L’Empire mongol (, ikh mongol ulus, « Grand État mongol ») est le nom donné à l'empire fondé et dirigé au début du par le souverain Gengis Khan, puis par ses descendants. Ces conquêtes n'abolissent d'ailleurs pas toujours les formes antérieures d'administration mises en place par les États vaincus de part et d'autre de l'Eurasie, ce qui pose la question de la nature originale de l'Empire mongol sur le plan de son unité politique, linguistique, religieuse et économique. De plus, sa géographie, mêlant vastes territoires désertiques peu peuplés (steppes d'Asie centrale) et zones de peuplement denses (littoraux chinois et confins occidentaux), son rapide éclatement, ainsi que l'impossible gestion d'une telle superficie avec les moyens techniques et humains de l'époque soulèvent des questions de définition sur la nature précise de l'État mongol médiéval.
À la fin du , il s'étend de la rive orientale de la Méditerranée à l'océan Pacifique sur une large bande incluant l'Europe extrême orientale, le Proche-Orient, le Moyen-Orient, l'Asie centrale, les steppes russes et une partie de la Sibérie jusqu'à la mer Baltique, le nord de l'Inde, la Mongolie, toute la Chine.
À partir de 1260, il se divise en quatre régions, gérées par quatre dynasties issues des descendants directs de Genghis Khan. Ces régions sont appelées ulus (mongol bitchig : , translittération : ou mongol cyrillique : ; translittération : uls, littéralement : pays, région) : au Nord-ouest, les steppes russes, territoire de la Horde d'or où règnent les descendants de Djötchi, fils aîné de Gengis Khan ; au Sud-ouest, le domaine des Ilkhans de Perse descendants de Hülegü, fils de Tolui, le plus jeune fils de Gengis Khan ; au Centre, le khanat de Djaghataï, fief des descendants de Djaghataï, deuxième fils de Gengis Khan ; à l'Est, englobant la Mongolie, la Chine de la dynastie Yuan fondée par Kubilai Khan (petit-fils de Gengis Khan), décrite notamment dans Le Livre de Marco Polo.
L'Empire mongol voit rapidement son unité voler en éclats sous le règne de Kubilai Khan, petit-fils de Gengis Khan, dont le pouvoir se concentre sur la Chine — dont il a été fait empereur — tandis que les trois autres dynasties principales créent des États indépendants, chacune sur son ulus respectif. Après la disparition de l'empire unifié sous l'égide d'un même chef, le rêve de tous les dirigeants centre-asiatiques fut régulièrement de tenter de reconstituer l'empire mongol, sans jamais cependant pouvoir le réaliser, à l'image de la tentative de Tamerlan à la tête de l'Empire timouride. D'autres souverains asiatiques reprirent par la suite le nom même d'Empire mongol et revendiquèrent une ascendance mongole, comme les grands Moghols qui règnent sur l'Inde du nord de 1526 à 1857, d'origine turcique (turcs d’Asie centrale) et non mongole. Certaines principautés (khanats) maintinrent une continuité dynastique jusque dans les années 1920.
Nom L'Empire mongol fut appelé de son temps (ikh mongol ulus, « Grand État mongol »).
