L'abbaye de Pontigny est un ancien monastère de l'ordre cistercien. Fondée en 1114, au nord de la Bourgogne et à la limite du comté de Champagne, aujourd'hui dans la commune de Pontigny, dans le département de l'Yonne (France), elle est la deuxième des quatre premières filles de Cîteaux.

Sa célébrité est due à la fois à son rang au sein de l’ordre, au prestige de ses protecteurs, de ses hôtes de marque et de ses abbés, à l’importance de sa communauté et de ses possessions, et à la richesse patrimoniale de sa bibliothèque et de son architecture. En revanche, elle est dotée d'une filiation relativement modeste.

Fermée à la Révolution française, elle est alors en grande partie détruite ; elle conserve néanmoins l'une des plus vastes églises cisterciennes du monde, qui tient lieu, depuis 1954, de cathédrale à la Mission de France.

Fondation

C’est le 30 ou que, sous la direction d’Hugues de Mâcon, un groupe de moines, envoyé par Étienne Harding à la demande d’un prêtre d’Auxerre, vint s’installer à Pontigny.. Il fondait ainsi la deuxième des « quatre premières filles » de Cîteaux qui ont un rôle particulier dans l’organisation de l’ordre.

Première abbaye cistercienne à s’éloigner notablement de son « abbaye-mère », Pontigny, dans la vallée du Serein, se trouvait dans le diocèse d’Auxerre, à la limite de ceux de Sens et de Langres, et non loin de celui de Troyes ; d’un point de vue politique, l’endroit relevait du comté de Tonnerre, à la lisière de celui d’Auxerre (tous deux tenus à l’époque par le comte de Nevers), et tout proche des possessions du comte de Champagne : cette position en zone frontière est à l’origine de la légende qui voulait que, sur le pont de Pontigny, trois évêques, trois comtes et un abbé puissent se rencontrer sans quitter leur territoireGeorges Fontaine, Pontigny, abbaye cistercienne, Paris, 1928, .. Plutôt que d’un pont qui n’est pas attesté dans les textes avant le , le nom de Pontigny, de formation gallo-romaine (Pontiniacum), provient sans doute du nom d’un certain Pontinius auquel un suffixe locatif (-iacum) a été ajoutéErnest Nègre, Toponymie générale de la France, t. I, Genève, 1990, , ..

Protecteurs

Le développement rapide et considérable de l’abbaye de Pontigny, surtout pendant ses deux premiers siècles d’existence, est facilité par le soutien de personnages importants, aussi bien laïques qu’ecclésiastiques.

Rois de France vignette|160px|alt=Portrait de la reine Adèle de Champagne|Portrait de la reine Adèle de Champagne « tiré de son tombeau à Pontigny ».

Ainsi, dès 1131, le roi Louis VI le Gros, pour la rémission de ses péchés, accorde aux moines de Pontigny l'exemption entière de toute taxe pour les marchandises qui passeront sur ses terres, .Cartulaire général de l'Yonne ; Jean Dufour, Recueil des actes de Louis VI roi de France (1108-1137), Paris, 1992-1994, 4 vol. (Chartes et Diplômes), t. II, , .. Ce don sera confirmé par Louis VII, . qui accordera aussi, en 1139, un droit de pâturage dans ses bois de la forêt d’Othe, ., et confirmera l’ensemble des biens de l’abbaye en 1177, ..

En 1181, Philippe Auguste prit Pontigny et tous ses biens sous sa protection, confirma un don de la comtesse Mathilde de Nevers, ., . et, trente ans plus tard, un accord conclu avec Blanche, comtesse de ChampagneJacques Monicat et Jacques Boussard, Recueil des actes de Philippe Auguste roi de France, t. III, Paris, 1966, , - 331. ; il prit aussi sous sa protection l’ensemble de la filiation de Pontigny avec celle de Clairvaux en 1221Michel Nortier, Recueil des actes de Philippe Auguste, roi de France, t. IV, Paris, 1979, , .. On ne sait s’il fut présent à Pontigny lors de l’inhumation de sa mère, Adèle de Champagne, en 1206Œuvres de Rigord et de Guillame Le Breton, éd. Henri-François Delaborde, t. I, Paris, 1882, ..

