Pierre Goldman, né le à Lyon et mort assassiné le à Paris, est un militant de gauche ayant évolué vers l'action violente et le banditisme. Durant son incarcération, il devient écrivain, puis journaliste après sa libération.
Étudiant à la Sorbonne, il prend une part active entre 1962 et 1968 aux services d'ordre de syndicats et groupuscules étudiants d'extrême gauche (UEC, UNEF, Front universitaire antifasciste). Il effectue ensuite des séjours en Amérique latine, où il tente de participer à la guérilla au Venezuela.
De retour en France, il commet une série de vols à main armée en . Il est arrêté le . Accusé de trois agressions à main armée et du meurtre, en , de deux pharmaciennes lors d'une tentative de braquage, il comparaît devant la cour d'assises de Paris en . Le , il est condamné à la réclusion criminelle à perpétuité pour double meurtres avec circonstances atténuantes (ce qui lui évite la peine de mort). Un mouvement d'opinion en sa faveur se développe, animé par des artistes et des intellectuels. Le jugement est cassé en 1975 pour vice de forme. Il est acquitté du meurtre des deux pharmaciennes lors du second procès en 1976 à Amiens.
Durant son incarcération, il écrit une autobiographie, publiée peu avant son deuxième procès sous le titre Souvenirs obscurs d'un juif polonais né en France. Le livre obtient un grand succès critique et public. Il y explique notamment que ses deux parents étaient des héros de la résistance juive communiste en France et que son propre comportement était dicté par l'obsession de les égaler dans une époque pacifiée.
Après sa libération de prison, il collabore au quotidien Libération.
Son assassinat en 1979 est revendiqué par un appel téléphonique anonyme au nom d'un groupe présumé d'extrême droite nommé « Honneur de la Police » et n'a jamais été élucidé.
Le , ses funérailles au cimetière du Père-Lachaise sont suivies par plus de .
Il est notamment le demi-frère aîné de l'auteur-compositeur-interprète Jean-Jacques Goldman.
Biographie Deux parents juifs, polonais, communistes et résistants Les parents de Pierre Goldman sont tous deux des juifs polonais et résistants, venus en France dans l'entre-deux-guerres, et tous deux dirigeants de l'organisation communiste des FTP-MOI pendant la Seconde Guerre mondiale. Ils ne se sont jamais mariés et ont vécu pendant l'occupation sous le pseudonyme de Legrand.
Son père, Alter Mojsze Goldman (1909-1988), arrive en France en 1924. Il se fait embaucher dans les mines de Trémuson en Bretagne. Après avoir résidé à Fleury-sur-Loire, il s'installe en 1927 à Paris, où il trouve un emploi d’ouvrier dans un atelier de confection. Naturalisé le , il s'enrôle pour deux ans dans les chasseurs d'Afrique "The Goldman Affair 1976 - Interview With Alter Goldman by Wladimir Rabi", traduction en anglais d'une interview parue dans Les Temps modernes, , décembre 1976, sur Marxists.org., puis redevient ouvrier tailleur à Paris. Proche des communistes, il se montre très actif au sein du Yiddishe Arbeiter Sporting Kloub (YASK, « Club sportif ouvrier juif »). Mobilisé en , il participe à la bataille de France de mai-. Blessé, il reçoit la croix de guerre (en 1961, il recevra la Légion d'honneur). Démobilisé, il rejoint à Lyon en 1942 la « résistance juive », à l’état embryonnaire, dans les groupes d'immigration polonais qui deviennent le mouvement communiste des FTP-MOI. Il fait partie de l’Union des Juifs pour la Résistance et l'Entraide (UJRE) en 1943. En , Il est nommé responsable militaire de la zone Sud. Il organise des groupes de combat à Toulouse, Marseille, Agen, Grenoble ou encore Avignon.