Histoire
Contexte et origine de l'Empire mongol vignette|gauche|300px|Asie vers 800. Le contexte historique de l'Empire mongol doit s'observer au travers du prisme des Empires nomadesDéfinition de l'Empire des steppes ; Encyclopédie Universalis. Les Mongols sont un peuple turco-mongol descendant des Xianbei, pour les Chinois Hu de l'Est. Ces proto-mongols parlent le khitan, langue associée au mongol. Ce sont des pasteurs nomades qui chassent au les Xiongnu, établis dans l'actuelle Mongolie orientale depuis le Premier Empire des steppes, ces Huns d'Asie aux origines peu connues sont en effet les premiers nomades à dominer un ensemble territorial et y installent une capitale : Long Cheng. Au , c'est au tour du Kaghanat Rouran de contrôler une région qui s'étend du Xinjiang à la Sibérie. Peuple de métallurgistes, ils sont les premiers à appeler leur chef Khagan, (aussi écrit sous la forme Khaan), un titre qui se différencie du Khan, comme lui étant supérieur, pouvant être compris comme « Grand Khan », et qui serait l'équivalent de la dignité impériale en Europe. Plusieurs empires se succèdent comme les Göktürks en 552, les Ouïgours en 743 ou les Kirghiz en 840.vignette|300px|Eurasie vers 1200.|gaucheAu , le territoire mongol est partagé entre plusieurs populations nomades comme les Tatars, les Kéraït, les Naïmans et les Mongols. Ces peuples se subdivisent en une quarantaine de clans ou maisons dynastiques caractérisés par des relations politiques fluides qui permettent des transformations territoriales rapides. C'est dans ce contexte que Khaboul Khan, ancêtre de Gengis Khan, parvient à unifier les différentes maisons du Khamag Mongol et initier les premiers mouvements expansionnistes. Il est interrompu par une coalition entre Tatars et Jin vers 1150.
Ascension de Gengis Khan
thumb|Carte de la Mongolie (907-1125).Temüdjin, qui allait devenir Gengis Khan était un arrière-petit-fils de Qabul Khan, fils d’un chef du clan des Bordjiguines. Il est donc de bonne famille mais sa naissance ne le place pas d’emblée dans la classe des hauts dirigeants de la société mongole. On ne sait pas en quelle année se situe sa naissance : ce peut être 1155, 1162 ou 1167.
À la suite de l’assassinat de son père pour des raisons politiques, sa famille est exclue du clan et condamnée à mener une existence errante.
Temüdjin se rend auprès du puissant khan des Kereit, Toghril, ami de son père, et devient son vassal.thumb|Carte de l’Empire mongol ( 1207).
Entre 1187 et 1196, Gengis Khan est proclamé khan (c'est-à-dire roi). Il défait les Tayitchi'out, qui vivent au sud de l'actuelle Bouriatie, en Sibérie, puis les Tatars, ce qui lui permet de contrôler la Mongolie orientale. En 1203, il rompt avec Toghril, qui est tué. Les Kereit se rallient. L'année suivante, il soumet les Merkit et les Naïmans, à l'ouest de l'actuelle MongolieHistoire de la Mongolie, par László Lőrincz Publié par Akadémiai Kiadó, 1984 .. Dès lors, Gengis Khan contrôle presque tout le territoire mongol. En 1205, il commence la conquête du royaume Tangout des Xixia , par Stephen R. Turnbull., qui résistent dans leurs villes fortifiées jusqu'en 1209. Une grande assemblée en 1206 (qurultay) le nomme khan universel (Tchingis Qaghan). L'année suivante, son fils aîné Djötchi soumet les Kirghiz tandis que les Ongüt de l’Ordos et les Karlouks de l’Ili se rallient spontanément à l’empireGenghis Khan, par Leo de Hartog Publié par Tauris Parke Paperbacks, 2004 ..
L'ascension personnelle de Gengis Khan constitue l'aboutissement de l'histoire de l'unification sociale et politique de la steppe eurasienne dont le processus lent se poursuit depuis plusieurs siècles. L'expansion impériale de l'Empire mongol s'inscrit dans la lignée des précédents empires nomades. Ce projet politique contient les éléments d'une translatio imperii nomade réinvestie et revendiquée par Gengis Khan en tant que personnage providenciel.
Conquêtes
Sous Gengis Khan thumb|Évolution de l'empire mongol hors Sibérie et Grand Nord russe De 1243 à 1294, l'empire a été scindé en : thumb|Extension maximale de l'empire mongol en incluant la Sibérie et le Grand Nord russe. lang=fr|thumb|left|Les campagnes de Gengis Khan.
Le nouvel Empire mongol se trouve entouré de plusieurs territoires avec lesquels Gengis Khan négocie diverses relations diplomatiques et commerciales à son avantage. Les Ouïgours se rallient en 1209 aux côtés des Karlouks. Ils sont à l'origine de l'écriture mongole.
