Kufr est un terme arabe , kāfir signifiant « mécréance, incroyance, refus ». Dans l'islam, il s'emploie à propos de toute croyance autre que l'islam et peut inclure le terme de « guèbre » (du persan , gabr soit « zoroastrien ») : les deux termes peuvent se recouvrir l'un l'autre par métonymie.

Un kāfir (« mécréant, incroyant »), au pluriel , s'oppose à Mu'min (« croyant »)Article « Cafre » CAFRE, CAFFRE du Trésor de la Langue Française informatisé.Le Lab Europe 1 qu'est ce que le koufarisme ?. Le terme ne doit pas être confondu avec celui de dhimmi, statut juridique d'un non-musulman toléré dans un État islamique moyennant certaines restrictions (lieux de culte plus bas que les mosquées, pas d'appel à la prière, pas de mariages mixtes, paiement d'une double-capitation et d'une taxe d'exemption du service armé ainsi, parfois, que l'offrande du premier-né mâle à l'état pour être éduqué dans l'islam). À ces conditions, le dhimmī bénéficiait d'une citoyenneté de seconde zone, étant exclu de certaines fonctions réservées aux musulmans, et soumis aux lois islamiques sur les biens, les contrats et les obligationsH. Patrick Glenn, Legal Traditions of the World. Oxford University Press, 2007, p. 219.Selon Gustave Le Bon, auteur de La Civilisation des Arabes, cité par Mun'im Sirry, Scriptural Polemics: The Qur'an and Other Religions, Oxford University Press 2014, , p.179..

Les juifs et les chrétiens (« gens du Livre », les monothéistes non-musulmans) avaient le plus souvent droit à ce statut, tandis que le sort des hindous, des zoroastriens (« guèbres »Émile Littré (dir.), art. « Guèbre » dans le Dictionnaire de la langue française, 1872–1877 - .) et des animistes, selon les décisions des quatre écoles juridiques coraniques, était laissé à la discrétion des autorités, entre conversion à l'islam, dhimma, exil ou exterminationWaines (2003) "An Introduction to Islam" Cambridge University Press. p. 53Winter, T. J., & Williams, J. A. (2002). Understanding Islam and the Muslims: The Muslim Family Islam and World Peace. Louisville, Kentucky: Fons Vitae. p. 82. . Extrait : Les lois de la guerre musulmane interdisent toute conversion forcée et la considèrent comme invalide si elle se produit..

En 2019, Nahdlatul Ulama, la plus grande organisation islamique du monde, basée en Indonésie, pays de de musulmans (première communauté mondiale), page 131. et dont la constitutionIndonésie : Constitution du 18 août 1945 : . admet la cohabitation à égalité des religions (à l'exception de l'animisme), a publié une exhortation invitant les musulmans à s'abstenir d'utiliser les mots kufr ou kāfir pour faire référence aux non-musulmans, car le terme est à la fois offensant et perçu comme . Les termes appropriés et non connotés seraient donc, soit (ahl al-kitâb) pour les chrétiens, les juifs et les bouddhistes, soit à défaut, (wathaniyyîn) pour les hindous.

Définition de la mécréance dans l'islam Dès la poésie arabe ancienne, le terme kāfir signifie l'ingratitude, incluant l'ingratitude religieuse envers Dieu. Sous l'influence du syriaque et de l’araméen, ce terme prendra le sens d'Björkman, W., “Kāfir”, in: Encyclopédie de l’Islam..

La notion de « doute » n'existe pas en islam, de sorte que l'agnosticisme ou la critique sont forcément de mauvaise foi : la pensée de quelqu'un qui se rebelle contre vérité révélée du Livre sacré. Si kāfir désigne généralement le païen qui s'obstine dans son hérésie, un athée est un rebelle à la foi, un matérialiste qui rejette toute transcendance : un dahrīEncyclopædia Iranica : .

Dans l'islam en règle générale, celui qui rend licite une chose illicite (interdite selon la législation islamique tirée du Coran et de la Sunna) ainsi que celui qui rend illicite une chose licite (permise ou recommandée) est un mécréant, à la fois kāfir et dahrī. Il pratique le al houkm bi ghayri ma anzal Allah : il juge les choses, les êtres, le monde par d'autres lois que celles d'Allah, et cela peut lui valoir la mortMajmou' Fatawa, Ibn Taymiyya, tome 3, p. 267..