Saint Louis accorda, en 1242, un vidimus de l’acte d’association entre Pontigny et Érard de BrienneErnest Petit, Histoire des ducs de Bourgogne…, t. IV, Dijon, 1891, , . et, en 1248 renouvela les privilèges de son grand-père, .. Il était venu en pèlerinage à Pontigny le lundi de Pentecôte de l’année précédente, avec sa mère, pour marquer la canonisation de saint Edme d’Abingdon Albert Suerbeer, Historia canonizationis et translationis sancti Edmundi, éd. Edmond Martène, Thesaurus novus anecdotorum, t. III, Paris, 1717, col. 1864.. Philippe III amortit une rente à Malay-le-Vicomte en 1278..

Philippe IV le Bel vidime la vente à Pontigny par Jeanne, comtesse l’Alençon, d’une rente de cent livres, en 1287Francis Molard, Inventaire sommaire des archives départementales antérieures à 1790 – Yonne, archives ecclésiastiques (Série H), t. III, , Auxerre, 1888, ., approuve, en 1289, le droit de garde sur l’abbaye par Marguerite, reine de Sicile et comtesse de TonnerreLéopold Delisle, Essai de restitution d’un volume des Olim perdu depuis le , et jadis connu sous le nom de Livre pelu noir, ou Livre des enquêtes de Nicolas de Chartres, collection des Inventaires et Documents – Actes du Parlement, sous la direction d’E. Boutaric, Paris, 1863, , ., confirme en 1294 l’acquisition de la moitié des villages de Montigny, de Merry et de SouillyFrancis Molard, Inventaire sommaire des archives départementales antérieures à 1790 – Yonne, archives ecclésiastiques (Série H), t. III, , Auxerre, 1888, ., confirme les acquisitions de l’abbaye en 1295Francis Molard, Inventaire sommaire des archives départementales antérieures à 1790 – Yonne, archives ecclésiastiques (Série H), t. III, , Auxerre, 1888, ., confirme les droits des religieux en 1304Francis Molard, Inventaire sommaire des archives départementales antérieures à 1790 – Yonne, archives ecclésiastiques (Série H), t. III, , Auxerre, 1888, ..

Louis X vidime un accord entre les cisterciens et les habitants de Sormery en 1315. Charles IV confirme au duc de Bourgogne, en tant que comte de Tonnerre, le droit de garde de l’abbayeJoseph Garnier, Inventaire sommaire des archives départementales antérieures à 1790 – Côte-d'Or, archives civiles (Série B), t. V, Dijon, 1878, ., ainsi que d’autres actes de ses prédécesseurs, passant à Pontigny en Henri Jassemin et Aline Vallée, Registres du Trésor des chartes, tome II : règnes des fils de Philippe le Bel, deuxième partie : règne de Charles IV le Bel, Paris, 1999, , , et , ..

Philippe VI facilite le paiement d’une rente par un acte daté de 1349, à Pontigny, le roi et les princes ayant quitté Paris à cause de la grande peste, ce qui sera confirmé par Jean II en 1351Francis Molard, Inventaire sommaire des archives départementales antérieures à 1790 – Yonne, archives ecclésiastiques (Série H), t. III, , Auxerre, 1888, .. En 1380, Charles V concède l’amortissement gratuit d’une rente de 60 livres accordée par Amédée de Joinville. Charles VI, en 1405, accorde une autre amortissement gratuit, confirmé en 1447 par son fils Charles VII.

Entre 1477 et 1482, , venu plusieurs fois en pèlerinage à l’abbaye, fait don d’une rente de 1 200 livres, assise à Troyes, Chablis, Château-Thierry, Provins et Châtillon-sur-MarneFrancis Molard, Inventaire sommaire des archives départementales antérieures à 1790 – Yonne, archives ecclésiastiques (Série H), t. III, , Auxerre, 1888, ..

François II, Henri III et Henri IV s’impliqueront pour leur part dans la nomination des abbés commendataires de la seconde moitié du Francis Molard, Inventaire sommaire des archives départementales antérieures à 1790 – Yonne, archives ecclésiastiques (Série H), t. III, , Auxerre, 1888, ..