Sa mère est Janine Sochaczewska (1914-1993).. Née à Łódź, elle a connu les pogroms antisémites puis a dû fuir la répression anticommuniste à , d'abord pour Berlin où elle milite au sein du Rote Front (« Front rouge ») puis pour la France. Elle y devient salariée de la Main-d'œuvre immigrée (MOI), section polonaise, chez les mineurs de charbon du Nord-Pas-de-Calais, où le PCF fait une percée avant-guerre. Menacée d'expulsion, elle se réfugie chez les mineurs de charbon de Saint-Étienne (Loire) et d'Alès-La Grand-Combe (Gard), qui s'opposent à une nouvelle tentative d'expulsion en 1938. À la fin de la guerre d'Espagne« Pour le souvenir du Camp de Rieucros », synthèse, par Sandrine Peyrac, de l'enquête de l’historien Jean-Yves Potel, publiée en 1995 dans son ouvrage Quand le soleil se couche à l’Est, aux éditions de l’Aube. (1936-1939), le grand-père de Pierre Goldman a été assassiné par les nazis ainsi que le premier mari de sa mère. Cette dernière est internée en 1939 au camp de Rieucros, situé à Mende en Lozère. Elle obtient l’autorisation d’émigrer au Mexique, mais préfère se cacher à Marseille et rejoint la Résistance juive communiste à Lyon et Grenoble. Elle y met en place des imprimeries clandestines.
Enfance Pierre Bernard Goldman naît le à Lyon. Des armes et de la propagande anti-allemande sont dissimulées dans son berceau. Sa mère se trouve à Grenoble au moment de la libération de la ville.. Dans L'homme qui est entré dans la loi, Pierre Goldman, Wladimir Rabinovitch explique que Pierre Goldman a grandi et vécu dans la haine du nazisme et de l'antisémitisme..
Le couple se sépare après la libération. Janine Sochaczewska quitte l'appareil communiste puis rentre en Pologne en 1948 pour devenir professeur dans un lycée de Varsovie sans rôle politique. Opposé au départ de son fils, Alter Goldman le récupère et le confie à sa tante. Puis en 1949, il prend sa garde avec sa nouvelle épouse, Ruth Ambrunn..
Pierre Goldman a six ans quand naît du remariage de son père, sa demi-sœur, Évelyne, futur médecin. Un an après, ce sera son premier demi-frère, le futur chanteur Jean-Jacques Goldman, puis trois ans après, Robert Goldman, futur auteur-compositeur. Son père et sa mère d'adoption prennent leurs distances définitives avec le PCF à l'hiver 1952-1953, après l'épisode antisémite du prétendu « complot des blouses blanches » en URSS.
Pierre Goldman est un élève inadapté au système scolaire et change plusieurs fois de lycée, même s’il franchit les obstacles jusqu’au baccalauréat, passé en candidat libre.
Adolescence : Pologne et guerre d'Algérie À l'âge de , Pierre Goldman revoit sa mère après dix ans de séparation. Il est tiraillé entre les séjours l'été chez elle et sa rébellion, teintée d'admiration, face à , gérant d'un magasin de sports à Montrouge. Sa sœur aînée, née en France en 1933 et orpheline de père, quittera la Pologne pour Israël en 1966.
Interne à partir de l'âge de , Pierre Goldman est exclu une première fois d'un lycée à , au lycée d'Évreux où il a effectué deux ans de scolarité. L'année suivante, il est exclu du lycée pour avoir participé à une mobilisation d'internes contre la discipline d'un surveillant général jugé . Quand son père vient le chercher, « pris d’une violente crise » d'incompréhension, car il était très attaché à cet internat, il casse du mobilier dans la salle d'études, s'enfuit à travers le bâtiment principal et tombe à travers une verrière : « On déclara que j’avais tenté de me suicider, qu’il s’agissait d’un acte manqué ».
À presque , il suit avec inquiétude le putsch des généraux d'Alger en , dans le local du parti communiste à Montrouge. Souhaitant se battre contre les putschistes, il dit que ce fut une nuit « impatiente » et « exaltée » et que la fin du putsch le laissa triste et déçu de n'avoir pu participer à sa mise en échec.
L'UNEF et l'Union des étudiants communistes En , après le massacre du 17 octobre 1961 et le massacre de Charonne, Pierre Goldman envisage avec deux amis la création d'un groupe clandestin pour exécuter des personnalités sympathisantes de l'OAS, mais un autre militant du Front universitaire antifasciste (FUA), les convainc de n'en rien faire. Pierre Goldman s'inscrit à la même époque en Sorbonne pour des études de philosophie par correspondance, consacrées à Jean-Paul Sartre. Il adhère à l'Union des étudiants communistes (UEC), rejoignant le comité de rédaction de son journal Clarté. Pierre Goldman est élu au comité national de l'UEC. Quand en , la direction du PCF envoie Roland Leroy, futur directeur de L'Humanité reprendre le contrôle du journal Clarté, Pierre Goldman et son meilleur ami Yves Janin mènent publiquement la résistance, l'emportent et conservent le contrôle de Clarté.
