Lîle des Faisans. (en /irla ; en ) ou île de la Conférence (en ) est une petite île fluviale située sur la Bidassoa, près de son embouchure et de la baie de Chingoudy, sur la frontière franco-espagnole.
Ayant le statut de condominium, elle est administrée alternativement par l'Espagne et la France avec un changement d'administration tous les six mois. Il s'agit du seul exemple dans les relations internationales contemporaines d'une gestion conjointe et alternée d'un même territoire.
Son accès est interdit au public.
Toponymie À l'époque romaine, l'île aurait été nommée Pausu. comme tout le proche quartier (Béhobie d'Urrugne et Behobia d'Irun). Elle est ensuite connue en espagnol sous le nom et en français « île des Faussans », puis « Faisans » (en espagnol « Faisanes »), appellation usitée en au début de la conférence de la paix et dont l'origine n’est pas certaine et se rapporterait soit à la présence ancienne de volatiles, soit à des faisances (redevances de passage) mais nullement à des faceries (type de négociation inexistant sur les rives de la Bidassoa)., excluant ainsi la possibilité d'une référence à des « faisants ». : d'après Luis de Uranzu dans « Lo que el rìo viò », cette dénomination d'Île des Faisans apparaît pour la première fois. dans le « Compendio Historial » d'Esteban de Garibay publié à Anvers en (traduction : ), source : et ., à propos d'un épisode de la bataille de San Marcial (fort surplombant Irún) en date du .
Avant les événements de et qui la firent entrer dans la postérité, l'île était également nommée Insura Haundia (la « grande île », en basque)..
Le toponyme « île de la Conférence » apparaît sous la forme en sur la carte de Cantelli. Joseph Nogaret signale qu'avant de se nommer « île de la Conférence », l'île était appelée « île de l'Hôpital »., en raison de son appartenance au prieuré-hôpital de Saint Jacques de Subernoa, situé à gauche de l'actuel Pont Santiago entre Irun et Hendaye..
Géographie L'île des Faisans mesure environ de long sur dans sa plus grande largeur pour une superficie de . Elle est située sur la rivière Bidassoa, entre Hendaye en France et Irun en Espagne, à en aval du pont international de Béhobie et à environ en amont des ponts ferroviaires de la ligne Hendaye-Irun à l'embouchure dans la baie de Chingoudy.
La frontière franco-espagnole se situant sur la ligne médiane du cours principal de la rivière, situé au nord de l'île, le territoire du condominium constitue une enclave en EspagneCondominium international (Xavier Henry Mermoz M. du Pré-Maillard, International Boundaries Review, ) : *Cette possession territoriale est une dépendance à la fois de la République française et du royaume d'Espagne et est actuellement située comme enclave en Espagne car - conformément au traité de - la frontière avec la France se trouve en plein milieu du chenal principal de la rivière Bidassoa.*.
L'île est un simple dépôt d'alluvions de peu d'étendue, que le fleuve aurait fait disparaître depuis longtemps si elle n'avait été entourée d'une palissade et d'empierrements en raison des souvenirs historiques qui s'y rattachent.
Historique Le secteur de l'embouchure de la Bidassoa a servi de cadre à de nombreuses rencontres diplomatiques et royales.
vignette|redresse|gauche|L'Échange des deux princesses de France et d'Espagne, tableau allégorique de Pierre Paul Rubens pour le Cycle de Marie de Médicis, vers .
Le , , fait prisonnier par Charles Quint à la bataille de Pavie (1525), est échangé sur la Bidassoa contre ses deux fils aînés en application du Traité de Madrid. A la suite de la Paix des Dames, le , l'échange de - soit d'or - représentant 60 % de la rançon prévue par le traité de Cambrai contre les enfants et Éléonore, sœur de Charles Quint, future épouse du roi de France, a lieu au même endroit..
En , les ambassadeurs français et espagnols font l'échange de deux fiancées royales : Élisabeth, fille d', roi de France, promise à , roi d'Espagne et la sœur de celui-ci, Anne, destinée à , frère d'Élisabeth et fils d', au milieu du petit fleuve frontalier.
