Épicure (en grec ) est un philosophe grec, né à la fin de l'année 342 av. J.-C. ou au début de l'année 341 av. J.-C. et mort en 270 av. J.-C. Il est le fondateur, en 306 av. J.-C., de l'épicurisme, l'une des plus importantes écoles philosophiques de l'Antiquité.

L'école d'Épicure a parfois été appelée « Jardin » en raison du lieu, hors des murs d'Athènes, où il vivait avec sa famille et ses amis-disciples qui comprenaient, fait assez rare à l'époque, des femmes et des esclaves, à partir des années 306-307 av. J.-C.

La philosophie d'Épicure est d'abord fondée sur une théorie physique, issue pour une grande part de la physique de Démocrite : tout ce qui existe est composé d'atomes qui se meuvent dans le vide par des mouvements aléatoires. Tout doit son existence à la rencontre des atomes, même les dieux qui sont immortels et indifférents aux affaires humaines. Il n'y a pas de providence. L'âme n'est qu'une partie du corps, composée aussi d'atomes qui se dispersent à la mort. Il n'y a pas de vie après la mort, pas de destin, pas de finalité. L'épicurisme est un matérialisme radicalAndré Comte-Sponville, Dictionnaire philosophique, PUF, 2013, articles Epicure..

« Le plaisir, dit Épicure, est le principe et la fin de la vie heureuse »Lettre à Ménécée, 129.. Mais pour jouir sereinement de certains plaisirs, il faut d'abord la paix de l'âme, la sérénité, l'ataraxie (absence de trouble). Il ne faut pas craindre les dieux : ils sont hors du monde et ne s'occupent pas de nous, ils n'ont ni à être priés, ni à être craints. Il ne faut pas craindre la mort puisque qu'elle n'est rien : rien pour les vivants puisqu'ils sont vivants, rien pour les morts puisqu'ils n'ont plus d'être, ni de sensibilité. Il faut ensuite éviter les douleurs corporelles et pour cela choisir entre les plaisirs : certains d'entre eux (désirs de gloire, de pouvoir, de richesses, passion amoureuse, etc.Marcel Conche, Sur Epicure, Encre marine, 2014, p.41.) peuvent apporter plus de maux que de biens. Il vaut donc mieux renoncer aux plaisirs vains et choisir des plaisirs naturels qu'il est aisé de satisfaireLettre à Ménécée, 130. et où désagréments et douleurs sont le moins à craindre. L'épicurisme est un hédonisme a minima. La prudence sert à choisir, pour ce qui est de soi et la morale, pour ce qui est des autres.

L'amitié, tout comme la familleBibliothèque de la Pléiade, Les Epicuriens, introduction de Jackie Pigeaud, p.XV., occupe une place importance dans l'éthique l'épicuriste. Elle apporte la tranquilité de l'âmeMaxime Capitale XXIX d'Épicure , condition à la vie bienheureuse. Le plaisir, tel que l'entend Épicure, est un plaisir partagé. La « vie bienheureuse » suppose l'amitié qui est le plus grand bienfait que l'on doive à la sagesse.

L'épicurisme était, avec le stoïcisme, la philosophie privilégiée par les élites romaines de la République et de l'Empire jusqu'au . Cicéron se plaint dans les Tusculanes (IV,3) que « les épicuriens occupent toute l'Italie ».

Au , Diogène Laërce, qui ne cache pas ses sympathies, lui consacre un chapitre entier dans ses célèbres Vies, doctrines et sentences des philosophes illustres. Le chapitre débute par une vie d'Épicure, le seul témoignage biographique à peu près conséquent dont nous disposons, une exposition brève de sa doctrine, la liste de ses œuvres les plus importantes (plus d'une quarantaine de titres) et surtout quatre textes originaux d'Épicure que Diogène retranscrit dans leur intégralité et qui sont fondamentaux pour la reconstruction de sa philosophie : les condensés de doctrine que sont la lettre à Hérodote (physique), la lettre à Pythoclès (phénomènes célestes), la lettre à Ménécée (éthique) et les 40 Maximes capitalesBibliothèque de la Pléiade, Les Epicuriens, notice de Daniel Delattre, p.1075..

