La ligue Awami, en forme longue la ligue Awami du Bangladesh (, littéralement la ), est l'un des principaux partis politiques au Bangladesh. Plus ancien parti politique toujours en activité du pays jusqu'à sa dissolution suite à la révolution de Juillet 2024, il a joué un rôle majeur dans l'indépendance du Bangladesh avant et après la guerre de libération. Il est l'un des deux seuls partis politiques à avoir été au pouvoir, aux côtés de son opposant historique, le Parti nationaliste du Bangladesh (PNB). Lorsque le parti est au pouvoir entre 2009 et le , il est constamment considéré comme autoritaire.

Le parti est créé en 1949 sous l'appellation ligue musulmane Awami du Pakistan oriental à Dacca, qui est alors la capitale de la province pakistanaise du Bengale oriental, par Maulana Abdul Hamid Khan Bhashani et , des nationalistes bengalis, ensuite rejoints par Huseyn Shaheed Suhrawardy, devenu Premier ministre du Pakistan en 1956. Il est construit comme étant l'alternative bengalie à la domination de la ligue musulmane au Pakistan et à la centralisation du gouvernement. Le parti devient assez populaire au Bengale oriental, devenant la principale source de l'opposition aux dirigeants pakistanais et à l'armée pakistanaise. Sous la direction de Sheikh Mujibur Rahman, le parti se radicalise et mène la lutte pour l'indépendance, d'abord en menant de vastes mouvements populistes et de désobéissance civile, comme le Mouvement en six points et le , puis en participant activement à la guerre de libération.

Après l'indépendance du Bangladesh, la ligue Awami remporte les premières élections législatives en 1970, mais est renversée en 1975 après l'assassinat de Sheikh Mujibur Rahman. Le parti est contraint à rester à l'écart de la vie politique nationale sous les différents régimes militaires qui lui ont succédé, et nombre de ses dirigeants et militants ont été exécutés ou emprisonnés. Après le rétablissement de la démocratie en 1990, la ligue Awami est redevenue l’un des principaux acteurs de la politique bangladaise. Depuis 2009, date à laquelle la ligue est retournée au pouvoir, le Bangladesh a connu un recul démocratique.

Parmi les principales figures de la ligue Awami, cinq sont devenues président du Bangladesh, quatre sont devenues Premier ministre du Bangladesh et une est devenue Premier ministre du Pakistan. L'ancienne Première ministre bengalie, Sheikh Hasina, est à la tête du parti depuis 1981.

Histoire

Création et existence sous le contrôle pakistanais (1949-1966) vignette|Le , où la ligue Awami est née en 1949. vignette|Maulana Abdul Hamid Khan Bhashani et Sheikh Mujibur Rahman marchant pieds nus pendant une manifestation du Mouvement pour la Langue en 1953. vignette|Les membres du cabinet d'Abul Kasem Fazlul Huq en 1954. En 1948, plusieurs contestations émergent au Bengale oriental contre le bannissement de l'écriture bengalie sur les pièces de monnaie, les timbres et la fonction publique pakistanaise. Des milliers d'étudiants, principalement de l'université de Dacca, se mobilisent et font face aux forces de l'ordre. D'éminents dirigeants étudiants, dont , , , , et Abdul Wahed sont arrêtés et la police est accusée d'avoir réprimé violemment les étudiants. En mars, de hauts dirigeants politiques bengalis sont à leur tour attaqués alors qu'ils menaient des manifestations exigeant que le bengali soit déclaré langue officielle au Pakistan. Parmi ces dirigeants figurait Abul Kasem Fazlul Huq, l'ancien Premier ministre du Bengale. Au milieu du mécontentement croissant au Bengale oriental, Muhammad Ali Jinnah, l'un des fondateurs du Pakistan et membre de la ligue musulmane, se rend à Dacca et déclare que l'ourdou devient la seule langue officielle au Pakistan compte tenu de son importance pour le nationalisme islamique en Asie du Sud. L'annonce provoque un tollé au Bengale oriental, où la population bengalie craint pour sa culture et son histoire. Ce ressentiment est décuplé par la discrimination croissante contre les Bengalis au sein du gouvernement, de l'industrie, de la bureaucratie et des forces armées.. Les Bengalis font valoir que leur langue était parlée par tous dans leur province, et que l'ourdou était inconnue pour la majorité d'entre eux. Dans ce contexte, le nationalisme bengali a commencé à prendre racine au sein de la Ligue musulmane et les membres bengalis du parti ont commencé à prendre position pour la reconnaissance de ces singularités.