En pratique, ces échanges eurent lieu au milieu de la Bidassoa au niveau du "pas de Behobie"Voir la mention du lieu de l'échange des deux Reines en bordure du Plan de l'Isle des Faisans, à présent dite de la Conférence, et des bâtiments qui ont esté faits dans Icelle.. par le sieur Beaulieu, ingénieur du Roi, dressé en et gravé en en taille douce par Nicolas Cochin, est conservé à la Bibliothèque nationale de France, Cabinet des Estampes. sur un ponton, voire un pont (visible sur le célèbre tableau de Rubens) établi pour l'occasion, à quelques centaines de mètres en amont de la pointe de l'île qui, elle, sera portée à la postérité par un événement autrement considérable, la paix des Pyrénées.
Négociations du traité des Pyrénées vignette|Entrevue de et de sur l'île des Faisans en (Entrevue des deux rois sur l'île des Faisans, tableau de Jacques Laumosnier). alt=Plan du sieur Beaulieu, ingénieur du Roi, dressé en 1659 et gravé en 1660 en taille douce par Nicolas Cochin, conservé à la Bibliothèque Nationale de Paris, Cabinet des Estampes.|vignette|Plan de l'Isle de la Conférence (). En , c'est sur ce petit espace de vase desséchée que le mariage de avec Marie-Thérèse d'Autriche, fille du roi d'Espagne et d'Élisabeth de France, est âprement négocié, en même temps que le traité de paix dit des Pyrénées — d'où l'autre nom donné à l'île : « île de la Conférence ».
Les pourparlers entre le cardinal Mazarin et don Luis de Haro durent trois mois ( du au , date du mariage).
Les et , et s'y rencontrent en personne pour la confirmation du traité et la conclusion du mariage, dont la célébration a lieu à Saint-Jean-de-Luz le .
Traités de Bonne Correspondance Aux , l'île est également le lieu de rencontre des délégués du biltzar du Labourd, et ceux de Bayonne d'une part, et des représentants du Guipuscoa et de la Biscaye, pour la signature des divers traités de Bonne Correspondance.
Nouvel échange de princesses () Le , a lieu un nouvel échange entre deux princesses : Marie-Anne-Victoire, infante d'Espagne, trois ans, promise à , roi de France, onze ans ; et Louise-Élisabeth d'Orléans, douze ans, fille du Régent, promise au prince des Asturies, le futur roi d'Espagne , quatorze ans..
Remise d'une princesse () Le , Philippine-Élisabeth d'Orléans, dite « mademoiselle de Beaujolais », huit ans, fille du Régent fiancée à l'infant Charles, sept ans, est conduite dans l'île par le duc de Duras, qui la remet au duc d'Osuna.
Remise de la dauphine () Le , l'infante Marie-Thérèse d'Espagne, dix-huit ans, mariée par procuration à Madrid le au dauphin Louis-Ferdinand de France à qui elle avait été promise dès , y est "remise" à son nouveau pays (le mariage fut ensuite célébré au château de Versailles, le ) dans un pavillon de cérémonie éphémère, construit pour l'occasion..
Depuis le traité de Bayonne (après ) L'île des Faisans a été le lieu de signature de compléments au traité du , notamment le Règlement pour la pêche dans la Bidassoa" le ; y a été également signé le certificat constatant l'enlèvement de la nasse de Fontarabie le (application de l' du traité du ).
C'est un lieu éminent de rencontres binationales. Ainsi, y a été signée le , une convention sur le rejet des eaux usées entre l'agglomération Sud Pays basque (Hendaye, Biriatou, Urrugne, Béhobie, etc.) et la Mancomunidad de Txingudi (Irun, Fontarrabie).
