Le commissariat général de Ruthénie blanche (en ) est une circonscription administrative constituée à partir de territoires soviétiques conquis par la Wehrmacht dans les premières semaines de l'.

Le commissariat est constitué à partir de territoires biélorusses et est mis en place comme une entité autonome lors de la conférence du , avant d'être intégré dans le le ; enfin, le commissariat recouvre son autonomie administrative dans les derniers mois de 1943.

Champ clos des luttes de pouvoirs entre les différentes autorités nazies compétentes sur son territoire, le commissariat constitue surtout le cadre pour les meurtres de masses perpétrés contre les Juifs et les Slaves, condamnés par l'antisémitisme et le racisme nazis. Les territoires qui composent le commissariat, relativement épargné par les combats après les opérations de l'été 1941, voient se développer une résistance de plus en plus efficace au fil des mois, poussant les occupants à multiplier les opérations de contre-guérilla, sans réelle efficacité jusque dans les derniers jours de l'occupation allemande au milieu du mois de . Le territoire biélorusse est libéré à la faveur des opérations en profondeur menées par l'Armée rouge au début de l'été 1944, faisant disparaître le commissariat dans la tourmente de l'.

Prélude et création Projets nazis en Biélorussie

Dans le cadre des projets raciaux en Europe de l'Est, les territoires de la Biélorussie soviétique suscitent des convoitises dans le Reich. Même si la mise en place de projets coloniaux est repoussée à la fin du conflit, les responsables du Reich élaborent des programmes d'exploitation et de colonisation à moyen terme : y travaillent les services de Himmler, notamment le Rasse- und Siedlungshauptamt (RuSHA) ou encore le Reichssicherheitshauptamt (RSHA) et le Front du travail de Ley.

Des projets, n'intégrant pas les territoires du futur commissariat, sont ainsi proposés à Himmler dès le , mais Hitler ordonne dès le lendemain l'élaboration de nouveaux projets, plus ambitieux, intégrant la Biélorussie. Est ainsi planifiée l'expulsion de 75 % de la population biélorusse. Ainsi, il est prévu que la Biélorussie appartienne au , sorte de zone tampon peuplée de colons SS.

En , une nouvelle mouture de la planification est proposée, fixant des objectifs à moyen terme, comme la création de 14 points d'appui établis sur des territoires de dans l'ensemble de l'Ostland. Ces nouveaux projets maintiennent l'objectif d'expulsion de 75 % de la population du commissariat. Ainsi, la germanisation de la Russie blanche (Ruthénie blanche), comme sa colonisation, est planifiée par les équipes d'aménageurs raciaux du RuSHA.

En , Himmler redéfinit ces objectifs coloniaux sur le territoire du commissariat. De l'ensemble de ces projets ne sortent que quelques débuts de réalisation, plutôt des expériences, ou la sélection de civils, considérés comme germanisables et envoyés à cette fin dans le Reich. Cette sélection s'appuie sur les considérations des experts raciaux de la SS : les Rusyns (Ruthènes), habitant la Biélorussie, forment un rameau de la , proche des Allemands de Basse-Saxe, qu'il convient, selon les planificateurs raciaux de la SS, notamment Erhard Wetzel, de réintégrer dans le germanique avant le développement d'une possible prise de conscience nationale ruthène.

Création du commissariat général thumb|redresse=0.8|Alfred Rosenberg, ministre de tutelle du commissaire général.|alt=photographie en noir et blanc

Lors des réunions préparatoires au déclenchement de la guerre à l'Est, est prévue la mise en place de trois Commissariats, un en Ukraine, un en Biélorussie, renommée Ruthénie blanche et un regroupant les pays baltes. Ainsi, Hitler prévoit la création, sur les territoires de la RSS de Biélorussie, redécoupée, d'une forme étatique viable, destinée à accueillir les populations juives ou non assimilables (du point de vue racial) à la population allemande.

Officiellement créé lors de la réunion du , à laquelle assistent Adolf Hitler, Heinrich Himmler, Hermann Göring, Hans Lammers et Alfred Rosenberg, le commissariat se met en place à partir des décrets du Führer, préparés par Hans Lammers et signés par Hitler le ; dans les faits, les services compétents dans le commissariat commencent réellement à administrer leur circonscription respectives à partir du milieu du mois de septembre suivant.

Structure et administration

Mis en place lors de la réunion du à Rastenburg, le commissariat de Ruthénie blanche est confié à Wilhelm Kube (1887-1943), recruté parmi les nazis convaincus, et chargé d'en exploiter les richesses.

Le commissaire général

thumb|redresse=0.8|Wilhelm Kube, commissaire général de Ruthénie Blanche, en 1942

Placés à partir du sous la tutelle administrative du commissaire du Reich installé à Riga, Hinrich Lohse, les commissaires généraux qui se succèdent, Wilhelm Kube, puis, après son assassinat par la résistance, Curt von Gottberg, exercent leurs fonctions depuis le chef-lieu du commissariat, Minsk.

Placés sous l'autorité hiérarchique, mais théorique, d'Alfred Rosenberg, ministre du Reich aux territoires occupés de l'EstLe ministre et son administration sont en effet privés de réels moyens d'action dans la jungle des pouvoirs nazis, en concurrence permanente entre eux., les commissaires successifs doivent sans cesse faire face aux empiétements des autres autorités du Reich sur le territoire qu'ils doivent gérer : la SS pour les , les services dépendant de Goering pour l'exploitation économique.

