage. : le plus connu, le barrage de Roselend (1962), situé entre le col du Pré (qui domine la petite ville d'Arêches) et le Cormet de Roselend, a englouti lors de sa mise en eau le petit village d'alpage dont le lac tire son nom ; mais d'autres lacs plus petits existent : le barrage de la Girotte (1949), au voisinage du col du Joly, le barrage de Saint-Guérin (1961), situé également au-dessus d'Arêches, le barrage de la Gittaz (1967), près de Roselend.
Le Beaufortain est caractérisé par la confluence en son centre du Doron de Beaufort, du Poncellamont, son affluent en rive gauche, et du Dorinet, son affluent en rive droite. Ces trois composantes ont le même régime hydrologique d'une montagne de moyenne altitude, avec un débit maximum en juillet lors de la fonte des dernières neiges.
Histoire Période antique Durant l'Antiquité, le Beaufortain est occupé, tout comme le Haut-Faucigny et la haute vallée de la Tarentaise, par le peuple Ceutrons., contrôlant les principaux cols alpins entre la péninsule italienne et la Gaule. Vers 20 , les Ceutrons sont dominés par les Romains.. La Centronie devient, à la suite de la conquête par Rome, la province des Alpes Grecques, puis Alpes grées, avec Axima (Aime) pour capitale. La vallée se trouvant en dehors des grands axes de communication de l'Empire romain, peu de traces ont été retrouvées.
Période médiévale Du au , le Beaufortain appartient au royaume de Bourgogne. Des sires de Beaufort apparaissent vers la fin et semblent contrôler la vallée.
Dès le , les barons de Faucigny dominent la vallée du Doron (Beaufortain) en plus de la vallée de l'Arve et de son affluent le Giffre, l'Arly jusqu'à Flumet, formant ainsi la province du Faucigny. En 1355, en application du traité de Paris, cette vallée rejoint les territoires des comtes puis ducs de Savoie. Elle n'est constituée que d'une seule châtellenie, dite aussi mandement, dans l'organisation savoyarde du GenevoisLaurent Perrillat, Le contrôle des comptes et l’enregistrement à la Chambre des comptes de Genevois, , in Dominique Le Page, Contrôler les finances sous l’Ancien Régime. Regards d’aujourd’hui sur les Chambres des comptes. Colloque des 28, 29 et 30 septembre 2007, Comité pour l'histoire économique et financière de la France, Paris, 2011 .
Période moderne
Période contemporaine Après la Restauration savoyarde de 1815, le massif est intégré, avec le pays de Faverges, le val d'Arly et l'amont de la combe de Savoie, à la nouvelle province de Haute-Savoie, créée en 1816, au sein du duché de Savoie.. La circonscription disparaît, en 1860, lorsque le duché de Savoie est annexé par la France du Second Empire. Le Beaufortain est compris dans le nouveau département de la Savoie. L'ancien mandement de Beaufort devient le canton de Beaufort-sur-Doron.
Le tourisme se développe au début du . En 1912, on compte sept hôtels, notamment à Beaufort avec les hôtels du Cheval Blanc, de l'Étoile, de la Poste et du Mont-Blanc. Le ski est pratiqué sur les pentes du massif dès 1914. Dix ans plus tard, plusieurs compétitions de ski se déroulent à Arêches, Beaufort et Hauteluce.
Aménagements hydroélectriques vignette|Étapes de l'aménagement hydroélectrique du Beaufortain.
L’histoire de l’aménagement hydroélectrique est caractérisée par deux phases successives répondant à des attentes opposées de la part de ses initiateurs. Jusqu’au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, cet équipement a été à l’initiative des pionniers de la houille blanche en quête d’énergie bon marché et renouvelable à volonté pour l’approvisionnement énergétique de leurs établissements industriels alpins. À partir de 1946, quand EDF nouvellement créée est chargée de l’aménagement intégral du bassin versant de l’Isère, c’est au service du réseau national interconnecté. Alors est créée avec de puissants moyens financiers la retenue de Roselend au cœur du Beaufortain. Mais celle-ci est alimentée pour partie par des captages en haute Tarentaise et ses eaux sont turbinées dans la centrale de La Bâthie, en basse Tarentaise. Cet ensemble peut donc être rattaché à l’aménagement hydroélectrique de la Tarentaise. Les aménagements de la période pionnière constituent une chaîne ininterrompue du lac de la Girotte au confluent de l’Arly.
Le papetier Aubry avait installé sa papeterie à Venthon. Il a rapidement cédé la place à Paul Girod qui reste dans l’histoire comme un des fondateurs de l’électrométallurgie et qui finira par préférer le site d’Ugine pour profiter également des ressources énergétiques de l’Arly. Leur attention a été immédiatement retenue par l’existence du réservoir naturel à haute altitude qu’était le lac glaciaire de la Girotte : c’était la promesse d’une alimentation régularisée tout au long de l’année alors que bien des établissements industriels étaient contraints d’adopter un rythme de fonctionnement saisonnier à cause des faibles débits hivernaux des cours d’eau alpestres.