Pierre Goldman adhère aussi à l'UNEF , en pointe lors du combat contre la guerre d'Algérie, dont le service d'ordre a été créé en 1961 par le Front universitaire antifasciste (FUA) pour protéger les meetings organisés contre la guerre d'Algérie. Selon plusieurs témoignages, il fait preuve d'un grand courage physique. Au service d'ordre de l'UEC, Goldman a trois lieutenants, son meilleur ami, Yves Janin qui épousera sa demi-sœur Evelyne Goldman, Jacques Rémy, et Roland Geggenbach, autre fils de résistants communistes, avec qui il s'entraîne dans les salles de Censier et de la Montagne-Sainte Geneviève, puis via des stages « militaires » dans les Alpes, pour apprendre à d'autres militants le combatVoyage au bout de la révolution: de Pékin à Sochaux par Claire Brière-Blanchet Fayard, 2009, .. « Ces simulacres d'affrontements dans lesquels s'enlisent les organisations étudiantes, Pierre Goldman les vit dans un dégoût permanent ».
Il est recruté pour protéger les collages d'affiches de Mitterrand à la présidentielle 1965, où il retrouve Tiennot Grumbach.
L'UNEF lui confie en à Marseille et 1966 à Nanterre, la sécurité du « Festival international annuel des étudiants » et ses vingt mille spectateurs. Il a pour mission d'entourer et soutenir la délégation vietnamienne, avec le guadeloupéen Jean Joachim, étudiant en droit. Puis il prend ses distances avec l'UEC.
Huit mois en Pologne plutôt que le service militaire Dès la fin de l'été 1964 Pierre Goldman se passionne pour la musique cubaine, se lie à des étudiants guadeloupéens et ne cessera plus de fréquenter des Antillais.
Pour faire plaisir à son père, il a accepté d'aller aux « trois jours » préalables au service national, mais prend prétexte d'une attente trop longue pour y renoncer. Le , l'armée constate qu'il n'a pas rejoint à temps sa caserne de Nancy, et il se réfugie en Pologne chez sa mère. Il y reste huit mois et rencontre un réfugié politique vénézuélien, le poète Dario Lancini, qui le sensibilise à la situation politique dans son pays et lui parle des maquis.
Quatre mois à Cuba en 1967 pour la « Tricontinentale » Pierre Goldman dit avoir fait entre 1966 et 1969 au moins trois voyages aux Caraïbes et à Cuba. En , il s'embarque sur un cargo jusqu'à La Nouvelle Orléans puis tente de franchir la frontière mexicaine sans passeport. Il est arrêté et expulsé après quelques jours de prison. En , il embarque sur un cargo est-allemand pour Cuba, où il participe en compagnie de Marc Kravetz , à la Conférence tricontinentale, pour laquelle Fidel Castro a invité les dirigeants de l'UNEF à Cuba . Pierre Goldman est au secrétariat de l'Organisation de la solidarité des peuples afro-asiatiques (OSPAA), chargé de piloter la conférence. Il effectue des traductions pour la revue Tricontinental avec France Binard"Tricontinentale", par Roger Faligot en 2013. Selon son ami Marc Kravetz, Goldman prépare des « opérations avec de jeunes Guadeloupéens » et passe ses « soirées à écouter des orchestres locaux ».
Pierre Goldman revient en France fin 1967, avec pour consigne d'attendre un passeport et des instructions. Lors de ce semestre d'attente, à Paris, il fréquente . de la résidence universitaire d'Antony, souvent musiciens et révoltés par les dizaines de morts de la répression des émeutes de mai 1967 en Guadeloupe. Parlant le créole, il est le seul blanc de la bande, où l'a introduit Jean Joachim, lui aussi joueur de percussions. Lors de son retour en France à l'automne 1969, ll fréquentera à nouveau ce groupe d'amis.
Maquisard au Venezuela