Statut de condominium
Un îlot « appartenant aux deux rois » Jusqu'en , l'île est revendiquée comme sa possession par la ville de Fontarrabie. Dans son Histoire de la Paix conclue sur la frontière de la France et d'Espagne entre les deux Couronnes parue en à « Cologne » (en fait Amsterdam, également citée par Jean Sermet), Gualdo Priorato, comte de Comazzo, indique à son propos qu'..
Mais lorsqu'en , pour la négociation du traité des Pyrénées, il a fallu, le protocole rendant complexe pour chaque partie de négocier dans l'autre pays, se mettre en quête d'un lieu sur lequel la France et l'Espagne puissent justifier de droits égaux, l'île des Faisans parut réunir les conditions exigées.
Sa séparation alors récente de la rive espagnole donna lieu à quelques contestations touchant les droits de la France mais son peu d'importance, aussi bien que la difficulté de trouver un autre site, fait que l'île, ., est choisie pour le siège de la conférence et déclarée commune aux deux royaumes.
Comme le précise le comte de Comazzo, ..
En effet, l'organisation de la salle des Conférencesvisible également sur le célèbre Plan de l'Isle des Faisans à présent dite de la conférance et des bâtimens qui ont esté faits dans icelle.., construite au milieu de l'île par des ouvriers choisis dans les deux nations, composée de permettait de considérer que c'est au travers d'une frontière, par dessus deux tables disposées ..
Ainsi, la déclaration du premier ministre espagnol pouvait être comprise comme affirmant que l'île était partagée en son milieu entre les deux royaumes et, dans son Journal du Voyage d'Espagne fait en l'année mil six cens cinquante neuf à l'occasion du traité de la Paix, l'abbé François Bertaut de Fréauville. pouvait à juste titre affirmer en que cette île était toujours ..
Un condominium affirmé par le traité de Bayonne ()
Il faut attendre la signature, le , du premier traité de Bayonne (il sera suivi de deux accords en et en relatifs au reste de la frontière franco-espagnole) destiné à déterminer la frontière, fixée par le traité des Pyrénées d'une manière théorique sur la ligne de partage des eaux et ses , pour que soit clairement affirmée l'autorité indivise de la France et de l'Espagne sur l'îlot. et son statut de condominium.
Au-delà de la délimitation proprement dite, le traité et ses différents actes additionnels incorporaient, à la demande des populations concernées, des dispositions issues d'anciens usages pour apporter une solution négociée aux nombreux litiges transfrontaliers accumulés au cours des siècles, formant ainsi .. Néanmoins, à l'extrémité occidentale de la frontière, une série d'incidents maritimes opposa les deux rives ; en , puis en à nouveau, des bâtiments français de commerce se firent arraisonner par les douanes espagnoles dans des circonstances passablement embrouillées, avec bagarres de marins et exactions à la clé : le traité de Bayonne était muet sur le partage des eaux de la baie du Figuier qui forme l'embouchure du fleuve-frontière. Pour prévenir le retour de tels litiges, les deux États convinrent de s'appuyer sur un organe ad hoc la commission internationale des Pyrénées (CIP) chargée d'en instruire le règlement, y compris, le cas échéant, en préparant des propositions d'accords internationaux.
Les délégués des deux marines nationales à cette commission, les commandants des « stationnaires », c'est-à-dire les bâtiments de guerre ancrés à l'embouchure de la Bidassoa, chargés de surveiller la zone maritime, en liaison permanente entre eux depuis qu'en , la Marine nationale avait établi à Hendaye même, une station navale, en face de celle de la Marine espagnole en place à Fontarrabie, se verront confier des missions exceptionnelles, aussi bien pour la surveillance de la navigation dans les zones communes, en vue de lutter contre la contrebande, que, après la conclusion le de la Convention pour l'exercice de la pêche dans la Bidassoa pour la surveillance de la pêcheConvention relative à l'exercice de la pêche dans la Bidassoa, JORF, , , ., qui en feront des « autorités supérieures » sur la zone.
Un régime de gestion complété très tardivement vignette|Un mémorial sur le traité des Pyrénées est élevé en 1861 sur l'île par les deux pays limitrophes.