Rois d'Angleterre

De passage à Rouen, en , imita en exemptant de taxes les marchandises des moines passant sur ses terres, .. Entre 1154 et 1157, renouvela le mandement de son père, en présence de son chancelier Thomas Becket, .. En 1251, accorde une rente de vingt marcs esterlins pour faire brûler en permanence quatre cierges autour du tombeau de saint Edme, récemment canoniséLouis-François Massé, Vie de saint Edme, autrement saint Edmond archevêque de Cantorbéry, Paris-Auxerre, 1858, , . et, venu à Pontigny en 1254, il y offre des dons importantsMatthieu Paris, Chronica majora, éd. Henry Richards Luard, t. V, Londres, 1880, .. À l’occasion de la paix conclue entre l’Angleterre et la France, , en 1361, lève le séquestre sur la rente de son prédécesseurFrancis Molard, Inventaire sommaire des archives départementales antérieures à 1790 – Yonne, archives ecclésiastiques (Série H), t. III, , Auxerre, 1888, .. En 1395 encore, rappelle qu’elle doit être versée malgré la guerre.

Comtes

La noblesse comtale fait aussi partie des bienfaiteurs importants de Pontigny, en tête desquels il faut placer les comtes de Nevers-Auxerre-Tonnerre : la notice de fondation de l’abbaye, . mentionne ainsi, dès les origines de l’abbaye, le soutien de , présent également lors de plusieurs des toutes premières donationsMichèle Courtois, Marie-Christine Duchenne, Michel Parisse, Actes originaux conservés dans le département de l'Yonne, Nancy, 1989, ; Maximilien Quantin, Cartulaire général de l’Yonne, Auxerre 1860, t. II, , .. À partir des années 1150, ses héritiers furent aussi des bienfaiteurs de l’abbaye, en particulier grâce à des échanges, . et à des dons de bois, ., .. Le comte de Nevers choisit même le monastère comme lieu de sa sépulture en 1222Recueil des historiens des Gaules et de la France, t. XVIII, Paris, 1822, .. Au milieu du , l’abbé de Pontigny reconnaissait que les comtes de Nevers, comme fondateurs de l’abbaye, devaient en être aussi les gardiensJoseph Garnier, Inventaire sommaire des archives départementales antérieures à 1790 – Côte-d'Or, archives civiles (Série B), t. V, Dijon, 1878, ..

C’est donc bien une tradition fautive qui donne comme fondateurs à Pontigny les comtes de Champagne, et plus précisément , qu’il s’agisse de l’implantation du monastère – Thibaud n’entra en fonction que dix ans plus tard – ou de sa constructionAngel Manrique, Annales Cistercienses, t. I, Lyon, 1642, . : les archives de l’abbaye ne montrent qu’un intérêt limité du comte qui, contrairement à l’affirmation transmise par Vincent de BeauvaisVincent de Beauvais, Speculum historiale, livre 29, chap. 92, ed. Douais, 1624, ., n’a pas été inhumé à PontignyJean-Luc Benoit, Les trois premiers abbés de Pontigny (1114-1174). Quelques éléments biographiques et archéologiques de l’histoire de l’abbaye, dans Bulletin de la Société des Fouilles Archéologiques et des Monuments Historiques de l'Yonne, 16 (1999), .. C’est avec ses enfants que semble se dessiner un intérêt un peu plus marqué pour la deuxième fille de Cîteaux, Henri le Libéral accordant six actes pour PontignyJohn Benton et Michel Bur, Recueil des actes d’Henri le Libéral, comte de Champagne (1152-1181), t. I, Paris, 2009, , ; , ; , ; , ; , ; et , ., et Adèle, troisième épouse de , choisissant l’abbaye comme lieu de sépulture, sans aucun acte particulier de donation qui soit connuAlain Erlande-Brandenburg, Le Roi est mort : étude sur les funérailles, les sépultures et les tombeaux des rois de France jusqu'à la fin du , Paris, 1975, et ..

Il convient d’ajouter aux bienfaiteurs de rang comtal les titulaires des comtés de Bar-sur-Seine, au milieu du , ., ., ., ., ceux de Joigny, à partir des années 1180, ., ., . et, de manière plus anecdotique, un comte d’Evreux, . ou un comte de Flandre, ..

Papes et évêques

Les autorités religieuses soutiennent aussi, naturellement, la deuxième fille de Cîteaux : la plus ancienne confirmation pontificale connue est donnée par le pape , en 1139Maximilien Quantin, Cartulaire général de l'Yonne, t. I, Auxerre, 1854, , .. De nombreuses autres suivront au cours du Moyen Âge, dont plus d’une centaine sont conservées sous forme d’originaux, émanant de ses successeurs , , , , , , , , Alexandre IV, , , , , , , , , , , , , , ou Francis Molard, Inventaire sommaire des archives départementales antérieures à 1790 – Yonne, archives ecclésiastiques (Série H), t. III, , Auxerre, 1888, , ..