Le , les nationalistes bengalis se séparent de la ligue musulmane et créent la ligue musulmane Awami du Pakistan oriental. Maulana Abdul Hamid Khan Bhashani et Shamsul Huq en deviennent respectivement le président et le secrétaire général du parti, Ataur Rahman Khan le vice-président, Yar Mohammad Khan le trésorier et Sheikh Mujibur Rahman, Khondaker Mostaq Ahmad et A. K. Rafiqul Hussain les secrétaires adjoints du parti. Le parti est initialement créé pour défendre les droits des nationalismes locaux avant de prendre la défense des Bengalis contre le puissant système dirigé par la ligue musulmane.

En 1952, la Ligue musulmane Awami et sa branche étudiante jouent un rôle déterminant dans le Mouvement pour la Langue, au cours duquel les forces de l'ordre pakistanaises ouvrent le feu sur des milliers d'étudiants qui protestaient pour exiger que le bengali soit déclaré langue officielle du Pakistan, tuant un certain nombre d'étudiants. Les événements de 1952 sont largement considérés par les historiens d'aujourd'hui comme un tournant dans l'histoire du Pakistan et du peuple bengali, car ils ont été le point de départ de la lutte pour l'indépendance du Bangladesh, qui a finalement abouti en 1971.

En 1953, le conseil du parti vote pour abandonner le mot « musulman » et devient la ligue Awami. À l'approche des élections législatives de 1954 au Bengale oriental, la Ligue Awami prend la tête des négociations pour former une alliance politique pan-bangladaise comprenant le parti Krishak Praja, le Nizam-e-Islam et le Ganatantrik Dal. L'alliance est nommée le Front Jukta ( en bengali) et formule l'Ekush Dafa ( en bengali), afin de lutter pour l'établissement de droits au Pakistan oriental. Le parti prend comme symbole le bateau bengali traditionnel.

L'alliance remporte les élections, et ses dirigeants réclament une plus grande autonomie pour le Bengale oriental. Ils réussissent finalement à faire pression sur le Premier ministre Muhammad Ali Bogra, lui-même bengali, pour qu'il accepte de reconnaître dans la Constitution le bengali comme langue officielle du Pakistan. Le Front uni adopte également un décret permettant la création de l'Académie Bangla de Dacca. Alors que les tensions en faveur de l'autonomie de la région sont à leur paroxysme, le gouverneur général Ghulam Muhammad démet le gouvernement du Front uni le en vertu de l'article 92/A de la Constitution provisoire du Pakistan.

En , la ligue Awami forme une coalition avec le Parti républicain pour obtenir une majorité à la nouvelle Assemblée nationale du Pakistan et prend le contrôle du gouvernement. Le président de la ligue Awami, Huseyn Shaheed Suhrawardy, devient Premier ministre du Pakistan. Suhrawardy poursuit un programme de réformes visant à réduire la disparité économique de longue date entre le Pakistan oriental et le Pakistan occidental, à assurer une plus grande représentation des Bengalis dans la fonction publique et dans l'armée et à tenter sans succès d'atténuer la pénurie alimentaire dans le pays.

La ligue Awami commence à tisser des liens avec les États-Unis à la même période. Le Pakistan rejoint l'Organisation du traité de l'Asie du Sud-Est (OTASE) et l'Organisation du traité central, deux alliances stratégiques de défense en Asie inspirées de l'Organisation du traité de l'Atlantique nord (OTAN). Maulana Bhashani, l'un des fondateurs du parti, condamne cette décision et quitte le parti en pour former le Parti Awami national (PAN).