Maillage territorial Le commissariat est divisé en onze districts : Barisau, Baranowitschi, Glubokoje, Hanzewitze, Lida, Minsk-Ville (Minsk-Stadt), Minsk-Campagne (Minsk-Land), Nowogrodek, Slonim, Sluzk et Wilejka, qui portent le nom du chef-lieu, souvent la ville la plus importante. Le commissaire général exerce son autorité depuis Minsk, tandis que les autres acteurs du pouvoir national-socialiste ayant des compétences dans le Commissariat comptent eux aussi des représentants sur place.

Calquée sur l'organisation interne du ministère d'Alfred Rosenberg, l'administration du commissariat est peu nombreuse et se caractérise souvent par son incompétence administrative, et par son inexpérience dans la gestion quotidienne.

Ce maillage territorial ne doit cependant pas faire illusion : conformément à leurs projets initiaux, les occupants ne contrôlent réellement que les agglomérations, les voies de communications et leur proximité immédiate. Au fil des mois, des portions de plus en plus vastes du territoire du commissariat sont progressivement soustraits à l'autorité de la puissance occupante, et de fait ne sont soumis à aucune juridiction particulière.

Compétences au sein du commissariat thumb|redresse=0.8|Adolf Hitler, au centre, définit les compétences respectives dans le commissariat de Hermann Göring, à gauche, Albert Speer, à droite, et Heinrich Himmler (non représenté) (photographie de 1943).|gauche|alt=hommes en uniforme La réunion du non seulement crée les commissariats à l'Est, définit les compétences des différents acteurs de la domination allemande sur les territoires conquis sur l'Union Soviétique, mais aussi fixe les buts assignés aux différents acteurs de la politique menée à l'Est. Les commissaires, dépendants du ministère des Territoires occupés de l'Est, exercent aussi leur autorité sur les chefs supérieurs de la police et des SS dans leur circonscription, mais ces derniers prennent leurs directives opérationnels de Himmler et de son état-major.

Ainsi, les décrets d'application de cette réunion confient à la SS la . À cette fin, Himmler, chargé de la sécurité intérieure, investit de ses pouvoirs des représentants locaux, les chefs supérieurs de la police et des SS, censés dépendre du commissaire général. Les décrets qui découlent de cette réunion donnent également à Himmler une compétence supérieure à celle des commissaires du Reich et de leurs représentants dans le domaine du maintien de l'ordre. Dans ce cadre, les commissaires successifs, Wilhelm Kube puis Curt von Gottberg, exercent sur le chef supérieur de la police et des SS, Eduard Strauch, puis son successeur, Erich von dem Bach, une tutelle très théorique.

Parallèlement, en vertu du décret du , l'administration du , dépendante de Göring, doit prendre l'ensemble des mesures nécessaires pour la prédation des stocks disponibles dans l'ensemble des territoires occupés par le Reich. Cependant, les compétences économiques des services de Göring sont réduites par un décret du , qui confie à Albert Speer une compétence spécifique sur la production de guerre.

Enfin, à ces autorités civiles, se joint la Wehrmacht, dont les responsables, au premier rang desquels Georg Thomas, responsable de l'approvisionnement des troupes allemandes, souhaitent exercer un contrôle sur les axes de communication assurant la liaison entre le Reich et le front.

Par la suite, les pouvoirs des subordonnés de Rosenberg se voient restreints par l'apparition d'autres acteurs dont l'autorité s'étend sur des domaines plus spécifiques, souvent liés à l'économie de guerre ; ainsi, pour satisfaire les besoins en main d’œuvre de l'économie du Reich, les services de Fritz Sauckel se voient attribuer des compétences dans le commissariat général.

Chaque représentant des diverses autorités compétentes dans le commissariat général émet des directives et des ordres à destination des échelons inférieurs. De cette pluralité des compétences et des structures administratives, découle , selon les termes d'un rapport rédigé par les services du groupe d'armées Centre au mois d’, alors que les territoires qui ont dépendu du commissariat ont été libérés par l'Armée rouge un mois plus tôt.

Rivalités et divergences entre les différents détenteurs du pouvoir Cet enchevêtrement de compétences et de centres de pouvoir rend les conflits inévitables. Cependant, en dépit de leur multiplication au fil des années, ces conflits ne portent pas sur les objectifs à long terme, mais se focalisent à la fois sur les compétences et sur la politique menée à court terme dans les territoires occupés, Hitler souhaitant la mise en œuvre d'une politique contradictoire, basée sur l'exploitation du territoire et sur l'extermination des Slaves y résidant.

Le partage des tâches mis en place lors de la réunion du est rapidement mis à mal par la volonté de la SS, appuyée par son chef, de s'immiscer dans l'ensemble des domaines de compétences des différents pouvoirs ayant reçu, à un titre ou à un autre, une délégation de pouvoir dans le Commissariat. Le cantonnement originel des pouvoirs des représentants de Himmler à des tâches strictement policières, contrairement à ce que ce dernier avait souhaité, incite la SS et les représentants locaux de Heinrich Himmler à accaparer dans les territoires occupés de l'Est, un certain nombre de compétences qu'il exerce dans le , mais qui sont confiées à d'autres qu'à la SS. Durant ses voyages dans la région, celui-ci donne des consignes orales à ses subordonnés, ne rendant compte de ces consignes ni au pouvoir civil, ni au ministre de tutelle, Alfred Rosenberg.

Ces divergences portent également sur la politique d'exploitation des territoires du commissariat. En effet, rapidement après les débuts de la conquête, de nombreuses divergences apparaissent sur la politique à mener : certains se montrent partisans d'une politique impitoyable envers les civils, d'autres défendent l'opportunité de s'appuyer sur le sentiment national biélorusse. Les premiers, majoritaires, sont appuyés par Hitler, Göring, Himmler et von dem Bach, les seconds se recrutent dans les cercles de l', rapidement rejoints dans leur appréciation de la situation par les officiers généraux responsables du front, et par Goebbels.