De la vaste œuvre d'Épicure, il ne reste rien d'autre, sinon 81 Sentences vaticanes découvertes dans un manuscrit du Vatican datant du et qui ne sont sans doute pas toutes de lui. En effet, dès le , l'épicurisme est considéré par les chrétiens comme une hérésieAurélien Robert, Épicure aux enfers, Hérésie, athéisme et hédonisme au Moyen Age, Fayard, 2021, p.66. à détruire, définie par trois critères : indifférence des dieux (devenue au athéisme dissimulé), matérialisme et mortalité de l'âme. Dans la Divine Comédie (1300), Dante place aux Limbes tous les philosophes grecsSocrate, Platon, Anaxagore, Thalès, Empédocle, Héraclite, Zénon, et même Démocrite et Diogènele Cynique. On y trouve aussi deux philosophes musulmans, Avicenne et Averroés., seul Épicure est dans le sixième cercle de l'enfer réservé aux hérétiques. Ses disciples sont, dans la représentation populaire, des « pourceaux d'Épicure » (l'expression vient des vers célèbresI,4, v.14-16. des Épîtres d'Horace), des hommes plongés uniquement dans les jouissances des sens (aujourd'hui encore un épicurien au sens trivial est un bon vivant).

Et c'est essentiellement grâce à son disciple, le poète Lucrèce (94 av. J.-C. ? - 54 av. J.-C. ?), auteur du De rerum natura (De la nature des choses), dont un manuscrit est retrouvé en Allemagne en 1417 à l'aube de la Renaissance, que l'on connait la philosophie d'Épicure.

Vers 150-170 après J.-C., l'épicurien Diogène d'Œnoanda a fait graver, sur un gigantesque portique de 80 m de long et 4 m de haut installé sur l'agora de la ville d'Oinoanda, des textes d'Épicure et d'autres épicuriens (ainsi que les siens) qui constituent une source d'information importante sur l'épicurisme en Asie Mineure au .

On a découvert, vers 1750, à Herculanum dans la villa des Papyrus, une importante bibliothèque philosophique à la fois carbonisée et protégée par l'Éruption du Vésuve en 79, qui contient le principal ouvrage d'Épicure, La Nature, en 37 livres, chacun ayant la longueur d'un rouleau de papyrus, ce qui correspond à une dizaine de volumes dans une édition moderne. La reconstitution, extrêmement difficile et qui demande un travail considérable, est toujours en cours.

Biographie La vie et l'éducation d'Épicure Épicure est né à SamosDaniel Delattre (dir.) et Jackie Pigeaud (dir.), Les Épicuriens, Bibliothèque de la Pléiade, 2010, p. XIII (Introduction).. Son père, Néoclès, est un clérouque à Samos, c'est-à-dire un colon athénien doté d'un petit lot de terre. Épicure est donc citoyen d'Athènes. Il y fait le service des éphèbes vers l'âge de 18 ans, avant de partir rejoindre son père à Colophon, au nord de Samos, en 323 Il y resta jusqu'en 321 et y reçut les leçons de Nausiphane. Il gagne ensuite Mytilène où il commence à enseigner. Sa philosophie suscite alors l'hostilité (mais il y rencontre son disciple et futur successeur Hermarque) et il part rapidement pour Lampsaque où il vivra de 310 à 306 Il y rencontre Colotès, Métrodore et Idoménée de Lampsaque qui le suivront à Athènes.

En 306 , à 35 ans, il vient s'installer à Athènes qui venait d'être délivrée par Démétrios Poliorcète et il y achète un jardin pour 80 mines ; l'école du Jardin devient le centre des études épicuriennes. Il y passe le reste de sa vie. C'est pendant cette dernière période qu'il écrit un très grand nombre de ses œuvres et de ses lettres. Il est l'un de ceux qui ont le plus écrit dans l'Antiquité (300 ouvrages semble-t-il) avec Chrysippe (plus de 700). Il a pour disciples : Hérodote (homonyme de l'historien), Pythoclès, Hermarque de Mytilène, Métrodore de Chio, Polyen de Lampsaque, Léontée de Lampsaque, Thémista, Léontion, Colotès et Apollonidès.

Épicure meurt en 270 av. J.-C. à 72 ans. Le récit de sa mort est donné par Diogène.

