L’Approche centrée sur la personne (ACP) est une méthode de psychothérapie et de relation d'aide () créée par le psychologue nord-américain Carl Rogers (1902-1987).
L’Approche centrée sur la personne appartient au courant de la psychologie humaniste également dénommée « troisième force » sur le continent américain, aux côtés de la psychanalyse et du béhaviorisme (thérapie comportementale)La classification des psychothérapies est de plus en plus complexe, mais on considère généralement que la psychologie humaniste (dont l’un des principaux théoriciens est Abraham Maslow) comprend deux courants principaux : l'Approche centrée sur la personne de Carl Rogers et la Gestalt-thérapie de Fritz Perls. La logothérapie de Viktor Frankl (ou psychothérapie existentielle) ne se situe pas dans le champ de la psychologie humaniste même si elle en est proche..
Les idées de Carl Rogers ont fortement influencé le champ des relations humaines et ont donné naissance à la Psychothérapie centrée sur le client. En 1987, année de sa mort, certains pensent qu'il est pressenti comme candidat au prix Nobel de la Paix.pour ses interventions de facilitation en Afrique du Sud, en Irlande, en Amérique centrale et dans l'ex-Union soviétique.
Dénominations L’Approche centrée sur la personne (ACP) est l’appellation donnée par Carl Rogers à sa démarche thérapeutique, un terme relativement général qui veut signifier que cette approche, outre le domaine de la psychothérapie, trouve de nombreuses autres applications, notamment dans les secteurs de l’éducation, l'enseignement, la médiation, la santé et l’accompagnement social. Lorsqu'il s'agit de psychothérapie, on parle plutôt de Psychothérapie centrée sur la personne ou de Psychothérapie centrée sur le client ()Le terme de « client » (client en anglais) est préféré à celui de « patient » pour des raisons épistémologiques, en particulier le fait que le terme de patient renvoie au modèle médical, modèle duquel Rogers souhaitait clairement se démarquer..
Au début de sa carrière, dans les années 1940, la méthode de Rogers a été connue sous le terme de «Psychothérapie non-directive» (ou orientation non directive), ce qui mettait l'accent sur la notion de non directivité qui était innovante à l'époque car elle s'opposait à la manière habituelle de mener des entretiens psychothérapeutiques à base de recommandations ou de conseils donnés par le psychologuePour un historique de la notion de non directivité, voir: Haudiquet-Lamarque Xavier, « Repenser la non-directivité au regard du paradigme relationnel », Approche Centrée sur la Personne. Pratique et recherche, 2018 (n° 26), p. 64-89. DOI : 10.3917/acp.026.0064. Lire en ligne.. Cette dénomination a perduré plusieurs années pour caractériser la thérapie rogérienne, jusque dans les années 1960, au moins en FrancePour preuve, voir le sous-titre de l'ouvrage de Marian Kinget et C. Rogers qu'elle a dénommé en 1962: Théorie et pratique de la thérapie non-directive. Ou encore l’ouvrage de Max Pagès présentant au public francophone la méthode rogérienne en 1965 sous le titre L'Orientation non directive en psychothérapie et en psychologie sociale..
Pourtant, Rogers avait abandonné ce terme au profit de celui de «Psychothérapie centrée sur le client», notamment après la publication en 1951 de son livre fondamental (Thérapie centrée sur le client; non traduit en français). Il considérait en effet que la non directivité n'était pas une caractéristique essentielle de sa démarche et que ce qui compte dans cette thérapie, ce n'est pas l'absence de directives, mais la présence chez le thérapeute de certaines attitudes vis-à-vis du client et d'une certaine conception des relations humaines. Autrement dit, l'essence de son approche ne consiste pas tant en une façon d'agir qu'en une manière d'être (Kinget et Rogers 1969, ).
La pensée de Rogers: bref panorama Carl Rogers a consacré sa vie professionnelle à essayer de déterminer les principes de la relation d’aide et de l'accompagnement thérapeutique. Il a formulé la question en ces termes : « Quelles sont les conditions les plus favorables pour faciliter le processus vers la maturité ? »Pereretti de A. (1973) : Pensée et vérité de Carl Rogers, .
En 1942, il publie son premier ouvrage d’importance, Counseling and Psychotherapy qui jette les bases de sa méthodeRogers C. (1942) : Counseling and Psychotherapy. Traduit en français en 1970 : La relation d’aide et la psychothérapie (éd. ESF).. Celle-ci est encore en gestation, mais déjà, il s’oppose à l’objectalisation du patient, au diagnostic, à l’interprétation (de type psychanalytique) et au conseil psychologique. Dès cette époque, il considère que le rôle du thérapeute n’est pas de résoudre les problèmes du client, mais au contraire de l’aider à déterminer ses propres buts (1970, ). L'objectif de la relation d’aide psychologique est de permettre au client d’acquérir une compréhension de lui-même telle qu'il devient capable de résoudre ses difficultés par lui-même. Mais cela est possible seulement s'il existe une relation thérapeutique libre et permissive (1970, ). Rappelons qu'à l'époque, la méthode de Rogers est connue sous le nom d’approche non directive. À ce sujet, il écrit : « Le point de vue non-directif confère une haute valeur à l’indépendance psychologique de chaque individu et au maintien de son intégrité psychique ». Ce qu'il oppose au point de vue directif qui confère plutôt une haute valeur au conformisme social.» (1970, )
En 1951, Rogers publie Client-Centered Therapy, its current practice, implications and theory (non traduit en français). Sa méthode prend donc désormais le nom de Thérapie centrée sur le client. Il réaffirme avec cette dénomination le fait qu’il ne s’agit pas de se centrer sur le problème, mais sur l’individu lui-même considéré comme une personne capable de prendre sa vie en mains et de changer sa conduite comme elle le souhaite. « C'est l'individu et non pas le problème qui est au centre. L'objectif n'est pas de résoudre un problème particulier mais d'aider l'individu à se développer afin qu'il puisse faire face aux problèmes actuels et à des problèmes ultérieurs d'une façon mieux intégrée » (Rogers 1979, ). Le thérapeute rogérien se centre donc sur la personne elle-même, c’est-à-dire sur son monde subjectif, sur la manière dont elle vit et ressent son vécu.
