Le traité de Picquigny est un traité de paix signé le entre le roi de France et le roi d'Angleterre à Picquigny en Picardie (aujourd'hui dans le département de la Somme).

Il met formellement fin à la guerre de Cent Ans, qui, sur le plan militaire, s'était achevée en 1453 avec la bataille de Castillon et la prise de Bordeaux.

Contexte (1453-1474) Rois de France : Charles VII, né en 1403 (1422-1461), Louis XI, né en 1423 (1461-1481) Rois d'Angleterre : Henri VI (maison de Lancastre), né en 1421 (1422-1461, d'abord sous la régence de son oncle Jean de Lancastre, et 1470-1471), Édouard IV (maison d'York), né en 1442 (1461-1470 et 1471-1483) Ducs de Bourgogne : Philippe le Bon, né en 1396 (1419-1467), Charles le Téméraire, né en 1433 (1467-1477)Le duc de Bourgogne, d'une branche cadette de la maison de Valois qui règne sur la France, est vassal du roi de France pour le duché de Bourgogne, le comté de Charolais, le comté d'Artois et le comté de Flandre ; vassal de l'empereur pour le comté de Bourgogne, le duché de Brabant, le duché de Luxembourg, le comté de Namur, le comté de Hollande et le comté de Zélande.. En 1468, Charles le Téméraire épouse Marguerite d'York (1446-1503), sœur d'Édouard IV.

France et Angleterre La guerre de Cent Ans s'achève par la conquête par Charles VII du duché d'Aquitaine, dernier fief détenu en France par les rois d'Angleterre (depuis le mariage d'Aliénor d'Aquitaine avec Henri Plantagenêt en 1152). Bayonne est prise en 1451, puis, après la bataille de Castillon (), Bordeaux (), capitale du duché.

Ses troupes chassées d'Aquitaine, le roi d'Angleterre ne conserve plus dans le royaume de France que Calais, conquise en 1346 au début de la guerre de Cent Ans et que Charles VII renonce à attaquer, y ayant subi un échec en 1436.

Peu après, le royaume d’Angleterre entre dans une période de guerre civile entre les maisons de Lancastre (Henri VI) et d'York, la guerre des Deux-Roses (1455-1485).

Rois de France et ducs de Bourgogne Le duc de Bourgogne Philippe le Bon a été un ennemi de Charles VII depuis l'assassinat de son père Jean sans Peur (1419). Après avoir combattu sans réserve aux côtés des Anglais (traité de Troyes, 1420), il conclut cependant la paix en 1435 par le traité d'Arras.

Ce traité est respecté par Philippe le Bon, mais après l'avènement de Louis XI, Charles le Téméraire, prince héritier de Bourgogne, se lance aux côtés d'autres féodaux français (le duc Louis d'Orléans, le duc François II de Bretagne) dans une conspiration contre Louis XI qui culmine en 1465 avec la guerre du Bien Public.

Après la mort de Philippe le Bon, le conflit entre Louis XI et Charles le Téméraire devient crucial pour le roi de France. Le duc de Bourgogne dispose en effet d'une véritable puissance, menaçant son pouvoir à l'est et au nord.

De 1468 à 1472, Louis XI subit une série d'échecs (traité de Péronne en 1468, perte des villes de Picardie en 1472). La trêve conclue en 1472 est renouvelée en 1474 pour une année. Mais Charles ne renonce pas à ses objectifs : relier la Bourgogne (française et impériale) et les Pays-Bas bourguignons.

Alliance d'Édouard IV avec Charles le Téméraire (1474) Le roi d’Angleterre Édouard IV, vainqueur de Henri VI (mort en 1471), voit dans le conflit franco-bourguignon une occasion de reconquérir les domaines continentaux perdus par ses prédécesseurs. Le , il signe un traité d’alliance avec Charles le Téméraire, en s'engageant à débarquer à Calais avec une arméeEncyclopædia Universalis, « Traité de Picquigny (1475) » en cas de reprise de la guerre.

Mais Charles s'engage alors dans les guerres de Bourgogne (1474-1477Elles s'achèvent avec la mort de Charles le Téméraire devant Nancy.), qui l'opposent aux Cantons suisses confédérés et à différents féodaux du Saint-Empire, en 1475 autour de la ville de Neuss (au nord de Cologne).

