Le Pamir est un massif de haute montagne centré sur l'Est du Tadjikistan avec des prolongements en Afghanistan, en Chine et au Kirghizistan. Situé à la jonction entre plusieurs systèmes orographiques d'Asie centrale et du Tibet, il possède trois sommets principaux de plus de dont le pic Ismail Samani, généralement considéré comme son point culminant à d'altitude, ce qui a valu au massif le qualificatif de « toit du monde ». Son nom s'applique aussi bien à un certain type de vallée glaciaire plus fertile que les montagnes et les plateaux qui les entourent. Ces derniers sont généralement soumis à des conditions climatiques extrêmes, avec des précipitations très faibles et des écarts de températures importants, en particulier dans la moitié orientale désertique du massif. Toutefois, le Pamir est l'une des régions qui abritent le plus de glaciers en dehors des pôles, dont le glacier Fedtchenko avec de long. Ceci lui permet d'être parcouru par un grand nombre de rivières appartenant aux bassins de l'Amou-Daria à l'ouest et du Tarim à l'est, et de contenir des centaines de lacs. Alors que la pauvreté de la flore caractérise l'écorégion unique des toundra et désert d'altitude du Pamir, la faune est très diversifiée. Ainsi, l'Argali de Marco Polo est une espèce tout à la fois endémique et menacée de disparition.
Le massif est fréquenté depuis plusieurs millénaires. Il s'est trouvé sur des itinéraires secondaires de la route de la soie dès l'Antiquité. Toutefois, seuls les Tadjiks dès le puis les Kirghizes à partir du y demeurent. Marco Polo est le premier Européen à faire mention, au , de sa traversée du Pamir. Rares sont ceux qui suivent ses pas jusqu'au milieu du , lorsqu'il est exploré et placé au cœur d'un conflit géopolitique, le « Grand Jeu », entre l'Empire russe au nord et l'Inde britannique au sud. Le massif retombe dans l'oubli occidental au . Au , il est peuplé par différentes populations qui se sont adaptées à la montagne : des Tadjiks, à l'ouest et au sud, et des Kirghizes, au nord et à l'est. Ces derniers mènent une vie semi-nomade, emmenant paître leurs animaux dans les quelques pamirs fertiles. Ils ont perpétué une culture riche de nombreuses traditions particulières.
Le Pamir reste une des régions les plus isolées au monde. Les infrastructures sont peu développées et la population continue à dépendre de l'aide extérieure. Le tourisme, essentiellement axé sur l'alpinisme, le trekking et l'écotourisme peine à se développer, malgré la présence de nombreuses aires protégées, notamment le parc national du Pamir qui est le plus grand d'Asie centrale.
Toponymie Le moine bouddhiste Xuanzang est le premier à évoquer dans ses écrits, vers 640, Po-mi-lo ou Pho-mi-lo, le plateau du Pamir Pamir Mountains - Mountains of Tajikistan. Passes and Mountains of Tajikistan regions... Cette prononciation est très proche du kirghiz Pamil, le mot pour désigner une zone montagneuse. Le terme est repris sous la forme Pomi au milieu du sous la dynastie Tang. Xuanzang le situe au centre du Congling ou Tsoung Ling (葱嶺), littéralement les « montagnes Oignon », qui s'étendent sur un périmètre plus grand que le Pamir dans son acception géographique habituelle..
thumb|left|upright|Portrait d'Alexander von Humboldt, qui généralise la graphie Pamir apparue au .
Selon Eugène Burnouf, Pamer, Pamere ou Pamier, graphies utilisées par Marco Polo au , puis Mountstuart Elphinstone et Alexander Burnes au , seraient dérivés par syncope du sanskrit Oupa-Mérou, c'est-à-dire le « pays voisin du Meru », alors que selon la graphie apparue en 1543, sous la plume du prince de Kashgar Mirza Haidar, puis utilisée par John Wood et Alexander von Humboldt, Pamir serait dérivé de Oupa-Mira, autrement dit le « pays autour du lac », désignant selon lui le lac Zorkul.
thumb|upright|Portrait en costume traditionnel du Dardistan de l'orientaliste britannique Gottlieb Wilhelm Leitner, qui a travaillé sur l'origine du mot pamir.