En 1961, il publie On becoming a Person (publié en France en 1968 sous le titre : Le développement de la personne), livre qui fera connaître Rogers au grand public. Il développe les principaux thèmes de son approche, notamment la positivité du développement humain, la notion d’actualisation de soi, l’importance du lien relationnel dans la relation thérapeutique, la thérapie comme un processus, le concept de personne fonctionnant pleinement. L’épistémologie de Rogers se fait de plus en plus précise, l’Approche centrée sur la personne n'est plus seulement une méthode psychothérapeutique ou un ensemble de techniques d'entretien, mais devient une philosophie de la personne, ce qui permet à Rogers de s’intéresser aux applications de ses idées dans le champ social.
C’est ainsi qu’en 1969, il publie Freedom to learn (Liberté pour apprendre) où il applique les principes de l’Approche centrée sur la personne à l’enseignement et l'éducation.
Puis en 1970, il publie On Encounter Groups (Les Groupes de rencontre). À partir de cette époque, il facilite des rencontres interculturelles, notamment en Irlande, en Amérique Centrale et en Afrique du Sud.
En 1972, en pleine révolution idéologique (féminisme, libération sexuelle, apparition des communautés…), il se penche sur la problématique du couple avec Becoming Partners: the marriage and its alternatives (Réinventer le couple).
En 1977, dans un ouvrage de portée politique et sociale, Rogers pose les prémisses d’un changement de paradigme idéologique et précise l’épistémologie de l'Approche centrée sur la personne. Ce livre, On Personal Power, repose sur la profonde conviction de Carl Rogers que l’être humain est digne de confiance et qu’on peut donc lui redonner son pouvoir au lieu de le laisser entre les mains de la société, des religions, des gouvernants, des figures d’autorité. Il est traduit en français en 1979 sous le titre Un manifeste personnaliste, Fondements d’une politique de la personne.
Enfin, en 1980, paraît son dernier ouvrage, A way of being (non traduit en français), dont le titre exprime la quintessence de la pensée rogérienne. L’Approche centrée sur la personne, au-delà d’une méthode de psychothérapie, est une philosophie de la personne et de la relation. C’est une manière d’être (a way of being).
La tendance actualisante L'hypothèse fondamentale de l'Approche centrée sur la personne est formulée par Rogers en ces termes : (Rogers 1979, )<ref>Rogers a formulé à plusieurs reprises cette hypothèse également exprimée dans A way of being" (1980): “It is that the individual has within him or herself vast resources for self-understanding, for altering the self- concept basic attitudes, and his or her self-directed behaviour - and that these resources can be tapped if only a definable climate of facilitative psychological attitudes can be provided”.</ref>.
Cette idée est la prémisse fondamentale du cadre théorique de Carl Rogers. Elle repose sur la conviction que l’homme est par essence un organisme digne de confiance et que le fond de la nature humaine est essentiellement positif : (Rogers 1968, ).
Toute la théorie de l'Approche centrée sur la personne repose sur une confiance fondamentale dans l'être humain, dans sa tendance vers un développement constructif et positif, de plus en plus complexe, et dans sa capacité à réaliser toutes ses possibilités intrinsèques, comme n’importe quel organisme vivant qui tend vers la croissance (), tel le gland qui contient déjà en potentiel l’immense chêne qu’il deviendra pourvu qu’existent des conditions favorables : que la graine repose sur de la bonne terre, qu’elle reçoive de l’eau et de la lumière.
C’est ce qu’on appelle la tendance actualisante (ou tendance à la réalisation de soi), notion clé pour la psychologie humaniste à rapprocher du besoin d'accomplissement de soi (ou autoréalisation) d'Abraham Maslow. La tendance actualisante est présente dans tous les organismes vivants"Il y a, dans chaque organisme, à quelque niveau que ce soit, un courant inné qui entraîne celui-ci vers la réalisation positive de se propres possibilités" (Rogers 1979, ).. Certes, elle peut être déviée, elle peut rencontrer de nombreux obstacles, elle peut être confrontée à des circonstances adverses, mais cette force de croissance reste toujours à l’œuvre tant que l’organisme est en vieRogers (1979), et Rogers (1987), . En anglais, voir A way of being.. Elle est universelle et foncièrement axé sur l'essence même de l'individu.
Les trois attitudes du thérapeute centré sur la personne Le rôle de l'accompagnant rogérien est donc de créer une circonstance favorable afin que la tendance actualisante reprenne son cours. Comme si, après avoir laissé quelque temps une graine de haricot enfermée dans son sac, on la mettait soudain sur du coton humide et à la lumière et que l'on prenne soin d'elle. Au bout de quelques jours, cette graine commencera à germer. Il se déroule un processus similaire avec les clients.
Quel est donc ce climat psychologique qui encourage la croissance ?
Ce climat particulier, caractéristique essentielle de l'Approche centrée sur la personne, repose sur trois attitudes fondamentales que le thérapeute rogérien (ou l’éducateur, le conseiller, l’aidant) tente de mettre en œuvre : l’empathie, la congruence et la considération positive inconditionnelle (1968, et 201-205 ; 1979, ; 1987, ; 2001, ).
L’empathie est la capacité de comprendre le monde intérieur de l’autre.