À l'inverse, l'empire doit faire face aux Tangoutes et aux Jin qui s'opposent à la montée en puissance mongole. C'est en 1210 que Gengis Khan achève sa première campagne militaire et soumet le royaume des Xia Occidentaux , par Doeke Eisma., tremplin contre la Chine. Au printemps 1211, il lance l'assaut contre les Jin, une dynastie fondée en 1115 par les Jürchen, peuple apparenté aux Mandchous , par John Man Publié par Macmillan, 2007 .. La ville de Pékin, capitale des Jin, est prise et pillée en 1215, mais le souverain Jin se réfugie à Kaifeng. Cette dynastie ne s'effondre définitivement qu'en 1234, sous l'action conjuguée des Mongols et des Chinois du Sud, qui se sont alors alliés.
Sur la frontière occidentale, l'empire est menacé en 1216 par la montée sur le trône des Kara-Khitans d'un chef Naïmans. Fermement opposés à la soumission aux mongols, ils hébergent les différentes maisons en fuites. En 1217, une partie de l'armée mongole menée par le général Djebé prend possession du Kara KhitaïAvant les grandes découvertes: une image de la terre au : le voyage de Mandeville, par John Mandeville, Xavier Walter Publié par Alban, 1997 .. Leur chef est décapité et l'empire Kara Khitaï cesse d'exister en 1219 sous la pression de l'expansion mongole.
En 1218, Gengis Khan se tourne vers l'ouest : le chah du Khwarezm Ala ad-Din Muhammad, arrivé au sommet de sa puissance, en porte la responsabilité. Soucieux d'étendre ses possessions vers l'ouest, il avait conclu en 1218 un accord avec Gengis Khan : Ala al-Din Muhammad serait maître de l'Occident, Gengis Khan maître de l'Orient. Or, en cette même année 1218, l'accord à peine conclu, une immense caravane venant de Mongolie est arrêtée à Otrar aux frontières du Khwarezm et ses hommes sont massacrés. Gengis Khan envoie trois ambassadeurs pour demander réparation : l'un est mis à mort, les deux autres renvoyés avec le crâne rasé. Gengis Khan ne peut supporter ni ce défi ni cette humiliation et rassemble une immense armée de cavaliers..
En septembre 1219, Gengis Khan envahit l'Empire khwarezmien, centré sur l'actuel Ouzbékistan. Sa campagne, ponctuée par de terribles massacres, le conduit jusqu'au nord-ouest de l'Inde en 1222, mais ses troupes se retirent, gênées par le climat , par E. Bretschneider Publié par , 2008 .. Un détachement de , conduit par Subötai et Djebé, s'aventure jusqu'en Russie (1221-1223). La conquête du Khwarezm s'achève en 1224 et Gengis Khan rentre en Mongolie au printemps 1225.
En 1226, les armées de Gengis Khan pénètrent à nouveau en Chine centrale afin de réprimer une révolte des Xia. Il meurt en 1227 à Qingshui dans l'actuel Gansu, mais sa mort est tenue secrète jusqu'à la fin du siège. L'ensemble des campagnes militaires engagées cessent également à l'annonce de sa mort et ce jusqu'à la nomination d'un nouveau Khan. L'empire mongol contrôle alors une bande de terre de (distance nord-sud) qui s’étend de la mer Caspienne à la mer de Chine méridionale.
Gengis Khan met en place un service postal, le Ortoo ou yam, qui sera sans aucun doute un des facteurs décisifs des victoires foudroyantes de ses arméesDidier Gazagnadou, « Les postes à relais de chevaux chinoises, mongoles et mamelouks au , un cas de diffusion institutionnelle ? », Actes des congrès de la Société des historiens médiévistes de l'enseignement supérieur public, 1993, , lire en ligne.
Sous les successeurs de Gengis Khan thumb|left|Les Mongols assiégeant une ville, . Durant les qui suivent, les trois successeurs de Gengis Khan sont des diplomates et des guerriers habiles. Ils complètent les conquêtes de la Chine, de l’Iran, de l’Irak, de la Syrie, de l’Anatolie et de l’Europe orientale.