Gottlieb Wilhelm Leitner rejette ces théories, en rappelant que les personnes fréquentant chaque été les pâturages de ces plateaux ou de ces hautes vallées parlent des langues turques, notamment kirghiz et ili turki, et les désignent indistinctement sous le nom de pamirs Gottlieb Wilhelm Leitner, Dardistan In 1866, 1886 And 1893, Asian Educational Services, 1996 , . Ainsi, pâ pourrait signifier « montagne » et « mira » serait une « vaste région » ou un « plateau » ; selon une explication concurrente, pan ou pai désigneraient le « pied » ou la « base » et mir la « montagne », soit le « piémont de la montagne » ou le « socle de la montagne ».. Ces pamirs seraient au nombre de sept ou huit, bien qu'une hypothèse alternative veuille que le mot ne désigne pas un type spécifique de vallée mais une vallée bien particulière, celle du lac Zorkul. Par extension, les pamirs forment tout à la fois un vaste pamir et la région du Pamir. Une alternative linguistique, toutefois peu plausible, veut que Pa-i-michr signifie « socle du soleil » en ouzbek et qu'il ait été interprété par « pied de Mithra », l'équivalent du dieu du soleil dans la mythologie indo-iranienne.
La situation du massif lui a valu localement, selon Wood, le qualificatif de Bam-i-dunya, le « toit du monde » en wakhi ou en kirghiz J. Keay, When Men and Mountains Meet, 1983 page 153. Il serait dérivé de pay-i-mehr puis Bamyar en persan. Quoi qu'il en soit, l'expression devient courante à l'époque victorienne. Ainsi, en 1876, Thomas Edward Gordon écrit :
L'expression est reprise en 1890 par Guillaume Capus Guillaume Capus, Le Toit Du Monde (Pamir), voyage en Extrême-Orient, Hachette et Cie, Paris, 1890 , en 1911 dans la onzième édition de l’Encyclopædia Britannica Online Encyclopedia - Pamirs, Encyclopædia Britannica, en 1929 dans la Brockhaus Enzyklopädie Der Große Brockhaus en 20 volumes, ed., vol. 4, Leipzig, 1928–1935, page 319, ou encore en 1942 dans l'Encyclopédie Columbia The Columbia Encyclopedia, 1942, page 1335.
Les monts Pamir s'écrivent (Kūhhoi Pomir) en tadjik, (Pamir tooloru) en kirghiz, (rechté kouh-hâyé pâmir) en persan, en pachto, en ouïghour, (pāmīr kūhistān) en ourdou, (pāmīra parvatamālā) en hindi et (Pàmǐ'ěr Gāoyuán) en chinois.
Géographie Situation thumb|upright=1.2|Carte administrative de la région du Pamir incluant la division en raions de la province autonome du Haut-Badakhchan.
Localisées en Asie centrale, les montagnes du Pamir constituent un nœud orographique, pages 44-45 formé par la jonction des monts Tian au nord, de la cordillère du Kunlun à l'est, du Karakoram au sud et de l'Hindou Kouch au sud-ouest. Elles sont centrées sur la province autonome du Haut-Badakhchan qu'elles occupent intégralement Pamir, peakbagger.com. Celle-ci est située dans l'Est du Tadjikistan et découpée en sept raions : Darvaz, Vanch, Rushan, Shugnan, Roshtkala, Ishkashim et Murghab, auxquels s'ajoute la ville de Khorog, capitale de la province autonome. Les montagnes débordent sur une partie de la province de Nohiyahoi tobei Jumhurii, ainsi que sur l'oblasty d'Och au Sud du Kirghizistan, sur la province du Badakhchan au Nord-Est de l'Afghanistan et sur la région autonome du Xinjiang en république populaire de Chine. Leur limite méridionale est marquée par le corridor du Wakhan où s'écoule le Wakhan-Daria prolongé par le Piandj, tandis que leur limite septentrionale est constituée par la vaste dépression de la vallée d'Alaï qui abrite le Kyzyl-Sou, cours supérieur du Vakhch. Leur frontière orientale, avec le Kunlun, est plus controversée, les uns la faisant passer au niveau d'une large faille empruntée par la route du Karakorum, les autres la repoussant à l'est avec une marge d'acception de 150 à Памир, Grande Encyclopédie soviétique. Leurs prolongements occidentaux sont pour leur part relativement flous, le relief diminuant progressivement. Ainsi, la Grande Encyclopédie soviétique écrit :
Topographie Géomorphologie
Le Pamir s'étend sur environ d'est en ouest et du nord au sud. Malgré des limites à géométrie variable, il est possible de distinguer deux grands ensembles parmi les montagnes du Pamir : une partie occidentale, constituée par la région du Badakhchan, avec des montagnes acérées et des vallées profondes et étroites, parcourues de torrents, et parsemées de petits villages verdoyants perchés sur des cônes de déjection et des terrasses alluviales ; la partie orientale présente de hauts plateaux isolés et désertiques entre et d'altitude, faits de dépôts meubles proluviaux et morainiques, et surmontés de sommets comparativement peu élevés Pamir mountains. La limite entre ces deux ensembles est traditionnellement marquée par la crête de Zulumart puis les cols de Pereval Pshart et Pereval Kara-Bulak.