Les différents types de mécréance Dans son livre Charh ul-Arba’în an-Nawawiyyah, l'imam salafiste Salih'Ali ach-Cheikh dit : Sâlih'Ali ach-Cheikh, Charh ul-Arba’în an-Nawawiyyah, p. 65-68.

Ainsi l'on distingue : Les mécréants du Livre kāfir asli croyant en Dieu suivant un Livre saint, mais n'identifiant pas ce Dieu unique à Allah, ne connaissant pas le Coran et ne suivant pas les préceptes de l'islam selon Mahomet. On compte parmi eux les juifs, les chrétiens et les hindous, par assimilation du Brahman à AllahFrithjof Schuon, Comprendre l'islam : en Inde, sous l'Empire moghol, l'hindouisme fut reconnu comme religion monothéiste par les théologiens musulmans, et les Hindous assimilés aux gens du Livre car le Véda et ses Upanishad enseignent que Brahman est ; de plus, il est courant chez les Hindous de considérer Mahomet comme un Avatar de Vishnou, comme le fit le poète musulman Kabir.. Les pratiquants des religions abrahamiques sont toutefois plus souvent qualifiés de , et tolérés selon certaines conditions ; Les mécréants par obstination, les wathaniyyîn, refusant les religions abrahamiques alors qu'ils en ont connaissance ; Les mécréants irréligieux refusant toute religion ; Les apostats kāfir mourtad (« incroyants traîtres ») ayant embrassé l'islam puis l'ayant quitté, soit de leur propre chef, soit par excommunication pour en avoir transgressé les principes (tākfir analogue au latæ sententiæ catholiques) : par al-jouhoud : refus d'une obligation comme le jeûne, la prière ou la charité ; par al-istihlâl : transgression d'une interdiction comme le vol, la fornication ou toute autre chose prohibée ; par an-nâqid : tout acte entraînant l'excommunication (tākfir) et faisant du croyant un kāfir murtad (« mécréant apostat »).

Un débat ancien, déjà présent chez Bukhari, existe chez les penseurs musulmans pour savoir dans quelle mesure un musulman devient kāfir à la suite d'un « grand péché ». Différentes interprétations ont existé en islam. Pour les Murd̲j̲iʾites, inclusionnistes, un musulman, même en cas de péché grave, reste un musulman. À l'inverse, pour les Ḵh̲ārid̲j̲ites, exclusionnistes, tout péché non repenti rend kāfir le musulman. Pour d'autres courants intermédiaires, le péché, sans mener jusqu'au tākfir, transforme le musulman en fasik : « réprouvé », pouvant continuer à vivre parmi ses coreligionnaires mais devenu impur, et devant désormais prier et vivre à part.

Statut des chrétiens Pour le théologien musulman du de l'ère commune, Abu Hâmid al-Ghazālī, les chrétiens se divisent en deux groupes. Sont ceux qui n'ont jamais entendu parler de Mahomet ou qui en ont entendu parler, mais sans qu'on leur ait expliqué son véritable caractère, ni la véritable nature de son message. Sont ceux qui vivent au contact des musulmans et ont l'occasion de s'informer auprès d'eux, mais refusent de se convertir, ou pire, qui font semblant de s'être convertis pour bénéficier des avantages du sujet musulman, alors qu'ils continuent à pratiquer en cachette une autre religionJoseph Schacht « Ḥiyal » in The Encyclopaedia of Islam vol. III, 510b-513a..

Légiférer des lois avec d'autres constitutions que le Coran et la Sunna Selon certains théologiens, tels qu'Ibn Al-Qayyim ou Ach-Chafi'i, légiférer des lois (tachri) avec comme constitution autre chose que le Coran et la Sunna est considéré comme de la mécréance majeure (kufr akbar)Ahkam Ahl al-Dhima, Ibn Qayyim al-Jawziyya page 259.ach-Chafi'i dans son livre sur le tachri.

