Marie Rogissart, née le à Neufmanil (Ardennes) et morte le à Nouméa (Nouvelle-Calédonie), est une insurgée de la Commune de Paris, dans le de Paris. Elle est membre du club Éloi et porte-drapeau du bataillon des femmes.
Arrêtée en 1872 et déportée en Nouvelle-Calédonie, elle choisit d’y rester après sa peine. En 1929, elle est sur l’île la dernière survivante des déportés politiques de la Commune.
Biographie Exode à Paris Marie Catherine Rogissart est née en 1841 à Neufmanil dans une famille de cloutiers de cette commune située à quelques kilomètres de la frontière belge, entourée de forêts et de prairies. Des quatre filles du couple Jacques Rémi Rogissart et Marguerite Dominé, ses parents, Marie est la seule qui parvienne à l'âge adulte. La jeune femme quitte Neufmanil pour Paris et s'installe dès 1861 comme couturière à Belleville, commune annexée à la capitale depuis peu. Elle y est célibataire, puis vit en concubinage dans le avec un certain Touchet au 161 faubourg Saint-Antoine.
Le siège de Paris et la Commune Survient la guerre de 1870, l'effondrement du Second Empire et un siège de Paris éprouvant, marqué notamment par des manques de vivre. Des habitants de l’Est de Paris participent à un premier soulèvement le 31 octobre 1870. L'hôtel de ville est envahi, la nomination d'un gouvernement révolutionnaire est réclamée. Mais les divisions entre les meneurs font échouer ce mouvement. Le suivant se tiennent les élections de conseils municipaux et des candidats d'extrême-gauche sont élus, notamment dans les 11 et . À partir du , les canons prussiens bombardent la capitale. La population est terrorisée et ulcérée. L'armistice est signé le . Le , les élections législatives nationales voient le succès des conservateurs et des monarchistes. Conscient du risque de débordement social dans Paris, Adolphe Thiers transfère la nouvelle assemblée à Versailles. Le nouveau gouvernement décrète aussi la fin du moratoire sur le paiement des loyers, moratoire mis en place pour le temps de la guerre.
Le , c'est une nouvelle insurrection dans les quartiers est parisiens. La Commune de Paris commence. Le , le conseil de la Commune décrète que les loyers dus depuis le moratoire du , sont annulés. Des mouvements féminins se constituent, telle, le , l'Union des femmes pour la défense de Paris et les soins aux blessés conduite par Élisabeth Dmitrieff, et Nathalie Lemel. Les femmes réclament le droit au travail et l'égalité des salaires. Marie Rogissart participe à ces mouvements à partir de ce mois d', et en mai, prend une part active aux réunions du club Éloi, un club se réunissant dans l'église Saint-Éloi du Curieusement, saint Éloi est aussi le saint patron des cloutiers et ouvriers métallurgistes de son village natal. et intègre son bataillon des femmes, groupe armé chassant les réfractaires. Elle a la parole facile et devient porte-drapeau. Elle participe à la recherche d'otages ainsi qu'à la chasse aux réfractaires (tout Parisien a l'obligation de rejoindre la garde nationale).
Le , les troupes versaillaises entrent dans Paris. C'est le début de la Semaine sanglante. Pendant cette fameuse semaine, Marie Rogissart est dans la rue. Puis elle disparaît. Elle est arrêtée le , par dénonciation, plus d'un an après la tourmente révolutionnaire. On trouve dans la modeste chambre du , où elle s'est réinstallée, une affiche rouge sur le bataillon des femmes, une lampe à pétrole et très peu de pétrole, à peine de quoi recharger cette lampe. Sur ce simple fait, son nom est pourtant associé immédiatement aux pétroleuses, par la police. Les pétroleuses … cette rumeur encouragée par Thiers affirmait qu'un groupe de femmes aurait participé aux incendies (bien réels) de Paris lors de l'écrasement de l'insurrection. Elle nie toutes les accusations portées contre elle. Un témoin, qu'elle avait accusé d'être un espion de Versailles lors d'une assemblée à Saint-Éloi, rappelle un de ses discours dans cette église contre les « lâches et fainéants » de réfractaires. Le , le conseil de guerre de Versailles, dans sa vingtième séance, la condamne à sept ans de travaux forcés. Mais sa peine est transformée en une déportation en Nouvelle-CalédonieSur les insurgés condamnés, l’ont été à la déportation à la Nouvelle-Calédonie dont 20 femmes (comprenant Louise Michel et Nathalie Lemel)..
Déportation en Nouvelle-Calédonie Elle embarque le , à Brest, un an après les premières déportations de communards. Son transport s'effectue sur L'Orne, un trois-mâts transport-écuries à hélice. C’est un navire conçu sous le Second Empire pour transporter des hommes et des chevaux sur les théâtres d'opérations militaires. Le navire compte d'équipage, hommes de surveillance et religieuses, et 540 déportés, politiques et de droit commun, dont 24 femmes, toutes des condamnées de droit commun à l'exception, justement, de Marie Rogissart. Il comprend même quelques enfants. Le à , la vigie annonce terre en vue après un voyage long et éprouvant . Le , les condamnés à la déportation en enceinte fortifiée, dont Marie Rogissart, gagnent à pied la presqu'île Ducos, à quelques centaines de mètres du débarcadèreCette presqu'île Ducos porte le nom du ministre de la Marine et des Colonies Théodore Ducos qui organisa en 1853 la colonisation en Nouvelle-Calédonie.. Cette presqu'île marque la limite septentrionale de la rade de Nouméa. Il faut s'habituer à la chaleur, à la saison des pluies, aux cyclones. Mais cette terre a également du charme, tels les couchers de soleil, décrits par Henri Rochefort : .
Marie Rogissart voit sa peine réduite une première fois à cinq ans de réclusion le . Elle se marie sur place, le , avec un autre déporté, Charles Emilien Girod. Un mariage qui survient quelques semaines après l'évasion d'Henri Rochefort, et très peu de temps avant un durcissement des conditions de déportation. Le mariage entre déportés est considéré favorablement par les autorités : c’est pour elles un élément de stabilisation et de moralisation, avec la possibilité de naissance s’inscrivant dans la volonté de peuplement de la colonie. En 1875, sa peine est de nouveau réduite, à quatre ans. Mais, pour autant, tout individu du bagne condamné à moins de huit ans de travaux forcés est tenu, à l'expiration de sa peine, de résider dans la colonie un temps égal à la durée de la condamnation. Être libéré ne signifie donc pas être libre, et le libéré reste une personne dotée d'un matricule, enregistré dans la nomenclature pénitentiaire. Malgré l'amnistie de 1880, elle fait partie des rares déportés qui reste sur l'île. Remariée, elle décède à 88 ans, le , à l'hospice de Nouméa, six ans après Jean Roch Chalier, quelquefois présenté comme le dernier survivant des déportés. Dans les mêmes années 1920, son arrière-petit-neveu, Jean Rogissart, instituteur en Ardennes, commence sa carrière littéraire. Il sera Prix Renaudot en 1937.
Hommage En 2019 est inauguré un passage Marie-Rogissart dans le .
Notes et références Notes
Références
Voir aussi Articles connexes Légion des Fédérées, la colonelle Adélaïde Valentin Femmes dans la Commune de Paris
Bibliographie . . . . . . . . . . . . L'auteur est un abbé anti-communard.
Liens externes
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