La vie qu'il mène dans son jardin est simple et frugale ; il est végétalien (il mange tout de même à l'occasion du fromage). Selon Dioclès, cité par Diogène Laërce, « un verre de vin lui suffisait, et il buvait de préférence de l'eau ». Le Jardin est pourtant passé pour un lieu de débauche, mais de telles accusations semblent calomnieuses, au regard de l'habitude des philosophes de lancer des accusations douteuses contre leurs adversaires. L'image d'Épicure est devenue celle d'un impie et d'un débauché, Horace usant même du sobriquet de « pourceau »..

La vocation de la philosophie lui vient très tôt, à 14 ans selon le témoignage de Diogène Laërce, quand, à la lecture d'Hésiode, il demande à son maître d'où vient le chaos primordial d'où toutes choses sortent que décrit le poète dans sa Théogonie. Les réponses de son maître ne le satisfaisant pas, il décide de philosopher seul et sans guide, en autodidacte . Il reçoit pourtant les leçons de plusieurs maîtres d'écoles différentes : platonicienne : Praxiphane et Pamphile, de l'École péripatétique théophrastéenne ; Nausiphane et Nausycide, des atomistes.

Sa philosophie prône le contentement (de ses avoirs, de son état affectif, de son rang social) et la vie communautaire entre amis dans un bonheur stable. Elle s'oppose avec force au platonisme et, de manière plus mesurée, à la doctrine d'Aristote (des fragments nous font voir en Épicure un lecteur consciencieux de ce dernier). Quant à l'héritage démocritéen, l'atomisme épicurien n'en est pas une simple copie : Épicure modifie certaines idées de Démocrite et ajoute le concept très important de clinamen (voir plus bas le chapitre sur la physique d'Épicure). Épicure s'attribua injustement l'ouvrage de Démocrite à propos de l'atomisme livres IV (l'Académie), V (Aristote et le Lycée), VII (les stoïciens).. Selon Diogène Laërce, il trouva à Démocrite le surnom de « Lérocrite » (marchand de vide ou disputeur de sottises)Les Présocratiques, La Pléiade, p. 1469..

Caractère et influence de la pensée d'Épicure

Épicure créa sa philosophie dans une époque troublée où les généraux d'Alexandre se disputent son empire. Face à un avenir instable, incertain, insatisfait des réponses obtenues auprès des maîtres de l'époque, il fonda un système qui permette aux personnes de ne plus vivre dans la crainte, en particulier des Dieux et de la mort.

Il eut à lutter contre le travers de certains disciples, qui prirent l'enseignement d'Épicure pour une apologie du plaisir sans limites. Or, le fait que tous les biens soient définis comme des plaisirs n'implique en aucun cas la licence morale ou la quête effrénée des plaisirs : tous les plaisirs ne sont pas des biens, et la modération est essentielle pour ne pas devenir esclave de certains besoins, ce qui entraînerait nécessairement des maux et des troubles.

Ce qui prêta le flanc aux attaques et dénigrement d'autres écoles, en particulier celle de l'École du Portique. Comme celui de n'envisager cette philosophie qu'à travers le prisme du plaisir.

Épicure est décrit comme un ami fidèle et bienveillant, d'un naturel sympathique : « Sa vertu fut marquée en d'illustres caractères, par la reconnaissance et la piété qu'il eut envers ses parents et par la douceur avec laquelle il traita ses esclaves ». C'est Sénèque, un stoïcien, qui dit de sa pratique : « Pour moi, je pense et j'ose le dire contre l'opinion des nôtres (stoïciens), que la morale d'Épicure est saine, droite et même austère pour qui l'approfondit… Je dis qu'elle est décriée sans l'avoir mérité »Sénèque, De vita beata (De la vie heureuse), XIII, §4. Dans le même livre, Sénèque dialogue avec la philosophie épicurienne et la critique de manière développée. Épictète s'opposera à Épicure sur des éléments doctrinaux comme la participation aux affaires publiques. Cf. par exemple Entretiens, I, §23. Quant au dernier grand stoïcien (on sait que l'épicurisme et le stoïcisme sont deux écoles rivales de philosophie antiques ayant eu beaucoup de controverses), Marc Aurèle, il se réclame d'Épicure dans les Pensées pour moi-même, VII, §64 ; IX, §41, tout en critiquant certains aspects de sa doctrine..