La même année, le Premier ministre Suhrawardy et la ligue Awami, favorables à l'existence d'un collège électoral unique pour les deux provinces pakistanaises, se heurtent au refus de l'administration centrale et de la ligue musulmane. En parallèle, ces critiques se portent également sur la décision de Suhrawardy de distribuer des millions de dollars d'aide américaine au Pakistan oriental sans qu'un sou ne soit reversé au reste du pays. Soutenu par des lobbyistes, le président Iskander Mirza exige la démission de son Premier ministre. Suhrawardy demande un vote de confiance à l'Assemblée nationale, mais sa demande est rejetée. Suhrawardy démissionne sous la menace d'un renvoi le .

Le , le président Iskander Mirza instaure la loi martiale et nomme le général Ayub Khan, chef de l'armée, au poste d'administrateur en chef de la loi martiale. Ayub Khan finit par destituer Mirza lors d'un coup d'État qui ne fait ni morts ni blessés. Après avoir dissous l'Assemblée nationale, Ayub fait interdire les principaux partis politiques au Pakistan. Des politiciens de haut rang, y compris l'ensemble des hauts dirigeants de la Ligue Awami, sont arrêtés et la plupart sont maintenus en détention jusqu'en 1963.

En 1962, Ayub Khan rédige une nouvelle Constitution, basée sur le scrutin indirect, par le biais d'un collège électoral restreint, permettant d'assurer selon ses dires une « démocratie de base ». Huseyn Shaheed Suhrawardy rejoint Nurul Amin, Khawaja Nazimuddin, Maulvi Farid Ahmed et Hamidul Haq Chowdhury pour former le Front démocratique national, ouvertement opposé au régime d'Ayub Khan afin de restaurer la démocratie élective. Cependant, l'alliance ne parvient pas à obtenir de concessions. Au lieu de cela, le collège électoral nomme un nouveau parlement et le président exerce le pouvoir exécutif.

Au Pakistan, les Bengalis sont victimes d'une discrimination généralisée. L'université de Dacca devient un foyer d'activisme étudiant en faveur des droits pour les Bengalis et du rétablissement de la démocratie au Pakistan. Le , Huseyn Shaheed Suhrawardy est retrouvé mort dans sa chambre d'hôtel à Beyrouth, au Liban. Sa mort soudaine dans des circonstances mystérieuses donne lieu à des spéculations au sein de la ligue Awami et de la population pakistanaise selon lesquelles il aurait été empoisonné. vignette|Sheikh Mujib annonçant les six points à Lahore en 1966.

Lutte pour l'indépendance et ère Sheikh Mujib (1966-1975) Les six points, proposés par Sheikh Mujib, sont largement acceptés par la population du Pakistan oriental, notamment parce qu'ils proposaient d'améliorer l'autonomie des provinces du Pakistan. Après l'affaire de la conspiration d'Agartala et la chute d'Ayub Khan, la ligue Awami et son leader Sheikh Mujib atteignent le sommet de leur popularité parmi la population bengalie du Pakistan oriental. Aux élections de 1970, la ligue Awami remporte 167 des 169 sièges du Pakistan oriental à l'Assemblée nationale, mais aucun des 138 sièges du Pakistan occidental. Elle remporte également 288 des 300 sièges de l'Assemblée provinciale du Pakistan oriental. Cette victoire donne à la ligue une majorité confortable à l'Assemblée nationale qui comptait 313 sièges au total et lui permet de pouvoir établir un gouvernement sans avoir à faire de coalition. Cette situation est très mal vécue par les citoyens et les personnalités politiques du Pakistan occidental, ce qui conduit à la guerre de libération du Bangladesh au cours de l'année suivante. Les dirigeants de la Ligue Awami, réfugiés en Inde, mènent avec succès la guerre contre l'armée pakistanaise tout au long de l'année 1971. Sheikh Mujib est arrêté par l'armée pakistanaise le .