Reprise de la guerre franco-bourguignonne Offensive française en Picardie (début mai 1475) La trêve renouvelée le entre le roi de France et le duc de Bourgogne prend fin le . Après avoir tenté de prolonger cette période d'accalmie, par crainte d'une invasion anglaise, Louis XI profite de l'éloignement de Charles le Téméraire à Neuss pour prendre les devants et lancer une offensive en Picardie afin de reprendre les villes perdues en 1472 et y appliquer une politique de la terre brûlée.

Le , les troupes royales s'emparent du château de Tronchoy, puis de Montdidier (). Le lendemain, elles obtiennent la reddition de Roye, puis celle du château de Moreuil. Le , elles atteignent Corbie qui résiste pendant trois jours avant de capituler. De là, ils traversent la Somme pour prendre la ville d'Ancre avant de mettre le siège devant Doullens qui se soumet rapidement.

Afin de priver les Anglais de ressources et forteresses pendant leur offensive, Louis XI ordonne la destruction des remparts et des maisons des villes conquises (à l'exception des églises). De nombreux habitants se réfugient à Amiens où ils reçoivent un accueil mitigé.

Le connétable Saint-Pol qui joue une double jeu avec le duc de Bourgogne, conseille à Louis XI de se rendre en Normandie en justifiant cela par un possible débarquement anglais dans cette région. Il lui propose même de continuer les opérations sur Abbeville et Péronne, dernières places fortes tenues par les Bourguignons sur la Somme. Par prudence, le roi accepte et quitte la Picardie avec son armée le .

Deuxième offensive en Picardie (juin) Après plusieurs semaines d'attente, Louis XI reçoit des informations plus précises sur les Anglais qui s'apprêtent à débarquer à Calais. Il décide de renvoyer ses troupes en Picardie et somme le connétable de Saint-Pol, resté inactif à Saint-Quentin, d'attaquer Avesnes-sur-Helpe. Celui-ci fait mine d'obéir au roi mais à peine après avoir amorcé le siège de la ville, rebrousse chemin prétextant une tentative d'assassinat.

Dans le même temps, Louis XI ordonne à l'amiral Louis de Bourbon-Roussillon qui est avec lui en Normandie, de se lancer sur Arras tout en appliquant la terre brûlée. Sur sa route, Bourbon fait incendier les villes d'Eu, Cayeux-sur-Mer et Saint-Valery. Il traverse la Somme à Pont-Rémy, évitant le gué de Blanquetaque pas assez sûr pour une grande troupe et Abbeville trop bien défendue.

Offensive en Artois (fin juin) Il continue d'avancer en brûlant Saint-Riquier, Le Crotoy puis Rue jusqu'à Hesdin et arrive devant Arras le . Aussitôt, les Bourguignons font une sortie pour repousser les troupes royales, mais tombent dans une embuscade qui leur causa et où sont faits prisonniers plusieurs nobles dont Jacques de Luxembourg, gouverneur de la ville et frère du connétable.

Ne pouvant s'emparer de la ville, Bourbon fait incendier les environs puis retourne en Picardie.

Intervention anglaise (juillet-août) Débarquement des troupes anglaises à Calais (début juillet) C'est à ce moment que les troupes anglaises commencent à débarquer à Calais. Édouard IV arrive le accompagné de ses frères, les ducs de Clarence et de Gloucester, avec une armée de .

Ils sont accueillis par leur sœur Marguerite d'York épouse de Charles le Téméraire. Celui-ci vient de lever le siège de Neuss. Il rejoint ses alliés anglais le , sans son armée.

Attitude réservée de Charles le Téméraire Pressé d'en découdre, voit cependant la situation se détériorer rapidement. À cause de la stratégie de la terre brûlée, l’armée anglaise commence à manquer de vivres, et le soutien des nobles français, garanti par le duc de Bourgogne, fait défaut. Pire encore, le duc de Bourgogne ne semble pas vouloir respecter les conventions de leur accord en réunissant leurs forces. S'étant aventuré en Lorraine et parti guerroyer sur le Rhin son armée est à ce moment dans un état déplorable, incapable de mener une grande campagne de conquête.