Notre époque reste largement tributaire de cette époque pionnière sous la forme de la chaîne de centrales qui se succèdent de manière ininterrompue du lac de la Girotte jusqu’au confluent, à Venthon, du doron de Beaufort et de l’Arly. De la période pionnière (avant 1920) datent les centrales situées à l’aval : Venthon (1899), Roengers (1919) et Queige (1909). La chaîne a été complétée entre les deux Guerres mondiales par les centrales de Villard (1929), de Beaufort (1922), d’Hauteluce (1932) et de Belleville (1923), au pied du lac de la Girotte.
+ Caractéristiques actuelles des centrales hydroélectriques en 2018Statistiques 2018 fournies par EDFLes dates de mise en service de ce tableau tiennent compte des aménagements EDF postérieurs à la création de la centrale. À partir de Beaufort, au bassin versant du Dorinet s'ajoutent ceux du Doron de Beaufort et du Pontcellamont à l'aval des retenues de Roselend, Saint-Guérin et La Gittaz. Centrale Mise en service(année) Bassin-versant(km²) Chute(m) Débit(m³/s) Puissance installée(MW) Productibilité(GWh) Photo La Girotte 1962 29,5 182 7 8,5 14,5 Belleville 1923 35,9 541 9,7 40,6 70 Hauteluce 1964 60,1 178 10,6 14,8 35,5 Beaufort 1922 106,8 282 11,1 23,2 95,0 Villard 1929 118,4 120 9,8 8,4 41,0 Queige 1909 179,6 101 12,5 8,7 47,5 Roengers 1919 200,1 79 10,7 6,0 37,5 Venthon 1951 210,7 104 13,2 9,0 50,5
vignette|Du barrage de la Girotte à la centrale de Belleville, vue d'ensemble. vignette|Barrage de la Girotte à voûtes multiples.
Les performances de l’ensemble de la chaîne ont été amplifiées grâce aux travaux entrepris au niveau du lac de la Girotte dès les origines. La méthode la plus simple a consisté à la « mise en perce » de cette réserve naturelle de 30 millions de m (1903) à 17 mètres sous le niveau de la nappe puis à moins 45 mètres en 1923 et à moins 80 mètres en 1927. Ensuite est venue l’idée d’accroître les réserves disponibles par des captages en provenance de Plan Jovet, près du col du Bonhomme (1925) et sous le glacier de Tré-la-Tête, dans le massif du Mont-Blanc (1943). Mais seule la construction d’un barrage était de nature à augmenter très significativement les réserves disponibles. Les grands travaux, commencés en plein conflit mondial (1942) n’ont été terminés sous la conduite d'Albert Caquot qu’en 1949 par l’EDF : la capacité du réservoir à la cote 1753 atteint ainsi près de 50 millions de m. La forme du barrage, haut de 50 mètres, est, dans son ensemble, concave vers l'aval pour s'adapter à la forme du seuil rocheux. En compensation, chacune des 18 voûtes permet une bonne résistance à la poussée grâce à une double convexité amont, à la fois latérale et dans le sens de la hauteur. À l'énergie produite par la centrale de Belleville située à son pied, il faut ajouter celle de la centrale de la Girotte qui turbine depuis 1962 au niveau du lac sous 182 mètres de chute les eaux provenant des adductions d'amont, dont Tré-la-TêtePanneau d'information du public in situ, août 2018.
Activités Économie L'agriculture de montagne se développe sur les versants du massif du Beaufortain. La filière laitière permet la fabrication de de beaufort (AOC/AOP).. La coopérative laitière de Beaufort réalise la production de par an, en 2015.. Son chiffre d'affaires est estimé à , en 2015. La construction des barrages tel celui de Roselend, l’attirance pour des métiers plus valorisés proposés par EDF ou par d’autres entreprises, l’attrait de la ville, les difficultés de l’agriculture en montagne et la dureté du labeur ont failli faire sombrer la filière Beaufort. Mais les coopératives regroupées au sein de l’Union des producteurs de beaufort, ont défendu le cahier des charges de l'appellation d’origine protégée (AOP) Beaufort, obtenue en 1968, améliorant les marges de cette activité, développant les volumes et permettant de robotiser des tâches particulièrement pénibles.
La présence de torrents de montagne a permis aussi l'exploitation de la houille blanche. Ainsi, une chute du Doron accueille les papeteries Aubry de Venthon entre 1888 et 1905, jusqu'à leur rachat en 1902 et la transformation par l'aciériste suisse Paul Girod. Le site sert à la mise au point d'autres produits, notamment des ferroalliages (ferrotungstène, ferromolybdène, ferrouranium, ferrotantale et ferrobore), puis à la fabrication industrielle du ferrochrome et du ferromanganèse« Fonds Paul Girod », Archives départementales de la Savoie ( lire en ligne).
Au , le massif accueille sept centrales hydrauliques, qui font dire au géographe Raoul Blanchard qu'il s'agit d'. Elles sont acquises par la suite par Électricité de France.
Le tourisme et des sports d'hiver se développent depuis le début du dans le massif. La capacité d'accueil, par des infrastructures marchandes et non marchandes, pour les quatre communes, est estimée à un peu plus de , en 2016.. La capacité strictement touristique (marchande) est estimée à environ à cette date.
Sport et tourisme Sports d'hiver