thumb|center|upright=2.5|Vue panoramique depuis les hauts plateaux du sud-est du Pamir depuis la route reliant Khorog à Murghab au Tadjikistan. thumb|Image de synthèse représentant depuis l'ouest le Pamir (au centre), les monts Tian (à gauche), l'Hindou Kouch (premier plan à droite), le Karakoram (second plan à droite) et la cordillère du Kunlun (dernier plan à droite). thumb|Image de synthèse représentant depuis l'est le Pamir (au centre), les monts Tian (à droite), l'Hindou Kouch (dernier plan à gauche), le Karakoram (premier plan à gauche) et la cordillère du Kunlun (premier plan en bas).
Au centre du massif se trouve le chaînon de l'Académie des Sciences, qui s'étend sur et culmine à d'altitude au pic Ismail Samani, appelé successivement pic Staline de 1932 à 1962 puis pic du Communisme de 1962 à 1998 Pik Imeni Ismail Samani, peakware.com, et contient également le pic Korjenevskoï à d'altitude, souvent considéré comme le troisième plus haut sommet du Pamir. Au nord-est se trouve le chaînon Trans-Alaï qui s'étire d'est en ouest, parallèlement à la vallée d'Alaï et aux monts Alaï qui lui font face. Il s'élève à d'altitude Map of the Pamir Mountains au pic Lénine, anciennement pic Kaufmann de sa découverte en 1871 à 1928, appelé officiellement pic Abu Ali ibn Sina depuis au Tadjikistan ҚАРОРИ ҲУКУМАТИ ҶУМҲУРИИ ТОҶИКИСТОН et parfois improprement pic Atchik Tash au Kirghizistan Central Asian Republics Ultras, du nom d'un plateau et de son camp de base à d'altitude. Le versant ouest du chaînon de l'Académie des Sciences descend abruptement et se prolonge avec les piémonts occidentaux incluant du nord au sud les chaînons Pierre (pic Moscou, ), Darvaz (pic Arnavad, ), Vanch et Yazgoulem (pic de l'Indépendance, pic de la Révolution jusqu'en 2006, ). Au sud, les chaînons Rushan (pic Patkhor, ), Shugnan (pic Skalisty, ), Roshtkala () et Shakhdara ou Ishkashim (pic Karl Marx, ) sont séparés par de profondes gorges orientées globalement d'est en ouest et fréquemment comblées par des glissements de terrain provoqués par des séismes. Ils sont prolongés à l'est par de hauts plateaux d'où émergent notamment les chaînons Muskol (pic des Officiers Soviétiques, ), Murghab ou Alitshur septentrional (), Alitshur méridional (pic Kysyldangi, ) et Wakhan ou Selsela-Koh-i-Wākhān (), entre lesquels se trouvent plusieurs lacs dont celui de Kara-Kul à d'altitude Garmchasma, Soviet Union; Afghanistan, U.S. National Imagery and Mapping Agency. Enfin, le chaînon Sarikol, surnommé « Pamir chinois » bien que frontalier avec le Tadjikistan, ferme du nord au sud les plateaux du Pamir aux confins orientaux du massif en culminant au pic Lyavirdyr à d'altitude et en faisant face aux Kongur et Mustagh Ata. Ces derniers font partie d'un ensemble parfois connu sous le nom de chaînon Kashgar (ou Kandar), alors inclus dans le Pamir, mais plus généralement considéré comme un prolongement septentrional de la cordillère du Kunlun, un large sillon séparant celle-ci du Pamir proprement dit, page 231.
thumb|left|Vue d'un pamir dans le corridor du Wakhan avec un cône de déjection typique du massif en arrière-plan à droite.