Le kufr duna kufr est un terme signifiant une mécréance de moindre mécréance (« mécréance atténuée »). Sur ce point, les oulémas sunnites ne s'accordent pas tous sur le sujet. Au sujet des dirigeants laïcs (houkkam) des pays musulmans ou autres, une partie des théologiens appliquent le kufr duna kufr : les houkkam sont « grands pécheurs » s'ils ne jugent pas selon les lois coraniques et légifèrent des lois non-islamiques, mais cela n'en fait pas des kāfirs (mécréants). Mais d'autres théologiens les jugent mécréants : pour ces théologiens plus stricts, le kufr duna kufr ne doit s'appliquer que sur une personne qui juge habituellement par les lois coraniques sauf exception (exemple : en étant amené à juger son propre fils accusé d'un vol en flagrant délit, le père, juge, n'appliquerait pas le jugement de lui couper la main). D'autres oulémas encore comme Mohamed Fizazi condamné après les attentats du 16 mai 2003 à Casablanca à de prison pour son influence idéologique sur les responsables des attentats, s'opposent complètement au concept de kufr duna kufr : pour eux, on est ou bien kāfir ou bien sadiq mu'min ( : « juste croyant ») et il n'existe pas de « zone grise », en tout cas pas dans le Coran.

Avis de l'imam ach-Chafi'i L'imam ach-Chafi'i est à l'origine de l'une des quatre écoles de jurisprudence islamique (fiqh). À propos de celui qui légifère une loi contraire au Coran et à la Sunna, il dit :

Avis d'Ibn Taymiyya

Avis d'Ibn al-Qayyim

Avis de Ibn Kathir

Conséquences de la mécréance Les différents courants de l'islam admettent que le mécréant (kâfir) est destiné à l'enfer et à ses peines. Cela explique l'importance de la codification du Takfir dès les premiers temps de l'Islam.

Le Coran promet l'enfer aux apostats et à ceux qui auront quitté l'islam. Pour autant, les traditions musulmanes rajoutent des conséquences du vivant du mécréant. Pour Walther Björkman, dans le Coran, se tenir à distance des mécréants est recommandé aux musulmans. Ils doivent alors s'en protéger et les attaquer. Dans le cas d'un apostat, il devra être invité à revenir à l'islam puis, en cas de refus, être mis à mortHeffening, W., “Murtadd”, in: Encyclopédie de l’Islam..

Un statut à part est donné aux « gens du Livre » (اهل الكتاب Ahl al-kitâb), qui, contre l'acquittement d'un impôt se voient accorder certains droits comme la garantie de sécurité.

Le takfir, une forme d'excommunication Le (arabe : , ) est le fait de reconnaître la déchéance du statut de musulman, celui-ci devenant , c'est-à-dire « mécréant » (même racine arabe : , , « incroyant »).

Cette sentence doit être appliquée avec soin, même s'il ne s'agit que d'une parole. Selon un hadith, la mécréance retombe en effet sur celui qui jette à tort l'anathème sur quelqu'un d'autre. Elle retombe aussi sur celui qui nie la mécréance d'une personne alors que celle-ci a été établie avec certitude.

De nombreux oulémas mettent donc en garde contre l'excès de takfir. Accuser l'autre d’être Kafir est une attitude rhétorique fréquente dans les polémiques religieuses.

Motifs possibles du Dans le sunnisme, le peut s'appliquer à une personne en raison d'une croyance, d'une parole ou d'un acte : exemples de croyance : renier l'unicité de Dieu, le statut des prophètes de l'islam ou un précepte religieux consensuel de sa communauté. Ce n'est pas la non-pratique du précepte qui mène au , mais le fait de renier qu'il fasse partie de la religion. exemples de parole : insulter Dieu, ses anges, ses livres, ses prophètes…

Les dix grands motifs au Selon certains ouléma, les annulations de l'islam (c'est-à-dire rendant mécréante la personne qui n'en commet ne serait-ce qu'une) sont au nombre de dix (il en existe cependant plus, les 10 grand annulatifs de l'Islam sont repris ci-dessous) : agréer ou pratiquer l'associationnisme ; adorer autre que Dieu ; avoir la conviction qu'une voie ou qu'un jugement sont meilleurs que ceux d'Allah ou Mahomet ( ) ; détester une chose venue du messager de Dieu même si on la met en application ; se moquer d'une chose faisant partie de la religion, d'un châtiment ou d'une récompense de Dieu ( ) ; agréer ou pratiquer la sorcellerie .

Gravité du Plusieurs hadiths de Mahomet insistent sur la gravité du :

Si une personne dit à son frère : Ô (mécréant), alors l'un des deux le mérite. Soit l'accusateur a raison, soit c'est lui-même à qui ce nom s'appliqueRapporté dans le d'Al-Bukhari et celui de Muslim..