De plus, le duc n'est pas très accueillant envers ses alliés, préférant loger dans ses demeures au lieu de les accompagner sur la route de Picardie. Lorsque l'armée arrive à Péronne le , il interdit aux soldats anglais d'entrer dans la ville et les fait camper à l'extérieur.

À ce moment, il promet au roi d'Angleterre de lui livrer la ville de Saint-Quentin tenue par le connétable Saint-Pol, avec qui il a des accointances. Cependant, ménagé par , le connétable se rétracte et accueille les Anglais à coups de canons lorsqu'ils arrivèrent en toute confiance devant les portes de la ville.

Propositions de négociations de Louis XI Habile politique, Louis XI voit alors là l'occasion de briser l’alliance anglo-bourguignonne. Il offre au roi d’Angleterre de racheter à prix d’or son rembarquement. Pour cela, il épuise le trésor du royaume et multiplie les emprunts. Furieux d’avoir été abandonné par son ancien allié bourguignon et conscient de l'infériorité de son armée, accepte de traiter avec le roi de FranceLa France Pittoresque – 29 août 1475 : Traité de Picquigny – 28/08/2012Philippe Zwang, Jeanne d'Arc et son temps, Casterman 1999, Repères Histoire.

Rencontre de Picquigny

Une rencontre est organisée entre les deux rois le à Picquigny, près d’Amiens, sur l'île de la Trève, entre les deux rives de la Somme.

Pour éviter tout incident ou un meurtre comme celui de Jean sans Peur lors d’une entrevue avec Charles VII à Montereau, un solide treillage en bois est construit afin de séparer les deux rois. Dans ses mémoires, Philippes de Commynes note ce qui suit :

Contenu du traité Clauses principales Édouard IV s'engage à rentrer en Angleterre avec son armée et renonce à son alliance avec le duc de Bourgogne ; Il reconnait Louis XI comme roi légitime de France (le point central de la guerre de Cent Ans était la prétention des rois d'Angleterre à être plus légitimes sur le trône de France que la maison de Valois, issue de Philippe VI, roi à partir de 1328) ; Louis XI verse à Édouard IV une somme de et s'engage à lui verser une pension annuelle de d'or (soit la promesse totale de cinq cent mille écusJean Favier, intervention à la radio du 23 juin 2011 dans l'émission Au cœur de l'histoire de Franck Ferrand (Europe 1).) ; il est convenu que le dauphin Charles épousera la fille aînée d'Édouard, Élisabeth (elle épousera en fait Henri VII d'Angleterre) ;

Clauses annexes Louis XI, qui est le fils de Marie d'Anjou, sœur de René d'Anjou, roi de Naples (en titre), duc d'Anjou et comte de Provence, accepte de payer la rançon (.) exigée pour sa cousine Marguerite d'Anjou, veuve du roi Henri VI d'Angleterre, prisonnière à la tour de Londres depuis 1471. Le roi René n'a en effet pas eu les moyens de payer cette somme. En contrepartie, Louis XI a obtenu de lui la cession de l'Anjou à la couronne, en l'absence d'héritier mâle. Libérée le , Marguerite (1430-1482) se réfugie à la cour de son père à Aix.

Conséquences vignette|150px|Stèle commémorative du traité de Picquigny.

Festivités de paix Grâce aux talents de négociateur de Louis XI, l'attaque anglaise se termine sans victime.

Les deux armées festoient ensemble pendant toute une journée dans la campagne de Picquigny. « D'eau n'était nouvelles », plaisante ainsi le chroniqueur Philippe de Commynes. Le roi embauche même des filles de joie de Paris, chargées de satisfaire les soldats anglais..

Relations franco-anglaises après Picquigny

Les Anglais rembarquent définitivement, ne conservant en France que Calais, qui ne sera reprise qu'en 1558 par Henri II, lors de la onzième guerre d'Italie.

Ce traité contente les deux parties : , tandis que Louis XI .

Relations entre Louis XI et Charles le Téméraire : le traité de Soleuvre Le traité de Picquigny met le roi de France, débarrassé de la menace anglaise, en meilleure position pour affirmer son autorité sur ses grands vassaux, en premier lieu sur Charles le TéméraireChristopher Lannes - 29 août 1475 – le traité de Picquigny - 2013.